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DOSSIER: Quand la Bureaucratie tient lieu de Fonction Politique – pendant que les Libertés sont restreintes – ne change-t-on pas de régime?

INTRODUCTION

Quand le pouvoir politique et l’action publique se concentrent sur un exécutif personnifié,

sans tenir compte des autres institutions démocratiques – et en particulier les autres pouvoirs – , que le débat, la concertation et la participation n’ont plus leur place, quand, de surcroît, la bureaucratie domine et que les libertés de la presse et des citoyens sont réduites – comme sont réduites les expressions démocratiques des Assemblées, Collectivités, parties prenantes – …ne change-t-on pas de régime ?

Nous vous proposons plusieurs exemples et quelques articles soumis par nos lecteurs/contributeurs.

Les pertes de sens et de valeurs

La bureaucratie ou la personnalisation de l’exercice du pouvoir expliquent-ils les pertes de sens et de valeurs...d’attention pour les besoins essentiels ( culture, lecture, sport…) de solidarité pour les plus touchés socialement par la crise, de prise en compte des sans abris…plus largement d’empathie pour les citoyens Français ?

Brutalité et cameras

Ces jours ci ont été marquée par l’évacuation brutale d’un campement de migrants installé sur la place de la République et par les graves violences contre un producteur de musique, dans le XVIIe arrondissement de Paris…

Alors que de nombreuses manifestations sont prévues partout en France ce samedi pour s’opposer à plusieurs dispositions de la loi sur la sécurité globale mettant en cause la liberté d’informer, l’exécutif semble à la limite du déséquilibre.

Deux appels aux rassemblements ont été lancés pour samedi à Paris, (interdits par l’État, la jusutice les autorise)…

pour manifester contre la proposition de loi « Sécurité globale », qui comprend le polémique article 24. Interdite dans un premier temps par la préfecture, la Marche des Libertés aura finalement bien lieu.

Pierre Manent: «Une offense délibérée à l’Église catholique»

Disciple de Raymond Aron, dont il fut l’assistant au Collège de France ecrit: « La scène de comédie, fort peu amusante, qui vient de se dérouler à propos de la réouverture des cultes, est révélatrice du triste état de notre vie publique. Le gouvernement avait proposé une «jauge» évidemment impraticable, et si ridicule qu’elle était une insulte à l’égard de ceux qui étaient supposés s’y plier.

Le Sénat, et même la majorité présidentielle de l’Assemblée protestent

Le gouvernement voulait une commission indépendante pour réécrire l’article controversé de la loi Sécurité globale – celui sur la diffusion malveillante d’images de policiers. Censée apaiser les choses, l’idée a enflammé les parlementaires qui se sentent court-circuités, et même le ministre MoDem Marc Fesneau. Pour finalement être abandonnée…

Gérard Larcher, Président du Sénat: « Je demande au Premier ministre de renoncer à sa décision de nommer une commission consultative sur la PPL sécurité globale en cours de discussion au Parlement« 

Cela va, poursuit il, à l’encontre du fonctionnement normal de nos institutions et c’est en totale contradiction avec les droits du Parlement. (…)C’est donc au Parlement, dans le cadre d’un débat démocratique et public, de rédiger ou réécrire les textes de loi. Ce rôle ne revient pas à une commission ou un comité d’experts de plus qui n’a aucune légitimité démocratique. Le débat parlementaire a été engagé. Il doit se poursuivre conformément à nos institutions dans la navette entre l’Assemblée nationale et le Sénat. Que vient faire une commission dans cette séquence sinon porter une atteinte inacceptable aux droits du Parlement ? Le Gouvernement veut-il modifier le processus d’élaboration de la loi ?Si le Premier ministre persistait, le Président du Sénat considérerait les travaux de cette commission comme nuls et non avenus. »

Article 1

« Le règne de la paperasse n’est pas le seul fait des régimes autoritaires. L’attestation dérogatoire de déplacement ­n’est-elle pas le signe d’un nouvel enfer bureaucratique ? » questionne Simon BLIN dans son article. « Comment le président startupper en est-il arrivé à distribuer des bons de sortie téléchargeables sur smartphone, dont le degré d’ingéniosité rappellerait presque les grandes heures du système soviétique ?  » poursuit il.

Votre attestation, s’il vous plaît ! Le macronisme est une bureaucratie, c’est le titre de l’article de Simon BLIN que nous vous proposons ci contre : ARTICLE 1

Article 2

« En débordant toujours plus de son périmètre, l’État n’étend pas son autorité mais au contraire l’affaiblit », juge David Lisnard, maire de Cannes. La réponse à la crise sanitaire en est un triste exemple.

« Pour un gouvernement, garantir la liberté c’est aussi savoir faire preuve de courage. Or, il semble que sous couvert de protection sanitaire des Français, nos dirigeants cherchent à se protéger eux-mêmes en ne prenant plus la moindre décision qui nécessiterait de considérer que l’art de gouverner, c’est autre chose que l’art d’interdire. » poursuit il.

David Lisnard est egalement vice-président et porte-parole de l’AMF. il a ecrit un article intitulé La crise du Covid révèle la folie bureaucratique française. Nous vous le proposons également : ARTICLE 2.

Article 3

« Il y a quelque chose d’absurde à voir le Président de la République, une fois par mois, nous détailler solennellement nos vies et prendre des airs compassés pour nous fournir un échéancier de la crise », alerte Natacha Polony, directrice de la rédaction de « Marianne ».

L’inflation de règles et de normes tatillonnes qui entravent la liberté des citoyens et réduit leur responsabilité est en fait le pendant de l’impuissance de l’État. Quand Emmanuel Macron évoque cette stratégie, « tester, alerter, protéger », c’est parce que celle qui devait être mise en place dès le mois de mai, « tester, tracer, isoler », la seule manière de circonvenir ce virus, est un échec patent.

Nous continuerons donc à massacrer des secteurs entiers de notre économie, à désespérer des gens qui sont en train de perdre le travail d’une vie, à exacerber les tensions et les haines et détruire l’autorité de l’État. Mais quand des historiens dresseront le bilan, nous ne serons plus là pour assumer. » poursuit elle.

Natacha Polony évoque dans son article intitulé Règles absurdes et normes tatillonnes : mais quand est-ce qu’on se réveille ? le contenu de la dernière intervention de Macron. Nous vous le proposons en lecture: ARTICLE 3

Article 4

« Ce second confinement aura fracassé notre jeunesse, réduit les Français à la dépression et engendré des centaines de milliers de drames économiques estime Isabelle Saporta. Selon la journaliste, l’importance des petits commerces dans la France périphérique a été largement sous-estimée par nos dirigeants.

Isabelle Saporta est journaliste, essayiste et éditrice chez Fayard. Son dernier ouvrage est Rendez-nous la France! En finir avec la caste qui paralyse le pays (Fayard, 2020). Metahodos avait publié à propos de cet ouvrage : https://metahodos.fr/2020/09/13/la-france-des-technos-et-des-400-000-normes/

Nous vous proposons un entretien La technocratie édicte des mesures toujours plus absurdes et méprise le peuple qu’elle vient de donner: ARTICLE 4

P.A. et T.L.

ARTICLE 1

Votre attestation, s’il vous plaît ! Le macronisme est une bureaucratie

Par Simon Blin — 22 novembre 2020 Libération

La gestion du Covid est-elle le plus grand moment bureaucratique de l’histoire récente ? Entre l’attestation dérogatoire de déplacement, la réduction du périmètre de circulation à un petit kilomètre et la limitation de nos ravitaillements aux «besoins essentiels», c’est peu dire que les pouvoirs publics auront su faire preuve d’inventivité administrative. De ce point de vue, le formulaire de sortie, pour ne reprendre que cet exemple, ses neuf cases à cocher et ses trois notes de bas de page, en est l’une des formes les plus abouties. «Porter à ce niveau de raffinement l’attestation ­dérogatoire et ses variations modales témoigne d’un génie bureaucratique qui mériterait presque le respect –  celui que les papillons ont pour les entomologistes qui les épinglent sur le liège», a récemment twitté le géographe Michel Lussault.

Que ce summum réglementaire se produise sous le mandat d’Emmanuel Macron est d’une cruelle ironie. Lui qui voulait «libérer les énergies», faire de la nation française une start-up géante, flexibiliser et rendre l’«agilité» aux salariés et aux entreprises. «Sur le papier, tout semblait prêt pour que le pays ose une aventure à laquelle il s’était soustrait jusque-là, écrit Michaël Foessel dans LibérationUn président convaincu par l’efficience des marchés, peu soucieux des pesanteurs administratives, féru d’innovation et réputé ouvert sur les sujets de société.» Mais «le libéralisme est une idéologie qui s’éteint avec les couvre-feux, les attentats et autres états d’urgence. Serait-il trop optimiste pour affronter les tragédies ?» s’interroge le philosophe.

Imaginaire kafkaïen

Comment le président startupper en est-il arrivé à distribuer des bons de sortie téléchargeables sur smartphone, dont le degré d’ingéniosité rappellerait presque les grandes heures du système soviétique ? Tout ne s’est pas fait en un seul jour. Si la notion de bureaucratie renvoie la plupart du temps à un imaginaire kafkaïen – lourd préjugé qui s’abat le plus souvent sur les services publics –, elle est d’abord le fruit de la révolution industrielle et du besoin pour l’Etat de garantir l’exécution de ses directives. Max Weber la conceptualise comme un processus naturel, quasi civilisationnel, de rationalisation. Mais pour le grand public, le terme est surtout synonyme des excès du pouvoir administratif laissé aux mains d’austères fonctionnaires en costume gris. Un peu à l’image de ceux que rencontre Jonathan Pryce au service du Recouvrement d’Information dans Brazil de Terry Gilliam.

C’est que les pratiques bureaucratiques ne cessent de s’étendre dans tous les domaines de la société, souvent dans le but affiché de faire ­gagner temps et efficacité aux travailleurs. Dans la Bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale (La Découverte, 2012), la politologue Béatrice Hibou souligne ainsi l’invasion des procédures (autant dans l’administration étatique que dans le privé) dans le reste de la vie quotidienne des individus. Tout le paradoxe est là, selon la chercheuse au CNRS : pensés initialement pour éliminer la redondance, de nouveaux procédés et instances (rapports d’activité, supervision des activités, statuts hiérarchiques intermédiaires, comités de surveillance réglementaire…) se retournent parfois contre l’efficacité elle-même.

Novlangue managériale

Contrairement à une idée reçue, le néolibéralisme n’est pas étranger à cette inflation des normes et autres «plans de continuité». Ce courant de pensée constitue même, à partir des années 1970, le creuset du «New public management», nouveau mantra idéologique qui suggère l’importation de la logique entrepreneuriale (ses principes de performance, de compétitivité et de rentabilité) dans l’action publique. Chez les Anglo-Saxons, où Macron puise son inspiration, cela signifie l’intervention minimale de l’Etat au bénéfice d’une multiplication – on n’est pas à un paradoxe près  – de sous-traitants publics ou privés et coopérant sur une base contractuelle. Pour les néolibéraux adeptes de la disruption, la bureaucratie est l’envers de leur monde.

Sauf que l’économie néolibérale et son discours «moins d’Etat» a fini par produire elle-même ses propres aliénations, expliquait l’anthropologue américain David Graeber dans son essai Bureaucratie (les Liens qui libèrent, 2012). Pour le militant anarchiste, décédé en septembre, la bureaucratie est une conséquence paradoxale des politiques de dérégulation : toute initiative gouvernementale conçue pour réduire les lourdeurs étatiques aurait, selon lui, pour effet ultime l’apparition de nouvelles contraintes et d’obligations. Des rapports que personne ne lit, des réunions que personne n’écoute, des process et une novlangue managériale que personne ne comprend : selon Graeber, l’«utopie bureaucratique», qui culmine dans sa fusion avec le capitalisme financier, conduit à ce qu’il appelle une société de «boulots à la con», ces emplois normatifs chargés de faire fonctionner la chaîne protocolaire.

«Evaluer l’évaluation»

Le phénomène bureaucratique n’est donc pas qu’une passion de dictateur communiste. Et l’affaire ne serait pas si grave si elle n’avait pas mis le système de santé publique en pièces par une gestion comptable des lits d’hôpitaux. Celui de la recherche publique n’est pas en reste. Depuis des années, les chercheurs se disent noyés dans un trop-plein de complexité administrative et de paperasse à remplir, fût-elle dématérialisée, au lieu de se consacrer à leurs travaux. La semaine dernière encore, ils étaient dans la rue pour dénoncer, entre autres, un système d’évaluation permanente de projets de recherche, de projets de financement de recherche, d’articles scientifiques, de projets d’articles. Bref, un monde académique où l’on «évalue l’évaluation elle-même».

Or c’est bien l’un des aspects que de la future réforme de la recherche publique, d’inspiration dite «libérale» et adoptée par l’Assemblée cette semaine, risque d’aggraver durablement, si on en croit l’avis d’une écrasante majorité d’universitaires. «L’exécutif veut encore renforcer les appels à projet comme source de financement de la recherche, et ce, alors que les universitaires dénoncent la bureaucratie académique qui en résulte», écrivaient une vingtaine d’éminents chercheurs en février dans Libération. Si bien que le monde universitaire en appelle désormais aux «libertés académiques», jugeant son «autonomie» intellectuelle et institutionnelle menacée. Un comble pour cette énième réforme pourtant censée, comme l’avait annoncé Edouard Philippe en 2019, redonner de la «liberté» au secteur.

ARTICLE 2

«La crise du Covid révèle la folie bureaucratique française»

David Lisnard Le Figaro 15/11/2020

La route de la servitude est pavée de bonnes intentions étatistes. Et jalonnée des décisions bureaucratiques qui réussissent à être à la fois contradictoires, inefficaces et aliénantes.

Ce n’est pas nouveau, Tocqueville, Bastiat, Aron et tant d’autres de nos penseurs français – souvent de génie – de la liberté, qu’il est urgent de faire (re)lire dans toutes les classes, nous ont toujours alertés sur les dérives potentielles de l’administration moderne. L’État est la condition de notre protection, mais à sa juste place.

Alors que la prospérité et la sécurité collectives se sont accompagnées historiquement dans nos sociétés occidentales par l’accomplissement du couple vertueux des valeurs de la liberté et de la responsabilité, tout est fait dans notre époque d’«État nounou» pour infantiliser les individus, entraver les initiatives, enkyster la société. Le civisme en meurt, la dynamique du groupe en pâtit et l’efficacité des politiques publique s’y perd. « L’État obèse perd l’autorité régalienne pour laquelle il a été inventé.« 

Car à force de s’éloigner de l’essentiel du rôle de l’État et de produire des normes absconses, les lois et les règlements reculent dans leur légitimité, sont inapplicables ou prennent un caractère arbitraire dans leur exécution, et l’État obèse perd l’autorité régalienne pour laquelle il a été inventé, et qui nous fait tant défaut aujourd’hui.

Ce phénomène peut se manifester ailleurs dans le monde mais il est poussé à son paroxysme en France. Les prélèvements obligatoires (impôts et charges) avec 45 % de la richesse produite et la dépense publique – de 56% du PIB avant la situation actuelle et son «quoi qu’il coûte» – y sont les plus élevés de la planète, et les normes édictées s’empilent et dépassent depuis longtemps en nombre celui des sortes de fromages que compte le pays, le rendant encore plus ingouvernable à force de vouloir le diriger dans tous ses tréfonds et recoins.

Cette spirale infernale administrative n’est propre ni à ce gouvernement ni à cette période mais féconde avec ce pouvoir particulièrement énarchique dont la crise Covid révèle l’absurde matrice. Si pour Eugène Delacroix, la liberté guide le peuple, la crise sanitaire que nous traversons donne l’occasion aux gouvernants de guider notre liberté à travers ce qu’ils considèrent être «bon pour le peuple», selon des procédures et mesures sorties de quelques esprits ingénieux d’une haute administration jamais aussi productive que lorsqu’il s’agit de pondre des normes et des règlements contraignants.

Le roi Ubu technocratique s’en donne à cœur joie en ce moment, nous privant de liberté, donc de responsabilité, au détriment d’une lutte efficace contre l’épidémie de covid 19, et détruisant une part importante de l’économie, des centaines de milliers d’emplois, et au-delà ce qui fait que la vie n’est pas que biologique mais aussi sociale, spirituelle, humaine. Cette dérive administrative se révèle au grand jour pendant la crise sanitaire à travers les pénuries de ce qui est essentiel et les excès de ce qui est bureaucratique.

On ne parvient pas, contrairement à nombre de pays plus performants face à l’épidémie, à tester, dépister, diagnostiquer de façon méthodique? Isoler les contagieux de façon rigoureuse? Faire un back-tracing de façon systématique sur la semaine précédant l’apparition des symptômes pour casser les chaines de contamination? Doter l’hôpital en moyens humains et matériels suffisants? Contrôler les gestes barrière dans les sites clos recevant du public, dont les grandes surfaces commerciales? Sanctionner les établissements qui ne respectent pas les règles de protection (pendant tout l’été j’en ai signalé en vain un petit nombre à l’État, qui seul en France est habilité à sanctionner)? Définir des scenarii d’évolution potentielle de la maladie, qui depuis juin avaient été exposés, en plusieurs niveaux de risques, pour anticiper des règles et protocoles par métiers, gradués selon les hypothèses épidémiologiques?

Alors le Léviathan étatique, aussi omnipotent qu’impuissant, prend chaque semaine mesures sur mesures, aussi générales qu’impossibles à faire rigoureusement appliquer, générant la confusion, suscitant incompréhension et injustices, restreignant libertés et paralysant la responsabilité qui ne peut être qu’individuelle.

Cette dérive administrative se révèle au grand jour pendant la crise sanitaire à travers les pénuries de ce qui est essentiel et les excès de ce qui est bureaucratique, dont la valse des attestations et auto-attestations permettant de se déplacer qui singularisent notre pays, faisant de chacun de nous un Monsieur K au pied du château, mais aussi par l’impuissance de l’État face à ceux qui ne respectent pas les règles essentielles.

Comme trop souvent, incapable de réprimer la minorité de ceux qui trichent et nuisent, l’État pénalise l’immense majorité de ceux qui se soucient de respecter les règles, jusqu’à la folie des mesures contre l’activité commerciale durant le «reconfinement» qui par égalitarisme ont conduit à fermer des rayons de supermarchés pour qu’ils ne vendent pas les produits des commerces eux-mêmes empêchés d’ouvrir en dépit du bon sens sanitaire et économique… «Tout ce qui augmente la liberté, augmente la responsabilité» écrivait Victor Hugo. Donner aux commerçants la liberté d’ouvrir leurs commerces, c’est aussi les responsabiliser et les contrôler si besoin est pour s’assurer que cette responsabilité est bien comprise et que la sécurité de tous est bel et bien assurée. Mais comment décemment estimer qu’il est dangereux d’aller se faire couper les cheveux ou acheter une paire de chaussures, une chemise ou un livre dans un magasin qui ne ferait entrer qu’un nombre limité de clients avec des jauges adaptées à la surface et contrôlées, qui respecterait la distanciation physique et le port du masque, etc. et dans le même temps considérer que faire ses courses dans une grande surface bondée ou prendre le métro ne présente aucun danger de contamination? Nous connaissons aujourd’hui les lieux à fort risque de contamination.

Des travaux de l’université de Stanford publiée dans la revue Nature les confirment. Logiquement, ils sont ceux qui accueillent les publics les plus denses, durant le plus de temps, et avec moins de possibilités faire appliquer les mesures barrières, comme lorsqu’il faut enlever le masque pour consommer. Cette connaissance fine de la maladie et des conditions de propagation du virus permet d’établir des protocoles et d’exiger des matériels sanitaires adaptés aux activités et aux circonstances. À chaque secteur et chaque niveau d’alerte peut et doit correspondre un niveau de règles prédéfinies et anticipées, avec en dernier recours seulement l’interdiction d’ouvrir les établissements les plus à risque. C’est ainsi qu’on responsabilise et réduit l’incertitude des chefs d’entreprise, protège mieux de la contagion et défend l’économie et l’emploi. Le millefeuille continue de s’alourdir de façon indigeste, hélas avec nos impôts.

Dans le même registre de le folie politico-administrative constatée ces dernières semaines, nous attendons avec dépit les «sous-préfets à la relance», fraichement sortis des écoles de la fonction publique d’État, que le Premier ministre a décidé de déployer sur «les territoires» dès janvier pour expliquer aux chefs d’entreprise comment il faut travailler (enfin ceux qui en auront le droit et seront rescapés, notamment chez les commerçants et dans le secteur du tourisme et de l’évènementiel, premier créateur de richesses et d’emplois en France et grand sacrifié de la période). Ces fonctionnaires supplémentaires vont de surcroît soit être inutiles, soit court-circuiter les travail des préfets et sous-préfets en place, déjà bien complexifié toute l’année par l’action des DREAL, ARS et autres entités régionales de l’État. Le millefeuille continue de s’alourdir de façon indigeste, hélas avec nos impôts.

Quelques exemples parmi tant d’autres des absurdités constatées permettent de saisir le chaos qui nous gouverne. En mars dernier, il ressort de premières études, à la suite notamment du cas du restaurant de Canton, que le virus peut se transmettre par aérosols. Il en résulte la pertinence de porter un masque dans les lieux clos collectifs ; nous distribuons alors des masques à tous les habitants de la commune et le pouvoir central, arc bouté sur la gestion de la pénurie et sa suffisance morale proportionnelle à ses insuffisances matérielles, dénonce, ironise, parfois attaque même au tribunal les initiatives locales qui toutes se sont avérées pertinentes. Dans quelle autre démocratie un maire est-il à ce point entravé dans l’exercice de ses responsabilités raisonnables par l’Etat?

Toujours au printemps, face aux incapacités de l’appareil bureaucratique du ministère de la santé, et en réponse aux appels aux secours des soignants du secteur public comme des professionnels libéraux (méprisés par les ministres et hauts fonctionnaires puisque seul l’hôpital, par ailleurs délaissé depuis des années, et le fameux numéro 15, étaient proposés aux malades), nous fournissons les médecins et établissements de santé (hôpitaux et cliniques) en masques, blouses, charlottes, surchaussures, lunettes de protection, thermomètres même. Dans un premier temps – avant de le faire publiquement pour interpeller l’opinion et faire bouger les choses – nous le faisons en cachette! Avec des scènes dignes de Twist again à Moscou. Car il ne fallait surtout pas le dire, pour que les hôpitaux ravitaillés par nos soins (établissements, rappelons-le, du ressort ministère de la santé) ne se voient pas punis par cet État qui était défaillant dans sa mission, là où nos cellules municipales d’achat parvenaient à se procurer du matériel.

Je ne reviens pas ici sur les pérégrinations des protocoles sanitaires s’appliquant aux établissements scolaires, et aux grands moments de solitude ressentis avec les membres de l’Inspection d’académie et des services municipaux en charge des cantines et du périscolaire. Tous les décrets et arrêtés d’application des mesures nationales erratiques nous parviennent après leur supposée date d’application: c’est vrai à chaque fois pour les dispositions concernant les marchés, les commerces, et toutes les restrictions accompagnant les différentes phases réglementaires dites de confinement, déconfinement, reconfinement, dans un stop and go pratiqué dans l’urgence, qui d’une part révèle l’impréparation totale depuis la fin de la première vague du gouvernement, d’autre part génère une incertitude permanente avilissante, anxiogène et plus destructrice pour l’économie que le risque affronté. Le couple « maire-préfet », dont on nous a rebattu les oreilles, est une fiction dans la gestion de cette crise.

Les Français savent-ils que le couple «maire-préfet», dont on nous a rebattu les oreilles, est une fiction dans la gestion de cette crise? Que les préfets eux-mêmes découvrent les mesures gouvernementales à la télévision? Que les maires ne sont toujours pas informés par l’État des clusters sur leurs communes! La transmission des données est quasi nulle et aléatoire selon les départements, les arrondissements, les personnes. C’est comme président du conseil de surveillance de l’hôpital, grâce aussi à la veille scientifique municipale et au groupe de travail transversal que j’ai mis en place le 24 février dernier réunissant représentants de la médecine de ville, de l’hôpital public, des cliniques, des laboratoires, que je peux constituer un tableau de bord international, national et surtout local de l’évolution de l’épidémie, avec des indicateurs qui s’avèrent plus fiables et surtout plus rapides, ce qui est essentiel, que ce que nous apprenons par les communications officielles.

Mais que personne ne se méprenne. Le mal n’est pas conjoncturel, lié à la sidération que continue de produire la pandémie chez nos gouvernants. Cette absurdité bureaucratique qui entrave et ralentit, freine et décourage, parfois jusqu’à empêcher l’action créatrice, nous la subissons dans nos mairies ou entreprises tout le temps, et de façon croissante ces dernières décennies. Le travers n’est pas dû à la crise sanitaire, il en est simplement plus apparent dans des circonstances qui exigent rapidité, simplicité, clarté, sérénité, autorité.

On oppose souvent à tort l’autorité et la liberté. Dans la France d’aujourd’hui, c’est le manque d’autorité de l’État sur les règles nécessaires qui l’amène à nous priver de liberté avec des interdits superflus. Montesquieu l’avait si bien formulé: «les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires». Les premières nous infantilisent, nous aliènent et nous appauvrissent quand les secondes nous protègent, nous libèrent et nous émancipent. L’État protège de moins en moins et interdit de plus en plus.

Or, l’État protège de moins en moins et interdit de plus en plus. Il décourage les honnêtes citoyens et par sa faiblesse régalienne laisse involontairement la place à des bandes, des groupes, parfois des mafias.

Cette spirale infernale qui nous prive de liberté est la cause et la conséquence d’un recul civique, puisque le civisme est précisément l’exercice de la responsabilité de chacun, donc de sa liberté qui en est la condition symétrique, dans l’espace public. Les indignations tonitruantes et souvent victimaires sur les réseaux sociaux ou dans les médias remplacent la participation mature à la vie de la cité, le bruit remplace la praxis comme l’hystérie manichéenne la raison critique, les humeurs de confort se substituent aux interpellations exigeantes et argumentées de nos dirigeants. Eux-mêmes, gouvernants nationaux et hauts fonctionnaires, pourtant très souvent intègres et compétents, s’avèrent les premiers agents de la chute de l’indispensable pilier civique de notre société. Les causes en sont la fonctionnarisation des principaux responsable de l’Exécutif et leur connivence intellectuelle et comportementale avec la haute administration, aucun n’ayant vécu dans l’économie du risque, la judiciarisation perverse de leur action qui les conduit à se protéger par un parapluie de mesures maximalistes, le manque d’imagination qui les caractérise, la pratique du pouvoir fondée sur le couple communication politique et pratique administrative centralisée, qui éloigne de l’action constante, évaluée et ajustée.

Il va falloir nous en sortir, tant ces politiques conduisent le pays à l’échec, y compris démocratique, en ouvrant la voie aux marchands d’aventures démagogiques des extrémistes de tous bords. Car le conformisme alimente ce que Raymond Aron appelait le «révolutionnarisme», qui s’exprime partout aujourd’hui et sous plusieurs formes.

Il nous faut vite prendre conscience de cette grave réalité et retrouver le sens commun, par une nouvelle décentralisation, un renouvellement politique au sommet de l’exécutif avec des personnalités plus à même de s’occuper de l’exécution des choses, une profonde réforme de l’État, de son périmètre, de ses objectifs, de ses ressources humaines, son évaluation, sa direction, son contrôle. Cette approche est indispensable à la meilleure performance de nos politiques publiques, mais au-delà pour oxygéner la société, permettre aux forces créatrices de mieux s’exprimer, pour mieux réprimer aussi ceux qui détruisent, enfin pour responsabiliser et libérer.

Pour un gouvernement, garantir la liberté c’est aussi savoir faire preuve de courage. Or, il semble que sous couvert de protection sanitaire des Français, nos dirigeants cherchent à se protéger eux-mêmes en ne prenant plus la moindre décision qui nécessiterait de considérer que l’art de gouverner, c’est autre chose que l’art d’interdire.

Il faut que l’État retrouve le sens de la mesure et de la justesse pour concilier la nécessaire protection sanitaire et l’indispensable liberté économique et sociale qui nous relie les uns aux autres. Il en va de notre conception de la société et de notre cohésion nationale. En perdant de vue cette exigence, nos dirigeants suscitent la défiance. Jusqu’à quelles conséquences?

ARTICLE 3

Règles absurdes et normes tatillonnes : mais quand est-ce qu’on se réveille ?


Par Natacha Polony Publié le 25/11/2020 MARIANNE


Étrange époque où des millions de citoyens se retrouvent devant leur téléviseur à intervalle régulier pour savoir s’ils seront autorisés à se promener au-delà d’un kilomètre de chez eux, à aller chez le coiffeur ou bien à fêter Noël. Tous suspendus à la parole du maître des horloges, délivrée à 20 heures après une Marseillaise de circonstance. Il y a quelque chose d’absurde à voir le Président de la République, une fois par mois, nous détailler solennellement nos vies et prendre des airs compassés pour nous fournir un échéancier de la crise. Quelque chose d’absurde à voir immédiatement des médecins pleins d’assurance commenter sévèrement ce qu’ils considèrent comme des concessions, donc des marques de faiblesse, eux qui rêvent de confiner le pays entier pour encore six mois.

EXASPÉRATION ET PRISON DU COURT TERME

Quel regard les historiens jetteront-ils sur cette période dans cinquante, cent ans ? Ils se repasseront, incrédules, les extraits des débats télévisés, et ils entendront un professeur de médecine expliquer doctement : « On peut aller chez Papy et Mamie à Noël, mais on ne mange pas avec eux. On coupe la bûche de Noël en deux et Papy et Mamie mangent dans la cuisine et nous dans la salle à manger ». Un autre proposer le port du masque en famille, au sein du foyer, matin, midi et soir… Entendons-nous bien : il n’est pas question de dénigrer la parole médicale ou de laisser entendre qu’il serait inutile de rappeler à chacun les règles de prudence nécessaire. Mais le concours Lépine de la radicalité médicale aurait plutôt des effets contre-productifs. Une capacité immédiate à produire de l’exaspération.

Les croyants, par exemple, commencent à s’agacer de voir qu’un centre commercial peut accueillir d’innombrables fidèles, à condition de respecter une jauge, quand une cathédrale ou une mosquée doivent se limiter à trente personnes.

En fait, voilà bientôt un an que nous sommes collectivement prisonniers du court terme, condamnés à nous demander si nous tiendrons un jour, deux jours, une semaine, dans l’incapacité, non seulement, de nous projeter, mais aussi de nous demander avec un peu de lucidité si les choix opérés sont les bons, si les arbitrages que nous faisons collectivement sont acceptables, ou tout simplement raisonnables. Enfin, collectivement… Voilà bien encore une des dimensions du problème…

Les croyants, par exemple, commencent à s’agacer de voir qu’un centre commercial peut accueillir d’innombrables fidèles, à condition de respecter une jauge, quand une cathédrale ou une mosquée doivent se limiter à trente personnes. Pourquoi ? On ne le saura pas. L’air se renouvelle moins sous les voûtes gothiques que dans allées bariolées de promotions alléchantes.

RIEN N’EST PIRE QUE D’INCITER LES CITOYENS DE BONNE VOLONTÉ À ENFREINDRE LA LOI

Cette obsession du court terme aura pourtant des conséquences. N’importe quel esprit un peu lucide comprend que l’absurdité des règles et le sentiment prolongé de subir des vexations inutiles minent la cohésion nationale et détruit le peu de confiance qui pouvait rester en les institutions. Rien n’est pire pour une société que de multiplier les normes inapplicables. Car rien n’est pire que d’inciter les citoyens de bonne volonté à enfreindre la loi. Quand des gens avouent que, pour la première fois de leur vie, ils ont transgressé, quand ils s’aperçoivent que ne pas respecter la loi ne prête à aucune conséquence, le pacte  social est attaqué. On ne parle pas des abrutis qui organisent des fêtes à Joinville-le-Pont ou ailleurs, et qui récidivent en invitant des amis pour un anniversaire, mais de ces gens lucides, conscients des risques, attentifs à ne pas faire circuler le virus, et qui finissent par remplir de fausses attestations ou se déplacer au-delà de la limite autorisée.

Nous nous gaussons de ces sociétés asiatiques qui n’incitent qu’à l’imitation et la reproduction sociale, mais sommes-nous plus glorieux que ces Japonais qui ont limité l’épidémie par une forme de discipline individuelle ?

Depuis que dure cette épidémie, le plus consternant est finalement la confirmation chaque jour renouvelée du peu de cas que nous faisons de la liberté. Non pas ce que nous appelons désormais en une expression réflexe les « libertés individuelles » et que nous réduisons à l’absence de contrainte, au chacun pour soi, à la méfiance vis-à-vis de l’État qui en voudrait à ces précieuses données que nous offrons généreusement à des entreprises privées… La liberté est bien plutôt cet exercice permanent de la raison pour déterminer notre attitude individuelle et collective. Une conquête permanente de notre autonomie. Nous nous gaussons de ces sociétés asiatiques qui n’incitent qu’à l’imitation et la reproduction sociale, mais sommes-nous plus glorieux que ces Japonais qui ont limité l’épidémie par une forme de discipline individuelle que transmet un système scolaire dans lequel les enfants apprennent à nettoyer eux-mêmes leur classe ou à préparer les repas plutôt que de se faire servir ? Nous nous gargarisons de faire passer « la vie » avant toute chose, mais avons-nous demandé à nos aînés, au soir de leur vie, ce qu’ils considèrent comme une vie digne et quels sont leurs choix ?

MASSACRER, DÉSESPÉRER, EXACERBER

L’inflation de règles et de normes tatillonnes qui entravent la liberté des citoyens et réduit leur responsabilité est en fait le pendant de l’impuissance de l’État. Quand Emmanuel Macron évoque cette stratégie, « tester, alerter, protéger », c’est parce que celle qui devait être mise en place dès le mois de mai, « tester, tracer, isoler », la seule manière de circonvenir ce virus, est un échec patent. Nous continuerons donc à massacrer des secteurs entiers de notre économie, à désespérer des gens qui sont en train de perdre le travail d’une vie, à exacerber les tensions et les haines et détruire l’autorité de l’État. Mais quand des historiens dresseront le bilan, nous ne serons plus là pour assumer.

ARTICLE 4

«La technocratie édicte des mesures toujours plus absurdes et méprise le peuple»

Isabelle Saporta. Jean-Christophe MARMARA / Le Figaro

Votre nouveau livre montrait que la crise du coronavirus et le premier confinement étaient les révélateurs d’une gestion technocratique et hors-sol du pays. Le second confinement était-il inévitable ou prouve-t-il que rien n’a changé?

La crise du Coronavirus agit comme un révélateur des défaillances, des travers, des habitus étranges de la technocratie qui gouverne notre pays. Intelligente, cultivée, généralement bien née, elle pense ne rien avoir à apprendre du bas peuple et du terrain. Cette technostructure n’a jamais été si forte que sous Emmanuel Macron. Pis, il la renforce en ayant une pratique solitaire et opaque du pouvoir.

Les ministres deviennent inexistants, le conseil de Défense dont on ne sait qui le compose ni quelles sont les délibérations qui y ont cours, a remplacé le conseil des ministres. Le Parlement, n’est plus qu’une chambre d’enregistrement… Il en découle un régime où la technostructure, sans aucun contre-pouvoir, est en roue libre. Édictant chaque jour son quota de décisions absurdes. Et cherchant à s’immiscer dans l’intimité de nos vies, sans jamais rien résoudre.

C’est la fermeture des rayons livres, chaussettes et taies d’oreilles des grandes surfaces parce qu’on avait commis la faute initiale de fermer les librairies et les petits commerces. Ce sont les arrêtés nous permettant d’acheter les sapins de Noël mais pas les guirlandes. Ce sont ces attestations omniprésentes et délirantes nous donnant le droit à vaquer à un kilomètre de chez nous.. Avant, heureusement, de nous autoriser à faire 20Km..

On sait que ce confinement a fracassé notre jeunesse, réduit les Français à la dépression et engendré des centaines de milliers de drames économiques

Par contre, quand il fallait gérer et bien gérer les tests au mois d’août on a assisté à une embolie du système telle qu’une seule solution, la pire, le second confinement, s’imposait. Or, on sait que ce confinement a fracassé notre jeunesse, réduit les Français à la dépression et engendré des centaines de milliers de drames économiques.

Qu’avez-vous pensé du dernier discours d’Emmanuel Macron? N’y-a-t-il pas quelque chose d’absurde à voir le président de la République ou le Premier ministre nous expliquer solennellement la manière dont nous devons mener notre vie quotidienne? Y compris comment nous devons fêter noël?

La France a achevé de basculer en monarchie républicaine. Nous en avons tous les travers: le faste du décorum, le côté hors sol des élites. Sans avoir l’avantage de la longévité du pouvoir. Nous avons donc un faux roi qui, tous les quinze jours désormais s’adresse à nous, non pas pour tracer un chemin sur les cinq années à venir.

Non pas pour nous dire ce qu’il adviendra de notre jeunesse à laquelle nous avons demandé tant de sacrifices et que nous allons soumettre à tant de charges. Non pas pour nous parler du sang et des larmes qui nous attendent pour redresser le pays. Point de Churchill en Macron.

Non, il s’adresse à nous comme un père, ou devrais-je dire comme un «papa», qui nous explique comment nous laver les mains, aérer nos maisons, fêter Noël… Bref, un discours mièvre et infantilisant. Pendant ce temps-là, la reine Merkel qui elle, a su s’inscrire dans le temps long, parle aux Allemands en adulte, en leur expliquant concrètement comment va se passer la vaccination Outre-Rhin.

Nous avons aussi entendu un professeur de médecine nous expliquer doctement que «Papy et mamie devaient manger la bûche dans la cuisine» … Outre les dérives bureaucratiques que vous décrivez, que pensez-vous du rôle de certains médecins?

La Macronie a créé un monstre: l’expertise médicale. La parole des carabins est devenue d’or. On ne peut la contredire. Un début de critique et vous voilà assigné dans le camp des mal pensants, pour ne pas dire des poujadistes commettant le crime de lèse-majesté d’oser douter à voix haute.

Pourquoi l’expertise médicale est devenue omnipotente?

Nous avons élu des hommes et des femmes politiques, en aucun cas, nous n’avons donné nos suffrages à ces experts

Parce que les politiques se sont cachés derrière elle. Ils se sont abrités derrière elle. Souvenez-vous, les ministres ne prenaient pas des mesures restrictives, ils répondaient aux demandes sanitaires des conseils scientifiques. Sauf que nous avons élu des hommes et des femmes politiques, en aucun cas, nous n’avons donné nos suffrages à ces experts. Il est temps que la politique se ressaisisse du pouvoir que nous lui avons donné. Et qu’elle en fasse bon usage.

Beaucoup de pays européens semblent dépassés eux-aussi. Nos échecs sont-ils le fruit d’une spécificité française ou tout simplement la conséquence d’une situation inédite?

Si nous avions encore un doute sur le fait que la bureaucratie française était une spécificité qu’aucun autre pays nous enviait… Nous n’en avons plus aucun! Nous n’allons pas refaire le match avec l’Allemagne, nous l’avons hélas, perdu. Mais maintenant que nous savons nos limites, celles de cette gestion verticale de la France, réformons-nous!

Appuyons-nous sur les spécificités de nos régions, sur les talents de nos terroirs, sur l’engagement de nos élus locaux. Parvenons enfin, à transformer notre France jacobine en France girondine. Finissons-en avec ce qui a nous a conduit, une fois encore, dans cette Étrange Défaite pour paraphraser Marc Bloch.

La France bat des records de dépenses publiques et de prélèvements obligatoires. Comment expliquez que nous avons manqué, entre autres, de lits à l’hôpital. Où va l’argent?

La France, dans un masochisme que je ne m’explique pas, met ses moyens, et son énergie sur les métastases bureaucratiques qui l’entravent plutôt que sur les fantassins qui la font vivre. Avant cette crise, nous avions connu un an de grèves des blouses blanches qui criaient leur désarroi, le manque de moyen et la folie bureaucratique qui, chaque jour, les empêche de faire leur travail. Le constat est connu. Les rapports de la Cour des Compte s’empilent dénonçant tous ce mal Français qui consiste à mettre de l’argent dans le mille feuilles administratif plutôt que sur le terrain.
En clair, vous êtes professeurs, infirmiers, policiers, vous êtes payés une misère alors que la République repose sur vos épaules

Et? Que faisons-nous pour changer de logiciel? Rien! Bien au contraire! Souvenez-vous, à peine sortions-nous du premier confinement, qu’Amélie de Montchalin nous proposait de créer un nouvel étage bureaucratique, une nouvelle couche dans le mille feuilles avec les sous-préfets à la relance.
Vous expliquez que le paradoxe est que cette gestion kafkaïenne est menée au nom d’un impératif d’efficacité budgétaire et économique…

Ces énarques se prennent pour des cost-killers, ou tout au moins se prenaient-ils pour cela avant la crise. Leur mantra était de réduire les coûts… Tous! Sauf les leurs. En clair, vous êtes professeurs, infirmiers, policiers, vous êtes payés une misère alors que la République repose sur vos épaules. Vous œuvrez dans des locaux lépreux. Mais pour autant, on vous fait remarquer que vous coûtez un pognon de dingue.

En revanche, les comités Théodule, les autorités indépendantes et autres billevesées se portent bien, et eux, sont très grassement rémunérés.

Vous expliquez que l’«État profond» continue d’accroître son pouvoir et ses «privilèges» tandis qu’on sacrifie «ceux grâce à qui notre République ne vacille pas»: professeurs, infirmières, médecins, policiers, pompiers, etc. Cette crise aura aussi été marqué par le massacre des indépendants: petits commerçants, restaurateurs, etc… Y-a-t-il un mépris du gouvernement et des hauts fonctionnaires à leur égard? Que pensez-vous du terme «Non-essentiels»?

Le terme «non-essentiels» est épouvantable de mépris, et de méconnaissance de ce qui fait la grandeur de la France.Notre nation ne peut être réduite à la somme de nos corps biologiques. Or, nos politiques ont fait comme si la France c’était cela: 67 millions de corps biologiques qu’il fallait préserver à toute force. Pas une seule fois, nous nous sommes posés la question de ce qui fait, que nous faisons société. Pas une seule fois, nous nous sommes dit que la culture, le vivre ensemble, la convivialité méritaient eux aussi notre attention, pour ne pas dire notre protection.

Nous avons abandonné nos petits commerces alors que depuis des décennies des maires essaient vaille que vaille de les réimplanter dans les centres villes sachant que sans eux, c’est le début de la désertification, de la mort économique et sociale. Quand ils s’effacent, c’est la délinquance et la peur qui s’installent.

Nous avons rayé d’un trait de plume les restaurateurs, sans une seule fois, essayer de comprendre ce qu’ils représentent dans notre imaginaire collectif. Sans une seule fois, penser à tous ces métiers qu’ils font vivre: vignerons, éleveurs, maraîchers, pêcheurs, ostréiculteurs.

Les GAFAM vont-ils être les grands vainqueurs de la crise? Comment peut-on rétablir un minimum de concurrence équitable?

Saluons le travail qu’est en train de réaliser le commissaire Thierry Breton au niveau Européen pour limiter le pouvoir des GAFAM. Et espérons que les lobbys de ces puissants intérêts qui sont lancés contre lui, n’auront pas raison de son courage. Grâce à lui, nous devrions avoir les moyens de reprendre le pouvoir sur ces géants: de donner des armes aux petits commerces qui ont besoin de ces GAFAM pour être vendus en ligne via leur market place et qui pour le moment, se font surtout pomper leurs données et leurs carnets de clientèles.

L’Europe semble avoir enfin compris, que soit elle était capable de taper du poing sur la table, jusqu’à menacer ces GAFAM de démantèlement s’ils ne jouaient pas le jeu de notre marché commun, soit ce que nous représentons, nos espoirs, nos valeurs, sont voués à être dévorés par ces géants sans scrupule.





 

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