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2021: Sortir de l’effroi

Retrouver la paix et l’ordre du monde

L’article de Frédéric BOYER nous a été recommandé. Nous le publions volontiers cicontre;

Extraits:

« L’année qui commence nous appelle à sortir de l’effroi, à rejoindre et réinventer la paix.

Personne, je pense, ne me démentira aujourd’hui quant à la nécessité devant laquelle nous sommes de retrouver la paix, et l’ordre du monde.

Pensons que ce qui est neuf ne détruit pas, n’oublie pas, mais pratique plutôt une incision, une brèche, par laquelle tout ce qui nous effrayait, tout ce qui demeurait d’une immobile noirceur autour et au fond de nous, peut enfin trouver une issue. Cette fracture qui permet à la vie de se dire et de passer.« 

ARTICLE

Sortir de l’effroi

Frédéric Boyer, 05/01/2021 LA CROIX

Une année qui commence reste neuve quelques jours, quelques heures. Parfois, dans le cœur brisé de certains, une année nouvelle s’écroule comme un château de cartes dès le premier soir. Comment accueillir le commencement ? Comment inventer ce qui vient alors même que l’inquiétude, l’incertitude nous étreignent ? Le « premier jour » naît du chaos, de quelque chose d’effroyablement ancien qui semble vouloir ne jamais passer, quelque chose comme le tohu bohu biblique de Genèse 1. Pour le Talmud, tohu désigne l’inexistant, le vide ou le néant. Moïse Nahmanide, un rabbin du XIIIe siècle, associait le mot à tohé qui signifie ébahi, stupéfait. Stupeur devant le chaos et le désordre (bohu) qui marquent la création.

Ce que Rachi, à la même époque, traduit par étonnement devant le vide. Ou n’est-ce pas devant cet immense silence d’où nous venons, qui provoque notre étonnement et qui nous appelle à l’aide ? La tâche du commencement est de sortir de l’effroi, mot dont l’étymologie peut nous aider à comprendre ce que nous avons à vivre : « ce qui est hors de la paix » (exfridare en latin populaire, du francique fridu, « paix », voir l’allemand Frieden).

L’année qui commence nous appelle à sortir de l’effroi, à rejoindre et réinventer la paix. Personne, je pense, ne me démentira aujourd’hui quant à la nécessité devant laquelle nous sommes de retrouver la paix, et l’ordre du monde. Pensons que ce qui est neuf ne détruit pas, n’oublie pas, mais pratique plutôt une incision, une brèche, par laquelle tout ce qui nous effrayait, tout ce qui demeurait d’une immobile noirceur autour et au fond de nous, peut enfin trouver une issue. Cette fracture qui permet à la vie de se dire et de passer.

Pour ouvrir cette année, je nous invite donc à relire le premier chapitre de la Genèse, que j’aime tant. Ce grand texte, à la fois intime et politique, messianique selon les lectures les plus anciennes, nous enseigne que ce qui était confus, obscur, se dissipe et se distingue par l’acte de nomination des éléments et des jours, compris alors comme un acte de reconnaissance, et d’amour. Une grammaire du désordre qui nous entoure pour appeler la présence au monde. Il dépend de nous, de notre parole que le monde s’organise et devienne humain. Il suffit non seulement de parler le monde (dire les choses) mais également de parler au monde, de s’adresser à lui (le nommer, le reconnaître).

J’y entends une très belle définition du langage entre nous, comme usage du monde, et surtout comme parole adressée au silence du monde, à celui des choses et des êtres auquel nous appartenons. Dieu ne s’intéresse pas uniquement à ce que nous faisons ou ne faisons pas mais aussi à la manière dont nous parlons du monde, et à la manière dont nous nous adressons au monde. Le langage, nous dit la Bible au commencement, est cette force de contemplation active du monde qui s’arrache de l’effroi du néant et de la solitude.

L’humanité trouve sa place en parlant aux autres étants du monde. Parler, dit le texte saint, c’est prendre soin de chaque être silencieux qui attend le nom que nous lui donnerons pour être reconnu et appelé. Si l’humanité parle, c’est pour que le monde soit et commence, chaque jour, chaque nuit. Le monde autour de nous sollicite notre reconnaissance. La Création n’a pas eu lieu une fois pour toutes selon un calendrier mythologique. La Création est devant nous comme une chose à réaliser, à reconnaître. C’est chaque fois que je parle. Chaque fois que je m’adresse à la solitude et au silence, je deviens plus humain. C’est aussi cela « peupler le monde » et se multiplier. Chaque véritable communauté est le commencement de la grande communauté de l’humanité avec le monde

2 réponses »

  1. Excellent article, cher Thierry !Merci de  celui-ci !Il y a quelque chose d’universel dans cette proclamation et ce référencement de concepts. «L’homme ne devient humain que dans sa relation à autrui. » disait Confucius…En effet, exister c’est être dit, car il n’est de « réalité qu’un objet pour un sujet qui le regarde; Si le sujet s’en va, l’objet disparait ! » Schoppenhauer.Bonne journée à vous,Jean-Marc

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