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Pas de démocratie sans retour d’expérience ?

INTRODUCTION

L’impérieuse nécessité du retour d’expérience

Plusieurs de nos publications évoquent la nécessité du RETEX. A cela deux raisons: la premiere est que ce Retex s’impose dans toutes les gestions professionnelles de crise, et la seconde est que le bilan – ou inventaire – s’impose à toute action publique, en démocratie.

Emmanuel Hirsch, Professeur d’éthique médicale, Université Paris-Saclay et Fondateur du site éthique-pandémie.com a publié un article sur Linkedin dans lequel il regrette que:

« s’improvise dans le désordre et sans même avoir pris le temps du retour d’expérience une compilation de vielles rengaines qui en ces deux derniers mois ont pris de l’âge au point de sonner faux, d’être désuètes, voire inopportunes »... »encore serait-il important que l’on ne renonce pas dans la précipitation ou pour éviter d’indispensables confrontations, à notre devoir collectif d’inventaire ».

Il conclut ainsi; « Au devoir d’inventaire doit être associé un devoir de démocratie qui permettra d’inventer ensemble les lendemains d’une crise qui ne fait que commencer. » 

ARTICLE

Covid-19 : au devoir d’inventaire doit être associé un devoir de démocratie

Ils ont fait battre le cœur de notre démocratie 

Le slogan obligé  de ceux qui font leur retour sur scène après quelques semaines de confinement se résume à un mantra auxquels ils concèdent sans trop de conviction : « Rien ne saurait plus être comme avant… » Voilà que s’improvise dans le désordre et sans même avoir pris le temps du retour d’expérience une compilation de vielles rengaines qui en ces deux derniers mois ont pris de l’âge au point de sonner faux, d’être désuètes, voire inopportunes.

Si l’on s’accordait sur le constat que rien ne pourrait être demain comme avant, encore serait-il important que l’on ne renonce pas dans la précipitation ou pour éviter d’indispensables confrontations, à notre devoir collectif d’inventaire. Et rien n’indique que l’intention soit désormais de comprendre ce que le Covid-19 a révélé de notre société pour y saisir à quoi cette crise nous engage pour demain. Avons-nous déjà sacrifié cette ambition, abandonnant à des commissions d’enquêtes parlementaires et à des contentieux juridictionnels l’épurement de la gestion politique de la pandémie comme si nous en serions quitte pour nous affranchir d’un bilan ? 

Les préoccupations de ces derniers jours étaient vouées à l’obsession de renouer avec une liberté retrouvée et une normalité à rétablir. D’autres prérogatives imposent un ordonnancement qui met déjà à distance l’inventaire tragique au jour le jour de la mortalité du Covid-19, les admonestations gouvernementales à la l’autodiscipline, les témoignages transmis du front soignant, les explicitations et les controverses médico-scientifique ainsi que les annonces attendues des mesures imposées.

Comme après une catastrophe, « la vie reprend ses droits » et l’on se découvre hébété de retrouver des habitudes que l’on croyait perdues, hésitant d’un pas mal assuré avant de vite retrouver ses repères. Il nous est toutefois rappelé que la menace déjà mise à distance persiste, et qu’au « moindre relâchement » nos efforts seraient compromis. Cette libération provisoire est conditionnée par ce « sens des responsabilités » invoqué, faute d’un discours plus crédible et cohérent, par les autorités publiques défiées par un besoin d’émancipation et surtout les suspicions à l’encontre de décisions contestées. C’est je pense la première leçon politique qui s’impose à nous en cette phase d’une transition fragile et inquiétante dont rien n’indique quelle en sera l’issue. Nous avons retrouvé « les chemins de la liberté » au moment où une pandémie risquait de nous les confisquer et que les lois du confinement pouvaient nous inciter au replis du « sauve qui peut ».

En témoignent ces visages de notre démocratie incarnés par une « armée des ombres » qui, de sa propre initiative, a pris en soin notre destinée. L’esprit d’engagement, l’intelligence du réel, le sens du bien commun se sont opposés aux contempteurs de nos valeurs d’humanité. Tirés de leur anonymat et d’une indifférence quelque peu méprisante, ces invisibles de la vie sociale ont été reconnus comme les acteurs indispensables du bien public. Ilz ont réhabilité le principe de confiance en assumant parfois au prix de leur vie une mission essentielle à la cohésion nationale.

Saura-t-on respecter au-delà de la crise ces « gens de peu »  découverts comme des « gens qui peuvent », là où la tentation de déserter risquait de compromettre notre mobilisation ? Leur exemplarité mérite mieux que les hommages convenus, les primes et ces promesses hâtives de responsables désarçonnés. Reviennent déjà  les propos malveillants, les exigences et les impatiences à l’égard de ceux qui ont été héroïsés le temps d’un rituel d’exorcisme collectif. Notre devoir d’inventaire ne pourra pas s’exonérer d’une compréhension, d’une intégration et donc d’une reconnaissance de l’expertise que détiennent ceux qui ont fait battre le cœur de la démocratie en des circonstances de menace vitale.  Il convient d’être inventif d’un moment politique autre qu’un « grand débat » sans conséquences. 

L’après ne pourra se penser et se construire sans celles et ceux qui nous ont permis de survivre au Covid-19.

Une promesse de renouveau démocratique qui ne saurait être déçue

Les positions de l’État, à travers des prises de positions solennelles, ont été marquées par un souci de pragmatisme, de justice, de considération notamment à l’égard des personnes en situation de vulnérabilité. Cette dignité et ce courage politiques se sont opposés aux chantres d’un libéralisme davantage préoccupé d’impératifs financiers que de la survie des victimes désignées du Covid-19. Il convenait de défendre l’honneur de notre démocratie, au prix des conséquences redoutables d’une précarisation sociale liée à la désorganisation de la vie économique, aux sinistres dans l’emploi ainsi qu’à une fragilisation encore accentuée des personnes les plus démunies dans notre pays comme au-delà de nos frontières. 

Le devoir d’inventaire peut dès lors se comprendre comme droit à l’inventaire de ce qui a été assumé politiquement, au nom de ce que nous sommes et afin de préserver les principes inconditionnels auxquels nous sommes attachés. Ceux qui se sont imposés comme des repères éthiques au moment où l’on aurait pu en douter et risquer de perdre les valeurs acquises dans les combats pour la démocratie.

Cette exemplarité politique ne doit pas être dissimulée par la kyrielle de critiques et de mises en cause des instances décisionnelles qui assumeront demain leurs choix. Les souffrances et les blessures de ceux que la pandémie a meurtris doivent s’exprimer. Nous leur devons une écoute, notre sollicitude et la réparation qui serait justifiée. Pour autant, un juste équilibre s’impose entre la vindicte et l’analyse pondérée des circonstances le temps venu. Faire face à une impréparation provoquée à travers le temps par des renoncements, des négligences ou des appréciations inconsidérées en matière de stratégies de santé publique, imposait une hiérarchisation des décisions. Gérer dans l’incertitude et l’urgence les carences structurelles, les pénuries et les insuffisances de toute nature n’a rien à voir avec un exercice théorique. Lorsque la cohésion de la nation et ses enjeux vitaux dépendent de décisions contraintes, arbitrées dans un contexte de pratiques dégradées, viser le moindre mal c’est par nature s’exposer aux jugements de ceux qui, exonérés du devoir de choisir, prétendent qu’ils auraient agi différemment. 

La méthode davantage que les arbitrages devrait être discutée, dès lors que l’expertise aura renoncé à toute ouverture sur la société civile, y compris  pour bénéficier de la légitimité, des savoirs et de la crédibilité des instances représentatives de la démocratie en santé. Le confinement politique est peu compatible avec la gouvernance d’une crise sanitaire et sociale qu’il convient d’affronter, de comprendre et de vivre ensemble. On l’a observé ces dernières semaines, d’autres autorités, compétences et agilités se révèlent et s’imposent lorsque les administrations s’avèrent sans autre efficience que d’énoncer des procédures rarement compatibles avec les impératifs immédiats.

Notre devoir d’inventaire doit s’imposer un examen scrupuleux et circonstancié de ce qui s’est inventé dans l’urgence d’initiatives de terrain, assumées avec intelligence et résolution, sans alternative, sans prescriptions surplombantes, sans commentaires inutiles, au nom d’une conception vécue et partagée de nos devoirs d’humanité. Cette liberté dans l’exercice d’une responsabilité politique revendiquée alors que l’effroi acculait à la retenue ou au silence les commentateurs patentés de la vie publique, porte une promesse de renouveau démocratique qui ne saurait être déçue.

Au devoir d’inventaire doit être associé un devoir de démocratie qui permettra d’inventer ensemble les lendemains d’une crise qui ne fait que commencer. 

1 réponse »

  1. ECHANGES SUR LES RESEAUX

    Thierry-Yves Lidolff:

    Le RETEX- Retour d’Expérience ne pourra pas cacher:
    – la gestion non professionnelle et non sincère
    – la legende des masques,
    – la croyance sur les tests
    – le scandale des Ehpad…

    Article:

    « Le refus d’hospitalisation des résidents d’Ehpad, dernier tabou du covid

    Pendant plusieurs semaines, certains résidents d’Ehpad malades du Covid-19 ont été refusés par les services d’urgence, faute de place. Une perte de chance qui illustre l’échec des pouvoirs publics à protéger l’ensemble de la population. »

    Jean-Xtophe Ordonneau :

    Effectivement Thierry-Yves Lidolff il faut absolument faire ce RETEX : l’administration de la santé a été clairement défaillante.
    On peut comprendre son indécision initiale face à la nouveauté de la maladie mais après …
    Le plus choquant est que olivier veran annonçait en mars devant la représentation nationale 11.000 places de soins intensifs et pour autant les services d’Île de France étaient toujours saturés.
    Peut-être, la peur d’être débordés plus tard par l’épidémie dans les régions non touchés.
    Ils voulaient préserver la santé en sacrifiant l’honneur…

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