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Enquête Covid : colère, peur, espoir

COVID-19: CARTOGRAPHIE DES ÉMOTIONS EN FRANCE par FONDAPOL

Présentation des objectifs et des résultats

Les systèmes politiques, économiques et sociaux doivent surmonter les défis considérables liés à la pandémie du Covid-19. Cette crise sanitaire vient bouleverser nos vies et notre rapport aux autres ; elle affecte nos émotions, nos comportements, nos plans de vie.

Dans ce contexte, l’étude de l’opinion publique, des représentations collectives et des attitudes permet de guider l’action publique et de nourrir les débats. C’est également une manière de contribuer à la mémoire d’un événement sans précédent. C’est pourquoi la Fondation pour l’innovation politique est partie prenante du programme international de recherche nommé « Citizens’ Attitudes Towards Covid-19 ». Cette recherche prend la forme d’une série d’enquêtes d’opinion administrées par l’institut Ipsos, à intervalles réguliers, dans vingt pays. Le consortium de partenaires est composé de l’Agence nationale de la recherche (ANR), de l’Agence française de développement (AFD), du Cerdi-CNRS, de la Banque mondiale, du Cevipof (CNRS, Science Po), de France Stratégie, de l’IAST (Toulouse School of Economics, université de Toulouse), de la Hanover Universität, de la Harvard Business School, de l’université de Montréal, de la McGill University, de l’Università Bocconi, de l’European University Institute et de l’University of York.

Le programme d’enquète

Ce programme vise à fournir un suivi inédit de l’opinion publique dans le contexte de la crise du Covid-19 : sentiments éprouvés, rapport à la sécurité sanitaire, acceptation ou lassitude face aux dispositifs de protection mis en place ou aux recommandations de santé publique, etc. Ces enquêtes doivent permettre, d’une part, une meilleure compréhension de la façon dont les différents publics s’adaptent psychologiquement aux mesures de distanciation sociale et, d’autre part, une meilleure appréhension du consentement par rapport aux mesures mises en place.

La présente contribution s’intéresse particulièrement aux données relatives aux émotions déclarées par les Français entre les mois de mars et mai 2020, dans une perspective comparative entre douze régions. Les niveaux des émotions sont mesurés à partir des réponses à la question : « Quand vous pensez à la situation liée au coronavirus (Covid-19) en France, vous éprouvez… (sur une échelle de 0 à 10) » déclinée pour trois émotions : « de la peur », « de l’espoir » et « de la colère ». Pour un individu donné, une émotion est considérée éprouvée lorsque sa réponse se situe entre 7 et 10 sur cette échelle (soit « oui »). Le niveau d’émotion correspond au pourcentage de personnes éprouvant cette émotion. Une question distincte est posée pour chacune des émotions précitées : chaque répondant indique ainsi consécutivement dans quelle mesure il ressent de la peur, dans quelle mesure il ressent de l’espoir et dans quelle mesure il ressent de la colère.

Synthèse des émotions « mesurées »

En moyenne, du 24-25 mars au 8-10 mai 2020, parmi les sentiments testés dans les douze régions françaises
étudiées, la peur diminue, l’espoir augmente modérément mais la colère ne faiblit pas.
• La comparaison entre le nombre d’hospitalisations et la diffusion des émotions ressenties à l’échelle régionale
indique une dissociation entre la perception et la réalité quant à la situation induite par le coronavirus.
• Certaines régions peu touchées par le virus présentent des niveaux de peur et de colère plus élevés que
des régions pourtant plus touchées. Peut-être est-ce la crainte de voir arriver sur le territoire ce qui n’est pas
encore présent ou bien, au-delà des effets sur la santé, la crainte des répercussions économiques et sociales
spécifiques au contexte de la région.
• En moyenne, sur la période, dans quatre régions étudiées, plus d’un habitant sur deux dit éprouver de la
colère par rapport à la pandémie de Covid-19 : en Bourgogne-Franche-Comté (54,2%), en Provence-AlpesCôte d’Azur/Corse1
(52,6%), dans les Hauts-de-France (51%) et en Occitanie (51%).
• La Bretagne est championne de l’optimisme et ses habitants se distinguent par leur faible inquiétude.
• Une mesure additionnelle, effectuée entre le 22 et le 24 mai 2020, permet de constater qu’après les
premières procédures de déconfinement, si la peur et la colère diminuent, l’espoir reste en berne.

La veille du déconfinement

Au 8-10 mai, 38,3% des Français interrogés
répondaient éprouver de la peur (réponse « oui »,
de 7 à 10 sur une échelle de 0 à 10) à propos de la
situation du coronavirus en France. Près de la moitié
d’entre eux (46,6%) disaient ressentir de la colère
et une moindre proportion exprimaient de l’espoir
(35,4%).
Espoir
Le sentiment d’espoir ne fait pas apparaître
de différences significatives entre les régions.
Cependant, les habitants d’Île-de-France sont les
moins nombreux à dire ressentir de l’espoir (31,5%);
à l’inverse, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur/
Corse est la région dans laquelle le niveau d’espoir
enregistré (39,1%) est le plus élevé au 8-10 mai
2020.
Colère
Le sentiment de colère est réparti de manière
plus hétérogène sur le territoire. Dans quatre
régions, plus d’un habitant sur deux dit éprouver
de la colère vis-à-vis de la situation : en Bourgogne
Franche-Comté (54,2%), en Provence-Alpes-Côte
d’Azur/Corse (52,6%), en Occitanie (51%) et dans
les Hauts-de-France (51%). Dans deux régions, ce
niveau de colère est sensiblement moins élevé :
Bretagne (32,5%) et Centre-Val de Loire (37,6%).
Les autres régions se trouvent dans un groupe
intermédiaire, avec des niveaux de colère oscillant
entre 43,7% et 49,5%.
Peur
La peur est plus souvent citée dans les régions
du centre et dans la région la plus au nord, les
Hauts-de-France. Il est intéressant de constater
que les régions dans lesquelles on comptabilise le
plus grand nombre d’hospitalisations ne sont pas
toujours celles où le sentiment de peur est le plus
répandu.
Si la géographie des émotions en France révèle des
situations contrastées, c’est à travers leur évolution
au cours de ces derniers mois que l’on peut observer
des trajectoires territoriales spécifiques et que l’on
peut voir apparaître des liens entre réalité du terrain
et ressentis régionaux

Après le deconfinement

Une nouvelle mesure, effectuée entre le 22 et le
24 mai, soit une dizaine de jours après les premières
procédures de déconfinement en France, permet
d’observer l’évolution des émotions ressenties par
les Français dans les douze régions étudiées. Ainsi,
au 22-24 mai, 33,8% d’entre eux disent ressentir
de la peur (–4,5 points depuis le 8-10 mai), 32,8%
disent ressentir de l’espoir (–2,6 points depuis
le 8-10 mai) et 43,2% éprouvent de la colère
(–3,4 points depuis le 8-10 mai).
Peur
Le 7 mai, à la veille du déconfinement, le gouvernement
a publié une carte permettant de classer les régions
françaises à partir d’une synthèse de trois critères :
la dynamique de l’épidémie, l’affluence dans les
services de réanimation et la capacité à tester et à
tracer les individus supposés être entrés en contact
avec le virus. La performance des départements
pour ces différents indicateurs conditionnait le
mode de sortie de confinement : selon la couleur
assignée au département (rouge, orange ou
vert), les restrictions mises en place dans le cadre
de la lutte contre le coronavirus ont été plus ou
moins allégées. Une nouvelle carte sera publiée à
l’occasion du lancement de la seconde phase du
déconfinement.
Selon cette classification, cinq régions sont en
rouge, les autres sont en vert. Parmi les régions
classées en rouge, l’une, Mayotte, ne fait pas partie
des régions étudiées ici. Parmi les quatre autres,
trois présentent des niveaux de peur supérieurs à la
moyenne des douze régions (33,8%) : la BourgogneFranche-Comté (47%), les Hauts-de-France (43,3%)
et l’Île-de-France (35,2%). La région Grand Est fait
exception avec un niveau de peur plus bas (29,6%)
et plus proche des trois régions les moins touchées
(Occitanie, Nouvelle-Aquitaine et Bretagne) que
des autres régions en rouge. Par ailleurs, suite
à une diminution des niveaux de peur qui y sont
exprimés, ces trois régions les moins touchées
figurent désormais en bas du classement, ce qui
n’était pas le cas lors des mesures précédentes.
Peut-être pourrait-on y voir un premier effet du
déconfinement, apportant un soulagement aux
habitants de ces régions qui, confinées bien que
peu touchées par le virus, auraient pu développer
un sentiment de frustration.

Colère
Le déconfinement semble être source d’apaisement
pour nombre de Français. La colère est restée très
élevée et varie peu au cours des deux derniers
mois (mars à mai 2020); elle diminue de façon
significative pour la première fois au 22-24 mai.
Le sentiment de colère augmente sensiblement
parmi les habitants de la région Île-de-France
(+2,7 points), un peu dans le Centre-Val de Loire
(+1,2 point) et à peine en Bourgogne-FrancheComté (+0,3 point). La colère diminue dans les
autres régions étudiées. Les variations les plus
fortes s’observent dans le Pays de la Loire (de 45,4 à
32,0%, soit –13,4 points), en Provence-Alpes-Côte
d’Azur/Corse (de 52,6 à 45,0% soit –7,6 points)
ainsi qu’en Occitanie (de 51 à 45%, soit –6 points).
Espoir
Bien que le nombre d’hospitalisations continue de
diminuer dans chacune des douze régions étudiées
et alors que la situation semble s’améliorer, le
sentiment d’espoir n’augmente pas. Il est en
légère hausse en Bourgogne-Franche-Comté par
rapport au 8-10 mai (+4,5 points), mais ailleurs il
reste constant ou diminue. En moyenne, seul un
tiers (32,8%) des Français dans les douze régions
étudiées déclarent éprouver de l’espoir quand ils
songent à la situation engendrée par la pandémie
du coronavirus. Cette proportion atteint son
minimum (28%) en Île-de-France et son maximum
(37,9%) en Bourgogne-Franche-Comté. C’est en
outre dans cette dernière région que le niveau de
peur le plus haut (47%) est enregistré au 22-24 mai.

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