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La campagne de Russie, 1812, histoire(s)

PRESENTATION

La décision politique, le récit de l’événement

Pierre Rideau nous propose aujourd’hui un texte qui peut contribuer à la réflexion sur le sujet de la décision politique.

Pour garder du recul sur l’actualité, je s’appuie sur un événement ancien, la campagne de Russie et y ajoute une note sur le « récit de l’événement ».

Il espère que la communauté Métahodos y trouvera de l’intérêt. Merci Pierre pour cet article « lumineux » – comme les précédents; Nous prendrons du plaisir à le lire …et le méditer..

Voici comment Pierre Rideau présente son article:

« Pour analyser la décision politique, il faudrait avoir les éléments et le temps nécessaires de l’examiner dans l’ensemble de ses segments :

– l’analyse de la situation

– le mécanisme de la prise de décision

– la décision elle-même

– ses conséquences

– l’écart objectif/résultat

Quelle est la dose nécessaire de transparence, de débat puis de co-production de la décision ?

Quelles conséquences ont été anticipées et le jeu en valait-il la chandelle ?

Lesquelles de nos singularités sont dépassables pour parvenir à de meilleurs équilibres sans tomber dans les illusions du populisme, du citoyen parfait ou de l’homme providentiel ?

L’ensemble des textes publiés par Métahodos fournit des éléments de réflexion et des propositions sur ces points.

Sur les deux premiers segments proposés, Aristote met en écho la justesse et la justice, Simone Weil met en garde sur l’illusion du pouvoir et Taleb, singulier et atypique penseur, dit les conséquences gravissimes de la décision impulsive dont il donne une définition.

On peut passer les décisions prises en 2020 en France à ce crible, j’ai voulu l’illustrer par un événement historique, la campagne de Russie dont la trace ne se résume pas au seul nom de Bérésina. Et toute ressemblance avec…serait peut-être hâtive, l’avenir dira qui, en 2020, s’est approché de son Waterloo.

Puis, j’ai voulu compléter ce court propos par quelques lignes sur le récit de l’évènement car ce que disent l’analyse de Tolstoï ou les lettres de Stendhal n’a pas pris une ride ( Ah la bureaucratie!).

Et aussi parce que le récit de l’évènement, me semble-t-il, est toujours partiel.

Soumis à la partialité du témoin, à la hiérarchie des valeurs propres aux acteurs, au désir de maîtrise des intellectuels, aux biais du propagandiste, le récit est multiple. Chacun peut faire un tri, ce qui reste aura fait une sorte d’unanimité par sa valeur narrative et surtout par sa valeur d’identification collective. Et le pays qui rend hommage à Maurice Genevoix, soldat de 1914 et écrivain de la guerre, dit beaucoup de lui-même.« 

ARTICLE DE PIERRE RIDEAU

La campagne de Russie , 1812, histoire(s).

Selon la philosophe Françoise Kleltz-Drapeau, un des enseignements d’Aristote est que la pertinence de la mesure à prendre pour traiter une situation résulte d’abord de la justesse de la mesure qu’on a faite de cette situation.

Nicholas Taleb, chercheur et écrivain, critique, dans Risquer sa peau, les « interventionnistas » qui  pensent en terme statique et non dynamique, pensent par analogie, n’anticipent pas les inter-actions et ne savent pas sortir d’une représentation unidimensionnelle des situations.

Enfin, une autre philosphe, Simone Weil, pose que la souveraineté, c’est la limite.

La décision prise par Napoléon, le 25 juin 1812, de franchir le Niemen, contre l’avis de Caulaincourt son ambassadeur à Moscou, avec l’objectif de faire plier le Tsar, illustre parfaitement le sens de ces trois considérations.

La chronologie de la campagne de Russie fournie par les historiens rappelle qu’en novembre 1806 Napoléon décide le blocus de l’Angleterre. Ce blocus étant rompu par le Tsar Alexandre en 1812, Napoléon décide d’envahir la Russie et de lui livrer bataille. L’affaire de quelques semaines…

Le 25 juin 1812, l’armée napoléonienne franchit le Niemen avec 500 000 hommes.

Six mois plus tard, elle le franchit dans l’autre sens, défaite et amputée des 2/3 de ses forces

Cette chronologie ne rend pas compte du coût humain effroyable de cette décision, ni de la complexité des causes et conséquences de ce qui reste dans l’histoire comme une déroute avec en point d’orgue le franchissement de la Bérézina, contrepoint de celui du Niémen.

Mais on peut examiner cette décision selon la grille proposée ci-dessus.

Penser par analogie,

Dans l’esprit de Napoléon, la stratégie est simple, une victoire et le Tsar demandera la paix et tout rentrera dans l’ordre, comme toujours.

Mais…

Dès le début, Napoléon, le maître stratège, n’a pas la main et subit les évènements.

Il a besoin d’ une victoire rapide pour éviter les difficultés de l’hiver, mais, l’armée russe évite le contact, obligeant l’armée à s’enfoncer davantage. La bataille tant voulue a lieu sur ordre du Tsar donné à Koutouzov. C’est à Borodino, chacun revendique la victoire mais le fait majeur est que, malgré l’hécatombe, l’armée russe n’est pas détruite. Les Russes reviennent alors à une stratégie simple et qui ne variera plus : créer du vide et de l’espace où s’engloutira Napoléon.

Représentation unidimensionnelle

Les paysans russes, sous le régime du servage, vont se soulever contre le Tsar, en faveur du pays des Lumières et de la liberté.

Mais…

Au lieu de la révolte espérée des paysans contre le Tsar, c’est au contraire un sentiment national qui s’est forgé.

La campagne d’Espagne en cours, désastreuse, aurait du l’alerter sur la résistance et la guérilla comme formes de cristallisation du sentiment patriotique contre un envahisseur.

Inter-actions non anticipées

Le repli n’est qu’une variante de la stratégie, il réussira.

Mais…

-Napoléon ne voulant perdre la face, ce ne sera pas une retraite mais un repli tactique, avec canons et munitions, ce qui sera cause de retard.

-On rentrera par le sud, route plus favorable avec des vivres en abondance, par des régions non dévastées. Les Russes engagent une bataille à Maloiaroslavets, Napoléon les vainc mais surestimant leurs forces, il décide de reprendre la route du nord, « la piste déjà foulée » Lev Tolstoï .

Et Koutouzov peut mettre en œuvre sa stratégie d’accompagnement de la retraite.

-Si les maréchaux et généraux enchaînent les succès militaires, c’est « de victoire en victoire jusqu’à la défaite » car, désorganisée et sans logistique, l’armée n’est qu’illusion.

Les déconvenues successives à Smolensk ou à Vilnius, où règnent le désordre, le pillage et l’anarchie accentuent la pénurie générale et font de ces haltes espérées une étape supplémentaire dans le chaos d’ une armée étirée, harcelée et sans cavalerie pour contrer  les cosaques de Platov.

La souveraineté c’est la limite

Les soldats français sont les meilleurs soldats,

mais…

Dès l’arrivée à Moscou, l’Armée se disloque peu à peu. La plupart des soldats sont plus occupés à piller qu’à préparer la retraite et faire provision de vêtements chauds et de vivres. Limite de la discipline et de l’obéissance. Ils s’encombrent d’un butin invraisemblable ; argenterie, orfèvrerie, tableaux, livres, vêtements d’apparat et de luxe, au détriment des munitions, vivres et grains. La faim s’ajoutera au froid. Limites de la résistance humaine.

Le 28 octobre, il faut repasser par Borodino, champ de cadavres gelés et dépouillés.

Dès le 3 novembre, les colonnes s’étirent, l’armée se désagrège, être isolé c’est la mort et les soldats le savent, il n’y a aucune humanité dans le traitement des prisonniers, ils sont attaqués et massacrés par les cosaques, les paysans. Limites de la résistance psychologique.

Alors,

Peu importe si, malgré ses communiqués triomphants, les cosaques qui pillent au lieu de combattre, son Etat-major miné par les divisions et les intrigues, ses propres atermoiements qui le feront soupçonner de trahison, ses erreurs tactiques, Koutouzov n’attaque jamais franchement et que Napoléon, secondé par des généraux brillants et par une armée entraînée, reste un stratège hors pair ce que paradoxalement, le passage de la Bérézina illustre le mieux car malgré l’étau qui se referme et les ponts détruits, une maneuvre audacieuse réussit à faire franchir cette rivière par tous les soldats combattants qui restent.

Et peu importe que Napoléon admette ses erreurs, « je suis resté quinze jours de trop », et ne veuille rien céder à l’illusion de la magie de sa parole et de l’identification de sa personne à la France « la santé de l’Empereur n’a jamais été aussi bonne ».

Le résultat est que même si, l’armée russe souffre des mêmes maux que les Français, le froid et la faim décimant ses rangs, et même si de son côté, le 14 décembre, l’armée de Napoléon  franchit la Bérézina et rentre en France, vaincue et en lambeaux. 

Quel récit des évènements historiques ?

Celui des historiens convaincus de l’existence de lois générales

Par exemple,

Les empires ne sont pas fait pour durer quand ils sortent de leur cœur historique, ainsi, après Napoléon égaré en Russie, des dominations allemandes en 1945 et russes en 1989. René Grousset, (Figures de proue).

Ou d’un sens construit sur l’enchaînement de causalités et conséquences, telles que

– Koutouzov évite de trop affaiblir Napoléon pour empêcher la domination anglaise sur le continent.

– Soulagement du Tsar, les serfs ne se sont pas révoltés. Mais si les paysans n’obtiennent pas la liberté promise après leur engagement, ils ont traversé l’Europe, vu des paysans libres qui vivent bien. Leurs officiers ont été au contact des élites européennes. Des sociétés vont se créer pour regenérer la Russie, améliorer le sort des Russes et abattre l’autocratie. Constituées notamment  d’officiers ayant suivi le Tsar à Paris, elles sont à l’origine d’une insurrection, vaine, en 1825.

– La constitution d’une entité allemande autour des Prussiens est en marche.

– Napoléon s’est menti en sur-estimant les capacités de son armée et sur son ascendant psychologique sur le Tsar Alexandre 1er. Pierre Miquel Les mensonges de l’Histoire

Celui d’écrivains à la lumière de leur propres histoires et croyances ?

Les historiens raisonnent, à tort, étant les plus éloignés des évènements. Leur version résulte donc de l’illusion que l’évènement, vu de loin, a un sens et qu’il est ordonné – et donc, qu’il répond à une volonté, une décision, un pouvoir-, alors que ceux qui le font et le vivent dans leur chair créent l’évènement en ne se préoccupant que d’eux-mêmes et de vivre ou survivre.

Un écrivain en est convaincu, Tolstoï, qui livre sa vision de l’épisode napoléonien en Russie – qu’il n’a pas vécu- dans Guerre et Paix. Et l’oppose à celle de Thiers qui lui est contemporain.

Pour Tolstoï, l’histoire n’a que deux moteurs, la volonté des individus qui décident d’aller ou non au combat, voire, la volonté d’un seul parmi ces individus, celui qui criera « hourra » ou «  nous sommes fichus » et qui entraînera les autres dans la victoire ou la défaite.

Second moteur, le cours de l’histoire, une sorte de flux, sans véritable point de départ ni point d’arrivée, agrégation de l’ensemble des mouvements de toutes origines et toutes natures, qui avance sans qu’aucun obstacle ne puisse l’arrêter.

Il considère que le véritable pouvoir de décision est celui des hommes pris dans les évènements.

Il ne croit absolument pas au rôle et à l’importance des figures historiques, ni celle de Napoléon, ni celle du Tsar, ni aucun autre. Leur poids, leur influence, leur volonté n’est qu’illusion. L’histoire qu’il décrit est une histoire à hauteur d’hommes, celle de ceux qui agissent et non de ceux qui s’agitent, que ce soit dans les cours impériales ou au sein des états-majors.

Seul à échapper à cette opprobre, Koutouzov, le vieux maréchal, le vainqueur.

Parce que précisément, il n’intervient pas dans le cours de l’Histoire. Il accompagne.

Sa stratégie est une stratégie d’accompagnement parallèle, à distance, sans intervenir, sans bataille.

Pourquoi combattre quand l’ennemi fuit ? Pourquoi l’empêcher d’aller jusqu’à Moscou où il ne pourra rester ? Pourquoi risquer la vie des soldats, quand faim et froid font le nécessaire ?

Pour Tolstoï, la grandeur de Koutouzov est dans son effacement, sa volonté de ne pas infléchir ce cours de l’Histoire, parce que ce cours n’a que des effets inévitables. L’effacement du vieux maréchal s’accomplit ultimement dans sa mort, après que Napoléon ait quitté la Russie. Cinq mois après le passage de la Bérézina.

Tolstoï est un écrivain amoureux et admiratif de son peuple et sous sa plume, les Français sont arrogance, pillage, massacre, bêtise et couardise, la vieille Garde n’échappe pas à ce tableau et Napoléon est le mieux servi.

Les Russes sont des héros, toujours et partout, les cosaques et les paysans un peu moins.

Moscou ? Ils l’abandonnent par patriotisme. Leurs villages et leurs biens ? Ils les incendient eux-mêmes par patriotisme.

Les cosaques pillent et, comme les paysans, tuent «  comme on égorge un chien enragé » mais les soldats russes, eux, traitent bien leurs prisonniers.

Les milices sont constituées de serfs à qui on a promis la liberté ? Ce point n’est pas évoqué dans Guerre et Paix. Le servage ne sera aboli qu’en 1861, cinquante ans plus tard.

Celui d’un écrivain témoin et acteur, Stendhal

Stendhal a vécu et participé à cette aventure. Il a écrit plusieurs lettres à sa sœur Pauline, à son père, son ami Félix Faure, des relations diverses. Chargé de l’intendance, contre son gré (!), il laisse le témoignage d’un homme qui ne comprend rien à ce qu’il fait, n’a aucune visibilité ni information et se contente de survivre en soignant son rang.

Chargé de mettre en place des dépôts logistiques sur la route de la retraite, il écrit aux intendants – qu’il ne connaît pas – des villes concernées (Smolensk, Viteks…) des ordres imprécis, sans méthode et sans aucune autorité. Il se contente, en réalité, de dire que l’affaire est importante, qu’il l’a acceptée contre son gré et qu’il faut lui envoyer des états tous les cinq jours parce que on les lui a demandé « plus haut ». Illustration parfaite de la bureaucratie incompétente et parasite.

Il ajoutera  « si SM me fait baron, je ne l’aurais pas volé ».

Il croit que… a entendu dire que … son univers est rétréci à quelques personnes autour de lui, à sa voiture encombrée du butin pillé à Moscou et de son domestique ivre.

Manger, se protéger des cosaques tant bien que mal, maudire son sort, les gens qui l’accompagnent, inintéressants et les soldats qui, eux, ne manquent de rien et sont dans l’abondance « les tasses pleines de diamants et de perles »… « c’est bien cher payé pour le spectacle d’une ville brûlant ».

Stendhal, écrivain ou témoin ?

La question se pose. Il adopte un angle spécifique pour chaque destinataire et il ne raconte pas la Retraite, il raconte ses déboires dans un événement qui ne le concerne pas. Aucun mot à propos de Borodino ou la Bérézina, on peut imaginer que ce moment est fondu dans l’ensemble, ni plus ni moins important ou significatif, cet hiver là, il signe une lettre «  souvenez-vous du gelé ». 

Celui des acteurs illustres

Pour servir leur gloire ? Les Mémoires des « grands acteurs », Napoléon lui-même, participent autant du témoignage que de l’édification de leur gloire.

Ou leur thèse ? Celles des spécialistes, stratèges, théoriciens comme Clausewitz qui accable Koutouzov « la seule contribution de Koutouzov à la victoire est son refus, né de la peur, d’affronter Napoléon »

et conserve son admiration à Napoléon …Il avait à la Bérézina non seulement sauvé son honneur, mais acquis une nouvelle gloire .

Celui des acteurs moins connus ou anonymes ?

Dans leurs lettres, soldats et domestiques ne livrent guère d’éléments autres que le froid, la faim, la peur, le déclin de la raison et les réflexes de survie, par tous les moyens, un enfer, avec, c’est vrai, de loin en loin, une dévotion souvent intacte envers Napoléon.

Au fond, les lettres des soldats de 1812 ne diffèrent guère de celles écrites par leurs descendants, un siècle plus tard, dans les tranchées.

Les personnages d’Erich-Maria Remarque A l’ouest rien de nouveau ou de Roland Dorgelès Le cabaret de la bonne femme ne parlent pas de stratégies, de tactiques et de considérations géopolitiques.

Leur univers se rétrécit au cercle des visages proches, des compagnons de la tranchée, de la section.

Puis se concentre sur la survie et ce qui est indispensable, le bois, la bougie, les vivres, le vin, le tabac, le camarade.

Les deux écrivains décrivent le détachement progressif des soldats par rapport à la politique, l’Etat-major, la hiérarchie éloignée, les enjeux de la bataille.

Ils écrivent ce que fût l’évènement pour ses protagonistes.

Celui des censeurs et propagandistes, deux faces de la même défiance ? Ainsi ceux de l’URSS qui présenteront Koutouzov comme le chef de file d’une armée de paysans en conflit avec le tsar et l’autocratie.

Qui écrit l’Histoire ?

Leon TOLSTOÏ. Guerre et paix. 1865-1869. Multiples éditions 

Françoise KLELTZ-DRAPEAU. Aristote, le prudent et le « manager ». Anne Rideau Editions 2015

Adam ZAMOYSKI. La campagne tragique de Napoléon en Russie. Editions Piranha. 2014

Nassim Nicolas TALEB. Jouer sa peau.Editions Les Belles Lettres. 2017

René GROUSSET. Figures de proue. Editions bibliothèques.10/18. 1949

Pierre MIQUEL. Les mensonges de l’Histoire. Editions Perrin. 2002

Erich Maria REMARQUE. A l’ouest rien de nouveau. Le livre de poche numéro 97.1929.

Roland DORGELES . Le cabaret de la Belle Femme.Editions Albin Michel 1928. Le livre de poche numéro 92.

Napoleon-histoire.com. Site Robert OUVRARD. Correspondance Stendhal en Russie.

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