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Un polar-fiction de Michèle COTTA et Robert NAMIAS: La Démocratie et la Nation contestés – Victoire de l’extrême droite à la présidentielle

«La victoire d’un candidat d’extrême droite à la présidentielle est devenue possible». « S’il existe un désir d’ordre, il ne faut pas non plus négliger que, parallèlement, l’anarchie demeure un élément constituant de l’âme française »

Michele Cotta a été la présidente de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle, l’ancêtre du CSA, directrice de l’information à TF1 et directrice générale de France 2.Après avoir passé de longues années à Europe 1, Robert Namias a été directeur général adjoint de TF1, chargé de l’information. Ensemble, ils avaient déjà signé une première fiction en 2019, Fake news. Ils sortent
Le Brun et le Rouge
, aux éditions Robert Laffont, 390 pages.

ENTRETIEN

La victoire d’un candidat d’extrême droite à la présidentielle est devenue possible


Michèle Cotta Robert Namias Interview Ludovic Vigogne · oct. 30, 2020


Et si Marion Maréchal arrivait au pouvoir ?

C’est ce qu’ont imaginé Michèle Cotta et Robert Namias dans un polar, Le Brun et le Rouge (Robert Laffont). Dans cette fiction, où la vraisemblance s’invite à toutes les pages et où l’on croise Jean-Luc Mélenchon, Robert Ménard, Gilbert Collard…, l’ancienne journaliste de TF1, France 2, L’Express… et l’exdirecteur de l’information de TF1 font mourir les ministres dans des attentats et décrivent un pays au bord de la guerre civile. Ames sensibles s’abstenir !

Le Brun et le Rouge,


Nous avons fait un roman policier, surtout pas une thèse politique. Cela nous a permis de laisser une totale liberté à notre imagination. Mais nous l’avons écrit dans un certain contexte et en prenant en compte deux éléments. Le premier est qu’aujourd’hui, droite et gauche sont sous le boisseau face à un chef de l’Etat qui n’est ni droite-ni gauche.

De la décomposition de ces deux familles historiques peut naître un appétit pour l’extrême droite ou l’extrême gauche. Le deuxième est ce qu’on raconte, y compris au sein du Rassemblement national : Marine Le Pen n’aurait pas de chance d’être élue, car elle se heurterait à un plafond de verre. Charlotte Despenoux, notre personnage, est catholique, libérale. C’est un composite de plusieurs tendances, qui existent au RN, mais aussi à droite.


Dans notre scénario, la victoire de l’extrême droite à la présidentielle est possible grâce à un électorat composite qu’on appelle communément populiste et qui rassemble de manière assez évidente des électeurs d’extrême droite et des électeurs d’extrême gauche. C’est un cas de figure qui n’est pas nouveau. On l’a vu il y a vingt ans dans ce qu’on appelait le Midi rouge, où une partie des électeurs du PC sont passés au FN. Les projets respectifs de l’extrême droite et de l’extrême gauche peuvent comporter de vraies proximités (le protectionnisme, l’anti-européisme…).

Dans une situation de crise, ces accointances idéologiques peuvent provoquer une alliance électorale à la base, plutôt qu’au niveau des états-majors, et la victoire par effraction d’une candidate d’extrême droite. Aujourd’hui, au regard de la crise que nous traversons, cet improbable est devenu relativement possible.


Dans nombre de secteurs de la société, comme les banlieues par exemple, on paye la disparition des catholiques et des communistes. Pendant longtemps, la fonction tribunitienne y était occupée par le PC et la fonction humaniste par les catholiques. Aujourd’hui, la fonction tribunitienne est exercée par l’extrême droite et l’extrême gauche. Tout comme par l’islam, qui peut y ajouter une dimension sociale.


Les polars sont par nature toujours violents avec leur lot obligé de morts. A cela s’ajoute la violence sociétale qui accompagne l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, même si celle-ci s’est faite, dans notre livre, démocratiquement. L’extrême droite peut arriver au pouvoir par un putsch militaire, comme au Chili ou en Grèce, mais aussi de manière tout à fait légale, à l’issue d’élections, comme on l’a vu en Allemagne, en Italie… Aucune démocratie n’est à l’abri ; c’est ce qu’on a voulu montrer.
Il existe aujourd’hui en France un vrai désir d’autorité. Jusqu’où ira ce désir d’ordre ? Mais, il ne faut pas non plus négliger que, parallèlement, l’anarchie demeure un élément constituant de l’âme française. On le voit avec le sentiment anti-jacobin qui demeure toujours aussi fort, comme on peut le constater avec la crise sanitaire.


Le peuple français est sans doute bipolaire !


Cela a toujours été ainsi. Les présidents de la Ve République ont tous organisé de manière plus ou moins poussée leur propre protection, notamment pour préserver leur vie privée. Souvenez-vous de François Mitterrand !


R.N. : Tout, pas encore. Les journaux de 20 heures de TF1 et de France 2 gardent encore une audience exceptionnelle en Europe, même si elle est deux fois moindre qu’il y a dix ans. Mais c’est vrai qu’un problème est apparu avec la montée en puissance des chaînes d’info continue : celui de la hiérarchie de l’information. Les coups de projecteur sont mis sur une seule information et occultent tout le reste. Ce n’est pas normal.


Celui de 1988 entre François Mitterrand et Jacques Chirac avec leur fameux affrontement « dans les yeux ». C’était un vrai moment de télé. Le débat reposait, comme il se doit, sur un schéma très structuré que nous avions préparé [Elie Vannier était l’autre arbitre du débat, N.D.L.R.]. Celui-ci s’est échappé car on ne pouvait pas anticiper que les deux hommes s’affronteraient sur le cas du diplomate iranien Wahid Gordji. Quand j’ai entendu Jacques Chirac demander à François Mitterrand s’il pouvait contester sa version des faits « en le regardant dans les yeux », je me suis dit qu’il était bien naïf.


Le débat de 2002, car il n’a pas existé, alors que nous avions fait une proposition pour l’organiser ! Je me suis toujours interrogé : Jacques Chirac a-t-il vraiment eu raison de refuser de débattre avec Jean-Marie Le Pen ? Ce n’est, selon moi, jamais une bonne solution de se dérober face à un adversaire. Il aurait été dans son rôle et eu tout à gagner à montrer aux Français les hérésies que contenait le programme de Jean-Marie Le Pen. De la même manière, son choix de ne pas tenir compte des conditions de son élection en nommant un gouvernement d’union nationale m’a toujours paru une autre erreur.


Cela relevait d’un manque de confiance en lui. Quelques années plus tard, j’ai demandé à Jacques Chirac pourquoi il n’avait pas joué l’union nationale. Il m’avait répondu : « Je ne sais pas faire. »
Journaliste,


Cotta a été la présidente de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle, l’ancêtre du CSA, directrice de l’information à TF1 et directrice générale de France 2. Après avoir passé de longues années à Europe 1, Robert Namias a été directeur général adjoint de TF1, chargé de l’information. Ensemble, ils avaient déjà signé une première fiction en 2019, Fake news. Ils sortent
Le Brun et le Rouge, aux éditions Robert Laffont, 390 pages.


C’est impossible de répondre dix-huit mois avant l’échéance à une telle question. L’irruption de l’imprévisible est devenue le quotidien de la politique en France. Cela lui donne un air de démocratie anglo-saxonne. A cela s’ajoute le fait que nous vivons une époque sans précédent. Elle concentre sur un même moment plusieurs évènements que nous avons déjà pu connaître dans le passé mais qui n’étaient pas superposés : une crise économique comme en 1929, une crise sociale comme celle qui précéda 40, une crise sanitaire comme du temps de la grippe espagnole. Les trois en même temps, c’est du jamais vu !


J’y ajouterai un autre élément : on retrouve également le sentiment de décomposition politique d’avant la guerre de 40. Le personnel politique est contesté, les ligues font régner leur loi… A l’époque, la guerre était arrivée comme une délivrance. Nous sommes à nouveau dans un creux de la vie politique française. Il y a l’angoisse due au Covid. La démocratie et la nation sont contestées. L’esprit public est abîmé. La gauche et la droite ne se sont pas reconstruites… Tout peut arriver !


1 réponse »

  1. Cotta et Namias s’amusent à nous faire peur

    Ces deux figures de la presse ont imaginé un roman plus vrai que nature…
    JÉRÔME BÉGLÉ · oct. 29, 2020

    La politique n’est plus une science, mais une improbable scène de théâtre, où comédiens chevronnés et nouveaux venus qu’on croirait formés à la ligue d’improvisation partagent l’affiche. Sans que l’on sache, au moment où le rideau se lève, qui recueillera les applaudissements.
    Qui aurait parié que le magnat des médias italien Berlusconi serait porté à trois reprises au palais Chigi, siège du président du Conseil ? Qu’un ancien promoteur immobilier et animateur de télé-réalité, Donald Trump, s’installe à la Maison-Blanche ? Qu’un banquier d’affaires, éphémère conseiller d’un président et bref ministre, s’essaierait au suffrage universel en s’installant à l’Élysée ? Le destin de ces personnages nous enseigne que, désormais, tout est possible. Et pourquoi pas l’élection d’une jeune femme issue de l’extrême droite, qui, en 2025, battrait à plate couture les représentants des partis traditionnels ? Michèle Cotta et Robert Namias, vieux loups de mer de la politique, n’ont pas succombé à une overdose de Baron noir, la série de Canal+. Ils ont simplement vidé leurs carnets, observé les forces telluriques qui recomposent la géographie politique, prolongé les courbes des sondages, misé sur les ralliements, les trahisons, les ambitions, jaugé l’irresponsabilité des médias et mesuré la colère et la violence qui montent dans la société française. Dans Le Brun et le Rouge (Robert Laffont), tout est faux, mais tout peut devenir vrai. Chaque coup de théâtre est plausible, rendant plus probable encore le grand basculement dont il dessine un scénario haletant, souvent convaincant et truffé d’allusions aux personnages et à la vie politique d’aujourd’hui. On termine le livre conquis par la maestria des auteurs, mais effrayés qu’ils aient pu nous faire passer les vessies de leur imagination romanesque pour les lanternes d’un essai sur la situation politique et sociale d’un pays fatigué et las de lui-même ■
    Le Brun et le Rouge, de Michèle Cotta et Robert Namias (Robert Laffont, 396 p., 20 €).

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