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LE « MONDE D’APRÈS » SERA-T-IL EN FAVEUR DES CITOYENS DU MONDE?

PRÉSENTATION

Christian Bergeron, PhD, Sociologue, Professeur, Université d’Ottawa qui, du Canada, contribue à METAHODOS nous a proposé l’article suivant consacré à la citoyenneté mondiale.

Qui des nationalistes et des citoyens du monde profiteront le mieux de « monde d’après »? interroge-t-il.

Et il conclut ainsi l’article écrit tout particulièrement pour MATAHODOS : « Enfin, pour les plus « réalistes », le COVID ne sera peut-être qu’une parenthèse dans la poursuite des idéaux du citoyen du monde… ».

ARTICLE

LE « MONDE D’APRÈS » SERA-T-IL EN FAVEUR DES CITOYENS DU MONDE?

Le COVID-19 nous a fait (re)découvrir les menaces (société du risque; Beck, 2008) que présente la globalisation, tout en faisant croître l’ère numérique. D’une part, nous voyons les tenants de la globalisation qui interpellent les États à se mondialiser davantage. D’autre part, il y a ceux qui priorisent, au contraire, un retour à l’État-nation. Qui des nationalistes et des citoyens du monde profiteront le mieux du « monde d’après »?

Certains Européens avaient, déjà en 1912, cette utopie issue des idéaux de la Révolution française de « faire du monde entier une seule cité et de tous peuples une seule famille » (La Fontaine et Otlet, 1912 cités dans Mattelart, 2009). L’ère numérique que nous connaissons représente une phase avancée de la globalisation qui est, quant à elle, la réalisation des promesses des Lumières. En fait, depuis le XXIe siècle, le rêve d’une seule cité et d’une seule famille (« citoyens du monde ») se concrétise avec en corollaire, entre autres, les moyens de transport avancés et le processus continu de cosmopolitisation des grandes villes du monde. Cela peut sembler paradoxal, mais la globalisation a besoin d’une société des individus (Élias, 1997) pour exister. La globalisation et le processus d’individualisation sont interdépendants : « la différenciation et l’individualisation relâchent le lien avec les voisins pour en tisser un nouveau – réel ou idéel – avec des gens plus éloignés » (Simmel, 1999 [1908], p. 689). Selon Simmel, l’individualité contemporaine, fortement cosmopolite, se détache graduellement du milieu social immédiat de l’individu. En conséquence, les individus sont davantage globalisés et déterritorialisés, c’est-à-dire que les déplacements de populations et l’importance des moyens de communication favorisent l’émergence d’un imaginaire individuel globalisé (Appadurai, 2001). Bref, un nouveau monde imaginé s’enracine dans ce besoin de déplacements, de mouvements et de rencontres culturelles.

Le COVID est venu freiner radicalement cet élan de mouvements, de déplacements et de rencontres. La séparation du temps et de l’espace et les nombreux mouvements des individus ont contribué grandement à la propagation du virus. Le confinement a stoppé la progression des idéaux des citoyens du monde. Mais jusqu’à quand?

Le citoyen, fortement imprégné des valeurs de l’individualisme, acceptera-t-il sans résistance les consignes sanitaires (géolocalisation, traçage, etc.) afin qu’il puisse reprendre la route de son imaginaire globalisé et déterritorialisé? Poser la question, c’est presque y répondre. Bref, l’ère numérique et la globalisation marchent ensemble sur le chemin de la société (du risque) des individus. Dans le « monde d’après », l’individu, dans sa quête d’individualisation dans un monde globalisé, pourra-t-il encore se revendiquer de l’esprit des Lumières ? Sera-t-il, au contraire, esclave du numérique? Le citoyen nationaliste arrivera-t-il à rappeler l’importance d’une société enracinée dans une histoire et un milieu ? Enfin, pour les plus « réalistes », le COVID ne sera peut-être qu’une parenthèse dans la poursuite des idéaux du citoyen du monde…

BIBLIOGRAPHIE

Appadurai, A. (2001). Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation. Paris, Édition Payot & Rivages.

Beck, U. (2008). La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité. Paris, Éditions Flammarion.

Élias, N. (1997). La société des individus. Paris, Collection Agora.

Mattelart, A. (2009). Histoire de la société de l’information. Paris, La Découverte, Repères.

Simmel, G. 1999. [1908]. Sociologie. Études sur les formes de la socialisation, Paris, Presses Universitaires de France.

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