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Les « vieux » dans la gestion du covid

BILLET

Le sort réservé aux personnes hébergées en EHPAD

Les Ehpad n’ont certainement pas fait l’objet de l’attention et de la gestion qui s’imposaient ( masques, tests, soins, hospitalisation…) pour les personnes hébergées comme pour les personnels. Cela aura nettement réduit, par rapport aux autres populations, leurs chances de réchapper du Covid-19. On a même refusé durant plusieurs semaines à en comptabiliser les décès ( comme celui des personnes décédées à domicile, souvent des personnes âgées ).

Pendant plusieurs semaines, certains résidents d’Ehpad malades du Covid-19 ont été refusés par les services d’urgence – par précaution semble t il ! Une perte de chance qui illustre l’échec des pouvoirs publics à protéger l’ensemble de la population.

C’est de l’intérieur même d’un EHPAD que le Président de la République a annoncé – de manière jugée brutale, inattendue et impréparée par les professionnels de la santé et de la crise – que les familles ne devaient plus rendre visite à leurs aînés.

Cette initiative illustre la stratégie retenue au plus haut niveau: la pénurie de moyens ( masques, tests, lits…) a conditionné – sans transparence – le discours sanitaire et sa mise en oeuvre. Par après la doctrine, et ce que nous avons appelé « la légende des masques », a évolué à mesure que les moyens devenaient disponibles : aujourd’hui les masques – réputés inutiles – peuvent être imposés par des tiers ( Communes, magasins, entreprises…) l’Etat reste sur sa posture – ce qui n’empêche pas au PR de se présenter avec un masque chic – mais met les personnes âgées au cœur même de sa communication: ce sont les plus de 65 ans « les plus touchés » et « les plus concernés par les précautions ».

Le sujet illustre-t-il l’échec des pouvoirs publics à protéger l’ensemble de la population française de la même façon face au coronavirus ? Au sommet de l’Etat, on s’était d’ailleurs toujours abstenu de communiquer sur des pratiques de ce type.

Une réalité qui fait « froid dans le dos »

Les témoignages que a pu lire dans la presse – Marianne en particulier – sont edifiants: « Dans beaucoup de nos établissements, le Samu ne venait plus, raconte Isabelle Jallais, déléguée FO au sein du groupe d’établissements de santé privés Korian. J’ai eu des collègues infirmières en pleurs au téléphone. Avec des résidents qui mouraient dans leur chambre et pour lesquels on ne pouvait rien…»

Florence Arnaiz-Maumé, secrétaire générale du Synerpa, le syndicat professionnel des Ehpad privés, confirme elle aussi : « Dans le Grand Est, en Bourgogne-Franche-Comté, pendant trois semaines, puis en Ile-de-France et dans d’autres régions, certes moins longtemps, le 15 a refusé d’hospitaliser nos résidents à de très nombreuses reprises. Ce n’est allé mieux qu’à partir du 21 mars, quand Olivier Véran a enfin réalisé ce qui se passait et a tapé du poing sur la table contre les ARS (agences régionales de santé)… » Son syndicat a demandé ses adhérents de conserver trace de tous les refus… «Certains jours, il fallait des heures et des heures pour obtenir le SAMU », confie-t-elle aussi.

Le journal de bord du Professeur Pascal Meyvaert, intervenant dans deux Ehpad du Bas-Rhin, publié dans le Journal du médecin coordonnateur daté d’avril 2020, constitue un des témoignages les plus édifiants de cette période.

« La situation est tellement grave dans le Grand Est que le CHU de Strasbourg nous a dit que les personnes en GIR 1, 2 et peut-être 3 ne seraient plus admis aux urgences »écrit-il à la date du 16 mars, la veille du confinement. En jargon médical, les GIR 1, 2 et 3 désignent des états de dépendance décroissants. Le GIR correspond à une « personne confinée au lit ou au fauteuil, dont les fonctions mentales ne sont pas totalement altérées et dont l’état exige une prise en charge pour la plupart des activités de la vie courante ». Quant aux GIR 3, ils renvoient à des patients qui ont « leur autonomie mentale, partiellement leur autonomie locomotrice, mais qui ont besoin plusieurs fois par jour d’une aide pour les soins corporels ».

Les autorités ont officialisé les traitements différenciés

La circulaire de l’ARS d’Ile de France évoquant en mots à peine voilés par des formules trompeuses des chois de soin que certains ont assiocié à un tri, a été publiée. Le lundi 16 mars, Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, évoque seulement sur France Inter l’hypothèse de tris de patients en service de réanimation et en parle au conditionnel, comme d’un éventuel drame : « Ce serait catastrophique qu’on en arrive à trier des personnes, nos proches, en disant ‘on ne peut plus prendre cette personne en réanimation parce qu’il n’y a plus de place’ ». Or, un patient « refusé » d’un service de réanimation peut tout de même être soigné dans un autre département de l’hôpital. La différence principale est qu’il ne bénéficie pas d’un appareil d’assistance respiratoire. L’histoire que racontent nos témoins est différente : de nombreux patients résidents d’Ehpad n’ont pas eu accès du tout aux soins hospitaliers. Ils étaient livrés à eux-mêmes… et aux moyens limités des établissements pour personnes âgées.

« Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende »

“L’homme qui tua Liberty Valance” : “On est dans l’Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende ». Film de John Ford.

Auprès de Marianne, Pascal Meyvaert confirme d’ailleurs que le « peut-être » évoqué par le CHU de Strasbourg pour les patients GIR 3 s’est confirmé, et que certains malades ont rapidement été exclus de l’hospitalisation, par manque de place. « Au bout d’un moment, on avait tellement l’habitude qu’on nous refuse des patients qu’on pensait à peine à appeler le Samu », se rappelle le médecin, qui officie également en tant généraliste. Puis, la situation a encore empiré. « Le dernier samedi de mars, on m’a refusé une patiente de 52 ans, sans co-morbidité, qui avait beaucoup de mal à respirer », révèle-t-il. A ce moment-là, des malades de plus de 70 ans n’avaient plus aucune chance d’être hospitalisés.

« Il y a des personnes âgées qui auraient probablement pu être sauvées », estime Florence Arnaiz-Maumé, sans que leurs familles, pour l’heure, soient en mesure de le réaliser. « Il n’y a jamais eu au niveau national de consignes qui auraient indiqué : ‘On n’hospitalise pas les personnes des Ehpad’ », proteste Monique Iborra, députée LREM, récemment chargée d’un rapport sur la crise dans ces établissements, balayant une rumeur diffusée sur certains sites. La parlementaire reconnaît toutefois que « dans le Grand Est et en Ile-de-France, les soignants ont vécu un tsunami et il est possible que des services aient dit : ‘Là, on ne peut pas’ ». Le 29 avril, plusieurs professionnels du secteur, dont Florence Arnaiz-Maumé et Pascal Meyvaert, ont confirmé leur version devant les députés de la commission des affaires sociales. Lire l’article complet sur Marianne

Une stigmatisation des personnes âgées ?

Plus récemment la communication du gouvernement s’est clairement focalisée sur les personnes de plus de 65 ans. Et l’on observe que les gestes barrières sont davantage pratiqués par eux comparativement aux autres classes d’age, et l’on s’en accommode apparemment.

Vu du Québec: les CHSLD

Dans Le Devoir, Louis Cornellier traite de la situation dans les établissements de personnes âgées. Il fait un détour par l’histoire et évoque les phénomènes de civilisation.

« Dans nos sociétés occidentales riches, indique t il, nous disposons de suffisamment de moyens pour ne plus être contraints de négliger nos compatriotes devenus matériellement improductifs. Les valeurs modernes dominantes, toutefois, contribuent à assombrir le sort des personnes âgées. En faisant du travail « l’affaire centrale de la vie de l’individu, la source de son identité et de son statut », nous exposons les retraités au déclassement social. »

Concluons notre billet par une dernière citation issue de l’article repris ci dessous :

« Leur humanité intime à la nôtre de les traiter avec douceur et bonté, dans des lieux rassurants où la vie, même réduite à une petite flamme vacillante, a droit à tous les égards ».

P.A.

Louis Cornellier

ARTICLE

Les vieux, d’hier à aujourd’hui – Louis Cornellier- Le Devoir.

« Les bonnes âmes ont profité de la situation dramatique engendrée par la COVID-19 dans les CHSLD pour se fendre de leçons sur la bonne manière de traiter les personnes âgées. Les sociétés traditionnelles, ont-elles rappelé, par le respect qu’elles réservaient aux vieux, devraient nous inspirer à cet égard. Une vision plus réaliste des choses nous est offerte par le géographe et anthropologue américain Jared Diamond dans Le monde jusqu’à hier (Folio, 2014).

« Comparé au statut des anciens dans les sociétés traditionnelles, demande Diamond, celui dans nos sociétés marque-t-il un progrès ou une régression ? » Les aînés, dans nos sociétés, vivent plus longtemps, en meilleure santé et dans de meilleures conditions matérielles qu’à toute autre époque, souligne le géographe. Cela explique que « jamais dans le passé aucune société humaine n’a eu, en proportion, à s’occuper d’autant de personnes âgées ». Il est vrai, en revanche, que l’isolement social est le lot de trop d’entre elles.

Les sociétés traditionnelles étaient loin d’être toutes des paradis pour les vieux. D’abord, comme l’écrit Diamond, dans plusieurs de ces sociétés, on est considéré comme vieux à 50 ans. Dans les années 1980, lors d’une enquête dans un village de Nouvelle-Calédonie, l’anthropologue a eu la surprise de s’entendre qualifier de « demi-mort » parce qu’il avait 46 ans ! Les sociétés étudiées par Diamond réservaient souvent aux personnes âgées devenues « inutiles » un traitement — abandon, incitation au suicide, meurtre — qu’on considérerait comme inhumain dans nos sociétés.

Comme les vieillards étaient rares dans ces sociétés non alphabétisées, il est vrai que ceux qui atteignaient ce statut étaient parfois considérés comme des sages en matière de médecine, de religion et de politique. D’autres sociétés, comme la Chine traditionnelle, le Mexique et l’Italie du Sud, sont fortement marquées par une sorte de « piété filiale » et par le modèle de la famille patriarcale, qui imposent aux enfants de s’occuper de leurs parents jusqu’à la fin.

Dans nos sociétés occidentales riches, nous disposons de suffisamment de moyens pour ne plus être contraints de négliger nos compatriotes devenus matériellement improductifs. Les valeurs modernes dominantes, toutefois, contribuent à assombrir le sort des personnes âgées. En faisant du travail « l’affaire centrale de la vie de l’individu, la source de son identité et de son statut », nous exposons les retraités au déclassement social.

Le culte de l’individu et de l’autonomie, partagé par presque tous en Occident, a pour effet pervers de disqualifier les personnes condamnées, en fin de vie, à la dépendance. Notre désir d’intimité, de plus, impensable dans les sociétés traditionnelles, engendre le modèle de la famille « néolocale » — les enfants quittent les parents pour fonder une famille à part, dans un lieu souvent éloigné du domicile de naissance —, ce qui rend difficile la prise en charge des parents par les enfants et explique la popularité des résidences pour aînés. Le culte de la jeunesse, enfin, auquel adhèrent même les plus vieux, contribue à dévaloriser l’expérience de la vieillesse.

Dans ces conditions, que faire des personnes âgées, demande Diamond, lui-même âgé de 82 ans, et comment s’inspirer des sociétés traditionnelles pour améliorer leur sort ? Comme le respect qu’on suscite est souvent lié à la reconnaissance de notre utilité — Diamond, rappelons-le, est aussi un biologiste évolutionniste —, l’anthropologue avance trois suggestions : les aînés peuvent s’occuper de leurs petits-enfants, être reconnus pour leur expérience permettant de prévenir des erreurs et continuer d’être engagés dans des domaines où leurs forces particulières — relations humaines, capacité de synthèse, collaboration dénuée d’égotisme — sont requises.

Trop malades, les résidants des CHSLD, toutefois, ne lisent pas Jared Diamond et ne sauraient ni répondre ni convenir à ses invitations. Leur « improductivité » économique est définitive. Ils n’en sont pas moins pleinement humains et, à ce seul titre, méritent notre respect et notre considération. Ils n’auraient pas mieux vécu dans les sociétés traditionnelles ; ils ne retourneront pas chez eux, même avec la meilleure volonté de tout le monde.

Leur humanité intime à la nôtre de les traiter avec douceur et bonté, dans des lieux rassurants où la vie, même réduite à une petite flamme vacillante, a droit à tous les égards. Les personnes âgées en CHSLD, même si on les aime et quoi qu’il arrive ou non, vont mourir à court ou à moyen terme. C’est la raison pour laquelle il faut être auprès d’elles. Je connais bien des Québécois — des fils, des filles, des conjoints, des conjointes, des petits-enfants, des amis — qui sont déjà là, au lieu de rêver ou de sermonner les autres. Qu’ils nous inspirent. »

5 réponses »

  1. le chemin de la vie conduit inéluctablement à la vieillesse : les outrages régulièrement commis à l’encontre de nos Ainé(e)s , nos parents, nos grands-parents, Nous à terme, sont indécents dans notre Civilisation et en particulier en France ou les notions de respect des Droits de l’Homme sont -ou devraient -être normalement dans nos gênes.
    Il est de bon ton d’aduler Michel SERRES qui nous quitta l’an passé dans sa belle vieillesse -jeunesse de pensée et dont les analyses et observations philosophiques sur la modernité faisaient de lui une personne de référence. Pendant les durs moments de la pandémie , Edgar MORIN fort de son immense expérience et de sa sagesse nous a prodigué tant de conseils et de réflexions précieuses, il n’est pas de société digne dès lors qu’elle ne respecte pas ses Enfants et ses Ainé(e)s en offrant bienveillance, place respectueuse et réconfortante, respect humain à tous les échelons d’un Pays souvent incantatoire dans ses préceptes.

    Le Journal LE FIGARO , le journal LE MONDE notamment ont constitué voici longtemps des dossiers d’alerte sur la condition de nos Ainés , plus récemment des familles s’expriment par des témoignages poignants sur l’impossibilité de deuil après la disparition de leurs parents, informés à la hâte et sans possibilité de les accompagner tendrement.
    Voici quelques jours l’Assemblée Nationale a adopté avec forte émotion la loi relative au congé de deuil pour les parents vivant le douloureux décès d’un bébé , une reconnaissance humaine tardive après des écarts de mots si nombreux .
    Pour nos Ainés, les lois relatives à la dépendance et à l’autonomie permettent les dispositifs, en effet, mais que ne soient pas oubliés les gestes, l’attention , le respect de la Personne.
    Merci Monsieur Thierry- Yves LIDOLFF et les contributeurs de cette étude courageuse dans le cercle Metahodos: nous avons tant à faire si nous voulons bien  »relever nos manches et ouvrir nos cœurs’

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  2. Je vous invite à lire cet article de La Croix
    Bernard Gorce

    La crise sanitaire a illustré l’enjeu de la mobilisation citoyenne face à l’isolement. La révolution de la longévité de la vie imposera dans les décennies à venir de repenser l’implication de la société civile dans les politiques publiques.

    ARTICLE
    Face au défi de l’âge, valoriser les liens

    Avec la crise sanitaire, la France a découvert le confinement et appris les gestes barrières. Mais de cette séquence tragique, le pays peut aussi retenir l’importante mobilisation de la population. L’engouement mesuré par les différents dispositifs créés pour soutenir le bénévolat (1) n’est que l’écume d’une vague de bienveillance manifestée par les proches, voisins ou collègues.

    « Avec les associations, on a mis en place un système de veille téléphonique auquel ont pris part une trentaine de nouveaux volontaires, témoigne Myriam Boiroux, qui coordonne les actions de prévention de l’isolement au centre communal d’action sociale (CCAS) de Mérignac, en Gironde. Environ 300 personnes en situation d’isolement étaient déjà recensées. Cette mobilisation nous a permis de toucher une centaine d’autres qui ont manifesté un besoin. La crise a été sur ce point une opportunité. L’enjeu est maintenant de faire continuer tout cela. »

    Les plus de 85 ans vont tripler d’ici à 2050
    Comme lors de la canicule de 2003, les personnes âgées ont été particulièrement victimes de l’épidémie. Et le défi que Myriam Boiroux résume avec ses mots se révèle gigantesque au regard des projections démographiques. Selon le rapport Libault, remis au gouvernement début 2019 dans la perspective d’une loi sur le grand âge, le nombre des plus de 85 ans va tripler pour atteindre 4,8 millions en 2050. Le pays devrait alors compter 2,2 millions de personnes âgées en perte d’autonomie contre 1,3 million en 2017.

    Face au défi de l’âge, valoriser les liens
    Une résidente d’un Ehpadde Nice écoute un concert de l’orchestre des pompiers à son balcon. / Arié Botbol/ Hanslucas

    Le gouvernement dévoilera « dans les prochaines semaines » des mesures en vue d’un projet de loi à l’automne, a annoncé le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran. Comme s’y est engagé le président de la République, Emmanuel Macron, il s’agira notamment de mettre en place la fameuse « cinquième branche » de la Sécurité sociale. Une stratégie très ambitieuse de développement des établissements spécialisés, d’adaptation des logements, de valorisation des métiers serait aussi nécessaire.

    Des experts et représentants des principales institutions concernées estiment désormais que le financement destiné à la dépendance, actuellement de 25 milliards d’euros par an, devra augmenter d’au moins 10 milliards dans les dix années à venir.

    L’expérience timide du service civique
    Le défi de cette révolution de la longévité est tel que la puissance publique ne pourra pas tout, et c’est une mobilisation de la société dans son ensemble qu’il s’agit d’organiser. Le groupe Bayard, éditeur de La Croix, a ainsi créé en 2019 le Club Landoy, qui regroupe experts de la transition démographique et entreprises pour réfléchir à un pacte social générationnel.

    « En France, on attend tout de l’État. Or, cette crise sanitaire a illustré qu’une partie du service public peut être rendue par le public lui-même, et qu’en faisant cela, on développe de la citoyenneté », analyse le sociologue Roger Sue, un expert de l’engagement associatif.

    Alors qu’en Amérique du Nord ou dans certains pays scandinaves des programmes valorisent le volontariat, les expériences en France sont encore timides. Il a fallu attendre la loi égalité et citoyenneté de 2016 pour que les universités soient contraintes de valider l’engagement des étudiants dans le cursus de formation.

    Le service civique, créé il y a tout juste dix ans, a connu une montée en puissance laborieuse, jusqu’au coup d’accélérateur donné après les attentats de 2015. Mais le nombre de candidatures reste en dessous des objectifs fixés (140 000 services effectués en 2018 alors que l’objectif était d’atteindre 150 000 en 2017).

    Une forte attente de liens intergénérationnels
    Si les domaines d’engagement sont variés, le secteur du grand âge est un enjeu majeur pour éviter la « guerre des générations » qu’annoncent depuis des années certains experts. C’est la thèse que développent le sociologue Serge Guérin et le philosophe Pierre-Henri Tavoillot dans un essai paru en 2017 (2). À l’issue d’un tour de France des initiatives qui mettent en relations jeunes et vieux, les auteurs affirment que l’inquiétude quant à une prétendue rupture générationnelle tient moins à un affaiblissement du lien qu’à l’inverse : une attente renforcée de partage et de transmission. Dans une société de l’individu hanté par la peur de la solitude, un « nouveau pacte intergénérationnel » est le « pilier du contrat social d’aujourd’hui et de demain ». « Il lui manque juste un accompagnement politique plus lucide et plus efficace », concluent les auteurs.

    La démarche Monalisa
    Le vrai défi ne serait au fond pas tant l’âge en lui-même que la perte de relations à laquelle les aînés sont les plus exposés. Dans son avis Combattre l’isolement social pour plus de cohésion et de fraternité, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) appelait en 2017 à une grande mobilisation nationale autour de cette cause.

    L’institution, qui incarne la société civile, plaide notamment pour une « nouvelle complémentarité » entre l’engagement citoyen et les dispositifs de protection sociale. Il faudrait, pour y parvenir, mettre en réseau tous les acteurs, bénévoles occasionnels, militants engagés ou professionnels, institutions, en s’appuyant sur l’expérience des « équipes citoyennes » expérimentée depuis 2013 avec le dispositif Monalisa consacré aux personnes âgées.

    Coronavirus : comment le confinement a creusé l’isolement des aînés
    La référence ne doit rien au hasard. L’auteur du rapport qui inspira l’avis du Cese est Jean-­François Serres, ancien responsable des petits frères des Pauvres et promoteur de l’expérience. Présent dans une soixantaine de départements, le groupe Monalisa compte plusieurs centaines d’équipes citoyennes.

    Référente pour la Gironde, Myriam Boiroux témoigne de l’intérêt de casser ainsi les barrières, de mutualiser les approches, en s’entourant de précautions notamment en matière de formation des bénévoles et de respect des principes de confidentialité. Pour animer de tels réseaux, dépasser les réticences des travailleurs sociaux ou de la santé, le soutien de la puissance publique est crucial. « Une forte mobilisation nationale serait précieuse, à condition toutefois de ne pas céder à la tentation jacobine avec un pilotage centralisé. C’est la souplesse, l’inventivité du terrain qui sont la clé de la réussite », explique la responsable.

    Une politique du Care
    En 2010, Martine Aubry, première secrétaire du PS, avait tenté sans grande réussite d’importer en politique le concept, né aux États-Unis, du care, qu’on peut résumer comme une « société du soin mutuel », une « éthique du souci de l’autre ». Une approche critiquée à droite, qui déplore un nouvel assistanat, et à gauche, où l’on y voit un prétexte à transférer à la société civile la charge qui incombe à la puissance publique.

    « On aurait pu traduire le terme par bienveillance ou sollicitude, mais les partisans du care ne l’ont pas fait, pour tenir à distance une approche trop caritative, alors qu’il s’agit bien d’un projet politique », résume Jean-Philippe Pierron, professeur de philosophie à l’université de Bourgogne. Le mode d’organisation de la société capitaliste « invisibilise la pratique du soin », explique-t-il, car les services ne sont évalués qu’à l’aune de leur valeur marchande et non pas de l’utilité sociale.

    N’attendons pas la fin du coronavirus pour construire le monde de demain !
    « Au fond, cette crise sanitaire a fait émerger la question de la valeur du lien et a illustré la capacité de la société à agir sur elle-même », souligne Roger Sue. Pour affronter la révolution de la longévité, la nouvelle économie reposera, selon le sociologue, sur des approches « mutualistes, coopératives », de nouvelles formes « d’associativité ».

    ————————————————-

    (1) La plateforme du gouvernement Covid-19.réserve-civique.gouv.fr a attiré plus de 300 000 inscrits. Le portail benevolat.fr, mis en place par les principales associations, a enregistré une forte hausse de l’engagement.

    (2) La guerre des générations aura-t-elle lieu ?, Calmann-Lévy, 2017, 17 €.

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  3. Voici un article de 2017 qui conserve son intérêt

    L’isolement social touche 1,2 million de personnes de plus de 75 ans. Dans un rapport que « La Croix » publie en avant-première, le Cese demande une mobilisation nationale pour lutter contre le phénomène de l’isolement social, qui touche un Français sur dix.

    ARTICLE de Nathalie Birchem,
    L’isolement social, ce fléau invisible

    Une femme âgée qui, depuis que son mari est mort, ne reçoit pratiquement plus que la visite de son aide à domicile. Un chômeur de longue durée qui, déprimé, sort de moins en moins de chez lui. Un étudiant qui se sent seul dans son nouveau campus universitaire où il ne connaît personne. Un artisan qui, enferré dans ses angoisses professionnelles, travaille jour et nuit et ne fait plus que croiser sa famille.

    On sait déjà, grâce au baromètre de la Fondation de France, qu’« aujourd’hui près d’une personne sur dix est en situation objective d’isolement, c’est-à-dire qu’il ou elle ne rencontre que très rarement d’autres personnes », rappelle le Conseil économique social et environnemental (Cese) dans un rapport présenté mercredi 28 juin, que La Croix dévoile en avant-première.

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    Le Cese est-il bien utile ?

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    De plus en plus de personnes vivent seules
    Massif, cet isolement, qui concerne 5,5 millions de personnes dont 1,2 million de personnes de plus de 75 ans, est « en voie d’aggravation car un certain nombre de tendances lourdes de notre société mettent à l’épreuve le lien social », estime le rapporteur Jean-François Serres, référent national de Monalisa, un réseau de mobilisation contre l’isolement des personnes âgées.

    En particulier, écrit le rapport, « la proportion de personnes résidant seules est passée de 6 % en 1962 à 19 % en 2013 » du fait de l’allongement de la durée de vie, mais aussi à cause de la multiplication des séparations ou de l’allongement de la période entre le départ du domicile parental et l’emménagement en couple. Le manque de travail ou son évolution, sous une forme plus précaire, plus mobile, ou plus indépendante, ajoutent au phénomène.

    Tout comme la raréfaction des commerces en centre-ville, des médecins à la campagne ou des services publics dans certaines zones. Et cette évolution n’est guère freinée par l’essor du numérique, qui peut certes être « un outil d’impulsion des liens sociaux », mais ne peut pas tenir lieu de relation sur laquelle compter.

    Le cercle vicieux de l’isolement
    Du fait de cette érosion des collectifs traditionnels, les individus doivent de plus en plus ne compter que sur eux-mêmes pour nouer des relations. Et face à cet enjeu, tous ne sont pas égaux. Ainsi, « 18 % des personnes déclarant des revenus inférieurs à 1 000 € par mois sont en situation d’isolement objectif (contre 9 % dans l’ensemble de la population) », note le rapport.

    Or, fait remarquer Jean-François Serres, « aujourd’hui dans notre société, le capital social est valorisé. Si vous avez les compétences culturelles et l’énergie personnelle de nouer des relations, vous aurez plus de chances dans la vie. À l’inverse, l’isolement a un effet sur l’envie de prendre soin de soi, sur l’estime personnelle, et donc sur la capacité à trouver des solutions. Il joue comme un facteur aggravant, voire un marqueur des inégalités. »

    Ainsi, l’isolement est associé à un risque supérieur de dépression, de maladie, de perte d’autonomie. « Entre 40 et 50 ans, le taux de mortalité des personnes seules est deux fois plus élevé que celui de la population vivant en couple », rappelle le document. Qui se penche aussi sur le lien entre isolement et citoyenneté et note une tendance à l’« auto exclusion du débat public ».

    Appel à développer des équipes de visiteurs bénévoles
    Bref, « on est face à un fait social dont on parle peu mais qui est pourtant majeur quant à l’avenir de la cohésion sociale », résume Jean-François Serres, qui « invite le gouvernement à se saisir du problème et à investir dans la fraternité républicaine ».

    Dans un projet d’avis qui doit être voté mercredi 28 juin au Cese, le rapport appelle à « faire de la lutte contre l’isolement social une grande mobilisation nationale », avec la nomination d’un délégué interministériel. Entre autres propositions, il s’agirait de déployer sur tout le territoire des « équipes citoyennes » de visiteurs bénévoles, comme le fait le programme Monalisa auprès des personnes âgées isolées depuis 2014.

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  4. Autre article complémentaire proposé par un de nos contributeurs, Pierre André

    Selon un rapport des petits frères des Pauvres, 90 % des plus de 60 ans ont eu un contact au moins hebdomadaire avec la famille durant le confinement dû à l’épidémie de Covid-19. Mais 720 000 aînés n’ont eu aucune relation avec un proche.

    ARTICLE

    Bernard Gorce,
    Coronavirus : comment le confinement a creusé l’isolement des aînés

    Pendant le confinement, pour les personnes âgées, les contacts ont diminué avec les amis (73 %, – 4 points), avec les voisins (65 %, – 9 points), avec des membres d’associations (19 %, -18 points) ou avec les aides à domicile et les professionnels de santé (12 %, – 6 points).

    Comme lors de la canicule de 2003, les personnes âgées ont été les principales victimes de l’épidémie de Covid-19. Mais cette nouvelle crise sanitaire les a frappés doublement car les mesures prises pour les protéger ont, dans bien des situations, accru leur isolement.

    Rapport sur l’isolement des personnes âgées pendant le confinement
    Dès le 12 mars, quatre jours avant le début du confinement, le président de la République demandait « à toutes les personnes de plus de 70 ans » et aux personnes à risque « de rester autant que possible à domicile ». Le 28 mars, le gouvernement recommandait aux Ehpad de renforcer les mesures de protection même en l’absence de cas suspect, jusqu’au confinement individuel dans les chambres.

    Resserrement des liens familiaux
    Quel a été l’impact de cette situation exceptionnelle sur la vie des personnes âgées ? L’association « Les petits frères des Pauvres » publie ce jeudi 4 juin un premier bilan quantitatif et qualitatif qui montre l’urgence, au regard des perspectives démographiques du pays, d’une ambitieuse mobilisation face au défi de la solitude.

    Coronavirus : branle-bas de combat dans les Ehpad
    L’étude montre tout d’abord un resserrement des liens sociaux autour de la famille. « Le socle familial est important mais les contacts en dehors de la famille, notamment ceux qui créent un important tissu social avec d’autres, comme les associations, sont fortement impactés » souligne la sociologue Mélissa Petit. Autre enseignement, ce sont les femmes âgées, seules, avec des petits revenus qui représentent la population la plus fragilisée pendant le confinement.

    En chiffres, selon le sondage CSA (1) réalisé pour le rapport, 90 % des personnes âgées disent avoir eu au moins un contact hebdomadaire (dont 43 % quotidiens ou presque) avec un membre de leur famille contre 86 % avant le confinement, soit une augmentation de quatre points. À l’inverse, les contacts ont diminué avec les amis (73 %, – 4 points), avec les voisins (65 %, – 9 points), avec des membres d’associations (19 %, -18 points) ou avec les aides à domicile et les professionnels de santé (12 %, – 6 points).

    720 000 personnes sans contact avec des proches
    Une petite minorité de 4 % ont été sans aucun contact avec leurs proches pendant le confinement. Mais sur une population d’environ 17 millions de plus de 60 ans, cela représente tout de même 720 000 personnes.

    Plus nombreux, ils sont 15 %, soit 2,5 millions de seniors, à n’être jamais sortis. Les aînés comptent, à 80 %, continuer à limiter leurs sorties et leurs contacts pendant le déconfinement. Ces deux mois ont généré un impact négatif sur la santé morale pour 41 % des personnes âgées et 31 % sur leur santé physique.

    Coronavirus : Des supermarchés s’adaptent pour les seniors
    L’enquête qualitative (réalisée à partir d’entretiens par téléphone) confirme l’enseignement du sondage, à savoir que les relations familiales – à distance cependant – se sont intensifiées pendant le confinement. « Le voisinage constitue un autre réseau de solidarité (…) mais avec le confinement et les gestes barrières, ces relations sont devenues également plus rares, laissant certaines personnes isolées dans des situations d’exclusion sociale » souligne le rapport.

    Un « formidable élan de solidarité »
    Cette situation exceptionnelle a placé sous les projecteurs une situation sur laquelle les petits frères de Pauvres ne cessent d’alerter l’opinion publique depuis des années (il s’agit du 4e rapport annuel consacré à l’isolement des personnes âgées, NDLR). L’association salue sur ce point « le formidable élan de fraternité qui s’est dirigé vers les personnes âgées pendant le confinement » et se félicite d’une prise de conscience des pouvoirs publics.

    La perspective de prolonger le confinement des plus âgés avait suscité un tollé et a été vite abandonnée. À l’inverse, le gouvernement a confié en mars une mission à l’ancien député socialiste Jérôme Guedj dont les préconisations ont repris l’analyse de l’association quant aux conditions d’une mobilisation de toute la société face à l’enjeu de l’isolement et du vieillissement.

    Confinement : chez les personnes âgées, ce « glissement » si redouté
    Sur ce point, alors que le gouvernement doit dévoiler dans les semaines à venir les grands axes de la future loi sur le grand âge qui sera débattue à l’automne, le rapport des petits frères des Pauvres présente sept préconisations. Il suggère notamment de lutter contre « l’invisibilité des personnes âgées dans la société », de soutenir le bénévolat et l’engagement citoyen, de développer l’accompagnement téléphonique social ou encore de lancer une stratégie pour « un numérique inclusif ».

    (1) Étude CSA Research réalisée par téléphone sur un panel de 1 502 personnes de 60 ans et plus
    représentatif de la population française

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  5. YEM MAYO Marie Madeleine

    nous a transmis le point de vue suivant:

    ÉTROITE SOLIDARITÉ ENTRE LES GÉNÉRATIONS : POURQUOI ÇA NE MARCHE PAS ???

    Un exemple parmi tant d’autre… La solidarité se manifeste de manière collective, mais comment se traduit-elle pour les situations individuelles des âgés ? La solidarité envers les individus repose surtout sur l’aspect médical et technique, avec des services multiples sur le territoire, qui interviennent comme spécialistes en gérontologie et avec le concours des services d’aide à la personne et des associations caritatives qui développent, des actions auprès des personnes âgées, dans un objectif de maintien de liens.

    Néanmoins, la visibilité de tous ces services ne semble pas évidente pour les personnes âgées et leurs aidants qui en auraient besoin. De plus, les réponses ne semblent pas adaptées car, les professionnels qui les donnent ne sont pas toujours qualifiés en matière de relation comme par exemple pour le cas d’une aide-ménagère qui viendrait réaliser les tâches de la vie quotidienne au domicile de la personne âgée et qui se trouverait à gérer le mal-être de cette dernière sans en avoir l’expertise.

    Quant aux familles, elles ne peuvent pas toujours faire face à tous les besoins des parents âgés. Cela est souvent dû à un problème de disponibilité. Pour certaines d’entre elles, la solidarité peut entraîner de fortes tensions car chacun ne retrouve pas sa place, ou ne prend pas sa part de responsabilité par impossibilité de le faire. Quand cette solidarité est imposée, elle peut aboutir à une forme de mal-être, d’agressivité qui peut conduire à de la maltraitance, à une rupture ou à un rejet.

    Certaines autres familles se trouvent déstructurées par l’éloignement des enfants, dû à la nécessité d’accepter un travail au loin. Cela amène les personnes âgées à se replier sur elles-mêmes, à être dans l’incapacité de demander de l’aide. Alors que chez d’autres, les enfants, ne pouvant subvenir aux besoins des parents âgés, préfèrent venir vivre chez leurs parents ou faire vivre leurs parents âgés chez eux, pour éviter les pensions en maison de retraite beaucoup trop chères.

    Le problème est que cette recherche d’équilibre des coûts peut déstabiliser l’équilibre de vie et peut entraîner de nouvelles tensions entre les parents et les aidants. Elles peuvent amener parfois les personnes âgées à s’occuper des enfants et petits-enfants sans avoir forcément les moyens physiques et psychologiques de le faire. Cette « solidarité » qui s’impose à eux est une nécessité pécuniaire. Les conséquences de ces états de fait sont majeures…

    MAJDA A. ET MARIE M. Y. M.

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