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La mission d’une génération, ce qui oblige les artistes et écrivains: actualité d’Albert CAMUS

Albert Camus, si actuel

Albert Camus est souvent cité, nous avons voulu, dans le contexte de réflexion de metahodos, revenir à la source et aux mots sur ce qui « oblige » chaque homme, quelque soit sa génération, et « oblige » tout particulièrement les artistes et écrivains ( peut on designer: les intellectuels, les élites ou les classes dirigeantes, termes désormais voisins – le dernier remplaçant les précédents et les « oubliant » en quelque sorte ? )

« J’en veux à ceux qui ne se servent pas de leur notoriété pour ceux qui en ont besoin« 

Déclare Vincent LINDON pour expliquer pourquoi il a choisi de lire le texte du disscours de Stockholm.

Voici quelques extraits sur l‘artiste d’abord , puis sur l’écrivain puis sur la génération. Avant la bande son de la lecture de Vincent LINDON.

Discours de réception du prix Nobel de littérature, à Stockholm, 10 décembre 1957

EXTRAITS

Artiste et écrivain : comprendre plutôt que juger

« L’artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s’ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel. « 

« Le rôle de l’écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. …Mais, dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s’exprimer, l’écrivain peut retrouver le sentiment d’une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu’il accepte, autant qu’il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté.

Puis, il insiste sur l’engagement de l’écrivain : « Par définition, il ne peut se mettre aujourd’hui au service de ceux qui font l’histoire : il est au service de ceux qui la subissent. » …« Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir — le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression»

Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d’hommes possible, elle ne peut s’accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression […].« 

Une génération qui sait qu’elle ne changera pas le monde, mais

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse.

Héritière d’une histoire corrompue

où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées,

où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression,

cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir.

Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu’elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre,

restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture,

et refaire avec tous les hommes une arche d’alliance.

Il n’est pas sûr qu’elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que, partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l’occasion, sait mourir sans haine pour lui.

C’est elle qui mérite d’être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. »


Albert Camus, Discours de Suède, Gallimard, 1958.

Quand Vincent LINDON lit le « discours de Stockholm » d’Albert Camus

Vincent Lindon lit, avec émotion, le discours que le grand écrivain a prononcé à Stockholm alors qu’il recevait le prix Nobel de littérature, en 1957. Décryptage d’un texte polémique dans lequel Albert Camus précise la place de l’intellectuel et de l’artiste dans la cité.

https://www.franceinter.fr/culture/quand-vincent-lindon-lit-albert-camus

Quand l’académie des Nobel couronne en 1957 Albert Camus, elle distingue « une œuvre qui met en lumière avec un sérieux pénétrant les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes ». Dédié à Louis Germain, l’instituteur de son enfance en Algérie, le discours  discours de remerciement de l’écrivain est prononcé à Stockholm le 10 décembre 1957. C’est celui d’un homme de 44 ans qui déjà publié L’Étranger et Le Mythe de Sisyphe en 1942, puis La Peste en 1945, L’Homme révolté en 1951 et en 1956, La Peste.

Né en Algérie en 1913, avant la Guerre des tranchées, l’écrivain a déjà traversé la guerre d’Espagne, la guerre 1939-1945, mais ce qui le touche au plus près, c’est la situation algérienne. En 1951, voyant le conflit venir, il prend déjà parti dans L’Express au travers de plusieurs articles dans lesquels il explique qu’il vit ce drame comme un « malheur personnel ». Intellectuellement il est pour l’indépendance de l’Algérie, mais affectivement, ses racines sont là-bas. Habitant à Paris depuis 1940, il se rendra même à Alger pour lancer un appel à la réconciliation. En 1957, au moment de son discours devant l’académie Nobel à Stockholm, la guerre d’Algérie a débuté depuis trois ans.

« Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n’ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S’il m’est nécessaire au contraire, c’est qu’il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes »

Il précise ensuite l’importance de l’engagement :

Le rôle de l’écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd’hui au service de ceux qui font l’histoire : il est au service de ceux qui la subissent

Plus loin :

« Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir — le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression. »

Vincent Lindon explique pourquoi il a voulu lire ce texte

J’en veux à ceux qui ne se servent pas de leur notoriété pour ceux qui en ont besoin

Albert Camus, le journalisme engagé - Histoire - Factual - Lagardère  Studios Distribution
Albert Camus | À la française …

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