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2020, L’année où la devise Liberté. Égalité. Fraternité a été écornée



Premier retour sur ‘interview « de référence » d’E. Macron

Apporte-t-elle la clarification qu’il juge lui-même utile ?

Plusieurs lecteurs/contributeurs souhaitent que nous fassions l’analyse des récentes déclarations présidentielles. Nous vous proposons, grâce aux contributions et remarques reçues, un premier point sur les valeurs républicaines.

Le président de la République s’est exprimé dans une longue interview accordée à « L’Express ». Il évoque mainte notions ou concepts dans un ordre qui parait improvisé. Il dénonce, par exemple, une forme de « nivellement » à l’œuvre au sein de la société française, brocarde une laïcité « déformée », ou encore reconnaît une forme de « privilège blanc »… Il vient tantôt contredire, éclairer, compléter, ou encore ajouter, des notions ou déclarations antérieures, dans un ordre et une cohérence qui semblent lui appartenir en propre.

Interrogé sur sa perception de la société française, il prête à celle ci des doutes et des espoirs, affirmant que les Français ont « renoué avec leurs doutes ancestraux », leur prêtant peut être ainsi ses propres doutes et recherches sémantiques répétées depuis le début du quinquennat.

L' »obscurantisme » combattu par la « cohérence », alors que la complexité de la pensée – ou des mots exprimés – semble s’accroitre ?

Lae fond du propos n’est pas toujours accessible. Ce qui ne manque pas de sel lorsqu’il évoque le retour d’une forme de « relativisme », voire d' »obscurantisme ». Se sachant critiqué pour un exercice personnifié du pouvoir où l’autorité ou la non prise en compte des parties prenantes dominent, il diagnostique paradoxalement « l’écrasement des hiérarchies induit par la société du commentaire permanent » et « une société qui s’horizontalise » dans « un nivellement complet ».

La clé, selon Emmanuel Macron – souvent dans le commentaire -, repose sur « la cohérence », « l’explication » et « l’efficacité » de l’action publique, alors qu’émerge malgré tout à ses yeux « un besoin de mieux associer à la décision par la délibération ».

Le travail s’annonce considérable avec un outillage qui demanderait à être constitué: vision, gouvernance équilibrée, éthique de responsabilité… La référence directe à la « pensée complexe » dont se réclame le macronisme est présente; quelles sont les chances d’une véritable clarification ?

La devise républicaine er la reconnaissance du « privilège blanc »

Dans le même temps, c’est la laïcité exacerbée qui est ici critiquée : « L’erreur commise par ceux-là même qui défendent l’universalisme républicain ou les valeurs de la République est de déformer la laïcité pour en faire une sorte de religion qui s’opposerait aux autres », explique Emmanuel Macron, qui répète que « chacun doit pouvoir vivre entre plusieurs horizons culturels ».

Comment s’y prendre ? « Nous devons faire un travail historique et mémoriel qui ne consiste pas à effacer ce que nous sommes mais à compléter notre histoire, avec de nouvelles statues, de nouvelles appellations de rue », dit-il, balayant l’intérêt de « déboulonner » et d' »effacer » statues et marques d’un passé trouble.  La notion de « privilège blanc » va t elle clarifier notre vivre ensemble et les divisions que le PR dit observer, et vouloir réduire, chez les Français.

La division entre les classes dirigeantes et le peuple n’est elle pas plus inquiétante ? et qu’a t on fait pour développer le vivre ensemble des Français et faciliter leur vie démocratique.?

En attendant, les valeurs républicaines et avec elles les valeurs démocratiques régressent

Pour le chef de l’État, être Français passe par la « langue », « l’histoire », mais aussi par « une citoyenneté définie par des valeurs liberté, égalité, fraternité, laïcité qui reconnaissent l’individu rationnel libre comme étant au-dessus de tout »…Et la laïcité s’ajoute aux trois valeurs fondatrices; Gagnera t on en cohérence en lançant ce nouveau » ballon d’essaie conceptuel » ?

Nous vous proposons l’article d’Edouard Husson paru dans ATLANTICO que nombre de lecteurs nous ont proposé.

Voir certaines de nos publications antérieures:

https://metahodos.fr/2020/10/12/plutot-machiavel-ou-rantanplan/

https://metahodos.fr/2020/11/02/opposer-nation-a-societe-libre-individu-a-citoyen-solidaire-comment-peut-on-atteindre-un-tel-embrouillamini/

https://metahodos.fr/2020/09/09/republique-republique-republique-literation-ne-lui-redonnera-pas-la-realite-attendue/

https://metahodos.fr/2020/08/31/le-chef-de-letat-designe-une-crise-de-lautorite-et-preconise-une-reeducation-sur-lautorite-legitime-decryptages/

ARTICLE

2020. L’année où la devise Liberté. Égalité. Fraternité

22 décembre 2020 Avec Edouard Husson ATLANTICO


Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université…

Edouard Husson s’est intéressé à la fragilité des valeurs républicaines.

2020 – Vous avez dit valeurs républicaines?  Comment la crise sanitaire a révélé un peu plus leur fragilité

Annus horribilis

L’année 2020 restera dans les annales comme une sombre année pour le pays. La France n’est pas la seule concernée par l’épidémie de Coronavirus. Mais elle fait partie des pays qui l’ont particulièrement mal traversée. 

Les critiques ont été formulées depuis longtemps envers le gouvernement pour la mauvaise gestion matérielle de la crise. Mais un gouvernement ne prend pas seulement des décisions pratiques, elles sont forcément informées par des perceptions, une vision de la situation, des choix de valeur. Il n’est pas anodin de repousser des élections de manière totalement arbitraire, comme l’a fait le président de la République en mars, en maintenant le premier tour des municipales puis en repoussant le second. Il n’est pas neutre de maintenir indéfiniment l’incertitude sur le calendrier des élections régionales. Faire voter l’état d’urgence sanitaire une semaine après sa mise en place, comme l’a fait le gouvernement en mars était seulement le début d’une rapide dérive de nos pouvoirs publics. Le premier pilier de notre République, la liberté a été durement ébranlé tout au long de l’année. 

Liberté confinée

Et rien ne montre mieux à quelle vitesse la situation s’est détériorée que l’introduction à la sauvette du projet de loi n°3714, « instituant un régime pérenne de gestion des urgences sanitaires ». Le gouvernement espère pouvoir se dispenser de consulter le parlement autrement qu’en lui transmettant de temps à autre un rapport du Conseil scientifique.  Il est dit textuellement dans le projet de loi qu’il doit être possible de par seule décision du premier ministre ou du Ministre de la Santé, de confiner les personnes chez elles, de mettre des limites à la liberté d’entreprendre ou d’interdire l’accès aux transports à des individus qui ne se seraient pas fait vacciner. Il y a quelques semaines, Emmanuel Macron prétendait que le vaccin ne serait pas obligatoire….

Il ne s’agit pas seulement de viser le gouvernement. A-t-on beaucoup entendu l’opposition tout au long de cette crise sanitaire? Madame Le Pen rêve d’un nouveau second tout face à Emmanuel Macron. Mais joue-t-elle son rôle d’opposante n°1? A-t-on entendu  LR ou la France insoumise, au-delà de quelques velléités de limiter la prorogation de l’état d’urgence en octobre dernier? Qui s’est dressé, dans la classe politique, pour défendre la liberté de prescrire des médecins, bafouée? A-t-on vu, à quelques exceptions près, les évêques se battre pour réclamer la liberté de culte en mars dernier?

Au contraire, la Conférence des Evêques de France avait  pris les devants, interdisant l’accès aux messes pour les fidèles, qui ont été privés de pouvoir faire leurs Pâques. Il a fallu que quelques associations courageuses, quelques individus à la foi chevillée au corps aillent devant le Conseil d’Etat et emportent gain de cause pour que les églises rouvrent, en juin dernier, alors que le déconfinement avait commencé depuis plusieurs jours et que le gouvernement avait négligé d’autoriser la réouverture complète des Eglises.

Egalité bafouée


Ce n’est pas seulement la liberté qui a été mise à mal. c’est aussi le principe d’égalité. Il est très frappant de voir qu’un point n’a jamais été évoqué, tout au long de la crise sanitaire: aucun sacrifice n’a été demandé aux fonctionnaires, qui ont pourtant la sécurité de l’emploi, alors que l’on mettait les salariés du privé au chômage partiel. Pourquoi a-t-on demandé aux uns d’accepter 16% de réduction de leur salaire et non aux autres? Qu’est-ce qui aurait empêché de retenir 16% du salaire des fonctionnaires pour alimenter les fonds de lutte contre la crise? On objectera qu’il s’agissait, dans le privé, de sauver des emplois.

Le raisonnement ne tient pas longtemps devant les faillites en cours et les licenciements déjà effectués ou à venir. Non, si le gouvernement avait eu un peu de courage, on l’aurait vu réclamer un sacrifice des fonctionnaires – par exemple pour des créations d’emploi à l’hôpital public. Et s’ils avaient eu un peu de dignité, les ministres auraient eux-mêmes montré l’exemple. Les sujets les moins discutés sont ceux qui rongent le plus sûrement l’âme de la nation. La France est confrontée à une profonde rupture d’égalité entre ceux dont la situation d’emploi est absolument protégée et les autres.  Ce n’est pas un problème absolument nouveau mais la crise du Coronavirus l’a fait ressortir sous une lumière crue – sauf que tout le monde regarde ailleurs.

Fraternité en miettes

Les Républicains de 1848 ont ajouté la fraternité au diptyque « liberté égalité » car ils pensaient que notre République risquait de ne jamais surmonter l’opposition fréquente entre exigence de liberté et recherche de l’égalité si elle n’y ajoutait pas une formulation politique du lien social. Eh bien, le pilier de la fraternité n’a pas été moins ébranlé. On peut difficilement imaginer pays plus divisé que le nôtre, émietté, morcelé. Bien entendu cela n’a pas commencé cette année. Jérôme Fouquet nous a appris à identifier « l’archipel français ». Le président Macron ne réussit, au bout du compte, que dans un domaine: pulvériser les partis et monter les secteurs d’opinion les uns contre les autres.

Cependant, la gestion de la crise du COVID 19 est un accélérateur à plusieurs titres. d’abord, rien de plus terrible pour le lien social que le confinement – les gens désapprennent la civilité, la politesse, on met une distance entre eux. Et le mot de « geste barrière » est terrifiant. Les gens vivent masqués. Les familles n’ont pas le droit de visiter leurs proches plus âgés. Le gouvernement prétend nous dire combien nous devons être à table. Mais cela va encore plus loin. On aura vu un président, des ministres, des hauts-fonctionnaires, des experts auto-proclamés, faire en permanence la leçon aux Français, leur expliquer que ce qui se passait était de leur faute. On aura vu les jeunes générations montrées du doigt comme irresponsables, les étudiants empêchés d’accéder aux campus et privés de petits boulots. On aura vu Paris empêcher ou entraver les initiatives prises sur l’ensemble du territoire pour pallier les erreurs de la capitale.

« Nous sommes en guerre » n’a cessé de répéter un président qui n’a jamais fait de service militaire et avait commencé son quinquennat en limogeant le Chef d’Etat-Major des Armées. Mais pour gagner la guerre, il faut un pays rassemblé, non divisé.

« Nous avons bien bouclé la séquence ! »


En pleine période de déconfinement, notre pays a connu des soubresauts qui confirmaient, derrière l’invocation rituelle des valeurs de la République, de profondes atteintes à notre état de droit et aux fondements de la démocratie. Au printemps, ce fut la tentative indigéniste d’importer en France les émeutes américaines sur le sujet du racialisme.

A l’automne, un professeur a été décapité par un musulman fondamentaliste pour avoir défendu la liberté d’expression.  En sortant de la cérémonie d’hommage à Samuel Paty dans la cour de la Sorbonne, la communicante du Président disait avec auto-satisfaction: « Nous avons bien bouclé la séquence ! ». Car tel est le vrai sort des « valeurs de la République » dans la France de 2020: elles sont une question de com tandis que la politique réellement mise en oeuvre – et la politique d’urgence sanitaire n’est qu’un révélateur un peu plus décapant que les autres – conduit à l’ébranlement profond des trois piliers: liberté; égalité; fraternité. 

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