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Moby DICK et le CAPITAINE ACHAB: un leadership totalement dévoyé

Une publication de Pierre RIDEAU

Qui est Herman Melville

Né le 1er août 1819 à Pearl Street, au sud-est de Manhattan (New York) et mort le 28 septembre 1891 à New York, est un romancier, essayiste et poète américain.

Presque oublié après sa mort, Melville est redécouvert dans les années 1920 à travers son œuvre maîtresse Moby Dick. Il est désormais considéré comme l’une des plus grandes figures de la littérature américaine.

Moby Dick, un des livres majeurs de la littérature américaine du XIXème siècle, sera mal compris en son temps. Déçu, Melville choisira dès lors d’écrire des nouvelles puis des poèmes, face relativement cachée de son oeuvre. Après des poèmes de guerre assez conventionnels, il en écrira d’autres, plus complexes, plus modernes aussi

Une citation de Herman Melville :

« Aucun homme ne peut avoir aussi bien conscience de sa propre réalité qu’en ayant les yeux fermés; comme si, en vérité, l’obscurité était la chose la plus propice à l’essence de notre être »

Présentation de Moby Dick par Pierre RIDEAU

Cette histoire est celle d’un équipage et de la folie de l’homme qui le dirige. Elle peut être lue à plusieurs niveaux et c’est une de ses richesses. Bien sûr, en premier lieu, c’est l’histoire de la lutte entre Moby Dick et Achab, lutte comme il s’en est déroulé des centaines à l’époque de la chasse aux baleines et d’ailleurs le livre de Melville est une véritable encyclopédie de la technique de chasse et de la vie à bord des baleiniers. Mais c’est aussi le combat intérieur d’un homme submergé par l’idée de la vengeance et c’est enfin l’affrontement entre la démesure d’Achab et la mesure de Starbuck, son fidèle second (son double inversé?).

Finalement, l’histoire d’un leadership totalement dévoyé qui transforme un navire en gigantesque sarcophage et qui nous interroge, à la fois, sur la capacité d’un homme à entraîner une collectivité dans sa folie et la propension de cette collectivité, y compris parmi les plus éclairés de ses membres, à abdiquer devant cette démesure.

ARTICLE de Pierre RIDEAU

Moby Dick et le capitaine Achab.  Combats et démesure

Publié en 1851, le livre d’Hermann Melville qui raconte l’histoire de la chasse menée par le capitaine Achab contre Moby Dick la baleine blanche fait partie des livres d’aventure les plus connus.

Certes, il s’agit d’une œuvre de fiction mais l’auteur a vécu et travaillé sur des baleiniers et a pu observer le fonctionnement de cette micro-société.

Cette histoire est celle d’un équipage et de la folie de l’homme qui le dirige. Elle peut être lue à plusieurs niveaux et c’est une de ses richesses. Bien sûr, en premier lieu, c’est l’histoire de la lutte entre Moby Dick et Achab, lutte comme il s’en est déroulé des centaines à l’époque de la chasse aux baleines et d’ailleurs le livre de Melville est une véritable encyclopédie de la technique de chasse et de la vie à bord des baleiniers. Mais c’est aussi le combat intérieur d’un homme submergé par l’idée de la vengeance et c’est enfin l’affrontement entre la démesure d’Achab et la mesure de Starbuck, son fidèle second (son double inversé?). 

Finalement, l’histoire d’un leadership totalement dévoyé qui transforme un navire en gigantesque sarcophage et qui nous interroge, à la fois, sur la capacité d’un homme à entraîner une collectivité dans sa folie et la propension de cette collectivité, y compris parmi les plus éclairés de ses membres, à abdiquer devant cette démesure.

Les acteurs

Achab, capitaine du Pequod.

Le capitaine Achab est un marin d’expérience, sur les mers depuis quarante ans, très bon navigateur à la barre de son bateau, très bon connaisseur des baleines qu’il chasse, très bon connaisseur des hommes qu’il dirige. Toutes les compétences d’un capitaine de légende…Un capitaine mutilé, une jambe lui manque et une légende incomplète et inachevée, Moby Dick lui résiste,

Il est secondé par 3 officiers, Starbuck , Stubb et Flask, tous trois rationnels, compétents et proches des marins.

L’équipage est constitué d’une trentaine d’hommes, 30 comme le nombre d’ Etats dans l’Amérique de 1851. Celle de la conquête de l’Ouest, des émigrants et des vagabonds, des gens sans terre et sans attaches, parfois sans foi ni loi.

Le Pequod est à la fois le bateau qui fend la mer et le chariot qui file dans la prairie.

Les 3 harponneurs, un Africain, Dagoo, un Indien Tashtego et un Polynésien Queequeg, sont l’aristocratie du bord. Un quatrième harponneur apparaîtra, sortant des entrailles du Pequod en pleine mer, Fedallah le Persan, harponneur du capitaine Achab.

Le Pequod commence sa campagne, elle est fructueuse, mais très vite, le véritable objectif d’Achab se révèle. Il n’est pas de trouver, harponner et capturer des baleines mais d’en tuer une, Moby Dick.

Pour les marins du Pequod, en revanche, la chasse est bonne, il serait temps de rentrer au port.

Comment Achab galvanise et entraîne l’équipage – sauf Starbuck- dans son obsession ?

D’abord par un discours enflammé où il communique sa rage à l’équipage. Il galvanise son équipe en lui parlant son langage et en exaltant un sentiment que tous ont éprouvé -celui de vaincre un adversaire hors normes, remporter un défi, vaincre sa peur-.

Puis, la promesse d’une récompense, une sorte d »intéressement financier, une pièce d’or clouée au mât pour qui verra la baleine le premier. Créer l’émulation qui valorise une compétence car Moby Dick a une « trace » particulière et le bon marin sera celui qui ne se trompera pas de baleine. Achab transfère son obsession – prendre Moby Dick- à ses marins en en changeant l’objet – prendre la pièce d’or-.

Ensuite, en s’appuyant sur des relais incontestés, les harponneurs. Il y a une double organisation à bord, celle, classique fondée sur la responsabilité: la hiérarchie, un commandant, des seconds, des boscos… et celle, spécifique, qui repose sur les compétences techniques et qui placent les « spécialistes » – ici les harponneurs- au-dessus des « généralistes », les autres marins tour à tour, guetteurs, rameurs, huniers, matelots…si chacun peut se permettre de contester la hiérarchie du bord, personne ne mettra en cause un harponneur, Achab connaît parfaitement cette mécanique.

Enfin, (le plus important ?), en pratiquant une sorte de rite : les seconds et les harponneurs font cercle autour d’Achab, lui tendent leurs harpons qu’il saisit à pleine main, c’est le serment sacré avec ses seconds, puis avec les harponneurs. C’est la ritualisation qui transcende un acte ordinaire en une action extraordinaire, celle qui justifiera tous les efforts et tous les sacrifices…

Et la chasse se poursuit…et la fin tragique devient inévitable.

D’abord, le Pequod croise un autre baleinier, le Rachel dont le capitaine demande assistance à Achab parce qu’il recherche son fils tombé à la mer. Achab refuse, il veut poursuivre la chasse.

C’est une transgression qui rompt avec une tradition ancestrale et sacrée, l’entraide des marins mais, si elle ne change pas (encore) le lien entre l’équipage et son capitaine, elle consacre la rupture de la dernière digue intérieure dans la raison d’Achab, ce que révèle un dialogue poignant avec Starbuck.

 « Certains hommes meurent à la marée basse, je suis là sur la crête d’une énorme vague… ».

Ensuite, parce que Starbuck, qui a parfaitement compris ce qui attend le Pequod et son équipage entier, ayant échoué à faire entendre raison à Achab, renonce au coup de fusil qui les aurait tous délivrés.

Enfin, alors que déjà deux tentatives ont échoué et qu’il y a eu des pertes, Achab, continue la chasse. La baleine s’est éloignée, Starbuck l’affirme, elle n’est plus menaçante – l’auteur suggère que pour la baleine, le combat a eu lieu, elle a vaincu, et il est clos-. Ses hommes ne l’écoutent plus, ils tentent de le faire fléchir. Affaibli, Achab engage le combat de trop.

La rage l’a submergé, il devient un adversaire prévisible et incapable de s’adapter à la situation.

La baleine met en pièces le bateau et son équipage.

« Puis tout s’égalisa, le grand linceul de la mer se mit à rouler comme il roulait il y a cinq mille ans ».

Il n’y aura qu’un survivant, Ismaël, qui sera récupéré par le Rachel…. 

PR 18 août 2020.

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