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Cynthia FLEURY: le complotisme « nous sécurise par le pire »

INTRODUCTION

Retour sur le complotisme

Dans le prolongement de précédentes publication sur le complotisme, concept-valise :

https://metahodos.fr/2020/11/19/olivier-babeau-il-est-plus-rassurant-de-croire-a-des-complots-que-de-reconnaitre-le-chaos-qui-nous-gouverne/

et sur les apports à la refexion de Cynthia Fleury:

https://metahodos.fr/2020/11/15/depasser-le-ressentiment-pour-sauver-la-democratie-avec-cynthia-fleury/

https://metahodos.fr/2020/10/22/la-vraie-politique-se-nourrit-de-la-sublimation-du-ressentiment-et-non-du-ressentiment-lui-meme/

https://metahodos.fr/2020/05/29/le-courage-rend-les-vertus-efficaces-et-operantes/

voici un extrait des propos de Cynthia FLEURY relatifs au complotisme.

EMISSION, EXTRAITS

Cynthia Fleury : le complotisme « vient nous sécuriser par le pire », analyse la philosophe

Vendredi 20 novembre 2020 par Nicolas Demorand , Léa Salamé RTL

Elle souligne la difficulté de « contre-argumenter ». « Le logos qui nous permet de retrouver de la confiance, on ne peut plus l’activer. Car le complotisme est un délire paranoïaque et tout signe va venir renforcer la thèse émise, il permet de donner aux biais de confirmation un terrain absolu. Tout ce qui va être dit, vu, va être interprété pour confirmer la thèse. »

« La seule manière d’être en lien c’est de ne surtout pas aller sur ce terrain, de parler de tout autre chose et de reproduire du lien empathique sur des objets neutres. » 

Pour Cynthia Fleury, le complotisme « est une manière de valider qu’on a une forme de maîtrise, qu’on est pas dupe, de valider son intelligence par la bêtise ». 

« Le mal ressentimiste peut mettre la démocratie à genoux » 

Dans son dernier livre, la philosophe entend nous « guérir du ressentiment ». « À partir du moment où l’on ne peut plus se nourrir de la beauté du monde, de la valeur des autres, que l’on ne peut construire son bien-être que par dénigrement d’autrui, on considère qu’on a basculé dans le ressentiment », constate-t-elle. « Plus le ressentiment s’affirme, s’approfondit, moins le sujet n’en a conscience, plus il s’auto légitime, plus il considère être victime d’une injustice. »

Le ressentiment est « une maladie archaïque », rappelle Cynthia Fleury. Mais aussi très actuelle. « Vous avez des conditions objectives qui peuvent renforcer le ressentiment dans la mesure où nous sommes dans un monde d’insécurisation. (…) Nous avons transformé le principe de l’égalité en passion mortifère. Et la pulsion ressentimiste se nourrit de la rivalité mimétique. Or nous sommes dans un monde d’hyper rivalité mimétique via les réseaux sociaux. »

Ce « mal » pose aussi la question démocratique.

 « Le mal ressentimiste peut mettre la démocratie à genoux », poursuit-elle. La démocratie « peut traverser la peur, la colère, la révolte ». « Mais c’est ce sentiment qui fait tourner la démocratie contre elle-même. Le ressentiment c’est ce moment précis où tout d’un coup vous n’avez plus confiance dans la démocratie pour être un vecteur de progrès historique. La réponse freudienne est de dire qu’il faut activer les forces de sublimation des pulsions ressentimistes (culture, éducation, soin). Or nous voyons que nous allons plutôt vers des renforcements autoritaires, régaliens. »   

« Situation d’épuisement »

Ce n’est pas la Covid-19 qui a déclenché ce phénomène, juge Cynthia Fleury. “Cela préexistait, mais joue son rôle de révélateur et produit du débordement. Nous étions, avant la Covid, dans une situation d’épuisement, à la fin d’un rouleau compresseur qui s’appelle le rationalisme gestionnaire et qui dit qu’il n’y a qu’une seule façon de faire performance dans ce monde : le quantitatif. (…) L’enjeu c’est de calmer ces délires autour du quantitatif et à produire du possible autrement que par le quantitatif.”

Notre monde, enfin, souffre d’une “désubstantialisation du langage”, regrette enfin la philosophe. “Les uns et les autres utilisent la novlangue, la langue de bois, le double langage. Font perdre le sentiment de confiance en ce qui est dit et c’est très problématique dans l’univers démocratique puisque c’est notre seul vrai outil de régulation.”

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