Aller au contenu principal

«cancel culture»: une violence au nom d’un monde meilleur

 

PRESENTATION

En complément de l’article précédent relatif au soupson et aux réseaux sociaux, un lecteur nous propose le présent article sur la « cancel culture » qui sévit de plus en plus sur Internet.

Par Marie – 4 février 2020  – sur Madmoizelle. Une explication sur les mécanismes de cette « justice sociale » qui vire trop souvent au cyber-harcèlement.

ARTICLE

Ça part d’une bonne intention : en dénonçant une personne au comportement qu’on considère « problématique », on espère l’empêcher de nuire.

Mais la cancel culture atteint-elle toujours ses objectifs ? Et surtout : à quel prix ?

La cancel culture, c’est quoi ?

Difficile de trouver un équivalent français à ce terme. « Culture de l’annulation » ne signifie pas grand-chose.

On peut aussi parler de « boycott », ou comme Wikipédia de « culture du call-out »… d’autres mots empruntés à l’anglais, car cette dynamique vient des États-Unis.

Tu as peut-être vu passer sur Internet, même dans des contenus francophones, ce genre de phrase :

— Non mais J.K. Rowling elle est canceled, tout le monde le sait.
— Après sa dernière vidéo, c’est bon, Jeffrey Star est totalement canceled.

« Canceled », un mot un peu fourre-tout qui veut dire, en gros, qu’une personne a tenu un propos ou accompli une action jugée comme « problématique ».

« Problématique » au regard des luttes pour l’égalité, le plus souvent : ça peut vouloir dire « sexiste », « raciste », « homophobe », « transphobe »…

Mais aussi, selon le contexte, « pas assez écolo », « trop macroniste » ou tout autre terme allant à l’encontre de la pensée dominante dans un groupe militant.

Cependant, cette « cancel culture » s’illustre principalement dans les luttes pour la justice sociale : les mouvements féministes, antiracistes, pour les droits des personnes LGBT, etc.

Être « canceled », ça veut dire quoi ?

Qu’arrive-t-il à une personne « canceled » ? Plusieurs choses :

  • Elle est considérée comme « problématique » à tous les niveaux ; il est recommandé de ne plus l’écouter, l’inviter, lui prêter de l’attention
  • Elle verra ce propos ou acte « problématique » mentionné encore et encore, peu importe ce dont elle parle ou ce qu’elle fait
  • Elle sera l’objet d’une bataille de type « choisis ton camp » : si tu continues à suivre, fréquenter, mettre en avant une personne « canceled », alors tu es toi aussi « problématique », comme si c’était contagieux

Je te propose l’analyse d’une création très pertinente sur la « cancel culture », qui me permettra de dérouler plusieurs points pour t’aider à mieux comprendre.

Canceling, l’excellente vidéo de Natalie Wynn (ContraPoints)

Avec sa vidéo d’une heure quarante intitulée Canceling, la créatrice Natalie Wynn livre une étude sociologique d’un phénomène bien plus violent qu’il n’y paraît.

J’ai décidé de m’appuyer dessus pour te proposer cette plongée dans l’univers de la dénonciation sur Internet.

Qui est Natalie Wynn, de ContraPoints ?

ContraPoints est un ovni sur YouTube. Un ovni indispensable.

Depuis plusieurs années, Natalie Wynn, une Américaine de 31 ans passionnée de philosophie et de sociologie, s’attelle à diffuser sur sa chaîne ContraPoints des contre-discours à la rhétorique bien huilée de l’extrême droite.

Son objectif : répondre avec pédagogie et empathie aux vidéastes américains de l’alt-right qui jouent, bien souvent, avec les peurs et la frustration des hommes pour les transformer en machines à haïr les femmes.

Natalie Wynn est une femme trans qui rencontre un très grand succès sur YouTube en parlant de société et de politique.

C’est assez rare pour être salué, et je ne peux que te conseiller toutes ses vidéos !

Natalie Wynn (ContraPoints) décrypte la cancel culture

Plus récemment néanmoins, sa notoriété a évolué pour des raisons… moins joyeuses.

Plus question de la citer en exemple, ContraPointsest désormais une chaîne « problématique » et Natalie Wynn une personne « canceled », qu’il faut dénoncer publiquement.

Dans sa vidéo Canceling, la créatrice revient sur les raisons pour lesquelles elle est harcelée et insultée depuis plusieurs mois… par des internautes de son propre bord politique.

En bref, une partie de la communauté de gauche lui reproche sa collaboration avec Buck Angel, un homme trans américain, acteur et producteur de films pornographiques, qui milite depuis des décennies pour la visibilité et les droits des personnes LGBT.

Dans sa vidéo Opulence, Natalie a fait appel à Buck Angel pour une voix-off de 10 secondes sur une citation de John Waters parlant du bon et du mauvais goût.

Problème : Buck Angel ne fait pas l’unanimité parmi les personnes LGBT. Tous les gens trans ne se reconnaissent pas dans sa vision de la transidentité.

Et on pourrait se dire que ce n’est pas très grave, puisque l’identité de genre est un sujet si intime qu’il est compréhensible de voir différents « courants » au sein même de la communauté.

Mais son approche a valu à Buck Angel d’être considéré comme transphobe.

Alors même s’il milite pour les droits des personnes trans depuis des décennies, même s’il a été, pour Natalie et bien d’autres, un modèle, même s’il s’implique au quotidien…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :