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Les Etats-Unis, une démocratie menacée?

INTRODUCTION

Belle vitalité démocratique

Les élections présidentielles ont montré, je pense, une belle vitalité avec un taux de participation record malgré la crise sanitaire. Le vote par correspondance et par anticipation y auront fortement contribué.

Il y a des ombres au tableau comme le niveau des dépenses qui, lui aussi , a atteint des records. Plus grave, le refus de Donald Trump de reconnaître sa défaite met le système démocratique à l’épreuve dans la mesure où de nombreux mécanismes créés par la tradition peuvent être ignorés par un candidat défait, non respectueux de ces pratiques.

Autoritarisme et déloyauté du battu

Sans doute est il encore tôt pour faire un bilan global de cette élection, et il est vrai que le blocage créé par l’autoritarisme et la déloyauté du battu met de coté les autres aspects.

Ce refus de Trump est « source d’embarras », affirme Joe Biden

Dix jours après la présidentielle du 3 novembre, Donald Trump et son équipe continuent de crier victoire, freinant la période de transition de Joe Biden, qui essaie malgré tout d’aller de l’avant, affirmant que cela ne l’empêcherait pas de prendre sa place à la Maison Blanche, en janvier.


« Je pense que c’est une source d’embarras, honnêtement », a effectivement répondu le démocrate à un journaliste qui l’interrogeait sur l’attitude du milliardaire républicain, lors d’un point de presse depuis son fief de Wilmington, dans le Delaware. « Je crois que cela ne servira pas l’héritage du président. » Mais « le fait qu’ils [les républicains] ne veuillent pas reconnaître, à ce stade, que nous avons gagné n’a pas beaucoup d’impact sur notre programme [de transition] », a-t-il estimé.

Une semaine après la présidentielle du 3 novembre, Donald Trump et son équipe continuent, en effet, de crier victoire, freinant la période de transition. Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a appuyé mardi la position de Donald Trump en refusant, lui aussi, de reconnaître la victoire de M. Biden et en promettant une « transition en douceur » vers un « second » mandat du républicain. « Nous allons compter toutes les voix », a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse, assurant que les dirigeants à travers le monde étaient conscients qu’il s’agissait d’un « processus légal » qui « prend du temps ».


Après avoir enchaîné les meetings dans la dernière ligne droite de la campagne, Donald Trump se fait aujourd’hui inhabituellement discret : comme, depuis plusieurs jours, aucun événement public ne figurait mardi à son agenda. Le milliardaire républicain s’en remet à son canal de communication favori, Twitter, pour occuper l’espace et relayer ses accusations de fraude électorale, souvent épinglées par le réseau, faute d’éléments concrets pour les étayer.


« Nous allons gagner ! », a-t-il promis mardi matin, en lettres capitales, comme pour mieux se convaincre que les efforts juridiques engagés par son équipe pour contester les résultats dans les Etats-clés avaient une chance d’aboutir. « Nous avançons à grands pas. Les résultats commenceront à tomber la semaine prochaine », a-t-il encore écrit, alors que le ministre de la justice a donné son feu vert à l’ouverture d’enquêtes sur d’éventuelles irrégularités lors du scrutin.


Donald Trump, relativement isolé au sein de son parti, s’était déjà contenté de tweeter lundi pour annoncer sans ménagement le limogeage de son ministre de la défense, Mark Esper, ou s’interroger sur le timing de l’annonce par le laboratoire Pfizer, après la présidentielle, d’un vaccin-candidat efficace contre le Covid-19.

« Ignoble jusqu’à la fin Trump », peut on lire sur les réseaux.


A une journaliste qui lui demandait ce qu’il dirait à M. Trump si ce dernier était en train de regarder sa conférence de presse, M. Biden a répondu mardi, en fixant la caméra et avec un sourire : 

« Monsieur le Président, j’ai hâte de vous parler. »


Par Twitter, il y a deux jours, le Président Trump a limogé son ministre de la défense Mark Esper…

…sans explication, sans le recevoir avec limogeage immédiat, en violation des institutions. Mark Esper était un excellent ministre de la défense qui a notamment a refusé d’envoyer les militaires tirer sur les manifestants cet été.


Trump bloque le cours normal de la passation de pouvoirs. en déclarant que son équipe ne va pas recevoir ou discuter avec l’équipe de transition de Biden qui devait commencer il y a quatre jours. Il ne va pas non plus recevoir le nouveau Président élu à la Maison Blanche.

Un dépouillement du scrutin émaillés de nombreuses fausses informations sur les réseaux

Le scrutin et les jours qui ont suivi ont été émaillés de nombreuses fausses informations et une partie de l’opinion américaine est encore convaincue, contre toute évidence, que le scrutin a été « volé ». Et cela malgré que les plates-formes aient été actives dans la modération des contenus.

Le jour de l’élection, il y a eu beaucoup d’incidents isolés, d’internautes affirmant « voilà ce qu’il se passe dans les bureaux de vote »« j’ai reçu le mauvais bulletin »« j’ai vu quelqu’un avec un feutre, est-ce que c’est admis dans les bureaux de vote ? ». Beaucoup de ces incidents étaient faux, à l’exception de deux ou trois, qui ont bénéficié d’une large diffusion.

Ensuite ces incidents se sont ensuite organisés dans des « narratifs ». Exemple: le « Sharpiegate » – selon lequel il a été distribué aux électeurs républicains des stylos-feutres rendant leurs bulletins invalides.

Ces « narratifs » ont créé des mobilisations. comme, par exemple, des conservateurs qui se sont mobilisés autour du hashtag #stopthesteal ( arrêtez le vol ). Par ailleurs une page Facebook a été créée par des figures politiques proches de Donald Trump et de la droite radicale, et a eu très vite énormément de succès, même si elle a été supprimée par Facebook dès le matin.

Cela a permis d’ouvrir la phase de la rue avec des génère des appels à la violence. La désinformation est alors sortie des réseaux pour atteindre l’action physique. A présent cette désinformation alimente et appuie les manœuvres « juridiques » et médiatiques dans un pays où la défiance vis à vis de l’Etat profond est forte.

Voici ci-contre l’éditorial du Monde…

… qui rappelle que Donald Trump s’est déclaré vainqueur du scrutin présidentiel américain avant même la fin du décompte des voix, annonçant vouloir saisir la Cour suprême pour faire cesser le dépouillement des votes. C’est, ni plus ni moins, faire fi du suffrage universel.


ÉDITORIAL

Elections américaines 2020 : les Etats-Unis, une démocratie en danger


Publié le 04 novembre 2020 Le Monde

Donald Trump a mis sa menace à exécution. Attention ! Les démocrates, avait-il averti pendant la campagne électorale, chercheraient à « voler l’élection ». Cette élection présidentielle, avait-il répété à longueur de meetings, risquait d’être « truquée ». Ces menaces en cachaient une autre : la stratégie du chaos. C’est exactement celle que le président des Etats-Unis a commencé à mettre en œuvre, mercredi 4 novembre, quelques heures après la clôture du scrutin. Une stratégie très dangereuse pour la démocratie américaine : Donald Trump joue avec le feu, dans un contexte déjà passablement explosif.

La mâchoire serrée, le visage fermé, M. Trump est intervenu à la Maison Blanche, accompagné du vice-président Mike Pence et de leurs épouses, alors que les résultats du vote n’étaient pas complets, mais faisaient apparaître un duel extrêmement serré entre le président sortant et son adversaire démocrate, Joe Biden.

Le dépouillement se poursuivait dans de nombreuses circonscriptions et devrait se poursuivre encore, vraisemblablement pendant quelques jours, en raison de la complexité de l’organisation du vote en pleine pandémie. Cela n’a pas empêché le président de revendiquer la victoire – « Nous avons gagné l’élection » – ni d’annoncer qu’il allait demander à la Cour suprême d’arrêter le décompte des voix, sur la base d’« une fraude majeure » qu’il n’a pas détaillée.

C’est en effet ce qu’a fait la Cour suprême fédérale en 2000, lorsque la Cour suprême de Floride n’est pas parvenue à départager les deux candidats, George W. Bush et Al Gore, séparés par seulement quelques milliers de voix dans cet Etat. Mais, en 2000, la Cour était intervenue au bout d’un mois, tranchant en faveur de George W. Bush, alors que le dépouillement était achevé depuis longtemps sur la totalité du territoire américain et que tous les autres recours avaient été épuisés.

On voit mal aujourd’hui l’instance suprême, même avec l’écrasante majorité de juges conservateurs que lui a assurée Donald Trump, interrompre un processus électoral en cours sans preuves d’irrégularités apportées par les juridictions inférieures.

Une situation sans précédent

Le président, semble-t-il, a été irrité par l’annonce prématurée par Fox News de la victoire de M. Biden en Arizona, un Etat que M. Trump avait remporté en 2016 –information confirmée ensuite par d’autres médias. Il a certainement aussi été contrarié par l’intervention de Joe Biden, qui, deux heures plus tôt devant ses partisans, dans son fief du Delaware, a tenu à les rassurer en affirmant qu’il était sur « la bonne voie » et que la victoire était en vue.

M. Trump accuse son adversaire d’avoir revendiqué la victoire dans plusieurs Etats avant la proclamation des résultats officiels ; mais il a fait exactement la même chose, à son tour, lors de sa prise de parole à la Maison Blanche.

L’une des plus vieilles démocraties du monde, les Etats-Unis, se trouve ainsi dans une situation sans précédent, celle où un président en fonctions perturbe délibérément un processus électoral fédéral, revendique la victoire au beau milieu des opérations de dépouillement et brandit la menace de le faire interrompre par une juridiction indépendante sur laquelle il n’est pas supposé exercer d’influence.

C’est, ni plus ni moins, faire fi du suffrage universel. C’est dénier le rôle d’une élection, élément essentiel du système démocratique. Depuis quatre ans à la Maison Blanche, Donald Trump a bouleversé toutes les règles du respect en politique, bafoué celles de la primauté des faits et de la vérité, insulté partenaires américains et étrangers, monté ses compatriotes les uns contre les autres.

Il n’avait pas, encore, pris le risque de jeter par-dessus bord le verdict des électeurs. Il faut espérer qu’il reviendra sur cette menace. Ce genre de manœuvre est courante dans les régimes autoritaires. Elle n’est pas digne des Etats-Unis d’Amérique.



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