
ARTICLE – EXTRAIT – “C’est un communiqué scandaleux” : le préfet d’Île-de-France accusé de partialité sur les vitraux de Notre-Dame de Paris
En annonçant le “rejet” du recours déposé contre les travaux de pose des vitraux contemporains de la cathédrale, le préfet a-t-il volontairement déformé le sens d’une décision de justice ? C’est l’avis de l’association Sites et monuments. Explications. Les six projets de vitraux de l’artiste Claire Tabouret étaient exposés au Grand Palais jusqu’à la fin du mois de mars. Photo Vincent Isore/IP3
Par Xavier de Jarcy Publié le 26 mai 2026
Le feuilleton des vitraux contemporains de Notre-Dame, ce projet d’Emmanuel Macron attribué sur concours à l’artiste Claire Tabouret, se poursuit désormais au tribunal. Le 21 mai, le préfet d’Île-de-France a publié un communiqué annonçant le « rejet » du « recours déposé contre l’autorisation de travaux » à la suite d’une décision de justice du 19 mai. Cette formulation a mis en colère l’association Sites et monuments. Son président, Julien Lacaze, accuse le représentant de l’État d’avoir diffusé un texte « mensonger », puisque le juge administratif ne s’est prononcé que sur l’urgence de suspendre les travaux. « C’est un communiqué scandaleux …
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ARTICLE – EXTRAITS – Non, la justice n’a pas laissé la voie libre aux vitraux contemporains de Notre-Dame
Didier Rykner jeudi 21 mai 2026 LA TRIBUNE DES ARTS
… Non, la voie n’est pas libre. Les deux procédures judiciaires sont encore en cours, et celles-ci bénéficient de solides arguments, même si pour l’instant l’un des recours a été perdu, sur le fond. Encore celui-ci n’a-t-il été perdu qu’en première instance. Rappelons que la justice, et le tribunal administratif ne fait pas exception, permet de faire appel, et que l’association Sites & Monuments a fait appel. Si elle perdait cet appel, elle irait ensuite devant le Conseil d’État. Cette première procédure se base pourtant (voir l’article) sur un argument imparable : l’établissement public a été créé pour conserver et restaurer Notre-Dame. Or l’enlèvement des vitraux n’étant pas une opération de conservation ni de restauration (c’est même le contraire !), il ne peut en être le maître d’ouvrage. Le tribunal a osé prétendre que la définition de ce qu’était la restauration ne se trouvait pas dans le Code du patrimoine !
La deuxième procédure est engagée sur le fond de la question, sur la légitimité des travaux (et non pas sur la compétence du maître d’ouvrage). Là encore, les arguments sont implacables. Elle faisait l’objet d’un référé, qui permet l’interruption des travaux pour deux raisons : en raison de l’urgence, et parce qu’un doute sérieux porte sur la légalité de l’acte. Si le référé a été perdu, permettant aux travaux de continuer, c’est uniquement parce que le juge des référés a estimé qu’il n’y avait pas urgence. Il ne s’est pas prononcé sur l’absence éventuelle d’un doute sérieux, n’ayant pas besoin d’examiner le fond, puisque l’urgence ne serait pas avérée.
On peut discuter cette question de l’urgence. Les travaux ont commencé, mais l’établissement public et le préfet affirment qu’ils seraient « réversibles » puisque ce qui a été fait, le remplacement des vitraux de Viollet-le-Duc par ceux de Claire Tabouret, pourrait être défait en remettant les vitraux de Viollet-le-Duc par l’opération inverse.
Si, sur le papier, cela reste possible, on imagine le coût de ces chantiers successifs (dépose et pose, suivi d’une dépose et repose, sans compter le coût de la conservation des vitraux de Viollet-le-Duc entre les deux opérations). Rien que cela devrait entraîner l’interruption des travaux. Mais manifestement la question des coûts n’est pas un argument pour les référés.
Le plus probable, désormais, malgré la pétition qui vient de dépasser les 350 000 signataires et que nous vous encourageons à continuer à signer et à partager, est que les vitraux soient posés. Ce qui obligera ensuite à les retirer pour remettre ceux de Villet-le-Duc si l’association Sites & Monuments obtient gain de cause. Ce n’est pas comme si la France était endettée et incapable d’assurer la conservation de ses monuments historiques !
Le responsable, au pire de ce vandalisme, au mieux de cette gabegie, nous ne le rappellerons jamais assez, est Emmanuel Macron, avec la complicité de l’archevêque de Paris, Laurent Ulrich. Pour notre part, nous combattrons jusqu’au bout l’enlèvement des vitraux de Viollet-le-Duc. Et même si, par malheur, tous les recours judiciaires étaient perdus, nous continuerons à demander sur La Tribune de l’Art le retour en arrière, pour rendre à Notre-Dame son état historique d’avant l’incendie.