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Qu’avons-nous fait de SAINT-EXUPERY ?

PRESENTATION

Nous vous proposons la publication d’un article de Rémi TELL paru il y a quelques mois déjà et qui garde son actualité. ( Remi Tell est consultant indépendant chez Marianne Conseil )

Cet auteur dont vous avez déjà pu lire des papiers sur metahodos rappelle la profonde actualité du père du Petit Prince, qui était selon lui un «universel enraciné».

«Saint-Ex en appellerait au sacrifice de chacun – entendu au sens de don gratuit de soi».

Rappelons que nous avions par ailleurs publié un article sur le Petit Prince : https://metahodos.fr/2020/05/31/le-petit-prince-guide-en-creativite/

ARTICLE

Qu’avons-nous fait de Saint-Exupéry ?


Par Remi Tell Publié le 28/01/2020 Le Figaro


Souvent considéré comme un auteur de droite, Antoine de Saint-Exupéry continue de faire régulièrement irruption dans les discours des responsables politiques français. Pilote, poète, patriote, Saint-Ex fascine.

Quelles leçons y a-t-il à tirer de son œuvre pour le temps présent ?

Dans l’obscurité des secondes parties de soirée s’établissent les questions nouvelles. Ainsi France 5 proposait récemment, à l’heure où les enfants sommeillent, la rediffusion du documentaire «Dessine-moi un Saint-Ex», consacré à Antoine de Saint-Exupéry.


Avec, en conclusion de ce travail réalisé en 2018 par Andrès Jarach, une citation stupéfiante de l’écrivain-aviateur: «J’aurai l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai». Tirée du Petit Prince, publié en France deux années après sa disparition entre ciel et mer, cette phrase apparaît comme un défi brutal lancé à notre époque. Saint-Exupéry demeure. De sa voix d’enfant, il demande des comptes aux grandes personnes.


Antoine de Saint-Exupéry est la plume d’un universel enraciné.

Qu’avons-nous fait de Saint-Ex ? Ou plutôt, quelle urgence y a-t-il aujourd’hui à tirer leçon de l’œuvre qu’il a léguée à l’Humanité, lui dont le conte se classe comme le second ouvrage le plus traduit sur Terre, juste après la Bible ?


Antoine de Saint-Exupéry est la plume d’un universel enraciné. Ses mots ont vibré dans le cœur des Hommes, de tous les Hommes. Car c’était bien d’eux dont il crayonnait l’existence, qu’ils viennent de Toulouse, de Dakar ou de Cisneros. D’eux et de leur honneur simple, de leurs prières au ciel et de leur corps battu par le vent.

Le Petit Prince n’est pas le visiteur d’une seule contrée: il les a traversées toutes. Pourtant, à l’épilogue de son récit, c’est la sienne qu’il aspire à retrouver, au prix de la morsure du serpent. Pour rentrer prendre soin de la rose fragile qu’il lui incombe de protéger.


Cette rose n’est en rien plus belle que les cinq mille autres que son périple lui donna l’occasion de croiser. Son attrait se trouve ailleurs. Ce qui la distingue, c’est d’être la seule que la fréquentation coutumière lui aura permis d’apprivoiser. Ainsi il en va de même de chacun avec la terre de son pays, et c’est ce que Saint-Ex enseignera en 1941 à de jeunes Américains, en ces termes: «On est l’homme d’une patrie, d’un métier, d’une civilisation, d’une religion. On n’est pas un homme tout court».


Que penserait Saint-Ex de l’hubris moderne, coupable des pires méfaits à l’endroit de la faune et de la flore ?


Dans cet esprit d’universel enraciné, Antoine de Saint-Exupéry a mis le Cosmos à nos pieds de «mortel[s] égaré[s] entre du sable et des étoiles» (Terre des hommes). Ce faisant, il a situé l’Homme dans un rapport d’étroite coopération avec son environnement allant jusqu’à affirmer, perdu au milieu du désert: «je me croyais libre mais je ne savais pas que j’étais prisonnier des fontaines».

Pour Saint-Ex, la nature n’est pas extérieure à l’Homme. Elle est en lui, parfois même au-dessus de lui. Dans l’Aéropostale, le pilote sait que les éléments l’emportent toujours. Les mépriser, c’est tutoyer la mort. Que penserait Saint-Ex de l’hubris moderne, coupable des pires méfaits à l’endroit de la faune et de la flore? Sans doute nous inviterait-il, nous aussi, à veiller sur nos roses.


Bien sûr, faire de Saint-Ex un précurseur de la pensée écologiste serait un anachronisme. Il n’empêche: son souci permanent du monde, ses narrations émerveillées de voyages, le respect qu’il témoigne à tout ce dont l’Homme hérite le placent comme prescripteur d’une retenue humble derrière laquelle il nous appartient aujourd’hui de nous ranger. Non par la soumission craintive et triste. Mais par l’engagement de ceux dont le devoir est de sauver l’essentiel.


Il aurait un mot particulier pour la jeunesse, vers laquelle il dirigeait ses espérances et son exigence.
Pour cela, Saint-Ex en appellerait au sacrifice de chacun – entendu au sens de don gratuit de soi, lui qui jusqu’à la mort tint à servir son pays, en dépit du scepticisme des officiers de l’armée. Servir pour protéger ce qu’il reste à sauver de notre enracinement, de la nature et la singularité d’expériences humaines pleines de songes. Bien sûr, il aurait un mot particulier pour la jeunesse, vers laquelle il dirigeait ses espérances et son exigence.


Puisse-t-elle entendre l’appel qu’il lui lance d’outre-tombe. Se hisser à la hauteur des desseins qu’il formait pour demain. Il y a, pour elle comme pour nous tous, urgence à tirer leçon de l’œuvre de Saint-Ex.

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