Aller au contenu principal

Chloé MORIN: «En 2021, sortons de notre apathie démocratique»

La crise démocratique commande -à nous tous- réflexion et audace

Extrait de l’article de Pierre Rideau publié en juillet 2020 qui cite Chloé MORIN: La crise démocratique commande -à nous tous- réflexion et audace https://metahodos.fr/2020/07/22/la-crise-democratique-commande-a-nous-tous-reflexion-et-audace/

« Notre démocratie est affaiblie, abstention bien sûr, mais aussi faible renouvellement d’un personnel politique sclérosé – comment peut-on faire « carrière » dans la politique sans avoir jamais exercé la moindre responsabilité ni pris le moindre risque ? -, dépolitisation, élus et responsables politiques « démonétisés », projets ou contre-projets sans inspiration…

Tous ces éléments et d’autres ont été et sont parfaitement analysés et documentés par les chercheurs.

Il n’en reste pas moins que cette crise porte de lourdes menaces. En effet, si l’offre de démocratie par les institutions, les formes de débat et participation à la vie publique sont insuffisantes, hors-sol et inopérantes, qui ou quoi pour réguler l’instabilité, les colères éruptives, les mouvements inorganisés ?

Chloe Morin ( fondation Jean Jaurès) pose la question et ajoute, « même le RN ne capte pas ces électeurs ».« 

De la progression d’Europe Écologie Les Verts au regain de popularité du souverainisme, Chloé Morin, experte associée à la Fondation Jean Jaurès, analyse les tendances politiques fortes de l’année 2020 et les crises qui affaiblissent la démocratie française.

Chloé Morin a été conseillère opinion auprès du premier ministre de 2012 à 2017. Elle travaille actuellement comme experte associée à la Fondation Jean Jaurès. Elle a récemment publié chez Decitre Les inamovibles de la République – Vous ne les verrez jamais, mais ils gouvernent.

Voir notre publication qui évoque cet ouvrage:

Lire « Les inamovibles de la République » Comment l’Etat profond dicte sa loi https://metahodos.fr/2020/10/17/lire-les-inamovibles-de-la-republique-comment-letat-profond-dicte-sa-loi/


ARTICLE

Chloé Morin: «En 2021, sortons de notre apathie démocratique»

Par Paul Sugy

FIGAROVOX. – Dans l’actualité politique, quel fait marquant retiendrez-vous de l’année 2020?

Chloé MORIN. – Évidemment l’épidémie de COVID. Au delà de son impact économique et sanitaire, évidemment tragiques, je retiens particulièrement le caractère révélateur de cette pandémie: d’abord, elle nous a révélé, en l’amplifiant comme jamais auparavant, les dysfonctionnements de notre appareil d’État.

Nous avons découvert avec horreur que les élus et représentants politiques n’étaient pas seuls responsables des décisions ubuesques et actions incompréhensibles dont nous sommes régulièrement témoins et victimes en tant que citoyens: il y a une lourdeur administrative, des aberrations technocratiques, et une déconnexion des élites de l’appareil d’État qui atteignent des niveaux incroyables. Par ailleurs, la crise aura révélé, de manière plus globale, l’ampleur de notre crise démocratique – au sens littéral du terme, c’est à dire comment le peuple, demos, exerce le pouvoir.

Nos mécanismes de prise de décision, comme ceux qui nous permettent d’agir collectivement, ne sont plus adaptés aux défis du 21e siècle, ni aux aspirations d’une société qui a fait de la vitesse et de l’horizontalité des exigences de base. Si l’on ne tient pas compte de cette crise démocratique – qui est un autre nom de notre crise d’identité -, il est impossible de comprendre pourquoi l’opinion juge beaucoup plus durement notre exécutif que les autres peuples européens ne jugent leurs dirigeants.

Peut-on dire que l’événement majeur de cette année est la montée du vote écologiste et de l’influence médiatique et politique des élus EELV? Quelles seront les conséquences de cette nouvelle recomposition du paysage électoral?

On peut dire qu’un des évènements politiques majeurs de cette année est l’avènement de l’urgence climatique au rang de vraie priorité, alors qu’elle semblait encore trop secondaire jusqu’à présent (bien qu’en progression). Europe Ecologie les Verts a été un acteur parmi d’autres – je pense à de très nombreuses ONG, ou à des acteurs comme Greta Thunberg – de cette prise de conscience.

Il a été le parti qui en a le plus bénéficié, notamment aux dernières municipales, même s’il faut se garder d’un effet loupe qui a donné le sentiment d’une «vague verte» alors que les grands gagnants de ces élections, en termes de nombre total d’élus, étaient les vieux partis – notamment le PS et LR.

Peut-on parler pour autant de recomposition? Je ne crois pas. L’écologie ne sera pas un nouveau «pôle», elle va simplement reconfigurer les questions actuelles, notamment la question sociale. La logique voudrait en effet que la cause écologique se «normalise», c’est à dire qu’elle cesse d’être le monopole d’un parti, pour nourrir les plateformes de l’ensemble des concurrents d’EELV.

De même, EELV devrait aspirer à passer du statut de parti «mono-sujet» à parti de gouvernement, ce qui suppose une clarification de son programme sur les nombreux sujets qui restent essentiels pour les Français, comme le régalien, mais sur lesquels ils ne connaissent pas le positionnement des verts.

L’année a été marquée aussi par une contestation importante de l’action de l’exécutif, et un effritement de la majorité à l’Assemblée, ainsi que des tensions internes (encore récemment sur les questions de sécurité globale par exemple). En outre, elle avance en rangs dispersés vers les élections régionales à venir. 2020, annus horribilis pour le parti d’Emmanuel Macron?

Lorsque l’on interroge les Français, ils jugent l’action gouvernementale en la matière de manière sévère. Mais dans le même temps, ils se disent que les autres pays ne s’en tirent pas bien mieux, et que les autres forces politiques de notre pays n’auraient probablement pas mieux géré. C’est pour cela que sur le strict plan électoral, je ne crois pas du tout que le COVID rebatte les cartes.

Du moins, pour le moment… car la stratégie vaccinale, qui patine et risque de finir par donner le sentiment d’une humiliation nationale, et la stratégie économique de sortie de crise, qui peut être l’occasion de voir ressurgir les débats sur la justice fiscale et sociale – point faible du gouvernement – recèlent de nombreux pièges. Quant à savoir si un parti saura tirer avantage de ces faiblesses… difficile à dire.

Seule la défiance (et avec elle la désaffiliation politique) semble, elle, l’emporter. L’abstention aux municipales l’a également révélé…

C’est l’aspect le plus visible de la crise démocratique évoquée plus haut. Le drame est que l’abstention, en temps de crise, peut rendre notre pays de plus en plus ingouvernable: nous avons besoin de fabriquer du consentement à des décisions difficiles.

Le processus électoral sert à cela: ceux qui perdent l’élection acceptent de se soumettre aux décisions de la majorité, justement parce qu’ils ont participé à la compétition.

Si l’on a pas voté, si l’on se sent méprisé par les institutions, ignoré et non représenté, alors on n’a aucune raison de «faire bloc» et de se plier aux décisions collectives, surtout lorsqu’elles sont extraordinairement contraignantes. Dès lors, cela peut engendrer des mouvements comme celui des gilets jaunes, qui échappent à tout contrôle politique.

Le rôle de l’administration d’État, sur fond de réforme de la formation de la haute fonction publique, est également au cœur des débats et des critiques. À juste titre selon vous?

Comme je le disais plus haut, c’est un des principaux enseignements que je tire de la crise – et que j’ai tenté d’expliciter dans mon livre. Je suis frappée du nombre de citoyens – entrepreneurs, salariés du privé comme du public, ruraux comme urbains… – qui, en écho à mon constat sur la lourdeur bureaucratique et les absurdités administratives, m’ont fait part d’exemples tirés de leur quotidien. Le sujet de la réforme de l’État a trop longtemps été négligé, désinvesti politiquement, ou laissé à des hauts fonctionnaires qui par principe, cherchent à préserver leurs intérêts et donc le statu quo.

Le statu quo n’est plus possible et je suis assez persuadée que l’on peut désormais faire consensus autour de propositions radicales pour réformer l’État, et notamment la haute administration, pour davantage d’exemplarité, de responsabilité, d’efficacité, de proximité et de justice. Certains candidats à la présidentielle commencent à s’emparer du sujet – Montebourg, Bertrand… -, les autres n’auront à mon sens d’autre choix que d’y venir.

Dans les sujets politiques qui ont été âprement débattus cette année, l’un d’eux semble faire davantage consensus qu’autrefois: la nécessaire protection de la souveraineté nationale. Est-ce une illusion d’optique?

La protection de la souveraineté fait consensus, en effet. Mais tous les partis politiques ne l’interprètent pas de la même manière: souveraineté culturelle et régalienne primeront à droite, quand la gauche sera plus encline à chercher l’indépendance en matière économique, par rapport à une mondialisation source d’inégalités, d’injustices et de destruction de l’environnement.

Au-delà de ces divergences, il y a fort à parier qu’il y ait, chez certains responsables politiques, un écart assez grand de la théorie à la pratique. Il sera intéressant d’observer, à ce titre, la manière dont le gouvernement Castex saura ou non traduire en actes les envolées lyriques du Président de la République.

Pour finir, quel souhait formuleriez-vous pour l’année 2021?

Que cette année nous permette de prendre collectivement conscience que l’apathie démocratique dans laquelle nous sommes trop enclins à nous enfoncer est un danger réel pour notre pays, et qu’il ne tient qu’à nous d’enrayer le cercle vicieux, par un sursaut démocratique.

2 réponses »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :