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L’aggravation continue de la crise de la démocratie

BILLET

La crise de la démocratie est elle désormais avérée et reconnue ?

La réponse est oui si on lit les productions – ouvrages, articles, tribunes – quasi quotidiens : la double crise de la démocratie et de l’action publique fait l’objet d’analyses approfondies et permet l’émergence de critiques et de propositions.

La réponse est non quand on observe le quasi silence de certains acteurs majeurs – partis, responsables politiques, élus, syndicats, think tank institutionnels… : certains d’entre eux ne se décentrent pas de leurs croyances, intérêts catégoriels, postures ; le repli, le déni, la gène ou la tactique semblent l’emporter.

Fondons toutefois notre optimisme sur les Intellectuels, philosophes, sociologues, prospectivistes, historiens, scientifiques, think tank, responsables politiques, responsables professionnels, citoyens, corps intermédiaires, qui alertent et invitent à inventer une nouvelle vie publique dans un contexte de menaces avérées sur la démocratie et sur notre capacité à construire un avenir.

Le couteau suisse de la vie publique

Plus grave, le sujet, avec en particulier, la forte présence du thème à multi usages du populisme, qui tel un couteau suisse est instrumenté comme arme politicienne, de « simple politique »:

  • tantôt pour critiquer et discréditer la « classe dirigeante »;
  • tantôt pour critiquer les dits « populistes »;
  • tantôt pour décrédibiliser les instances démocratiques traditionnelles et les parties prenantes (citoyens y compris);
  • tantôt pour marginaliser les modes d’expression démocratiques : vote, délibération, consultation, participation…;
  • tantôt pour imposer une double technicisation de l’action publique (moyens et solutions;
  • tantôt pour influencer les médias ( presse, réseaux sociaux…);

La démocratie doit se penser et se vivre à l’abri des postures politiques

Les acteurs de la vie publiques, quand ils en ont une, forgent leur idée de la démocratie sur leurs objectifs propres à leur écurie. Certes le lien entre le moyen (la méthode) et l’objectif ne peut être nié. Mais une vie démocratique réelle est conditionnée par une conception commune et partagée par tous les acteurs.

C’est le Vivre Ensemble -un Contrat Social partagé et vivant – qui permet de délibérer et de définir les objectifs collectifs, dont la mise en oeuvre est facilitée par un accord sur les modalités de l’Action Publique.

Le travail sur les racines que certains nomment le « mal public » permettra de renouveler notre MÉTHODE de gouvernance. Et il ne suffira pas de forger des discours ou des incantations sur une gouvernance qui serait désormais consensuelle. Le mal est profond, il exigera du temps de résolution et un travail collectif.

« Sans nouvelle démocratie, sans nouvelle action publique, il sera difficile de construire une vision nouvelle« 

C’est dans ce contexte régulièrement aggravé que nous avons créé METAHODOS. Son succès, avec les milliers de participants, lecteurs, contributeurs -issus de tous les courants de pensées – est il le signe d’une prise de conscience forte qui dépasse les aspirations politiques traditionnelles ?

Extrait de notre Projet: « Et c’est fort d’un vivre ensemble refondé que notre pays pourra se forger une vision renouvelée. Le premier conditionne le second. Et c’est sur ce premier objectif que nous appelons la méthode – le vivre ensemble et un pacte social refondé – que nous avons l’ambition d’œuvrer. Sans nouvelle démocratie, sans nouvelle action publique il sera difficile de construire une vision nouvelle. »

Notre objectif,  approfondir et confronter par la mise en commun des travaux, rechercher des leviers concrets, consensuels et pragmatiques, de nouvelles pratiques démocratiques et de nouveaux mécanismes de gestion publique.

Nos publications qui ont pour objet de faire vivre librement la réflexion et le débat, permettent de faire émerger des lignes de forces que nous synthétiserons prochainement.

Avons nous suffisamment pris en compte la gravité de l’abstention – Grève Civique – lors des Municipales ?

La mise en lumière, au lendemain même des Municipales, de la convention citoyenne et l’annonce de la multiplication de cet exercice ne doit pas cacher à la fois l’importance du scrutin démocratique le plus emblématique et la gravité du phénomène de l’abstention. Cela montre d’une part ce que l’on pourrit appeler un « mal être citoyen » et conduit d’autre part à fausser les résultats par rapport au « pays réel » et à affaiblir – peut être – la légitimité des élus désignés.

« Le taux d’abstention de 60 % enregistré dimanche au second tour des municipales est symptomatique du climat de défiance nationale envers les dirigeants politiques, qui n’avait jusqu’alors pas touché les conseils municipaux et les maires »

L’abstention doit être prise très au sérieux. Pascal PERRINEAU, dont vous avons publié l’article, parle de « Grève Civique ». Une tribune récente du Figaro signée Maxime TANDONNET attire notre attention sur l’aggravation de la crise démocratique et l’une de ses manifestations : l’abstention.(Il est essayiste, historien, et a notamment publié André Tardieu. L’incompris).

« Le taux d’abstention de 60 % enregistré dimanche au second tour des municipales est symptomatique du climat de défiance nationale envers les dirigeants politiques, qui n’avait jusqu’alors pas touché les conseils municipaux et les maires », explique l’historien.

ARTICLE

«L’abstention aux municipales exprime l’aggravation de la crise de la démocratie»

Un fait devrait l’emporter sur tous les autres à l’issue du second tour des élections municipales de 2020: le taux d’abstention record pour ce scrutin, vertigineux, de 60%. En tenir pour responsable l’épidémie de covid-19 n’a pas grand sens. La vie quotidienne a partout repris ses droits et la grande peur est largement passée. D’ailleurs, la chute de la participation aux municipales est un phénomène de long terme: 80% en 1983, 68% en 1995, 65% en 2008, 62% en 2014, 40% en 2020. Le scrutin d’hier dénote une violente accélération d’un mouvement qui est à l’œuvre depuis au moins un quart de siècle…PUBLICITÉnull

Les responsables politiques satisfaits de leur résultat qui trônent sur les plateaux de télévision ont tort de se réjouir. Que valent des élections ayant donné lieu à une participation aussi minoritaire? Si la démocratie est avant tout la loi de la majorité, force est de constater que la majorité a largement déserté les urnes dimanche. Aussi la poussée écologiste dans quelques grandes villes, qui fait la jubilation des commentateurs, mériterait d’être relativisée. Sans doute reflète-telle la mobilisation d’une minorité urbaine dans quelques cités à la faveur d’une apathie générale de l’électorat. Elle ne traduit pas une «vague verte» dans le pays, d’ailleurs foncièrement hostile à une mesure phare proposée par les écologistes: la réduction de la vitesse à 110 km/h sur autoroutes.Un mythe vole en éclats : celui de l’attachement intrinsèque de la population à la démocratie locale.

Ce taux d’abstention phénoménal exprime l’aggravation soudaine et brutale de la crise de la démocratie en France. Un niveau de participation aussi bas est courant à l’occasion d’autres types de votes, notamment les Européennes, voire les législatives de 2017. Il est en revanche inattendu lors de municipales, élections de proximité où se joue la vie quotidienne. Le climat de défiance ou d’indifférence de l’électorat, qui caractérisait certains scrutins nationaux, contamine désormais l’élection des conseils municipaux et des maires. Un mythe vole en éclats: celui de l’attachement intrinsèque de la population à la démocratie locale. La distinction entre un scrutin européen ou national, réputé lointain, et un vote local, conditionnant la vie quotidienne, s’estompe dangereusement: désormais, l’indifférence civique gagne tous les niveaux de la démocratie.

Le taux d’abstention de 60% marque un paroxysme du climat de défiance. Au-delà des enjeux locaux, il reflète une indifférence globale teintée de rejet envers la politique. L’image de l’impuissance des gouvernements sur le chômage, l’insécurité, l’autorité de l’État, la crise de l’école, la maîtrise des frontières, rejaillit désormais sur le vote local. Le sondage CEVIPOF sur la confiance des Français, en janvier 2019, révélait que 87% d’entre eux sont persuadés que les responsables politiques ne tiennent aucun compte de «ce que pensent les gens comme eux». Cette amertume se généralise désormais à l’élection des maires. Elle est le signe d’un écœurement populaire face à la dérive narcissique de la politique française, cette impression que les responsables publics privilégient leur image personnelle, leurs satisfactions de vanité, au détriment du bien commun qui n’existe plus.L’abstention est signe de la déception, d’un nihilisme politique croissant, de la perte des références civiques, de la disparition du sentiment d’un destin commun qui se joue dans les urnes.

Elle est le fruit de l’échec du «nouveau monde» de 2017. Le courant «d’optimisme», selon le mot alors à la mode, était porté par de grandes promesses: «renouvellement», «transformation», «refondation», «exemplarité». En quelques mois, le beau rêve s’est effondré et la déception s’est installée: scandales tonitruants, crise des Gilets jaunes précipitant le pays dans la violence, aggravation des déficits, de la dette, de la pauvreté et absence de résultats sur le chômage, naufrage dans le culte de la personnalité. Puis la crise du covid-19 et les errements de la classe dirigeante sur les masques, les libertés publiques, le traitement des EPAD ont achevé de ruiner la crédibilité de la classe dirigeante dans son ensemble.

Faut-il, à l’image de quelques responsables politiques, considérer ce taux d’abstention vertigineux comme une forme d’expression civique, geste volontariste de révolte ou de rébellion? Rien n’est moins évident. Elle est le signe de la déception, d’un nihilisme politique croissant, de la perte des références civiques, de la disparition du sentiment d’un destin commun qui se joue dans les urnes. Elle est la marque de l’indifférence, la tentation du repli, du morcellement, de la fragmentation de la société. Sur les plateaux de télévision, comme toujours, chacun trouve les bonnes raisons de jubiler. Les dirigeants politiques, de tout bord, donnent le sentiment de danser sur les ruines fumantes de la démocratie française

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