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Qu’est devenue l’Exception Culturelle Française? Indifférence et perte d’âme?

Une exception culturelle inversée ?

Trains, avions, métros, centres commerciaux, lieux de culte ouverts… ET A l’INVERSE lieux culturels et de spectacle fermés !

La photo:

Derrière les portes du Théâtre de l’Atelier, les comédiens tournent Cyrano. Ils s’interrompront ce soir 15 décembre pour exprimer sur la place Charles-Dullin leur colère devant la fermeture imposée.

Mobilisation ce 15 décembre

Face à la prolongation de la fermeture des salles et des lieux culturels décidée par le gouvernement, le monde de la culture et du spectacle a prévu de se mobiliser mardi 15 décembre en criant sa colère à Paris et partout en France.

L’annonce jeudi 10 décembre d’un nouveau report de la réouverture des salles par le Premier ministre Jean Castex – sous le contrôle du Conseil de Défense secret présidé par Monsieur Macron, et en l’absence composée de la ministre de la culture – a eu l’effet d’une douche froide pour le monde du spectacle. Comment ignorer ce besoin essentiel, mais également le poids économique et humain de ce secteur: près d’ 1,3 Millions d’emplois directs et plus de 5 Millions d’emplois indirects.

Prêts à rouvrir le 15 décembre comme espéré lors de l’annonce du deuxième confinement fin octobre, cinémas, théâtres et musées ont vu une nouvelle fois leurs espoirs déçus par le Premier ministre Jean Castex. Celui-ci a annoncé jeudi dernier que, face à la pression épidémique persistante « qui dure plus qu’on ne l’aurait voulu« , ils devraient rester fermés encore jusqu’au 7 janvier au moins. 

Référé liberté

La mobilisation intervient au moment où syndicats et artistes s’apprêtent à déposer un « référé liberté« , une procédure d’urgence devant la plus haute juridiction administrative du pays, le Conseil d’Etat. L’appel à soutenir ce recours a été relayé par plusieurs centaines de directeurs et directrices de théâtres et compagnies à travers la France.

Une manifestation mardi à 18h30 devant le théâtre de l’Atelier

Les acteurs Jacques Weber, Audrey Bonnet et François Morel ont pour leur part appelé à protester mardi 15 décembre à 18h30. « A l’heure même où nous aurions dû rouvrir nos portes, nous serons sur le trottoir, dans la rue, devant le Théâtre de l’Atelier » pour exprimer « dégoût » et « colère«  face à « l’absurdité«  des décisions prises par le gouvernement.

« Nous ne sommes pas des rebelles. Nous ne sommes pas des révolutionnaires. Nous ne sommes pas des agitateurs. Nous ne sommes pas fous, nous ne sommes pas inconscients« , indique le communiqué du théâtre. « En retour, nous demandons juste à être traités avec respect, intelligence et discernement.« 

Le texte estime que la prolongation de la fermeture est « une véritable atteinte à nos valeurs et illustre un profond mépris à l’égard du secteur culturel et artistique tant nous atteignons une apogée en matière d’incohérence« .

Des centre commerciaux bondés et des salles vides

« Pendant que les centres commerciaux accueillent des milliers de personnes quasiment sans contraintes, stimulées à coups de Black Friday ou d’opérations promotionnelles liées aux fêtes de fin d’année, les théâtres, où pourtant toutes les mesures sanitaires sont scrupuleusement respectées et où aucun cluster particulier n’a été repéré, doivent demeurer portes closes« , ajoute encore le communiqué.

De son côté, le Nouveau Théâtre de Montreuil et Le Méliès, qui soutiennent l’initiative, appellent les spectateurs à constituer mardi à 18h « sur la place Jean-Jaurès (de Montreuil) une file d’attente symbolique respectueuse des distances de sécurité et des gestes barrières, pour exiger la réouverture des lieux de culture.« 

Qu’est devenue l’exception culturelle française ?

Quelle leçon tirer de l’intervention d’Angela Merkel qui, au bord des larmes, samedi 5 décembre, à l’idée de priver ses concitoyens d’activité culturelle, déclare:

« Il nous manque ce que les artistes nous donnent et ce qu’eux seuls peuvent nous donner«  ?

« Le mépris ou la méconnaissance » 

Extraits de l’émission de France Culture du 14 décembre:

« Une tendance assez claire apparaît à la lumière de cette pandémie, la Culture ne fait pas partie des priorités. Dans cette crise, seule l’Allemagne semble s’être démarquée, par sa réactivité, dans le soutien apporté aux acteurs du secteur culturel, par son inventivité aussi, souligne Jean-Max Colard, critique d’art et responsable de la Parole au Centre Pompidou : « Certains danseurs de compagnies subventionnées ont été redirigés vers les hôpitaux pour accompagner les malades« .

Créatif, mais pas de quoi sauver des eaux le monde de la Culture en Europe. Les politiques d’urgence culturelles passives ou inefficaces menées depuis le début de la pandémie ont aussi révélées une réalité glaçante. »

Extraits de l’émission de France Culture du 12 décembre:

A l’heure où le spectacle vivant est plus que jamais fragilisé et tandis que la fracture culturelle n’en finit pas de se creuser, la directrice de la Maison de la culture de Seine-Saint-Denis Bobigny, Hortense Archambault.

Il n’y aura pas de réouverture des lieux de culture mardi prochain. Il y avait certes du conditionnel lorsqu’avait été énoncée cette date du 15 décembre. Mais dans les cinémas, les musées, les salles de spectacle, on était prêt. C’est le cas de la MC93, que dirige notre invitée Hortense Archambault, ancienne co-directrice du Festival d’Avignon avec Vincent Baudriller de 2003 à 2013 et chargée, en 2014, d’une mission sur le régime des intermittents du spectacle. 

La pensée, ça ne se fait pas tout seul dans sa chambre : nous avons besoin d’incarnation, de fiction, de beauté et de poésie. La question du corps aujourd’hui n’est vue que du point de vue de la maladie : on se rabougrit, on dépérit, nous sommes de plus en plus enfermés et craintifs. Il faudrait que nous puissions réfléchir ensemble, les lieux de culture sont les premiers lieux pour cela : ils permettent de réfléchir et d’éprouver ensemble. 

La résilience a des limites : la situation aujourd’hui est très douloureuse pour les artistes. C’est un type de difficulté particulière : ce n’est pas de la survie, ça ne concerne pas les besoins primaires, mais c’est cette question de « Est ce que ce que l’on fait a un sens ? », qui peut  vraiment casser des gens. Il faut faire attention à nous : pas parce que nous sommes des petites choses fragiles mais parce que tout cela renvoie à des questions de société. 

Il y a peu d’opportunité aujourd’hui pour rencontrer des gens qui ne nous ressemblent pas : des gens de milieux, de classes sociales, de culture, d’histoires de vie différentes. Je crois que nos lieux sont des lieux où l’on doit pouvoir partager des émotions, des pensées, des réflexions et, en ce sens, contribuer à la question démocratique. C’est l’idée simple et qui date des Grecs, selon laquelle le théâtre est un endroit où la société se représente, et s’interroge sur elle-même et sur cette représentation des artistes.

Cl..R. et T.L.

EMISSION DE FRANCE CULTURE

La culture, une des victimes de la pandémie en Europe

14/12/2020 Par Olivier Poujade FRANCE CULTURE

Cinémas, théâtres, musées ne rouvriront pas pour les fêtes de Noël en France.

Nos voisins européens n’échappent pas non plus à ces restrictions. La pandémie révèle la méconnaissance d’un secteur qui ne réclame pas de traitement de faveur mais d’être reconnu à sa juste valeur.

Pas d’exception culturelle en France : les théâtres, cinémas et musées restent fermés au moins jusqu’au 7 janvier à cause de la crise sanitaire. Et des milliers de professionnels et d’artistes en colère viennent notamment d’engager un référé-liberté contre cette décision du gouvernement. Comment ailleurs en Europe évolue la situation culturelle ? Exemples en Espagne, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Italie.

Le sentiment d’abandon du flamenco espagnol est immense

Depuis le 13 mars 2020, le gouvernement central de Madrid n’a pas concédé le moindre geste aux « tablaos », ces temples fiévreux d’une musique et d’une danse, élevée au rang de patrimoine culturel immatériel de l’Humanité en 2012. Rien ou presque rien. La seule initiative de Madrid se résume à son « Plan d’impact pour la Culture » visant à renforcer la programmation des spectacles de Flamenco à la télévision, et à accompagner les associations de Flamenco pour qu’elles se produisent en ligne. Mais à part ça, aucune aide financière, le seul soutien est venu des communautés autonomes pour assurer le paiement des loyers et éviter aux locataires des « tablaos » de finir à la rue. « Au total, six des vingt et une salles madrilènes ont mis la clé sous la porte depuis le début de la pandémie », apprenait-on récemment dans Le Monde. 

90% du public de Flamenco vient d’ailleurs, la fermeture des frontières et la faible fréquentation touristique de l’été ont fait sombrer cette inestimable vitrine de la Culture espagnole. Une enquête très détaillée du syndicat Union Flamenca, datée du 18 novembre, révèle que 42% des musiciens, chanteurs, danseurs qui vivent cet art envisagent d’abandonner la profession s’ils ne retrouvent pas de travail d’ici quelque temps. Alors que, selon cette même source, la grande majorité des professionnels ne reçoivent aucune aide (62,7%). « Si nous disparaissons, une partie du Flamenco mourra avec nous ! » s’alarmait récemment Federico Escudero, président de l’association nationale de tablaos flamencos, dans le quotidien en ligne Voz de America

Et le 28 octobre dernier à Séville, le mouvement #LunarOff a lui organisé un défilé de flamencas en deuil pour interpeller le gouvernement au sujet de la mode flamenca. Face à une situation critique, ce secteur économique et culturel demande des aides et aussi à être reconnu au patrimoine mondial de l’Humanité, comme le flamenco (musique, danse et chant) l’avait été en 2016.

Grande-Bretagne : « Nous avons besoin de nos arts pour nous élever »

Plus au Nord de l’Europe, les artistes de l’industrie musicale britannique ne décolèrent pas, lâchés, dès le 1er confinement, sans travail, sans aucune ressource et sans aide. Quelques mois plus tard, en Grande-Bretagne, 30% des musiciens ont été contraints de changer de métier. Dans les colonnes de The Guardian, début décembre, le musicien et producteur Damon Albarn a dénoncé « l’absence totale de considération, d’empathie du gouvernement pour les arts » :

Nous vivons parfois dans un putain de pays misérable et nous avons besoin de nos arts pour nous élever. Cela devrait faire partie de la prescription pour notre santé nationale.

Un point de vue partagé par Alexander Wright, « les autorités n’en font pas assez, je dirais même que le secteur culturel, dans son ensemble, n’est pas du tout soutenu par notre gouvernement » regrette le metteur en scène de Gatsby le magnifique, l’un des rares spectacles à résister à la crise. 

Pourtant, début juillet, après des semaines de pression de l’industrie britannique du spectacle, le ministre de la Culture Oliver Dowden a annoncé un plan de relance d’1,57 milliard de livres sterling, soit 1,73 milliard d’euros. Quelques jours auparavant, 1 500 personnalités et artistes britanniques, de Paul Mc Cartney aux Rolling Stones, en passant par Coldplay ou Depeche Mode, avaient écrit une lettre ouverte au gouvernement en lui demandant un plan d’urgence pour l’industrie musicale.

Les salles de spectacle londoniennes sont encore épargnées, mais la capitale britannique est désormais l’un des plus importants foyers de contamination, leurs portes pourraient de nouveau se refermer le 16 décembre. 

Les conséquences de choix politiques

Une sentence déjà prononcée en Allemagne. Les lieux culturels resteront également fermés jusqu’à la mi-janvier.

Mais les mots d’Angela Merkel, au bord des larmes, samedi 5 décembre, à l’idée de priver ces concitoyens d’activité culturelle, « Il nous manque ce que les artistes nous donnent et ce qu’eux seuls peuvent nous donner« , démontrent toute l’empathie (si singulière en Europe) de la chancelière vis-à-vis du secteur culturel. Des paroles, et des actes… 

Dans la foulée du discours d’Angela Merkel, l’annonce par Monika Grutters d’un nouveau coup de pouce financier aux producteurs. La compensation, plafonnée à 300 000 euros, des pertes de revenus de chaque producteur de théâtre et de musique, des acteurs que la ministre de la Culture qualifie « d’épine dorsale de notre vie musicale et de notre culture théâtrale« . Ces mesures du plan « Neustart Kultur », une contribution d’un milliard d’euros, rapidement mise en place au printemps par l’Etat, en complément du large soutien déjà apporté par les Landers.  

La considération pour cette question semble beaucoup plus relative en Italie, où l’on attend avec impatience les 200 milliards d’euros d’aide européenne mais où l’on estime que la Culture italienne ne mérite pas plus que des miettes. Seulement 1,5% de cette manne sera attribué à l’écosystème culturel italien, lui aussi chancelant. Les promesses du gouvernement pour soutenir ce secteur, qu’il décrit comme « essentiel », se résument pour l’instant à la création d’un « Fonds participatif pour la Culture » alimenté par des ressources privées, sous forme de micro-financement, mécénat…

Le mépris ou la méconnaissance 

Une tendance assez claire apparaît à la lumière de cette pandémie, la Culture ne fait pas partie des priorités. Dans cette crise, seule l’Allemagne semble s’être démarquée, par sa réactivité, dans le soutien apporté aux acteurs du secteur culturel, par son inventivité aussi, souligne Jean-Max Colard, critique d’art et responsable de la Parole au Centre Pompidou : « Certains danseurs de compagnies subventionnées ont été redirigés vers les hôpitaux pour accompagner les malades« . Créatif, mais pas de quoi sauver des eaux le monde de la Culture en Europe. Les politiques d’urgence culturelles passives ou inefficaces menées depuis le début de la pandémie ont aussi révélées une réalité glaçante.

Quand on voit l’émoi concernant le sort de Notre-Dame et lorsqu’on constate l’absence de considération vis à vis des acteurs vivants de la Culture, cela fait réfléchir (…) En Italie, ils s’en moquent, l’Etat n’a toujours soutenu que le patrimoine, il ne se passe quasiment rien concernant la création (…) il faut que les Etats redeviennent des Etats culturels.

La méconnaissance du monde de la Culture conduirait-elle aujourd’hui un grand nombre de dirigeants à déconsidérer ce secteur ? Cet univers peut pourtant s’avérer précieux en matière de politique étrangère… et économique. Mesure-t-on à sa juste valeur le poids de la Culture dans l’économie ? Jean-Max Colard pose lui cette troisième interrogation : « Est-ce que la Culture est une dépense, une économie ou un besoin ? » et y ajoute un élément de réponse « Certains acteurs culturels ont déjà compris qu’ils ne doivent pas perdre leur temps à quémander des subventions…« . 

Pour l’heure, partout en Europe, les artistes comme les restaurateurs réclament l’autorisation de se remettre au travail, en respectant les protocoles sanitaires.   

Face à la crise sanitaire, « beaucoup d’artistes et musiciens pensent à arrêter leur carrière ».
L’ensemble de la filière musicale en 🇫🇷 est dans une situation « catastrophique » et jamais vue, estime le directeur général de la @sacem, Jean-Noël

Tronc.https://t.co/BYmqoFw9HWpic.twitter.com/Zv1AofGvp4— Rédac France Culture (@FC_actu) December 13, 2020

Avec la collaboration d’Éric Chaverou

2 réponses »

  1. Bonjour, Thierry,De tout cœur avec ces artistes, et tous ces gens qui en ont mare de subir les absurdités bureaucratiques et totalitaires.Peut-être faudrait-il commencer à chercher des sabots à mettre dans la machine…Qu’en pensez-vous ? J’y réfléchie…Ou alors faudra-t-il construire une autre monde à côté de celui-ci totalement déglingué.Bien amicalementJean-Marc

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