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LA CARTE ET LA BOUSSOLE: COMPRENDRE L’AUTRE

PRÉSENTATION

En écho à notre publication relative à l’intelligence collective, nous vous proposons l’article de Jean-Marc SAURET « La carte et la boussole ». Nous le remercions.

Dans la vie des organisations, on ne « traite » pas les gens. On travaille avec eux en toute intelligence, apprenant ainsi, et par la même occasion, ce que sont leurs cartes et leurs boussoles. Après, pour construire et avancer, tout est plus simple…

Bouger nos postures, notre vivre ensemble vers un monde plus humain

Jean Marc SAURET se présente comme un « sociologue troubadour » et affiche ainsi son projet: « Mieux comprendre le monde, nos jeux de rôles, ce à quoi nous marchons, comment sont nos liens sociaux actuels, en parler, voire le chanter, pour toucher quelques consciences et ainsi contribuer à bouger nos postures, notre vivre ensemble vers un monde plus humain. »

ARTICLE

La carte et la boussole

« En écoutant une conférence passionnante, je me rendis compte qu’il me manquait des références pour tout entendre de ce conférencier, et pouvoir faire pleinement quelque chose de ce qu’il disait. Je me rendis compte que des éléments qui faisaient partie de « son monde » m’étaient très étrangers. Je l’écoutais en imaginant que je ne savais pas « d’où il parlait ». Je me rendais compte que je n’avais donc pas la bonne carte de son monde et que je ne savais pas non plus où était exactement son nord, son important, son « sacré ».

Et puis, de comparaison en comparaisons, je finis par imaginer les éléments de son territoire jusqu’à les rassembler, et en faire une véritable carte mentale. Dès que je compris quelle était sa finalité, je me rendis compte que j’avais son nord. Schopenhauer indiquait que chacun de nous avions un « critérium », soit un ensemble de modèles, de types, de références, de catégories, qui nous permet de penser le monde, de l’imaginer et de le voir même. Sans celui-ci, c’est-à-dire « sans carte », nous ne pouvions même pas situer ni percevoir les objets du monde.

C’est bien dans ce sens-là qu’il nous faut comprendre son indication majeure, et en l’occurrence que « la réalité est un objet pour un sujet qui le regarde, car si le sujet s’en va, l’objet disparaît ».Relisant les travaux en psychosociologie de Rodolphe Ghiglione, je retrouvais ce concept de critérium. Celui-là disait que, dans la conversation, il s’échangeait, non pas des opinions, ni même des idées (elles s’y confrontent), mais des références. Ce « d’où je parle », comme disent les sociologues.

Ainsi, quand l’un des protagonistes d’une conversation lâche : »C’est vrai que tu es communiste », ou encore « catholique, protestant, libraire, agriculteur », il indique qu’il a repéré un élément alors majeur de son critérium, le « d’où il parle », voire le « d’où il pense ».Un ami avec lequel j’ai passé de longues soirées à échanger, partager, débattre, me dit un jour : « Mais moi, je n’ai pas ta culture, et pas davantage de philosophie ! » Il était un fabuleux mécanicien automobile, un sorcier de la mécanique qui n’était pas passé inaperçu chez quelques entrepreneurs de courses automobiles : ils l’avaient embauché sous de bonnes conditions. Je lui fis remarquer que sa science de la mécanique lui faisait modèle à penser le monde, qu’il avait là un fabuleux outil de logique, bien construit pour penser et débattre agilement.

C’était bien là sa « carte », représentant le « comment » il comprenait le monde et sa logique.Nous n’avons pas tous le même critérium car, comme nous l’avons vu, celui-ci dépend d’une dialectique entre la culture et la nécessité, là, justement où se fait l’expérience. Mais nous avons à savoir pleinement ce qui est important, primordial, essentiel pour nous, où se trouve notre sacré. C’est là qu’est notre « nord » et notre boussole d’intérêt, celle qui gardera toujours ce cap en référence.Ainsi, que l’on soit docte, vulgaire, savant dans un domaine, ignare dans un autre, à l’aune de nos représentations, nous avons recueilli des cartes du monde. Elles ne sont pas exactement les mêmes pour chacun de nous.

La nécessité à la faveur de nos intérêts, de nos philosophies, associée, le cas échéant à notre goût, se construit dans (et avec) l’expérience, nous avons chacun nos boussoles qui nous disent où sont le bien et le mal, le juste ou l’erroné, le bon ou le mauvais, ou même s’il n’y en a pas… Mais sans la carte et la boussole, nous ne pensons pas et n’agissons pas. Nous ne sommes pas… C’est bien dans la rencontre et la mise en commun que se construit la réalité dans laquelle on avance.Mais allons plus loin et voyons comment l’excellence du management voit les choses en la matière et en use.

La directrice de recherche en management, Isabelle Barth, développait lors d’une de ses conférences la différence qu’il était indispensable de faire entre attitude et comportement. La première, représentant une intention, ou traduisant un état d’esprit, permet une évaluation selon trois modes complémentaires : cognitif, émotionnel et conatif. Ils ne sont pas observables directement, mais évaluables par questionnement. C’est le “modèle” utilisé en marketing. Elle citait, définissant ainsi l’attitude, cette propension à acheter tel ou tel produit. Le second, le comportement est le passage à l’acte.Si le comportement découle logiquement de l’intention, il n’en est pas l’expression directe. On connaît des comportements différents de la posture de « l’acteur ». Celui-ci, peu enclin à accepter certains clients étrangers, par exemple, les reçoit et commerce, de fait, néanmoins avec eux.

Certains étudiants déclarant haut et fort une aversion certaine pour la tricherie, semblent en user autant que les autres. De cette façon, certains consommateurs peuvent déclarer avoir l’intention de se procurer tel ou tel produit… et ne jamais le faire. Nous comprenons bien là l’insuffisance du système (si tant est que cela existe vraiment, j’y reviendrai). Alors, que manque-t-il à ce duo ? Il lui manque un troisième élément : la posture, le fameux « d’où je parle » du sociologue, cet élément porteur de toute la réalité de l’acteur. On y retrouve toutes ses valeurs, son critérium, ses représentations sociales, culturelles et individuelles élaborées et colorées dans la confrontation à la « vraie vie ».

La posture porte effectivement les différentes attitudes, concept dont nous n’avons effectivement plus besoin. Je renvoie donc à mon article « La vision guide mes pas« .Alors, si l’on remonte le processus, c’est-à-dire le long de la connaissance de sa propre posture et de celle de nos partenaires, ceci devient très informatif. C’est particulièrement vrai sur la façon dont chacun va lire et construire sa carte du monde, et donc élaborer sa boussole. C’est exactement ce qui éclairera les fondamentaux, et les représentations structurantes. C’est à partir de ces prémisses que l’on sera en capacité d’apprécier le “comment tout ceci s’articule sur sa carte”.

Ainsi, pour résumer, en regardant son rapport à sa propre culture, on observera quelle idéologie le sous-tend. En d’autres termes s’il est plutôt d’essence plutôt matérialiste ou spiritualiste, s’il est plutôt mécaniste ou « vivaliste », humaniste ou économiste, rationaliste ou intuitif…Cela vaut pour l’émotionnel, tout en permettant d’apprécier l’endroit, plus précis, où se trouvent les curseurs…Nous pouvons dire que le management, même de « haute couture », oublie que les gens ne se traitent pas comme des objets, car ils se situent bien dans le domaine du “vivant”.On ne les traite pas d’ailleurs, on travaille plutôt avec eux en toute intelligence, apprenant ainsi, et par la même occasion, ce que sont leurs cartes et leurs boussoles.

Après, tout est plus simple…“La carte n’est pas le territoire”… Voilà qui nous renvoie à Alfred Korzybski, le “père” de la “Sémantique Générale”, mais ceci est une autre belle histoire… »

Jean-Marc SAURET 9 juin 2020

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