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LES SOUTIENS DE MACRON : LE CAS HERMAND – RETOUR SUR L’ÉCOSYSTÈME D’UNE CANDIDATURE (DOSSIER – PARTIE 1)

TRÈS UTILE UN TEMPS, TROP ENCOMBRANT ENSUITE

Henry Hermand (1924-2016) fut un mentor pour Emmanuel Macron car il l’aida dans l’ombre pour son élection. Il lui fit rencontrer des personnes de gauche influentes et fortunées.

Le paradoxe final est remarquable : Henry Hermand contribue à construire Macron comme homme politique, puis devient progressivement un problème pour Macron précisément parce qu’il veut continuer à apparaître comme celui qui l’a construit.

C’est une mécanique classique de la conquête du pouvoir : le mentor est indispensable pour faire émerger le prétendant, mais le prétendant doit finalement s’affranchir du mentor pour apparaître comme souverain.

NOTRE DOSSIER – PREMIÈRE PARTIE

ARTICLE – Henry Hermand-Emmanuel Macron, le vieil homme et le (futur) président

A. DÉCRYPTAGE D’UNE RELATION JUSQU’À SA DÉTÉRIORATION

B. Le véritable écosystème de fabrication d’une candidature présidentielle entre 2004 et avril 2016

ARTICLE – Henry Hermand-Emmanuel Macron, le vieil homme et le (futur) président

TITRE LE MONDE ( Par Vanessa Schneider Publié le 09 novembre 2018) QUI POURSUIT :

« Portrait Industriel épris de politique, ce mécène de la deuxième gauche avait mis sa fortune au service des ambitions de son protégé, comme il l’avait fait avec Michel Rocard.

Le silence qui soudainement a nappé le cœur de l’église n’a pas suffi à rendre audible le discours tant attendu. Seul un murmure est parvenu aux oreilles des plus attentifs. Un souffle, une longue psalmodie, comme une confession. Quelques-uns ont cru entendre se détacher des mots, « exigence », « fidélité », « engagement », mais, avec le recul, ils n’en sont plus vraiment certains. Ce 10 novembre 2016, à quelques centimètres du cercueil de son vieil ami, l’industriel Henry Hermand, décédé cinq jours plus tôt à l’âge de 92 ans, Emmanuel Macron n’est pas parvenu à livrer davantage qu’un chuchotement intime.

« Il était très ému, il savait ce qu’il lui devait, se souvient l’écrivain Eric Fottorino – ancien directeur du Monde –, qui a fondé et dirige Le 1, l’hebdomadaire que l’homme d’affaires finançait. On n’entendait pas ce qu’il disait et il semblait s’en ficher. Il parlait, mais c’était comme un silence. » Accompagné de son épouse, Brigitte, le futur candidat avait pris place au premier rang sur le banc habituellement dévolu à la famille. N’était-il pas le fils préféré ?

Le père de substitution

Davantage qu’un soutien, un financier, un compagnon de route, Emmanuel Macron a perdu, en cet automne humide, un ami, un père de substitution. Il n’était un secret pour personne qu’Hermand entretenait des relations exécrables avec ses quatre enfants. « Emmanuel était le fils qu’Henry aurait aimé avoir, confie son ami l’écrivain Tahar Ben Jelloun. Il a cru en lui avant tout le monde, il était sûr qu’il allait devenir président de … « 

…/…

A. DÉCRYPTAGE D’UNE RELATION JUSQU’À SA DÉTÉRIORATION

Le titre « Henry Hermand-Emmanuel Macron, le vieil homme et le (futur) président », publié par Le Monde en novembre 2018 permet de regarder l’ascension de Macron non pas seulement sous l’angle des réseaux économiques, mais sous celui d’une transmission politique, intellectuelle et relationnelle entre deux générations de la deuxième gauche.

1. Qui était réellement Henry Hermand ?

Henry Hermand n’était pas simplement un homme d’affaires ayant décidé de soutenir Macron.

Né en 1924, résistant, passé par le Commissariat à l’énergie atomique, puis engagé dans les milieux intellectuels de la revue Esprit, il évolue dans la mouvance de Pierre Mendès France et devient ensuite un compagnon de route de Michel Rocard. Il fait fortune dans la grande distribution, mais consacre ensuite une partie importante de cette fortune au financement de la presse et des idées politiques de la gauche réformiste.

Il soutient notamment des structures intellectuelles comme La République des idées de Pierre Rosanvallon et Terra Nova, et finance Le 1, fondé par Éric Fottorino.

Il faut donc le situer dans une tradition très particulière : le patron-mécène de la deuxième gauche, à la frontière entre monde économique, presse, intellectuels et politique.

2. La rencontre avec Macron est beaucoup plus ancienne qu’En Marche

La rencontre intervient en 2002, lorsque Macron effectue son stage d’ENA à la préfecture de l’Oise.

Hermand a alors 78 ans.

Macron en a 24.

Le rapport entre les deux devient rapidement personnel. Le Monde décrit une relation quasi filiale et rapporte que Hermand considère Macron comme le fils qu’il aurait aimé avoir.

Mais il ne s’agit pas uniquement d’affection.

Hermand apporte trois choses à Macron :

un réseau ;

une culture politique ;

une capacité financière et logistique.

Il lui ouvre ses carnets d’adresses et, selon Le Monde, son carnet de chèques. Il l’incite notamment à s’installer rapidement à Paris.

C’est donc moins un simple « mécène » qu’un accélérateur de carrière.

3. Le rôle paternel est probablement la dimension la plus profonde

Le titre du Monde est particulièrement bien choisi : « le vieil homme et le (futur) président ».

Hermand voit chez Macron ce qu’il estime avoir manqué à Rocard : la capacité à conquérir le pouvoir suprême.

Erik Orsenna résume cette perception en expliquant que Hermand était séduit par la détermination de Macron et considérait qu’il possédait quelque chose que Rocard n’avait pas.

Cela donne à leur relation une dimension presque générationnelle :

Hermand = la mémoire de la deuxième gauche

Macron = sa possible relève présidentielle

Ce qui explique aussi pourquoi Hermand s’investit autant dans l’avenir politique du jeune homme.

4. Hermand voulait initialement Macron pour 2022

C’est un élément souvent oublié.

En 2014, Hermand considère que François Hollande conduit une politique incohérente et estime que Macron devrait tenter de réorienter le quinquennat.

Mais il juge alors 2017 trop tôt.

Il envisage plutôt Macron pour 2022.

La nomination de Macron à Bercy change la situation.

Hermand devient alors une sorte de « visiteur du soir », échangeant très fréquemment avec le ministre et lui donnant conseils et remarques.

Le passage est important :

conseil privé → influence politique → préparation d’une éventuelle candidature.

5. Il participe à la construction du premier réseau d’En Marche

C’est probablement l’aspect le plus significatif politiquement.

En 2015, Hermand reprend contact avec Jean Peyrelevade et lui demande de contribuer à structurer le mouvement qui commence à se former autour de Macron.

Des réunions sont organisées avec :

  • des industriels ;
  • des banquiers ;
  • François Sureau ;
  • Jean Peyrelevade ;
  • des personnalités issues de la deuxième gauche.

L’objectif est alors de constituer un premier cercle de confiance autour de Macron.

Il ne s’agit donc pas simplement de financer une campagne déjà existante.

Hermand participe à la phase embryonnaire de constitution du réseau politique.

6. Son rôle financier

Hermand a bien financé En Marche et a soutenu Macron.

Mais il déclarait en 2016 vouloir respecter le cadre légal des dons politiques et indiquait un montant de 7 500 euros pour son soutien direct, tout en reconnaissant avoir prêté personnellement de l’argent à Macron pour l’achat d’un appartement.

Il faut donc distinguer :

financement politique légal ;

prêt personnel ;

mise à disposition de locaux ;

mise en relation ;

soutien médiatique et intellectuel.

Le pouvoir d’influence de Hermand ne se mesure donc certainement pas à ses seuls dons électoraux.

C’est même probablement l’inverse : son influence était avant tout relationnelle et intellectuelle.

7. Le véritable capital de Hermand était son réseau

Hermand connaissait :

  • Michel Rocard ;
  • Pierre Mendès France ;
  • Pierre Rosanvallon ;
  • Éric Fottorino ;
  • Tahar Ben Jelloun ;
  • Erik Orsenna ;
  • Jean-Marie Cavada ;
  • Jean Peyrelevade ;
  • des industriels ;
  • des banquiers ;
  • des intellectuels de la deuxième gauche.

Il pouvait donc faire circuler Macron entre plusieurs mondes.

C’est ce que l’on pourrait appeler un capital de réseau transversal.

Macron n’avait pas seulement besoin d’argent.

Il avait besoin d’être reconnu successivement par :

les hauts fonctionnaires → les économistes → les patrons → les intellectuels → les journalistes → les responsables politiques → les électeurs.

Hermand pouvait contribuer à plusieurs de ces passages.

8. Mais la relation finit par se détériorer

C’est l’un des aspects les plus révélateurs du récit.

Hermand veut aider Macron, mais il veut aussi être reconnu comme celui qui l’a aidé.

En 2015-2016, il se présente publiquement comme celui qui conseille Macron, lui adresse des notes et le « recadre ».

Il critique même publiquement certaines de ses décisions de communication : Paris Match, le Puy du Fou, certaines attitudes du futur candidat.

Cette attitude provoque des tensions.

Pourquoi ?

Parce qu’elle crée un problème politique classique :

le candidat doit apparaître autonome.

Un présidentiable ne peut pas donner l’impression d’être la créature d’un mécène.

Et c’est précisément ce que certains membres de la jeune équipe macronienne commencent à craindre.

9. Le paradoxe : celui qui a contribué à créer le candidat doit ensuite disparaître

C’est probablement la dimension la plus intéressante du cas Hermand.

Il veut faire de Macron un président.

Mais lorsque Macron devient réellement présidentiable, il doit prendre ses distances avec celui qui pourrait apparaître comme son mentor ou son « faiseur de roi ».

Hermand aurait voulu être reconnu comme l’un des architectes de cette ascension.

Macron, au contraire, devait démontrer :

Attali → réseau intellectuel et économique

« Je suis mon propre homme. »

La relation contient donc une contradiction structurelle :

plus Hermand réussit à faire émerger Macron, plus Macron doit s’émanciper de Hermand.

10. La dimension psychologique est très forte

Le Monde rapporte un témoignage particulièrement dur de Tahar Ben Jelloun : à la fin de sa vie, Hermand attendait quotidiennement un appel de Macron et souffrait de leur éloignement.

Il meurt le 6 novembre 2016.

Quelques jours avant, Macron lui rend visite à l’hôpital et lui annonce qu’il va être candidat.

Macron annonce officiellement sa candidature le 16 novembre 2016.

Hermand meurt donc sans voir la victoire de son protégé, mais après avoir appris qu’il allait effectivement se présenter.

11. Ce que cet épisode dit de la formation politique de Macron

Il faut ici dépasser la seule relation personnelle.

Le parcours de Macron peut être lu comme la rencontre de plusieurs réseaux :

Attali → monde intellectuel et réformateur

Rocard/Hermand → deuxième gauche

Rothschild → monde financier

Hollande/Jouyet → sommet de l’État

Bercy → monde économique et administratif

En Marche → recomposition politique

Hermand occupe donc une position particulière : il fait le lien entre la tradition rocardienne et la nouvelle génération macronienne.

C’est probablement sa contribution politique la plus importante.

12. Hermand permet aussi de relativiser la thèse du « Macron fabriqué par les financiers »

Le cas est intéressant parce qu’il complique cette lecture.

Oui, Macron a bénéficié de réseaux économiques.

Mais Hermand n’est pas un représentant typique de la finance internationale.

C’est un patron engagé dans la deuxième gauche, proche de Rocard, de Mendès France, de la presse progressiste et des intellectuels réformistes.

Son projet pour Macron est d’abord politique :

faire émerger une nouvelle social-démocratie capable de dépasser le PS traditionnel.

13. Synthèse

Henry Hermand figure parmi les personnalités les plus importantes de la préhistoire politique de Macron, même s’il n’est pas le seul.

Son importance ne réside pas principalement dans le montant de son soutien financier.

Elle réside dans quatre éléments :

1. La confiance personnelle.
Il considère très tôt Macron comme un futur président.

2. La filiation politique.
Il transmet une partie de l’héritage Mendès France–Rocard.

3. Le réseau.
Il met Macron en relation avec des personnalités économiques, intellectuelles et politiques.

4. La légitimation.
Il contribue à faire considérer Macron comme le candidat possible d’une nouvelle gauche réformiste, avant même la création d’En Marche.

Le paradoxe final est remarquable : Henry Hermand contribue à construire Macron comme homme politique, puis devient progressivement un problème pour Macron précisément parce qu’il veut continuer à apparaître comme celui qui l’a construit. C’est une mécanique classique de la conquête du pouvoir : le mentor est indispensable pour faire émerger le prétendant, mais le prétendant doit finalement s’affranchir du mentor pour apparaître comme souverain.

B. Le véritable écosystème de fabrication d’une candidature présidentielle entre 2004 et avril 2016

L’enjeu est de reconstituer l’écosystème de fabrication d’une candidature présidentielle entre 2004 et avril 2016, en distinguant les réseaux qui lui ont apporté du capital intellectuel, administratif, financier, politique, médiatique et relationnel.

Le point de départ est important : Emmanuel Macron n’arrive pas en 2016 comme un inconnu qui crée ex nihilo En Marche. Il dispose déjà, à 38 ans, d’un capital relationnel exceptionnellement diversifié, constitué progressivement depuis l’Inspection des finances, la commission Attali, Rothschild, l’Élysée et Bercy. L’Élysée confirme qu’il entre à l’IGF en 2004, rejoint le secteur bancaire en 2008, devient secrétaire général adjoint de l’Élysée en 2012, puis ministre de l’Économie en 2014.

1. Le premier étage : l’Inspection des finances

La première infrastructure est administrative.

Sorti de l’ENA en 2004, Macron entre à l’Inspection générale des finances. C’est une position déterminante : elle lui donne accès à une population très particulière de hauts fonctionnaires, aux cabinets ministériels et aux réseaux économiques de l’État.

Il ne faut donc pas voir son passage à l’IGF comme une simple première affectation professionnelle.

C’est le premier réseau de compétence et de légitimité.

Il acquiert simultanément :

  • une expertise économique ;
  • une connaissance de l’État ;
  • des relations avec les grands corps ;
  • une proximité avec des décideurs politiques ;
  • une crédibilité auprès des milieux économiques.

Le jeune inspecteur peut ainsi circuler entre administration, politique et entreprise.

2. Jean-Pierre Jouyet : la première passerelle politique décisive

Jean-Pierre Jouyet constitue probablement l’une des premières connexions déterminantes.

Macron travaille à l’Inspection des finances sous son autorité et entretient ensuite avec lui une relation durable. Le Monde souligne que son carnet d’adresses commence à s’étoffer à cette période.

Jouyet est particulièrement intéressant parce qu’il est lui-même un homme de passerelle :

haute fonction publique → Jacques Delors → gauche réformiste → Nicolas Sarkozy → François Hollande.

Il représente donc exactement le type de réseau dont Macron aura besoin : un réseau qui ne s’arrête pas aux frontières partisanes.

C’est une caractéristique fondamentale de la trajectoire de Macron.

3. Jacques Attali : le « multiplicateur intellectuel »

Le deuxième grand nœud est Jacques Attali.

En 2007, Macron devient rapporteur général adjoint de la Commission pour la libération de la croissance française présidée par Attali.

C’est un moment capital.

Macron passe alors du statut de jeune haut fonctionnaire à celui de jeune réformateur identifié par les élites économiques et intellectuelles.

La commission réunit des personnalités venues :

  • de l’entreprise ;
  • de la finance ;
  • de l’administration ;
  • de l’université ;
  • du conseil ;
  • des médias.

Macron se retrouve au centre de cette circulation.

C’est là qu’il commence à construire le profil qui sera ensuite au cœur d’En Marche :

État + économie + réforme + Europe + ouverture politique.

4. La Commission Attali est beaucoup plus importante qu’un simple rapport

Elle constitue un véritable accélérateur de réseau.

L’exemple de McKinsey est révélateur : des consultants du cabinet travaillent alors gratuitement pour la commission, et Macron côtoie notamment Eric Labaye et Pierre Nanterme. Le réseau professionnel constitué à cette époque réapparaîtra plus tard autour d’En Marche.

Il faut cependant être rigoureux : cela ne démontre pas que McKinsey a « fabriqué Macron ».

Cela démontre quelque chose de beaucoup plus précis :

Macron entre très tôt dans un milieu où hauts fonctionnaires, consultants, chefs d’entreprise et réformateurs travaillent sur une même conception de la transformation de l’État et de l’économie.

C’est un réseau d’idées autant qu’un réseau de personnes.

5. Michel Rocard : la filiation politique

Si Attali fournit une partie du réseau intellectuel, Michel Rocard fournit une filiation politique.

Macron se rapproche de Rocard et se réclamera ensuite de la deuxième gauche.

Cette filiation est essentielle parce qu’elle permet de résoudre une contradiction apparente.

Macron peut défendre :

  • l’entreprise ;
  • la concurrence ;
  • la réforme ;
  • l’Europe ;
  • la modernisation de l’État ;

tout en se présentant comme issu de la tradition sociale-démocrate.

C’est précisément ce qui rendra possible son discours ultérieur du « en même temps ».

Le Monde identifiait déjà en 2014 Rocard et Attali comme ses « vrais mentors ».

6. Henry Hermand : la connexion entre Rocard et Macron

C’est ici que votre article précédent prend tout son sens.

Hermand ne crée pas Macron.

Mais il constitue un pont générationnel.

Il appartient au monde de la deuxième gauche, du rocardisme, des intellectuels réformateurs et du patronat engagé.

Il apporte à Macron quelque chose qu’Attali ne fournit pas exactement :

une reconnaissance affective et politique au sein d’une famille idéologique.

Il devient progressivement un mentor, un conseiller et un facilitateur de réseau.

Son importance est donc davantage qualitative que financière.

7. Rothschild : le passage du réseau public au capital privé

En 2008, Macron rejoint Rothschild & Cie.

C’est un changement de nature.

Il ne dispose plus seulement du capital symbolique d’un haut fonctionnaire.

Il acquiert une expérience concrète du monde des affaires et, surtout, un réseau d’entreprises et de dirigeants.

Sa progression est extrêmement rapide : il devient associé-gérant et intervient dans de grandes opérations financières, dont le rachat par Nestlé d’une filiale de Pfizer. Le Monde estime qu’il a gagné près de 2,9 millions d’euros chez Rothschild.

Cette période produit trois effets.

Premier effet : financier.

Macron devient personnellement riche.

Deuxième effet : professionnel.

Il acquiert une crédibilité auprès des dirigeants économiques.

Troisième effet : relationnel.

Son carnet d’adresses s’élargit considérablement.

Il peut désormais parler à la fois aux hauts fonctionnaires et aux dirigeants d’entreprise.

8. Serge Weinberg : une autre passerelle

Le recrutement chez Rothschild est également révélateur des réseaux croisés.

Selon Le Monde, Macron rejoint Rothschild sur les conseils de Serge Weinberg.

Weinberg est alors une personnalité majeure du capitalisme français.

Cela ajoute une nouvelle couche au réseau :

haute administration → politique → patronat → banque d’affaires.

Ce croisement sera l’une des caractéristiques fondamentales de la future Macronie.

9. François Hollande : le passage de la périphérie au pouvoir

Macron rencontre François Hollande au milieu des années 2000, notamment grâce à Jacques Attali. Le récit du Monde situe une rencontre déterminante autour de 2008, Attali présentant alors Macron à Hollande.

Hollande ne fait cependant pas immédiatement de Macron son homme.

Il l’observe.

Macron se rapproche progressivement de son entourage et devient conseiller puis secrétaire général adjoint de l’Élysée en 2012.

C’est une rupture majeure.

Jusqu’alors, Macron est un homme de réseaux.

À partir de 2012, il est au cœur de l’appareil présidentiel.

10. Jouyet joue ici un rôle particulièrement important

Jean-Pierre Jouyet devient secrétaire général de l’Élysée sous Hollande.

Macron devient son adjoint.

Le réseau construit depuis l’IGF rejoint donc directement le sommet de l’État.

La trajectoire est remarquable :

2004 : IGF

2007 : Commission Attali

2008 : Rothschild

2012 : Élysée

2014 : Bercy

2016 : En Marche

2017 : présidence de la République.

Ce n’est pas une succession aléatoire.

C’est une accumulation de positions qui se renforcent mutuellement.

11. Bercy : la transformation du réseau en notoriété politique

Le ministère de l’Économie constitue l’étape décisive.

Avant 2014, Macron est connu des élites politiques, économiques et administratives.

Après son arrivée à Bercy, il devient progressivement connu du grand public.

Il dispose désormais :

d’une fonction gouvernementale ;

d’une exposition médiatique ;

d’une politique identifiable ;

d’une équipe ;

d’un bilan ;

d’un réseau politique.

La loi Macron joue ici un rôle important.

Elle devient simultanément :

un instrument de politique économique

et

une plateforme de positionnement politique.

12. Bercy lui fournit surtout une nouvelle génération

C’est un élément qu’il faut absolument intégrer.

Autour de Macron apparaissent progressivement :

  • Ismaël Emelien ;
  • Julien Denormandie ;
  • Benjamin Griveaux ;
  • Alexis Kohler ;
  • Thomas Cazenave ;
  • Gérald Darmanin, dans un autre registre ;
  • et d’autres hauts fonctionnaires, conseillers et communicants.

Une partie de ces personnes constituera ensuite le premier environnement d’En Marche.

Le réseau n’est donc plus seulement celui des « parrains ».

Macron commence à créer son propre réseau générationnel.

Le Monde a d’ailleurs reconstitué les premiers cercles d’En Marche et montre que plusieurs collaborateurs rencontrés avant avril 2016 deviennent des membres du noyau dur du mouvement.

13. La rupture fondamentale : Macron cesse progressivement d’être le protégé des réseaux

C’est probablement le moment le plus important.

Entre 2004 et 2014, Macron avance essentiellement grâce à des positions et à des recommandations.

Mais entre 2014 et 2016, il commence à devenir lui-même un producteur de réseau.

C’est une transformation qualitative.

Avant :

Macron entre dans les réseaux existants.

Après :

les réseaux commencent à se structurer autour de Macron.

C’est le passage du protégé au centre de réseau.

14. 2015-2016 : naissance du réseau politique autonome

C’est ici que Henry Hermand devient particulièrement important.

Des rencontres commencent à être organisées autour du projet politique de Macron.

On retrouve :

patrons ;

banquiers ;

intellectuels ;

hauts fonctionnaires ;

anciens rocardiens ;

communicants ;

élus socialistes ;

centristes.

Le mouvement qui deviendra En Marche est donc précédé par un réseau de réflexion et de recrutement.

Le mouvement officiel est créé le 6 avril 2016.

Mais son infrastructure humaine est antérieure.

15. Ce que signifie réellement « En Marche »

La formule importante serait :

En Marche n’est pas le commencement de la trajectoire de Macron ; c’est la cristallisation institutionnelle d’un réseau construit pendant environ douze ans.

C’est une différence considérable.

Le 6 avril 2016 n’est donc pas :

année zéro.

C’est :

année de formalisation.

16. Une cartographie des réseaux

                         MICHEL ROCARD
                              │
                              │ filiation politique
                              ▼
                        HENRY HERMAND
                              │
                              │ réseau / mentorat
                              ▼
                          E. MACRON
                              ▲
                              │
                    JACQUES ATTALI
                              │
                              │ formation / réseau
                              ▼
                       COMMISSION ATTALI
                              │
               ┌──────────────┼──────────────┐
               ▼              ▼              ▼
          Entreprises     Consultants     Intellectuels
               │              │              │
               └──────────────┼──────────────┘
                              ▼
                        RÉSEAU ÉCONOMIQUE

JEAN-PIERRE JOUYET ───────► MACRON ◄─────── SERGE WEINBERG
       │                                      │
       ▼                                      ▼
     ÉLYSÉE                                ROTHSCHILD
       │                                      │
       └──────────────┬───────────────────────┘
                      ▼
                 FRANÇOIS HOLLANDE
                      │
                      ▼
                  ÉLYSÉE 2012
                      │
                      ▼
                   BERCY 2014
                      │
                      ▼
               NOUVELLE ÉQUIPE
                      │
                      ▼
                 EN MARCHE 2016

17. Ce que cette cartographie permet d’affirmer

Il existe une convergence de cinq types de capital.

Capital administratif : ENA + Inspection des finances + Élysée + Bercy.

Capital intellectuel : philosophie + Attali + Rocard + réformisme.

Capital économique : Rothschild + dirigeants d’entreprise + Bercy.

Capital politique : Hollande + Jouyet + réseaux socialistes et centristes.

Capital relationnel : Hermand + Attali + réseaux patronaux, intellectuels et administratifs.

Macron possède ainsi, avant même En Marche, quelque chose de très rare :

la capacité à passer d’un monde à l’autre sans appartenir totalement à un seul.

C’est probablement l’une des clés de son succès.

18. Le « système Macron »

Il serait excessif de dire :

« ces réseaux ont fabriqué Macron ».

Mais il serait tout aussi naïf de considérer son ascension comme celle d’un individu isolé ayant simplement bénéficié de son talent.

La réalité documentée se situe entre les deux.

Le talent individuel explique la capacité de Macron à convertir les opportunités.

Les réseaux expliquent pourquoi autant d’opportunités se sont présentées à lui aussi rapidement.

La question pertinente n’est donc pas :

« Qui a fabriqué Macron ? »

mais :

« Comment Macron a-t-il converti successivement différents réseaux en capital politique personnel ? »

Et sur ce terrain, la chronologie est particulièrement instructive.

19. Le mécanisme de conversion

On peut même le résumer comme une chaîne :

ENA → légitimité administrative

IGF → réseau d’État

Rothschild → capital financier et patronal

Jouyet/Hollande → accès au sommet de l’État

Bercy → visibilité nationale

Hermand/Rocard → filiation politique

équipe personnelle → autonomie organisationnelle

En Marche → transformation du réseau en mouvement

2017 → conversion du capital relationnel en pouvoir électoral.

C’est cette mécanique, plus que l’identité d’un « mentor unique », qui explique la rapidité exceptionnelle de l’ascension.

20. Conclusion

Avant avril 2016, Macron n’a pas encore de parti.

Mais il possède déjà quelque chose qui, politiquement, peut être presque aussi important :

un réseau transversal capable de relier l’État, la finance, l’entreprise, les intellectuels, la haute fonction publique et une partie de la gauche réformiste.

En Marche transforme ce réseau informel en organisation politique.

Et c’est probablement le point central à retenir :

2016 n’est pas la naissance de l’écosystème Macron. C’est le moment où cet écosystème devient une machine politique autonome.

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