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Premières victoires sur l’Everest et l’Annapurna: les clés du succès

                              

ARTICLE de Pierre RIDEAU

Ce qui distingue et ce qui réunit deux ascensions historiques

  • Le 3 juin 1950, une expédition française réussit la première l’ ascension d’un 8000 sur l’Annapurna.
  • Le 29 mai 1953, une expédition du Commonwealth atteint le sommet de l’Everest.

Deux exploits incroyables, deux réussites et pourtant, quelle différence dans la préparation ! Ce qui ne sera pas sans conséquences ! Mais c’est pourtant bien dans ce que ces deux épopées avaient de commun qu’il faut chercher quelques-unes des clefs du succès.

Ce qui distingue ces deux épopées

1/Préparation

Du côté britannique, sous l’autorité de John Hunt, officier, une préparation millimétrée, financée, engagée des mois à l’avance, où les repas sont prévus au gramme de viande près, les équipements rassemblés, testés, mis au point avec les industries compétentes, par exemple le masque à oxygène est conçu avec l’assistance de compagnies aériennes. Des photos de l’Everest sont fournies par la RAF, des cartes sont prêtes…Un temps long d’acclimatation est prévu.

Du côté français, c’est l’improvisation totale, il faut trouver de l’argent, des sponsors. Il n’y a ni photos, ni cartes et le sommet à gravir n’est pas choisi. Les porteurs ne sont pas recrutés, les formalités non préparées, il y a du retard partout, le stress est total d’autant que la mousson se rapproche. Lionel Terray se déclare « affolé » par cette impréparation.

Le chef de l’expédition, Maurice Herzog, a réponse à tout : « on s’arrangera ! ».

2/Sur place

Du côté britannique, ce qui est prévu se déroule normalement, installation des camps, temps d’acclimatation, progression sans trop de surprises, sans trop d’imprévus mais non sans difficultés.

Du côté français, l’improvisation produit ses effets. Temps et énergie perdus. Le sommet n’est pas choisi (il le sera le 15 mai), il faut explorer en même temps deux accès, à l’Annapurna (mais on ne sait pas où il est) et au Dhaulagiri. Il y a incompréhension avec les Sherpas, ceux ci se mettent en grève !

3/Assaut

Du côté britannique : un premier assaut échoue, il n’ y a plus assez d’oxygène, le second constitué de la paire Hillary-Norgay réussit. Le récit, très sobre, de John Hunt ne relate pas de difficultés autres que celles liées à l’environnement exceptionnel.

Du côté français (sans oxygène), c’est un calvaire : froid, faim, fatigue, il manque du matériel (sacs de couchage,  réchaud). Herzog et Lachenal parviennent au sommet dans un état très dégradé. Herzog redescend sans LachenalLionel Terray le retrouve, gelé, lui donne ses gants.

Lui et Rebuffat sont atteints d’ophtalmie, ils redescendent Herzog et Lachenal qui ont les pieds et les doigts gelés. Il n’y a plus de lucidité, ils oublient au sommet les vivres et les sacs. Heureusement, leurs compagnons les récupèrent.

Ce qu’elles ont en commun hors d’être un exploit hors-normes

1/- un critère de sélection des alpinistes de l’expédition très précis

les critères sont plus nombreux pour Hunt (âge, expérience glace rocher neige et grande altitude…)

que pour Herzog (uniquement cordées constituées et soudées même si sans expérience de glace/neige)

mais tous deux exigent :

  • un caractère ambitieux et l’oubli de soi même(Hunt)

            –    des capacités à s’intégrer dans l’équipe supérieures aux capacités techniques  (Herzog)

2/- un facteur de motivation bien particulier

Hunt écrit : notre succès est construit sur l’expérience acquise par les expéditions précédentes,

notre organisation, nos équipements, l’état sanitaire des membres, la sélection, l’entraînement, l’acclimatation, l’esprit d’équipe – « ni impatience, ni colère, ni frustration » -, la météo, et il ajoute sur « les pensées et prières de tous ceux qui attendaient et espéraient cette victoire »

Herzog, lui, met en avant la bravoure des membres et des sherpas, puis, malgré les doutes,

la foi, le refus de l’échec etsurtout « le refus de décevoir ceux qui espéraient en nous ».

3/ – la fierté de représenter leur pays marqué par la guerre

Ces trois points,

– l’équipe est supérieure à chacun des individus qui la compose 

– la conscience d’être dépositaire des espoirs et de la confiance des « autres », ces milliers et dizaines ou centaines de milliers d’anonymes

– la volonté de représenter et incarner la grandeur et la résilience d’une collectivité éprouvée par la guerre

ont donné à chacun de ces alpinistes, l’humilité et la grandeur nécessaires pour trouver en eux des ressources physiques et mentales exceptionnelles jusqu’à se sublimer.

Et ces hommes d’honneur, admirables, expérimentés et rationnels n’étaient pourtant ni sans défauts, ni surtout, étrangers ni à une certaine mystique, ni à une part d’irrationnel.

Dans son livre, Hillary relate ses derniers pas ainsi «  ….et nous étions au sommet…. », sans préciser qui de lui ou du Sherpa Norgay a été le premier à poser le pied sur le sommet.

Déjà Hunt, au moment de boucler son équipe se rendant compte qu’ils sont 13, comptera « officiellement » Tiensing Norgay comme un membre de l’équipe pour faire 14.

Enfin, Herzog, ne sachant choisir entre l’Annapurna et le Dhaulagiri demande à un Lama son avis, celui-ci lui dit  « il vaut mieux tourner vos efforts vers l’autre côté, vers l’Annapurna »…

P. RIDEAU

Commentaire de Pierre RIDEAU:

…à propos de la conquête de l’Annapurna et celle de l’Everest, je trouve le rapprochement entre ces deux histoires-magnifiques !- intéressant.

Dans le papier sur les négociations de l’accord de retrait du Brexit, j’avais voulu mettre en évidence les conséquences de l’impréparation des Britanniques, et bien là c’est tout le contraire.La préparation de l’ascension de l’Everest est un modèle de professionnalisme.

L’impréparation totale est du côté des Français, on dirait une caricature !Alors, bien sûr, la victoire est au bout des efforts dantesques.J’ai voulu donc regarder ce qu’avaient en commun les deux groupes en supposant que cela avait été déterminant, ou, en tout cas, que ça avait « effacé » les différences.

Ce serait alors à la fois une leçon de management – on peut rattraper une faute d’organisation –  et de méthode – toutes les méthodes ne sont pas égales même si elles n’empêchent pas une réussite- . En l’occurrence, nos compatriotes ont payé cher leur succès !

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