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Comment le collectif surmonte les épreuves

PRESENTATION

Pierre RIDEAU nous propose une note de lecture à propos de l’ouvrage de John Keegan, Anatomie de la bataille.

Voici la présentation qu’il en fait:

« L’article publié par Metahodos  « sous la carapace idéologique, comment comprendre les terroristes solitaires »  – https://metahodos.fr/2020/09/30/sous-la-carapace-ideologique-comment-comprendre-les-terroristes-solitaires/ – nous donne quelques clefs des éléments pouvant être à l’origine des meurtres qu’ils commettent. Ces clefs méritent d’être étudiées, validées et reconnues pour enrichir toute politique de prévention.

Néanmoins, les observations relevées n’expliquent pas un point essentiel :
les terroristes acteurs solitaires (TAS est l’acronyme repris dans le texte), tout comme les terroristes agissant en groupe attaquent toujours des gens innocents, ne représentant strictement aucune menace (ni pour les terroristes ni pour les causes qu’ils prétendent défendre !) et dans l’incapacité totale de se défendre. Rappelons-nous leurs victimes, des écolières, un vieux prêtre, un randonneur, des jeunes ou moins jeunes attablés à une terrasse de café ou présents dans une salle de spectacle, des passants anonymes un soir de 14 juillet…La seconde caractéristique est que ces tueurs ne prennent aucun risque au moment d’entamer leur périple meurtrier.


Ils se prétendent combattants ou soldats d’une cause…mais ils en sont l’exact opposé.


Des combattants affrontent un ennemi identifié, qui représente une menace et qui est capable de se défendre. Ils risquent leur vie à tout moment et n’en retirent aucun gain. Ils ne s’auto-désignent pas « justicier  » ou « vengeur » mais agissent au nom d’un collectif. Il y a une sorte de symétrie entre leurs adversaires et eux.


Cela ne rend évidemment pas les guerres moins insupportables et cela ne suffit pas à empêcher des atrocités.


La note de lecture proposée concerne un ouvrage de John Keegan sur le comportement des soldats et de leurs chefs sur trois champs de bataille distincts, ouvrage écrit  pour « permettre une meilleure compréhension et pas seulement une meilleure connaissance du passé ». Il utilise notamment les écrits des soldats eux-mêmes afin de ne pas réduire le combat à un ensemble de règles et de procédures. Il aborde bien sûr, le terrible balancier qui rythme la vie du combattant, entre courage, peur, mort, héroïsme et cruauté.

Comment un collectif peut-il endurer cela ?

Keegan nous donne quelques clefs.

Et ces clefs valent-elles pour d’autres collectifs confrontés à d’autres épreuves ?

C’est une des réflexions que propose ce livre.« 

John Keegan: Soldiers and Pacifists Share the Same Qualities - Institute  for Policy Studies

John Keegan, né le 15 mai 1934 à Clapham et mort le 2 août 2012 dans l’East Devon, est un historien militaire et journaliste britannique.

ARTICLE de Pierre RIDEAU

Anatomie de la bataille (1976) par John Keegan

John Keegan (1934-2012) est un des historiens militaires contemporains les plus connus.

Il a enseigné à l’Académie Royale Militaire de Sandhurst, à Cambridge et Princeton. Dans son livre Anatomie de la bataille, il raconte ce qu’est une bataille vécue – non du point de vue des États-majors – mais par les soldats. Il étudie ainsi en détail Azincourt (1415), Waterloo (1815) et la Somme (1916) puis consacre un chapitre aux guerres contemporaines.

Cette note de lecture reprend des éléments cités par John Keegan et qui donnent des éléments de réponse aux  questions : qu’est ce qui motive un soldat ? Comment se comportent les cadres militaires pendant la bataille ? Comment une bataille devient victoire ? Quels sont les éléments communs à la plupart des batailles ?

I/ Éléments de motivation du soldat : pourquoi avancer ?

Ou comment à la fois vaincre la « peur omniprésente, l’absence d’inclination à l’héroïsme » et surmonter « le noyau émotionnel  qui interdit l’agression et le meurtre ? ».

Par la cohésion, l’esprit de sacrifice, le patriotisme ? Oui, c’est essentiel. La volonté de combattre, le sens du devoir, l’obéissance à l’ordre reçu ?

Il faut tous ces éléments bien entendu mais d’autres seront nécessaires avant et pendant le combat.

a) avant le combat.

– Consommation d’excitants : alcool, tabac…et plus tard de drogues : amphétamines, benzédrine, marijuana

– Soutien spirituel : messe, prières …

– Préparation morale : rituel personnel (courrier, accolades…) et collectif ( défilé, revue, serment)

– Excitation, impatience du combat qui de toute façon aura lieu

– Présence du chef suprême (empereur, souverain, général en chef).

– A partir du XXème siècle, la confiance dans les structures de soin qui augmentent l’espoir de survie.

Nb : jusqu’à la fin du XIXème siècle, perspective d’enrichissement : rançon, vol des blessés et des tués.

b) au combat.

– Excès de confiance, crédulité, représentation inexacte du combat

– Forces coercitives qui empêchent la désertion et la fuite et obligent à combattre.

– Refus de la défaite qui signifie captivité ou mort alors qu’attaquer/se défendre est la seule chance de survie.

– La solidarité dans le groupe et le charisme du chef.

– Professionnalisme des officiers qui inspire confiance.

Les deux plus importants selon l’auteur :

  • ne pas être pris pour un lâche par son groupe
  • porter secours à des camarades en péril.

II/ Attitude, comportement des officiers de terrain.

Ils considèrent qu’ ils sont là d’abord pour organiser et diriger les opérations en donnant des ordres.

Ils savent que l’ardeur personnelle, la discipline et le commandement ne suffisent pas à décider un soldat de combattre et qu’il faut créer aussi un esprit de corps.

Pour favoriser la solidarité entre soldats, ils privilégient une organisation de petits groupes de 6 ou 7 amis autour d’une personnalité perçue comme un bon combattant et ils organisent des compétitions entre groupes.

Ils transposent ce qu’ils ont appris dans les écoles; sport, érudition, morale, religion, hygiène.

Wellington (1815) : « les Français n’ont pas été battus par un meilleur commandement, une tactique émérite, un patriotisme supérieur mais par la patience et l’endurance, le souci de bien faire, la pratique de vertus individuelles que l’on apprend par le sport, activité capitale d’un gentleman. »

Pour favoriser la confiance qu’ils attendent de leurs hommes, ils partagent leur entraînement et créent des rituels tel l’examen des pieds après de longues marches épuisantes.

Pour l’officier, le signe du courage est de ne pas abandonner son poste, peu importe les risques.

Ce à quoi il tient le plus : être, aux yeux de ses pairs et de ses soldats, un homme d’honneur.

S’agissant des généraux et commandants en chef :

La plupart ne résistent pas au stress : beaucoup sont physiquement malades quand d’autres le dissimulent par une attitude de dureté, ou par un détachement apparent, ou encore en délégant au maximum pour créer des écrans. D’autres, enfin, affichent un dédain de la souffrance.

III/ Éléments généraux d’une victoire

Comme un chasseur étudie sa proie, avoir une compréhension intime de l’ennemi et anticiper ses réactions.

La préparation morale est indispensable pour vaincre.

Il faut que l’armée soit animée par une vision, un rêve ou un cauchemar pour pouvoir être galvanisée.

 « Je gagne mes  victoires avec les rêves de mes soldats endormis ». Napoléon.

Commencer par une phase d’intimidation pour inciter l’adversaire à ne pas franchir la distance critique, celle qui, une fois franchie, provoquera une réaction d’attaque. 

Tactiquement, imposer son terrain et son tempo et rester mobilisé dans la durée. « La victoire est un combat moral entre deux volontés jusqu’à ce que l’une s’effondre et que l’adversaire se désagrège (Waterloo) ».

IV/ Éléments généraux d’une bataille

La force d’inertie de l’armée est un facteur de résistance sans doute aussi important que l’ennemi car il y a des freins matériels et psychologiques à partir au combat.

Ce qui est souverain, c’est l’épuisement, on ne s’habitue pas à la guerre.

L’obsession des soldats professionnels est l’accident qui fait davantage de victimes que l’ennemi.

L’exercice a pour but de l’éviter .« La bataille se gagne sur le champ d’exercice.» Général Sheridan

L’homme trouve des ressources dans son instinct de préservation, son sens de l’honneur, son courage, et son enthousiasme, mais il connaît aussi le doute, l’incertitude et la peur. Beaucoup ne sont pas prêts : quand la fuite n’est plus possible – désertion ou planque- il reste l’automutilation car la bonne santé devient un fardeau et la blessure est une providence. Vient ensuite la mutinerie.

Pour le commandement, ce qui est le pire, pire que la défaite ou la mutinerie, c’est une troupe devenue une foule inorganisée que rien ne gouverne car si l’organisation ne compense pas toujours l’infériorité numérique, en revanche, la désorganisation aboutira toujours à la défaite, quelque soit le rapport de forces initial.

Un chef doit savoir transformer une « foule » d’hommes en armée. L’armée, c’est la régulation des comportements individuels par une démarche collective.

La tactique doit être compréhensible pour le soldat et lui faire apparaître le gain espéré : ainsi, en 1914, un  soldat anglais sur quatre a une expérience militaire. Donc la tactique est expliquée simplement : « on avance, on attaque la tranchée, on la prend, on s’arrête, on recommence, une deuxième vague arrive, nous relève et prend le relais pour attaquer la tranchée suivante ».

John Keegan. Anatomie de la bataille. PERRIN. Editions Perrin. 1976

Pierre Rideau 2 octobre 2020

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