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RÔLE DES PARTIS (suite): LREM n’aura été qu’une machine électorale?

Dans le prolongement de nos publications sur le role des partis et la crise de LREM, nous vous proposons l’article de 20 Minutes

INTERVIEW

Démission de Pierre Person : « LREM s’est contentée d’être une machine électorale pour faire élire Emmanuel Macron », estime un spécialiste

MIS À JOUR LE 21/09/20
Propos recueillis par Jean-Loup Delmas


Philippe Moreau-Chevrolet, enseignant en communication politique à Sciences Po, revient pour « 20 Minutes » sur la démission du numéro 2 de LREM


Ce lundi, Pierre Person, numéro 2 de LREM, a démissionné en justifiant son choix par la volonté de « créer un électrochoc » dans un parti « sans idées nouvelles ».

Si on ajoute à cela de nouveaux résultats électoraux en berne ce dimanche, la semaine ne semble pas commencer sous de bons auspices.

Pour Philippe Moreau-Chevrolet, enseignant en communication politique à Sciences Po, LREM paie son délaissement par Emmanuel Macron, qui a voulu une machine électorale bien plus qu’un parti.

Avec fracas, Pierre Person a démissioné de ses fonctions de numéro 2 de La République en marche ce lundi. Le numéro 2 du parti a expliqué sa démission par la volonté « de créer un électrochoc » dans un parti qui, selon lui, n’avance plus, victime « d’une organisation repliée sur elle-même » et incapable « de produire des idées nouvelles ».
Des critiques qui résonnent d’autant plus durement pour le parti que ce dimanche, les élections législatives partielles ont été un nouveau revers électoral pour LREM, qui enchaîne depuis quelques mois les échecs dans les urnes. Pour Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences Po, le parti semble se contenter de porter Emmanuel Macron, sans se trouver une nouvelle identité.

Trois ans après sa création, La République en marche est-elle restée le parti d’un seul homme ?

Il y a cette impression que LREM s’est contenté d’être une machine électorale pour faire élire Emmanuel Macron en 2017 et que depuis, le parti n’a pas d’existence en dehors de cette mission et de cette temporalité. On avait vu de telles machines électorales aux Etats-Unis, qui ne vivent que pour une élection, mais c’est la première fois qu’on trouve une telle coquille vide n’ayant servi qu’à lever des fonds en France. C’est complètement nouveau et atypique dans notre nation, qui est un pays très politique. Pour ceux qui cherchent du sens et des convictions profondes en politique, cela ne convient pas.


La démission de Pierre Person, et surtout les mauvais résultats au fil des élections, montrent bien que ce choix a aussi ses limites ?

Ce n’est effectivement pas un procédé très tenable dans le temps, car il ne correspond pas à notre culture politique. Cela a marché en 2017 pour deux raisons, l’impression d’être ancré dans la société civile, et la sensation d’une sélection des élites « différente » des autres partis, avec des candidats choisis en mode entreprise, presque par CV, ce qui correspondait à la façon des Français de se faire recruter eux-mêmes et qui a donné une impression de normalisation.


Mais la limite de l’exercice, c’est qu’Emmanuel Macron n’a jamais eu l’intention de faire quoi que ce soit de LREM une fois élu. Il est convaincu que sa politique se joue à l’Elysée et uniquement à l’Elysée, et qu’il n’a au fond pas besoin d’un parti, ni même d’un gouvernement ou d’un parlement. Pour lui, un président suffit. Pour LREM, c’est donc trois ans de pouvoir perdus, sans implantation locale, sans travail médiatique.

C’est un choix très étonnant d’Emmanuel Macron, ce délaissement total du parti qu’il a créé. Il semble persuadé que le moment venu, il pourra remonter de toutes pièces une autre machine électorale qui correspond mieux au moment et aux enjeux de l’élection, probablement plus à droite vu son tournant actuel. Je pense qu’il se dit qu’il n’a pas envie d’avoir un boulet à la patte à traîner pour 2022, il a vu comment un parti pouvait aussi être mortifère avec le pire exemple possible, le PS.

Malgré tous les reproches qui sont faits aux partis politiques traditionnels, cela ne fait-il pas défaut actuellement à Emmanuel Macron ?

Un parti plus vivant et plus incarné lui aurait été très utile. C’est une erreur de s’arrêter à l’illusion que les Français sont opposés aux partis, alors que les électeurs cherchent un sens profond à la politique et un contact de terrain. Cette absence d’implantation joue beaucoup dans le côté inaccessible de sa politique et le ressenti de manque d’humanité, les Français ne sont finalement jamais en contact avec la politique d’Emmanuel Macron excepté des allocutions télévisés préenregistrées, mais on a vu mieux comme contact de terrain…

Peut-on parler d’une erreur politique ?

Le choix de ne pas avoir davantage misé sur le parti m’a tout l’air d’être un choix par inexpérience qui se retourne contre lui. Ce parti dans lequel il avait si peur de s’enfermer lui aurait au contraire donné beaucoup plus de flexibilité, en absorbant notamment mieux son virage à droite.

Avec un parti plus fort et plus solide, il aurait pu limiter l’hémorragie de talents et de députés que ces virages politiques lui coûtent à chaque fois. Rien ne vaut un parti fort pour accompagner les coups de braquet du pouvoir.


De plus, pour ne pas subir trop de désamour et de désintérêt, sa politique compte de fait énormément sur le Modem, seul véritable allié qui dispose d’une forte implantation et attache locale. C’est le paradoxe du choix d’Emmanuel Macron, vouloir ne pas être enfermé dans son parti l’a rendu encore plus dépendant d’un parti qui n’est même pas le sien.
Il ne faut pas se leurrer, 2017 a été gagnée aussi par un important travail de terrain de la part de LREM.

Ce n’était pas du tout une campagne désincarnée ne reposant que sur les discours d’Emmanuel Macron. A l’époque, le futur président comptait et a beaucoup misé à raison sur le terrain. C’est étonnant d’avoir fait par la suite le choix de se couper de celui-ci, et cela ressemble surtout à une erreur digne d’une certaine immaturité politique. Il ne faut pas croire qu’Emmanuel Macron est le seul à avoir suffisamment d’ambition politique et de pouvoir pour vouloir s’émanciper d’un parti, c’est probablement le cas de tous les candidats, et même d’autres politiques. Mais les autres connaissent l’importance du terrain et d’avoir un socle. C’était une expérience unique en France, et probablement la dernière, car on voit bien qu’elle ne marche pas sur le long terme.

2 réponses »

  1. COMPLEMENT

    LREM : Le parti se déchire lors d’un bureau exécutif sous tension

    MIS À JOUR LE 22/09/20 20 MINUTES

    Pour un participant : « Cette réunion, c’est l’horreur, la déprime totale… ». Aurore Bergé a pour sa part démissionné de son poste de porte-parole du parti

    Rien ne va plus à La République en marche. Quelques heures après la démission de son numéro deux, Pierre Person, le parti s’est déchiré lundi soir lors d’un « bureau exécutif ». Les menaces de démission et amabilités en tout genre y ont fusé. Il faut dire qu’en quittant son poste, Pierre Person avait lancé les hostilités en invitant dans le journal Le Monde « tous ceux qui veulent bâtir les succès de demain à quitter eux aussi leurs fonctions à la tête du parti pour écrire une nouvelle page ».

    Moqueries et tacles

    Les attaques sont venues de partout. Le député de la Vienne, Sacha Houlié, a voulu par exemple répondre à l’appel de Pierre Person, en annonçant lui aussi son départ de l’instance décisionnaire du parti. Problème : « Il n’en est pas membre de droit, mais simplement invité : en gros il arrêtera de répondre aux invitations… », moque un ponte du parti. Quelques minutes plus tard, alors que le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O relativisait les déboires de LREM, selon lui propres à tout parti majoritaire, Sacha Houlié, l’a taclé : « J’espère que tu seras plus convaincant sur la 5G que tu l’as été ce soir ». Commentaire d’un témoin de la scène : « Cette réunion, c’est l’horreur, la déprime totale… »

    Face à cette crise qui n’en finit plus au sein du mouvement présidentiel, son patron, Stanislas Guerini, a proposé que le renouvellement des membres du Bureau exécutif (BurEx), initialement prévu en novembre, soit reporté après les élections régionales, au printemps. « Si tu maintiens ce calendrier reporté, alors je ne resterai pas », a alors fustigé la députée Aurore Bergé, tenante de l’aile droite de la macronie, selon qui « le BurEx n’a pas la légitimité à mener les combats à venir ».

    « Tu donnes de l’urticaire »

    Stanislas Guerini a par ailleurs proposé la nomination de nouvelles personnalités au sein du mouvement : le binôme Marie Guévenoux et Jean-Marc Borello comme numéro deux en remplacement de Pierre Person, ainsi que Sibeth Ndiaye et Clément Beaune à la tête du « pôle idées », ou le député Roland Lescure à la communication du mouvement. A l’annonce de ces noms, Jean-Baptiste Moreau n’a pu s’empêcher de faire la moue. Il s’est alors adressé à Marie Guévenoux : « Tu donnes de l’urticaire à certains députés… »

    Après quatre heures de réunion, les propositions de Stanislas Guerini ont finalement été adoptées par un vote : 18 pour, un contre, quatre abstentions. Aurore Bergé a alors annoncé qu’elle quittait le porte-parolat du parti. La crise est donc loin d’être terminée

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  2. LREM : Sacha Houlié et Aurore Bergé démissionnent des instances du parti

    Par Magazine Marianne

    Publié le 22/09/2020 à 12:02

    Dans les pas de Pierre Person, les députés Sacha Houlié et Aurore Bergé ont annoncé, ce lundi 21 septembre dans la soirée, leur démission de la direction du parti lors d’un bureau exécutif « houleux », mais restent tout de même dans le groupe à l’Assemblée.

    Tout le monde se fâche. Après Pierre Person, qui avait annoncé son matin même dans Le Monde sa démission de ses fonctions de numéro 2, les députés Sacha Houlié et Aurore Bergé ont à leur tour claqué la porte de l’instance dirigeante de LREM à la sortie du bureau exécutif du parti ce lundi 21 septembre.

    Le député de la Vienne Sacha Houlié a annoncé démissionner du bureau exécutif et de toutes ses responsabilités à La République en Marche (LREM). Il était chargé des relations avec les acteurs politiques et sociaux. Problème : « Il n’en est pas membre de droit, mais simplement invité : en gros il arrêtera de répondre aux invitations… », moque un ponte du parti auprès de l’Agence France Presse. Comme son camarade Pierre Person, le député de la Vienne garde sa place au sein du groupe LREM à l’Assemblée nationale, et ainsi fidèle à Emmanuel Macron.

    L’annonce de sa démission a fait jaser. Et alors que le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O relativisait les déboires de LREM, selon lui propres à tout parti majoritaire, Sacha Houlié, l’a taclé : « J’espère que tu seras plus convaincant sur la 5G que tu l’as été ce soir ». Commentaire d’un témoin de la scène : « Cette réunion, c’est l’horreur, la déprime totale… »

    Rififi au « burex »

    Après la claque subie lors des élections législatives partielles qui se tenaient dimanche (où tous les candidats LREM ont été éliminés au premier tour), ces disputes internes agrémentent la crise identitaire et de leadership que vit le mouvement présidentiel. C’est dans ce contexte que Stanislas Guerini a proposé que le renouvellement des membres du Bureau exécutif, initialement prévu en novembre, soit reporté après les élections régionales, au printemps.

    « Le malaise est profond dans notre mouvement. Nous ne savons plus qui nous sommes et ce que nous portons », a souligné la députée Aurore Bergé, tenante de l’aile droite de la macronie, selon qui « le BurEx n’a pas la légitimité à mener les combats à venir ». « Si tu maintiens ce calendrier reporté, alors je ne resterai pas », a-t-elle martelé. Devant le résultat du scrutin concernant le report, elle a immédiatement confirmé sa démission de ses fonctions de porte-parole. Comme Sacha Houlié, elle reste toutefois membre de la majorité à l’Assemblée.

    Nouveau bureau exécutif

    Les nouveaux membres du bureau exécutif proposés par le délégué général du mouvement, Stanislas Guerini, font en effet grincer. En l’occurrence, il s’agit de la nomination de l’ex-juppéiste Marie Guévenoux à la place de l’ex-socialiste Pierre Person. La députée de l’Essonne sera assistée de Jean-Luc Borello, un proche du chef de l’État venu de la gauche, ainsi nommé délégué général adjoint, qui sera notamment en charge des mouvements citoyens. L’ex porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, et l’actuel secrétaire d’Etat Clément Beaune intègrent le pôle Idées du mouvement. L’ancienne secrétaire d’Etat Brune Poirson est quant à elle nommée en charge de l’international tandis que le député Roland Lescure prend la communication. L’eurodéputé et ex-conseiller d’Emmanuel Macron Stéphane Séjourné est en charge de la société civile. Quant à Astrid Panosyan, qui fut parmi les fondateurs de LREM, elle devient trésorière.

    « Dans le temps politique qui s’ouvre, nous avons besoin de collectif, d’efficacité et d’engagement », a commenté Stanislas Guérini. Néanmoins, rien ne dit que ces petits règlements de compte au « Burex » aient réglé les déchirements internes du mouvement. D’autres épreuves arrivent. Après des sénatoriales dimanche prochain qui s’annoncent sans grande victoire, il y a les élections régionales de mars pour lesquelles LREM hésite encore à soutenir des candidats sortants, quitte à nourrir à nouveau un procès en incohérence politique

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