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ÉLOGE DU DÉBAT NUANCÉ





Éloge du débat nuancé

Par Caroline Fourest oct. 9, 2020 Marianne


Le débat public peut élever ou abaisser nos démocraties. S’il tourne au cirque permanent, on ne s’étonnera pas de voir des clowns surgir des urnes.


Moins puissante que jadis, la télévision conserve une immense responsabilité. Sa vision du débat contradictoire ne peut consister à donner cinq minutes aux victimes puis cinq minutes aux bourreaux, cinq minutes à la raison puis cinq minutes à la folie, cinq minutes aux racistes puis cinq minutes aux identitaires d’en face, avant de compter les points ou les morts.


Valable bien avant l’invention d’Internet, cette éthique devient de salubrité publique depuis que les réseaux sociaux brouillent la frontière entre le vrai et le faux, et nous polarisent à l’extrême.
L’agora publique n’a plus l’obligation de tendre le micro à toutes les opinions, comme si toutes se valaient. Elles s’expriment déjà partout et sans filtre. Il faut au contraire assumer de trier et de discerner.


C’est ce qu’aurait pu défendre Geoffroy de Lagasnerie au micro qu’on lui tendait sur France Inter s’il goûtait la démocratie. Au lieu de quoi, ses sorties mitraillant le « paradigme du débat » pour exiger de le réserver aux seules pensées « justes » (qu’elles soient extrêmes ou plus nuancées que la sienne) glaçaient l’échine. Nous voilà prévenus. Le jour où ses amis prendront le pouvoir, nous sommes bons pour être rééduqués en écoutant des débats réservés au seul camp du bien.


Qu’on se rassure, le snobisme sectaire méprisant l’idée même de rassembler, ce jour n’est guère près d’arriver. Le risque est bien plus grand de voir le pays se jeter dans des bras opposés.


Voyant venir ce danger, le CSA devrait réagir aux multiples plaintes et condamnations visant Éric Zemmour. Le viceprésident du Sénat, David Assouline, l’a saisi en rappelant que CNews s’est engagée, par convention, comme toutes les chaînes, à ne pas émettre de propos
« dangereux et racistes ». Les propos ne relevant pas de l’opinion mais d’un délit ne sauraient être protégés au titre de la liberté d’expression.


Ceux qu’on entend mettre sur le même plan le droit de blasphémer comme Charlie et le fait d’inciter à la haine entretiennent une confusion toxique. Rire de l’intégrisme religieux qui vous menace n’a rien de commun avec balancer des poncifs essentialisant des personnes. Qu’il s’agisse des mineurs isolés, des migrants, des musulmans, des juifs, des homosexuels, des Roms, des hommes ou des Blancs.


Malgré ses approximations dangereuses, la droite identitaire, tout comme la gauche identitaire, doit continuer à s’exprimer dans le débat public. Mais faut-il lui dérouler le tapis rouge, lui assurer une place dominante, surplombante, au point que même la contradiction valide une scénographie l’élevant au rang d’étalon du débat d’idées ? C’est la question posée.


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