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ARTICLE DE 2010 « La France en 2020, comment nous allons rebondir »: LECTURE SIDÉRANTE!

Jonathan ARZEL et Jean Roch SERGENT nous suggèrent la lecture de cet article au « futur antérieur ».

RGPP, plein emploi, réformes…

Ce qui était écrit il y a 10 ans:

Un peu vieillissant, mais compétitif, bardé de nouvelles technologies et doté d’un Etat enfin modernisé : voici le visage qu’offrira notre pays dans dix ans. A condition, bien sûr, qu’il accepte de se réformer.

ARTICLE

Capital, Marie Charrel

Et vous, vous la voyez comment, la France de demain ? Toute verte, avec plein d’éoliennes et de panneaux solaires ? Grisonnante, comme les tempes de ses habitants ? Rouge de colère, déchirée par les attaques de bus et les mouvements sociaux ? «A ce petit jeu, on peut faire défiler tout l’arc-en-ciel», sourit le prospectiviste Franck Biancheri. Le très sérieux Conseil d’analyse économique, qui a planché sur les scénarios possibles, en a ainsi défini… 243.

Hélas ! Pour la plupart des experts, une couleur semble quand même l’emporter sur les autres : le noir. A première vue, la France d’aujourd’hui semble en effet bien mal partie pour affronter l’avenir. Ecrasée par ses déficits public et extérieur, pénalisée par des coûts de production excessifs, grevée par un taux de prélèvements obligatoires record (42,8%), rongée par les divisions et les corporatismes, elle a le plus grand mal à préserver son fragile tissu économique.

Et les «déclinologues» de tout bord s’en donnent à cœur joie pour lui prédire le pire. «Nous accumulons dangereusement les retards», assène Hugues de Jouvenel, directeur de la revue «Futuribles». «Notre modèle économique et social est à bout de souffle», renchérit Michèle Debonneuil, l’une des pointures du Conseil d’analyse économique. Quant à l’économiste Nicolas Baverez, il nous annonce sobrement que la France va «droit dans le mur».

Eh bien, ce n’est pas si sûr. Ce dossier le démontre à chaque page, notre pays dispose au contraire de tous les atouts nécessaires pour rebondir. Qu’il les valorise avec intelligence, et il pourra très bien retrouver d’ici 2020 le chemin d’une croissance harmonieuse et durable. «On peut même imaginer que, à cette date, la France ait renoué avec le plein-emploi», pronostique Jacques Attali. Seulement, pour réussir ce pari, il va lui falloir se retrousser les manches. Et affronter en face à face avec vaillance les deux grands défis qui l’attendent au tournant.

Le premier d’entre eux sera, bien sûr, celui de nos finances publiques. Faut-il rappeler le désastre ? Alimentée par des déficits abyssaux (8,2% du PIB cette année), notre dette atteint aujourd’hui 80,3% de la richesse nationale. Et, si l’on ne fait rien, elle tutoiera les 120% à l’horizon 2020. Le budget de l’Etat sera alors tellement plombé par le paiement des intérêts (au moins 120 milliards d’euros par an) qu’il sera illusoire d’espérer l’équilibrer pour éviter un scénario à la grecque.

Tout l’enjeu de la décennie à venir va donc consister à réduire la voilure de nos dépenses, sans trop attenter à notre système de protection sociale et à nos services publics au sens large. «Pari impossible», clame-t-on déjà à gauche. Les exemples canadien et scandinave démontrent pourtant le contraire.

En quinze ans, la Suède a, par exemple, réussi à diminuer ses dépenses publiques de 72,4 à 53,8% du PIB, tout en comprimant le chômage de 9 à 4%. Pour parvenir à cette prouesse, elle a fait fondre le nombre de fonctionnaires de 15%, introduit une part de rémunération au mérite dans leur salaire, interdit aux collectivités locales d’afficher un déficit deux années consécutives et fait gérer ses services publics avec le même souci de rentabilité que les entreprises privées. «Rien ne nous empêche de suivre leur exemple», commente Vincent Chriqui, directeur général du Centre d’analyse stratégique, chargé par Matignon de plancher sur ces questions.

A y regarder de près, nous avons d’ailleurs déjà commencé à le faire. C’est même l’objectif principal de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), lancée en 2007 par le gouvernement. Cette vaste réforme intègre pas moins de 300 mesures qui devraient permettre d’alléger et de redynamiser les services de l’Etat au cours des prochaines années : un fonctionnaire sur deux ne sera pas remplacé, 150 corps d’Etat ¬inutiles seront supprimés, une centaine de démarches administratives seront dématérialisées, les frais de fonctionnement des ministères seront rabotés de 10%… Grâce à quoi les dépenses devraient être réduites de plus de 10 milliards d’euros d’ici trois ans.

Pour réussir, nous devrons aussi réformer notre système de retraite, avec bien plus de vigueur que ne l’envisage Nicolas Sarkozy. Car la France vieillit vite. Dans les dix prochaines années, la proportion des plus de 60 ans dans la population totale passera de 30% à près de 36%. A cette date, 2 millions de personnes auront dépassé les 85 ans, deux fois plus qu’aujourd’hui.

Et notre pays ne comptera plus que 1,5 actif par pensionné, contre 4 pour 1 en 1965. Certes, grâce au dynamisme de notre natalité, la situation sera moins alarmante que chez nos voisins. Et le report de l’âge légal de la retraite à 62 ans annoncé par François Fillon permettra de jeter un peu de sable dans le trou abyssal de nos caisses de retraite.

Mais on sait déjà qu’il faudra aller plus loin. «On ne pourra pas faire l’économie d’une réforme de fond», prévient François Rachline, directeur de l’Institut Montaigne. Avec, pour préalable, la fusion des quarante régimes de retraite actuels, qui se marchent sur les pieds. Faudra-t-il également réduire le montant des pensions ? Introduire une part de capitalisation ? Adopter un système par points, comme en Europe du Nord ? Le vrai débat sur les retraites n’a pas encore été ouvert…

Des arbitrages du même ordre s’imposeront pour l’assurance-maladie. Mécaniquement gonflées par le vieillissement de la population et les avancées technologiques, les dépenses de santé ont en effet tendance à augmenter plus vite que le PIB depuis les années 1970. Les experts ont fait les calculs : si on laisse les choses en l’état, le déficit de la branche passera de 25 milliards à… 150 milliards d’euros dans dix ans. Sans doute la réorganisation de l’hôpital, déjà bien engagée, permettra-t-elle de limiter un peu les dégâts.

Mais, là encore, nous ne pourrons pas faire l’économie d’une profonde réflexion. Faudra-t-il, comme aux Etats-Unis, confier une partie du marché à des assurances privées, au risque de voir les inégalités se développer ? Accepter de sacrifier la couverture de certains soins ? Moduler les taux de remboursement en fonction du revenu des ménages ? Les choix risquent d’être difficiles. Mais c’est à ce prix que nous pourrons résorber nos déficits sans détruire notre pacte social.

Le deuxième défi à relever pour notre pays sera, heureusement, moins douloureux : pour enrayer le déclin de son industrie et retrouver le plein-emploi, la France va devoir mettre le paquet sur les créneaux d’avenir : nouvelles technologies de l’information et de la communication, green business, santé, nanotechnologies…

«Ça tombe bien, nos pôles de compétitivité misent déjà sur ces secteurs depuis cinq ans», se réjouit François Drouin, le patron d’Oséo, l’agence de soutien à l’innovation. Conçues pour rivaliser avec les clusters allemands et américains, ces zones de développement rassemblent laboratoires publics et privés, entreprises et écoles. Il en sort chaque année des dizaines d’inventions : brocolis anticancer (Bretagne), plate-forme de réalité augmentée (plateau de Saclay), robots de téléchirurgie (Strasbourg)… Certains de ces pôles, comme l’Aerospace Valley à Toulouse (10 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2009), Cap Robotique à Paris ou Minalogic à Grenoble, se sont déjà forgé une réputation internationale. «Tous n’ont pas encore atteint cette taille critique, il faudra les aider à grandir encore si l’on veut qu’ils produisent plus d’idées neuves», souligne Jacques Attali.

Pour ce faire, le gouvernement a prévu d’injecter dans l’innovation 22 milliards d’euros sur les 35 milliards du grand emprunt, dont 4,5 milliards dans le numérique. Au total, près de 110 milliards d’euros supplémentaires devraient être consacrés à l’industrie verte d’ici 2020. Signe que les choses avancent, l’investissement total en recherche et développement devrait augmenter cette année pour la première fois depuis six ans et atteindre 2,08% du PIB.

Autre chantier primordial pour préparer l’avenir, la modernisation de nos universités. Plombées par les lourdeurs administratives, cadenassées par les corporatismes et de surcroît au régime sec depuis toujours, elles font en effet pâle figure dans les classements internationaux. En moyenne, leur budget annuel par étudiant ne dépasse pas 6 800 euros, contre 9 000 dans les pays de l’OCDE. Et le taux de réussite dans leurs premiers cycles plafonne à 50%, l’un des pires scores d’Europe.

Fort heureusement, la loi LRU de 2007, qui a confié l’autonomie budgétaire et la gestion du personnel aux présidents d’université, a commencé de révolutionner les pratiques. «Nous sommes enfin libres d’embaucher des pointures, de redéployer les professeurs comme bon nous semble et d’accroître notre budget par nous-mêmes», se réjouit Gilbert Béréziat, patron de Paris-VI. Lyon-I et Paris-II Assas ont ainsi créé des fondations à l’américaine pour récolter des dons auprès des entreprises.nullPublicité

Avec succès : Lyon a déjà obtenu 1,3 million d’euros des laboratoires Boiron et Lund¬beck. De son côté, Paris-Diderot est parvenu à débaucher George Smoot, le Prix Nobel de physique américain, afin qu’il monte un labo de cosmologie sur le modèle de celui qu’il a créé à Berkeley, en Californie.

Si elles poursuivent leurs efforts, nos universités pourront jouer en 2020 dans la même cour que Harvard, Princeton et les grandes facs asiatiques. Nous n’aurons plus alors 86 campus, mais une quarantaine, car les moins performants auront disparu ou fusionné avec les plus grands. Comme chez nos voisins, il y aura une sélection à l’entrée et les frais d’inscription, aujourd’hui très bas, auront été réajustés à la hausse. «Ces deux derniers sujets sont de moins en moins tabous», fait remarquer David Thesmar, économiste à HEC. Paris-Dauphine, qui vient de faire passer les droits de ¬scolarité de certains de ses masters de 231 euros annuels à 1 500 ou 4 000 euros, a ouvert la voie.

Ce n’est pas tout. Pour doper notre compétitivité, nous devrons également améliorer les performances de nos PME à l’export, en particulier vers les pays émergents. Et il y aura du boulot. «Nos sociétés sont trop petites et elles vendent cinq fois moins à l’étranger que leurs concurrentes allemandes», diagnostique l’économiste Patrick Artus, de Natixis.

Sous-capitalisées, les PME frenchies ont aussi du mal à accéder aux financements bancaires, ce qui limite leurs capacités de développement. Plus inquiétant encore, près d’un patron sur trois revend son affaire dès qu’elle atteint 15 millions d’euros. «C’est le seuil psychologique à partir duquel l’ISF devient trop lourd pour eux», commente un fiscaliste. Mais le problème est aussi culturel : lorsqu’elles se lancent à l’assaut d’un marché étranger, nos entreprises s’y présentent bien souvent seules, tandis que les Allemands ou les Japonais y vont par dizaines. «Ils chassent en meute», résume François Drouin, le président d’Oséo.

Mais rien n’est perdu, car nos patrons ont pris conscience de cette faiblesse. Il y a deux ans, une cinquantaine de grands groupes, dont EADS, Schneider ou la SNCF, ont ainsi signé en grande pompe un «pacte PME». Désormais, chaque fois qu’ils s’installent dans un nouveau pays, ils emmènent dans leurs bagages une brassée de sociétés françaises. Une fois sur place, ils partent ensemble à la pêche aux contrats, à l’allemande.

Et ça marche ! Prenez Axon, grosse entreprise de Montmirail, spécialisée dans le câblage électrique. En 2009, elle a suivi Thales, qui implantait une filiale en Chine. Et elle a décroché avec lui plusieurs commandes pour des entreprises locales. «Mes câbles vont équiper les prochains satellites chinois», se réjouit Joseph Puzo, le patron. D’après ses calculs, le coup de main des grands groupes devrait lui permettre de gonfler son chiffre d’affaires de 3 à 4 millions d’euros dès l’année prochaine. «Si tout le monde faisait comme moi, la France profiterait bien plus du boom asiatique», s’enthousiasme-t-il.Eh bien, elle va s’y mettre.

Marie Charrel

2 réponses »

  1. Édifiant à plus d’un titre en effet cet article d’il y a 10 ans… tant ante que post #Covid… 10 ans se sont écoulés, 3 Présidents et 3 majorités (de droite, de gauche, « central(e) ») et la question des meilleurs méthodologies de la #réforme, de la conduite du changement collectif en #France est toujours là… non entière !

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