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Le rafistolage du plan de vaccination n’évacue pas les les difficultés. Axel KAHN 4 jours plus tard.



BILLET

Le rafistolage du plan n’évacue pas les les difficultés

Il a 4 jours Axel Kahn évoquait le désastre de la Vaccination

VOIR NOTRE PUBLICATION: Autopsie d’un désastre. Avec Axel KAHN, Pierre TAMBOURIN et Antoine LEVY https://metahodos.fr/2021/01/03/vaccination-autopsie-dun-desastre-avec-axel-kahn-pierre-tambourin-et-antoine-levy/

VOIR également notre publication plus récente: Vaccination – Des Français tirés au sort: Quelle valeur ajoutée pour la démocratie et l’action publique ? https://metahodos.fr/2021/01/04/vaccination-des-francais-tires-au-sort-quelle-valeur-ajoutee-pour-la-democratie-et-laction-publique/


Il revient sur le sujet 4 jours plus tard dans un entretien

Le généticien et président de la Ligue nationale contre le cancer ne voit pas d’éclaircie avant avril/mai et se réjouit des nouvelles inflexions de la politique vaccinale.

L’exécutif a modifié au fil de l’eau, une nouvelle décision toutes les 5 heures en moyenne, parmi lesquelles:

  • la vaccination des personnels de santé de plus de 50 ans dès le 4 janvier
  • la vaccination des plus de 75 ans dès fin janvier
  • la vaccination des pompiers et aides à domicile de plus de 50 ans
  • allègement des procédures administratives dans les Ehpad
  • l’autorisation de vaccination par les pharmaciens
  • l’autorisation de vaccination par les infirmiers
  • l’ouverture de centres de vaccination dans les départements
  • l’annonce d’une inscription possible pour les volontaires
  • 100 hôpitaux dotés de vaccins d’ici demain
  • 100 centres de vaccination destinés à la ville cette semaine, 300 la semaine prochaine, 500 en janvier

Des décisions pour l’essentiel nouvelles qui n’avaient pas été envisagées et qui vont dans le bon sens et qui auraient pu être prises plus tôt mais qui ne rompent pas avec l’improvisation puisqu’elles ont prises successivement, malgré un nouveau Conseil de défense présidé par le PR.

Rien n’est dévoilé par l’exécutif sur les échecs relatifs à la logistique d’approvisionnement et de distribution et sur les autres raisons de l’échec – comme le manque de congélateurs de stockage – du plan initial qui restent cachées par l’Etat.

La presse titre: l’histoire d’un naufrage

Des ratés logistiques ont empêché de distribuer suffisamment tôt le vaccin Pfizer. Comme pour les masques, le ministère de la santé n’a pas été assez réactif, ne prévoyant la mise en place que de 38 des 113 congélateurs susceptibles de stocker les doses fin décembre. Au moins trois semaines ont été perdues.

L’organisation a été mise en place directement par le minitre de la santé et son cabinet. Il ne suffira pas de blâmer l’administration…

Avec la vaccination, le gouvernement s’est «planté au départ».

 «On a été, comme souvent, trop bureaucratique». Le gouvernement s’est «planté» dans le lancement de la vaccination contre le Covid-19 et le retard pris par la France pourrait pénaliser la reprise économique, a jugé ce mercredi le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, se disant ouvert à la vaccination en entreprise.

Interview

Axel Kahn : « Les prochains mois risquent d’être très difficiles »


Florence Chédotal LA MONTAGNE

Vous avez qualifié de « désastre », il y a peu, le démarrage poussif de la campagne vaccinale. Vous êtes satisfait désormais des inflexions qui tombent en série ?

Oui. Mes critiques portaient sur trois points. Le premier : ce plan arrêté fin novembre ne s’était pas adapté à une nouvelle donne sanitaire incontestablement très inquiétante. La priorité mise sur les personnes fragiles en Ehpad doit naturellement être élargie aux soignants pour que nous ayons des soignants en état de soigner, compte tenu de la gravité de la crise sanitaire que la France pourrait connaître. C’est à présent une chose entendue. Deuxième point que je visais : l’extraordinaire lenteur et la complexité de la procédure entre la première consultation et la vaccination, désormais en cours de modification. Enfin, je critiquais cette tonalité presque défensive dans la communication, comme si on s’excusait d’avoir à vacciner. De quoi dissuader n’importe qui !  Sur ces trois points, il y a des inflexions très importantes

Accordez-vous des circonstances atténuantes au regard de la défiance à laquelle doit faire face l’exécutif ?

Certainement, concernant notamment cette erreur psychologique dans le message défaitiste servi. Le résultat a été de porter le pourcentage de personnes déclarant être prêtes à se faire vacciner de 55 à 40 % après la communication du gouvernement. Il y a une telle méfiance par rapport au vaccin, une telle réactivité du corps social français qu’ils y sont allés sur la pointe des pieds par peur de susciter une nouvelle crise.

C’était une erreur tactique et psychologique parce que les 15 à 20 % d’irréductibles qui étaient contre le confinement, contre les masques, qui niaient la réalité du Covid, de la deuxième vague, qui sont contre la vaccination et rétifs à toute parole venant des autorités… sont par nature irréductibles. Or, les atermoiements du gouvernement leur ont donné du grain à moudre.

Les personnes hésitantes – 30 % environ – ont pu croire face à tant de précautions qu’il y avait un loup. Cette communication a été contre-productive. La seule cible valable était celle des personnes hésitantes. Il faut leur apporter des arguments, dire la vérité mais aussi leur parler avec enthousiasme car, voyez-vous, seul l’enthousiasme est entraînant.

Quand allez-vous vous faire vacciner ?

Normalement, cette semaine !

Quelles solutions pour remédier au divorce entre une partie de la population et la science ?

Il n’y a pas de recette miracle. C’est un phénomène de société extrêmement ancien. Pour moi, l’origine en est le désamour de l’optimisme du progrès, plus important en France qu’ailleurs parce que la France a été la fille chérie de l’optimisme et du progrès. Le progrès, ce sont évidemment les hommes de la Révolution française, tous les socialismes du XIXe siècle, mais également le proudhonisme et le libéralisme…

Beaucoup de Français ont été persuadés que le progrès allait permettre de résoudre des problèmes mais générer aussi une amélioration des conditions d’accession au bonheur. A la longue, le constat a été fait par beaucoup que le progrès avait tenu un certain nombre de promesses techniques, mais qu’il y avait beaucoup à dire pour le reste.

Cela a entraîné chez le peuple français historiquement fou amoureux du progrès un désamour important, qui a pu se changer en frustration, voire en animosité pour certains contre ceux qui ont été jugés responsables de cette société où on n’est pas heureux malgré le progrès, à savoir, non seulement le pouvoir politique, mais aussi les sachants, le savoir académique, la science officielle. Là-dessus, sont venus se greffer des épisodes comme le sang contaminé, la vache folle…

La Grande-Bretagne se reconfine… Comment voyez-vous les prochains mois en France ?

Ils risquent d’être très difficiles parce que l’immunité collective sera encore faible. Le plus probable, puisqu’il s’agit de l’évolution normale de virus ayant des avantages sélectifs, est que les deux variants, dits anglais et sud-africain, remplacent les formes antérieures, rendant la maladie plus contagieuse, voire concernant le variant sud-africain, frappant plus les adultes jeunes. Les Anglais ont vraiment le couteau sous la gorge et je ne peux pas imaginer que cette situation reste confinée à la Grande-Bretagne.

Jusqu’aux mois d’avril-mai, nous risquons de vivre des épisodes de très très grande tension, imposant des confinements plutôt durs, écoles comprises hélas, avec des conséquences psychologiques, économiques épouvantables, afin d’éviter un effondrement total du pays, des systèmes de santé… Je ne le prédis pas mais ce n’est pas l’hypothèse la moins vraisemblable.

À partir d’avril-mai, j’imagine que les mesures mises en place, les progrès de la vaccination encore modestement et surtout l’évolution climatique permettront de faire baisser cette tension. Et j’espère, de nouveaux vaccins arrivant, qu’avant l’automne et la montée des périls liés à la météo, on ait pu créer un niveau d’immunité collective nous mettant relativement à l’abri pour un temps. Voilà l’un des scénarios plausibles.

Le Covid, première pandémie du XXIe siècle, mais pas la dernière…

Il ne peut pas exister une humanité sans pandémie. Les virus, en particulier, sont contemporains de l’arrivée de la vie. Par conséquent, un monde sans émergence de virus, qui à l’occasion peuvent devenir pandémiques, ne peut pas se concevoir.



Axel Kahn est né en 1944 au Petit-Pressigny (Sud Touraine). Médecin généticien, il est docteur en médecine et ès sciences. Il a été directeur de recherche à l’INSERM, directeur de l’Institut Cochin, a présidé l’Université Paris Descartes… Il préside la Ligue nationale contre le cancer depuis 2019. Un grand marcheur. « Marcheur amoureux de la nature », il a « traversé la France à pied par deux grandes diagonales d’environ 2.000 km chacune ». Voir son blog axelkahn.fr. Quelques publications. Être humain, pleinement (Stock 2016) ; Chemins (Stock 2018) ; L’éthique dans tous ses états (avec Denis Lafay, Ed de l’Aube, 2019).

 


 







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