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Politiques, l’art d’assumer

ARTICLE de Jérôme Chapuis, rédacteur en chef, 

08/01/2021,  La Croix

Il est rare qu’un gouvernement soit critiqué pour avoir tenu parole. C’est pourtant bien ce qui arrive en ce début d’année au sujet des vaccins. Dans cette affaire, l’exécutif a dit ce qu’il allait faire et fait ce qu’il avait dit. Les grands principes de la campagne vaccinale sont publics depuis six semaines. La priorité aux plus vulnérables, la consultation médicale préalable, le recueil du consentement des patients… Tout cela est de nature à ralentir le dispositif dans sa phase de lancement. Ces choix peuvent être discutés, contestés, critiqués. Mais ils sont conformes aux préconisations de la Haute Autorité de santé et découlent d’une large concertation.

D’où vient alors la véhémence de cette polémique ? D’abord, sans aucun doute, d’une blessure d’orgueil. Il nous est désagréable de constater que le déploiement se fait chez nous plus lentement que chez nos voisins.

La virulence du débat vient aussi rappeler que 2021 est une année électorale. Les propos les plus sévères émanent des présidents de région. « Scandale d’État », dit Jean Rottner (Grand Est). « Faute gravissime », renchérit Xavier Bertrand (Hauts-de-France). Sans leur donner tort sur le fond, il n’est pas interdit de les juger excessifs sur la forme ni de souligner que l’un et l’autre ont un œil sur le scrutin prévu en juin prochain. Deux campagnes se percutent, vaccinale et régionale. Et en général, le sens de la nuance est inversement proportionnel à la proximité des élections.

Détail piquant, l’un des premiers responsables de l’emballement médiatique sur les vaccins n’est autre que le président lui-même. À deux reprises, Emmanuel Macron a jugé utile de prendre les devants. « Je ne laisserai pas une lenteur injustifiée s’installer », a-t-il promis le 31 décembre, lors de ses vœux aux Français, avant de laisser filtrer son impatience, dans des confidences au Journal du dimanche. Le chef de l’État s’en prend à une stratégie qu’il avait validée.

L’autocritique est un exercice délicat, encore plus au milieu du gué. À vouloir signifier qu’il était conscient des débuts erratiques des opérations, le chef de l’État a donné du grain à moudre à ses adversaires. Il a placé ses ministres sur la défensive. Il entendait, selon ses conseillers, provoquer « une mise sous tension » de l’appareil technocratique. Paradoxalement, en jouant de cette posture autoritaire, Emmanuel Macron donne le sentiment d’un manque d’assurance. En politique, assumer est un art. Face aux critiques, le silence vaut parfois mieux qu’une communication brouillonne. À condition d’être sûr de l’efficacité de sa stratégie.

Il est plus simple de se livrer à l’autocritique quand on n’est pas aux responsabilités. Marine Le Pen s’y emploie dans un documentaire qui sera diffusé ces prochains jours sur LCP (1). La présidente du Rassemblement national revient sur ses confusions et approximations lors du débat de l’entre-deux-tours de 2017 – « Je m’en veux, évidemment ». Elle évoque ses emportements surjoués – « J’ai fait le choix d’être offensive. Peut-être trop ». Elle admet des erreurs. Et, presque inévitablement, vient la formule convenue en pareilles circonstances : « J’assume. » « Je ne me cherche pas d’excuse. J’assume intégralement la responsabilité de ce qui s’est passé. » Cela a parfois été souligné pour d’autres avant elle, le recours à ce verbe relève du tour de passe-passe rhétorique.

Dire « j’assume », cela revient, dans le même mouvement, à se confesser et à s’auto-absoudre, ce qui est un peu facile. Il est amusant de se souvenir qu’Emmanuel Macron en avait lui aussi usé, au sujet d’un épisode survenu à la même période, la soirée controversée à la brasserie La Rotonde, après le premier tour de la présidentielle. « Je l’assume totalement », avait-il lâché quelques jours plus tard. Façon de dire : on passe à autre chose, arrêtez de m’importuner avec ça.

Marine Le Pen, elle aussi, assume. Si elle entend toujours être une candidate antisystème, cela ne l’empêche pas d’user des plus banales ficelles de la communication politique.

(1) Face-à-face pour l’Élysée, de Cécile Cornudet et Benjamin Colmon, diffusion les 11 et 18 janvier.

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