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« C’est moi le chef ! » – De Jupiter en Icare

 

Maxime Flauw nous a signalé un ouvrage de Guillaume BIGOT – La Trahison des chefs, et nous vous proposons un article correspondant (entretien) de 1917 qui apporte à notre actualité un certain éclairage…

Voici quelques articles publiés sur METAHODOS à propos de Guillaume BIGOT ou des classes dirigeantes :

https://metahodos.fr/2020/12/19/relire-guillaume-bigot-la-classe-dirigeante-rejette-ses-devoirs-tout-en-cherchant-a-etendre-ses-privileges/

https://metahodos.fr/2020/12/21/la-secession-des-elites-ou-comment-la-democratie-est-en-train-detre-abolie/

 https://metahodos.fr/2020/12/13/des-notables-aux-experts-quelle-selection-des-gouvernants/

https://metahodos.fr/2020/11/28/quand-la-bureaucratie-tient-lieu-de-fonction-politique-et-que-les-libertes-sont-restreintes-ne-change-t-on-pas-de-regime/

https://metahodos.fr/2020/09/14/quand-les-elites-elles-memes-adherent-a-la-contestation-de-la-democratie-philippe-val/

PRESENTATION DE L’ARTICLE

Où sont passés les chefs ?

Dans les salles de classe, au bureau mais aussi dans l’arène politique, le commandement se délite, disparaît, quand il ne dégénère pas en tyrannie ou en anarchie. L’entreprise semble être le dernier lieu régi par un principe hiérarchique, celui où une autorité s’exerce encore sur un collectif. Hélas, le capitalisme anglo-saxon a noyé l’art du bon gouvernement dans les eaux saumâtres du management.

Désormais, on laisse faire ses collaborateurs, on les abreuve de mots, on feint de les écouter, on les réunit et on les évalue sans cesse, on peut même les pousser au suicide : voilà quelques-unes des manifestations les plus courantes ou les plus spectaculaires de cet anti-machiavélisme de base, naïf et méchant, que l’on nomme le management. Imitant les patrons de multinationales, vos supérieurs hiérarchiques et vos élus politiques tentent d’appliquer à leur niveau les mêmes méthodes.

La Trahison des chefs

explique brillamment pourquoi « manager », c’est préférer la précarité des salariés, le recrutement de clones et in fine le chômage. Et comment cette logique mène nos sociétés droit dans le mur.


Diplômé de l’IEP de Paris, économiste et doctorant en sciences politiques, Guillaume Bigot a été journaliste avant de devenir l’un des dirigeants du Pôle universitaire Léonard-de-Vinci. Il est aujourd’hui le directeur général d’un groupe d’écoles de commerce.

La posture jupitérienne d’Emmanuel Macron marque-t-elle la réhabilitation de la figure du chef ? L’essayiste Guillaume Bigot réagit

Trois mois après son accession au pouvoir, Emmanuel Macron campe toujours sur sa posture jupitérienne. Dans le long entretien qu’il a accordé au Point , le président de la République réaffirme son volontarisme politique et sa conviction que le chef de l’État doit conserver une stature particulière au sein de nos institutions.

L’essayiste Guillaume Bigot, par ailleurs directeur général du groupe IPAG business school, juge pourtant sévèrement ses cent premiers jours.

ARTICLE

Présidence Macron : le retour de l’autorité ?

Propos recueillis par Baudouin Eschapasse  04/09/2017  | Le Point.fr

Le Point : Dans votre dernier livre (La Trahison des chefs, Fayard), vous dénonciez le fait que le management à l’anglo-saxonne, en sapant l’autorité des dirigeants, conduisait au dérèglement et, par voie de conséquence, à la faillite de nos collectivités comme de nos entreprises. Pensez-vous que la présidence jupitérienne d’Emmanuel Macron réhabilite la figure du chef ? Et que le chef de l’État soit en mesure de conjurer cette malédiction ?

Guillaume Bigot : Macron a bénéficié d’un formidable effet de contraste par opposition à Hollande, qui faisait davantage penser à Guy Mollet qu’à Gengis Khan. De par son apparence physique, son allant et grâce à un minimum de verticalité et de distance (on ne s’appuie que sur ce qui résiste et pas de religion sans tabernacle, disait de Gaulle), a commencé par réhabiliter le lustre de la fonction présidentielle qui en avait bien besoin.

La France entière et même celle archimajoritaire qui n’avait pas voté pour lui s’est dit : cet homme a un minimum de tenue et nous avons enfin un président qui va présider. Hélas, hélas, hélas, le retour en grâce de la dignité du chef de l’État n’a pas duré. Entre les selfies avec Rihanna, les séances photos de type Big Jim (Macron en footballeur, Macron pilote, Macron sous-marinier) et l’artificielle mise au pas de l’état-major militaire, le naturel profondément managérial de Macron a très vite repris le dessus. Sous les habits du Roi-Soleil, c’est un petit consultant arrogant que l’on a découvert.

Emmanuel Macron n’est certainement pas en train de réhabiliter le commandement, art simple et tout d’exécution, comme le disait Bonaparte au détriment du management, science largement faite de lieux communs moliéresques, importée des États-Unis. Je dirige une école de gestion où les outils et les sciences de gestion fonctionnent admirablement bien et possèdent leur efficacité. Mais remplacer le commandement ou le leadership par un paradigme théorique qui regroupe ces techniques en une boîte à outils utilisable partout, telle est la misère du management dont Macron offre un exemple caricatural.

Que fait un manager, par exemple ? Il commence toujours par couper les coûts, par s’assurer qu’il dispose du plus grand bureau et de tous les signes extérieurs du pouvoir, il croit qu’incarner, c’est communiquer. Ce que ne fait jamais un chef qui commande et que fait toujours un manager qui essaye de diriger et qui n’y arrive pas, c’est de se mettre en colère en disant : c’est moi le chef ! Pourquoi ? Parce que c’est un formidable aveu de faiblesse. Un chef n’a justement aucun besoin de rappeler qu’il est chef. En cela, il est totalement et irrémédiablement différent d’un manager.

Quel regard portez-vous sur les premiers pas d’Emmanuel Macron à l’Élysée ? Vous qui avez été chevènementiste, ne relevez-vous pas des « emprunts » ou du moins des « proximités » (sur l’école, la doctrine militaire, le rôle de l’État dans l’économie, l’obsession de l’histoire et la conscience du temps long, la place de la religion dans la sphère publique…) entre le président de la République et Jean-Pierre Chevènement ?

Sur l’école, assurément. Je crois que le choix de Jean-Michel Blanquer est excellent. Le casting est parfait. Je ne veux donc pas compliquer sa tâche, mais un homme aussi lucide et courageux que Jean-Michel Blanquer va peut-être nous débarrasser des petits khmers rouges du pédagogisme qu’il faudrait limoger au sens strict, c’est-à-dire envoyer en mission à Limoges ! Sur la doctrine militaire, je ne crois pas que le général de Gaulle ait jamais diminué le budget des armées. Certes, de Gaulle fut, avec l’aide de Pinay et de Rueff, un profond modernisateur de l’économie française, mais cette « opération » destinée à nous faire rattraper notre retard s’est effectuée en 1958 sous anesthésie générale et avec l’aide d’une dévaluation de 30 % et surtout pas sous la pression des partenaires européens !

La chirurgie de Macron ne fera rien d’autre qu’échanger des chômeurs contre des travailleurs pauvres sur le modèle italien de Renzi. Je ne crois hélas pas que nous allons renouer avec le retour d’une croissance forte et des investissements massifs, comme nous devrions le faire, dans les technologies du futur à coups de dizaines de milliards via par exemple un grand emprunt, proscrit de facto par les dogmes bruxellois. Macron est un fauteur de déflation alors que macro-économiquement, nous aurions besoin d’un bon coup d’inflation. Macron ne veut pas sortir du modèle ordo-libéral européen, et à ce titre il se condamne à un changement marginal et donc à décevoir les Français.

En matière de lutte antiterroriste, le président semble notamment abandonner la politique visant à multiplier les expérimentations de déradicalisation pour s’en tenir à une posture plus martiale de lutte sur tous les fronts, là encore un emprunt à Chevènement ?

Vous auriez aussi pu citer un autre homme politique dont j’ai été très proche : Pasqua, qui avait raison de chercher à terroriser les terroristes. Mais en l’espèce, Macron emprunte moins au souverainisme qu’au bon sens. Espérer réinsérer des SS ou des criminels contre l’humanité en les inscrivant dans des programmes de macramé-poterie-coaching-bilan de compétence-relaxation-yoga en saupoudrant le tout de Power Point célébrant des valeurs d’ouverture à l’autre, le projet n’était pas franchement bien parti. Macron a bien fait de rompre avec cette pantalonnade qu’était la déradicalisation.

Un bon djihadiste est un djihadiste mort. En revanche, la lutte contre la propagation de l’idéologie islamiste passe surtout par un réarmement moral, la réactivation du patriotisme (et à cet égard Macron se veut européen et ne croit pas à la culture française), de l’assimilation non communautariste et notamment par le rétablissement d’un service militaire obligatoire et universel (une jeunesse à égalité, riches et pauvres, garçons et filles, qui sert un même drapeau, une même patrie et apprend à se défendre). Bref, la seule défense face au radicalisme islamique, c’est la radicalisation de la République et les droits de l’homme que l’on doit défendre jusqu’à la mort. On meurt pour son pays, pas pour sa start-up ou sa page instagram.

Et cette radicalisation républicaine ne passe pas seulement par le renforcement de la sécurité et de la répression. Enfin, il y a un côté « enrichissez-vous » chez Macron qui est d’ailleurs très positif. Mais ce n’est pas en déprimant l’activité que l’on permettra aux Français de créer plus de richesses.

Dans votre premier ouvrage, les Sept scénarios de l’Apocalypse, publié en 2000, vous prophétisiez l’avènement d’Al-Qaïda, des attaques terroristes d’ampleur à Paris et le retour de la guerre dans la péninsule coréenne. Pensez-vous que prévoir l’avenir nécessite d’imaginer les pires dystopies ?

Pas du tout si l’on cherche à anticiper l’évolution des sciences ou des technologies par exemple. Sur ce terrain-là, je serais même très optimiste. Je crois que l’avenir sera encore plus fabuleux que nous ne l’imaginons. Mais sur le terrain géopolitique et politique, croire que l’humanité ira mieux demain, c’est pire qu’un crime, c’est une erreur. Les optimistes n’ont pas pitié des hommes, disait Bernanos. Notre seule chance d’éviter le pire, c’est de ne jamais oublier qu’il reste possible, à tout moment.

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