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Polémique ? «Lorsque le gouvernement ne veut pas traiter un débat, il dit que c’est une polémique»

Pour Chloé Morin, le terme flou de «polémique» permet trop souvent au gouvernement de traiter par du mépris des réactions légitimes vis-à-vis de leur action et dont l’utilisation abusive mène à un étouffement du débat démocratique.

Chloé Morin a été conseillère opinion auprès du premier ministre de 2012 à 2017. Elle travaille actuellement comme experte associée à la Fondation Jean Jaurès. Elle s’apprête à publier en février chez Gallimard Le populisme au secours de la démocratie?

Nous avons déjà publié à propos de cet auteur:

https://metahodos.fr/2021/01/25/entre-soi-copinage-conflits-dinteret-la-haute-administration-francaise-en-question/

https://metahodos.fr/2021/01/05/chloe-morin-en-2021-sortons-de-notre-apathie-democratique/

https://metahodos.fr/2020/10/17/lire-les-inamovibles-de-la-republique-comment-letat-profond-dicte-sa-loi/

https://metahodos.fr/2020/07/22/la-crise-democratique-commande-a-nous-tous-reflexion-et-audace/

Extrait:

« «Polémique»: Adjectif et nom féminin. «Qui manifeste une attitude critique ou agressive». «Débat par écrit, vif ou agressif». Expression centrale du débat politique contemporain, dont la fréquence d’usage est inversement proportionnelle à la culture démocratique de celui qui l’emploie.

Souvent employée comme synonyme de «Cette question me dérange», «Nous n’avons rien à nous reprocher», «Circulez, y’a rien à voir», ou «Mais puisqu’on vous dit de la fermer!». On lui adjoint fréquemment «politicienne», afin de décupler sa capacité à disqualifier la parole adverse. »

ARTICLE

«Lorsque le gouvernement ne veut pas traiter un débat, il dit que c’est une polémique»

Par Chloé Morin 21/01/2021 à 18:20 LE FIGARO

«Polémique»: Adjectif et nom féminin. «Qui manifeste une attitude critique ou agressive». «Débat par écrit, vif ou agressif». Expression centrale du débat politique contemporain, dont la fréquence d’usage est inversement proportionnelle à la culture démocratique de celui qui l’emploie. Souvent employée comme synonyme de «Cette question me dérange», «Nous n’avons rien à nous reprocher», «Circulez, y’a rien à voir», ou «Mais puisqu’on vous dit de la fermer!». On lui adjoint fréquemment «politicienne», afin de décupler sa capacité à disqualifier la parole adverse.

Il y a dans l’emploi, de plus en plus fréquent, du mot «polémique» par une partie des responsables politiques, un signe inquiétant pour la vitalité de notre démocratie. Vous vous êtes sentis humiliés par l’emploi de l’expression «Gaulois réfractaires» par le Président de la République, lors d’un déplacement à l’étranger? «Il faut prendre un peu de distance avec la polémique et les réseaux sociaux», vous répond-t-on au sommet de l’État.

On vous répondra encore et toujours : Vaine polémique !

Vous vous offusquez de ce que le gouvernement présente, en catimini juste avant la trêve des confiseurs, un projet dont la formulation semble indiquer qu’il compte s’arroger le droit d’obliger les français à se vacciner contre le COVID? «Une mauvaise polémique», répond Olivier Véran au 20 heures.

Vous auriez aimé comprendre pourquoi la campagne vaccinale a tant tardé à démarrer, alors que durant les premières semaines de janvier nos voisins vaccinaient massivement? Le Premier ministre vous reprochera des «polémiques stériles qui n’apportent rien».

Vous auriez souhaité, en tant que Maire de votre commune, savoir combien de doses de vaccin vous seront délivrées dans les jours et semaines qui viennent, afin de répondre aux questions pressantes de vos administrés? On vous répondra encore et toujours: vaine polémique!

Vous vous inquiétez de ce que l’action publique s’enlise, zigzague, et que les déclarations publiques ne se traduisent pas dans votre quotidien? Vous faites partie des «66 millions de procureurs» dénoncés par Emmanuel Macron, ce ramassis d’improductifs qui commentent sur le banc de touche pendant que les vrais, ceux qui savent, agissent.

Même lorsqu’il en est l’origine, le gouvernement s’estime rarement responsable des «polémiques». L’on se souvient, par exemple, de ce débat enflammé sur le mot «ensauvagement», employé par le ministre de l’intérieur au creux de l’été. Débat que l’on aurait éventuellement pu juger légitime, puisque les mots ont un sens, et précèdent et façonnent souvent la réalité. Mais pour Emmanuel Macron, il ne fallait voir là qu’une vaine polémique, entretenue par une presse qui s’occupe à faire «le kamasutra de l’ensauvagement depuis 15 jours»…

Ce n’est pas qu’on reçoit les vaccins trop lentement, c’est qu’ils ne nous arrivent pas assez vite. Ce n’est pas un échec, ça n’a pas marché.

Comment ne pas se sentir humiliés, méprisés, pris pour des abrutis, lorsqu’à des interrogations, des peurs, des interpellations, l’on nous oppose: Ce n’est pas notre politique qui est absurde, c’est vous qui avez l’esprit mal tourné. Ce n’est pas le gouvernement qui est en échec, c’est vous qui avez mal compris.

Ce n’est pas la réalité qui est trop dure, c’est vous qui êtes trop mou. Ce n’est pas qu’on reçoit les vaccins trop lentement, c’est qu’ils ne nous arrivent pas assez vite. Ce n’est pas un échec, ça n’a pas marché. On ne change pas de stratégie, on la modifie…

Avec un soupçon de mauvaise foi, nous pourrions prétendre qu’il s’agit d’une tare congénitale du macronisme, que de ne pas savoir accepter la contradiction. Qu’un parti fondé pour un homme aurait pris le pli courtisan, et n’aurait gardé que le pire la verticalité monarchique et du bonapartisme combinés.

Mais en réalité, cette tendance à disqualifier toute interpellation, toute critique, toute question même naïve ou anodine, n’est malheureusement pas l’apanage du pouvoir actuel. Il n’est pas même limité à ceux qui, détenteurs des principaux leviers du pouvoir hier comme aujourd’hui, estiment avoir le monopole du Bon, du Bien et du Vrai.

Non: la disqualification de la critique, la tendance à penser que «moins on parle, plus on va vite, et plus on va vite, plus on est efficace», le «circulez, y’a rien à voir» sont en train de s’imposer comme des faits sociaux majeurs. Une part conséquente – et, nous pressentons, croissante – de nos concitoyens semble considérer que le dialogue est synonyme de manque de courage comme de vision. Que l’écoute est une faiblesse. Que changer d’avis, c’est forcément trahir. Qu’avouer s’être trompé, c’est se déshonorer.

Tout ce qui est Politique est en train de devenir, aux yeux d’un nombre croissant de nos concitoyens, salement, bêtement, et irrémédiablement « Polémique »

Tout ce qui est Politique est en train de devenir, aux yeux d’un nombre croissant de nos concitoyens, salement, bêtement, et irrémédiablement «Polémique». La culture du débat, la dynamique qui, par la confrontation, permet le progrès, est en train de s’estomper au profit d’une culture du «chacun dans son couloir», «chacun sa réalité».

C’est à effondrement culturel, celui de l’esprit de la démocratie, que nous assistons aujourd’hui.

Merci d’avoir lu cette énième polémique jusqu’au bout!

2 réponses »

  1. Aveu d’impuissance constante du pouvoir . Qui est aussi un réflexe de peur. Bizarrement il n’y a pas que le peuple français qui a peur. Et pas seulement du virus. Le grand chef et ses sous chefs peuvent douter tellement leur peuple obéit en tout et pour tout. Il y a toujours un danger lorsque le pouvoir est absolu. Même par celles et ceux qui le détiennent. Il y a des antécédents. Ils font ce qu’ils veulent du peuple. Obligation, mépris, menaces. Ils savent ce que peut faire un peuple à bout. Et leurs mensonges sont trop flagrants. Bombe à retardement ??? Un gouvernement contre son peuple a une survie très courte. Patientons.

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