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Démission de Frédéric MION: Quelle exemplarité pour des « hommes en charge du Droit »?

PRESENTATION

Le directeur de Sciences Po a annoncé sa décision par le biais d’une lettre adressée à la communauté éducative et étudiante de l’école.

Un premier mensonge

Cette démission intervient – selon France Culture – alors que les étudiants de l’école reprochaient à leur directeur d’avoir nié être au courant des accusations d’inceste pesant sur le constitutionnaliste Olivier Duhamel, révélées par Camille Kouchner dans le livre La Familia grande (Seuil). 

À la suite de cette publication, une enquête préliminaire diligentée par le parquet de Paris a été ouverte et une plainte a été déposée. 

Faussetés et protections répétées

Après les révélations de « Marianne », le 9 février, selon lesquelles le directeur de Sciences Po avait averti Marc Guillaume du cas Olivier Duhamel, Frédéric Mion a annoncé démissionner de la tête de l’école.

EXTRAITS DE L’ARTICLE DE MARIANNE:

Quelques heures auparavant, pourtant, un départ du directeur semblait pas à l’ordre du jour.

La pression était trop forte. Plus tôt dans la journée, Marianne relatait que Marc Guillaume, ancien secrétaire général du gouvernement et actuel préfet d’Île-de-France a reconnu auprès des enquêteurs de la mission de l’Education nationale, qu’il avait été informé à deux reprises de « problèmes sexuels » concernant Duhamel. La première fois par Frédéric Mion en personne, qui au printemps 2018, mis au courant par l’ex-ministre de la Culture Aurélie Filipetti, était venu l’alerter.

Mais Frédéric Mion ne s’en est pas tenu là. Après la publication de la Familia Grande, le livre de Camille Kouchner rapportant les faits d’inceste perpétrés par Olivier Duhamel sur son beau-fils, l’ancien énarque a appelé Aurélie Filippetti deux fois pour prier l’ex-ministre de la Culture, qui l’avait mis au courant dès 2018, de ne pas davantage partager l’information.

Après la sortie du livre au début de l’année, le désormais futur ex-directeur de Sciences Po avait dans un premier temps partagé sa « stupeur », sous entendant qu’il n’avait pas eu vent des accusations d’inceste visant le puissant politologue. Il avait par la suite été contraint de revenir sur ses déclarations après que l’ancienne ministre de la Culture ait à son tour donné sa version des faits. Soumis à une pression constante d’une part grandissante d’étudiants et du corps enseignant, Frédéric Mion avait alors relaté qu’il avait demandé, en 2018, la confirmation de ces faits d’incestes à l’avocat Jean Veil, ami proche de Duhamel. Ce dernier avait nié, confiant que ces accusations n’étaient que des « rumeurs ».

« Mais qu’est-ce que vous racontez, c’est impossible ! » interrogé par Marianne ce mardi 9 février en fin de matinée, un porte parole de Sciences Po tombe des nues. « Jamais je n’ai entendu Frédéric Mion dire qu’il avait prévenu Marc Guillaume de l’histoire Duhamel ! Cela fait au contraire un mois que je l’entends dire le contraire », réagit ce proche, au sujet de ce qu’a déclaré l’ancien secrétaire général du gouvernement aux inspecteurs de la mission d’inspection.

En le mardi matin, une autre source, proche de l’Elysée, réagit dans le même sens : « J’ai discuté avec Frédéric il y a quelques jours à peine, il n’est pas question qu’il démissionne. »

Pourtant, à 20 heures, le soir même, le directeur de Sciences Po adresse un long texte d’adieu pour annoncer son départ précipité.

Finalement F Mion démissionne davantage parce qu’il a menti sur les informations qu’il possédait et les actions protectrices qu’il a déployées que parce qu’il n’a pas agi en défenseur du droit devant la gravité de l’information.

Frédéric Mion admet des « erreurs de jugement » et des « incohérences » dans sa gestion de l’affaire Olivier Duhamel.

Exemplarité bien tempérée. Que feront les autres protagonistes du silence et de la protection ? dont certain(s) bénéficie(nt) de l’attention protectrice de l’Elysée…si on en croit Marianne.

Pour en parler, France Culture a reçu la journaliste au Monde Ariane Chemin.

ARTICLE

Démission de Frédéric Mion : une démission pour l’exemple ?

Avec Ariane Chemin dans l’émission L’INVITÉ(E) DES MATINS par Guillaume Erner LE 10/02/2021

Pourquoi Frédéric Mion a t-il démissionné ? 

Aurélie Filippetti était allée voir Frédéric Mion pour lui raconter que deux personnes lui ont parlé des problèmes d’inceste de Duhamel. Il l’écoute et lui affirme qu’il ira en rapporter à Marc Guillaume qui était à l’époque le secrétaire général du gouvernement, un homme très puissant à Matignon. Et visiblement Frédéric Mion ne le fait pas et l’affaire s’enterre. 

Frédéric Mion, confronté à Aurélie Filippetti, raconte qu’il s’agissait de rumeurs et qu’il avait été voir Jean Veil, qui lui-même est très proche d’Olivier Duhamel et s’emmêle les pinceaux à plusieurs reprises. À tel point qu’il a été rattrapé par l’inspection qui a été mise en place par l’éducation nationale.

Visiblement, comme l’inspection de l’éducation nationale a entendu beaucoup de personnes, elle s’est rendu compte que ses propos n’étaient pas cohérents. Il a donc pris les devants et avant même la publication du rapport de l’éducation nationale, il choisit de quitter Sciences Po. 

Des élites qui se protègent

Ce qui est intéressant, c’est que Frédéric Mion est un conseiller d’État, comme l’est d’ailleurs Marc Guillaume, ancien secrétaire général du gouvernement. C’est une petite famille très prisée.

Dans cette histoire, il ne s’agit que de gens qui disent le droit. À commencer par Olivier Duhamel, qui était professeur de droit constitutionnel très reconnu à Sciences Po. Au Conseil d’État, on surveille. On essaye de voir si les lois s’appliquent bien et si elles protègent le citoyen

Quand vous êtes conseiller d’État, vous avez une sorte de devoir d’exemplarité, de même que lorsque vous êtes dirigeant d’un établissement public comme les Frédéric Mion. Or qu’est-ce qu’il a fait ? Il n’a pas protégé Duhamel, mais il n’a rien dit. 

Marc Guillaume a été plus courageux car il a reconnu avoir été prévenu par Frédéric Mion. Il a assumé, mais il est fragilisé car quand on est préfet et conseiller d’État on doit faire preuve d’exemplarité.

Un devoir d’exemplarité 

On ne demande pas d’aller dénoncer. On demande au moins aux proches d’Olivier Duhamel, lorsqu’ils étaient au courant de ces faits d’inceste, d’empêcher une progression vers le pouvoir. Or Marc Guillaume et Frédéric Mion ont aidé Olivier Duhamel. 

C’est vrai que Frédéric Mion avait un bilan qui n’était pas mauvais. Il voulait réformer l’école et beaucoup se sont appuyés là-dessus en disant qu’on n’allait pas virer quelqu’un qui est justement en train de changer un peu les habitudes de fonctionnement de cette institution. C’est pour cela qu’il a sans doute été protégé par le corps professoral. 

Mais ce qui est frappant, c’est que, hormis une ou deux voix, personne ne s’est levé, contrairement aux étudiants qui ont rappelé que le directeur de Sciences-Po a quand même un devoir d’exemplarité.

« Un monde qui tremble »

Pourquoi est-ce qu’il y autant de conseillers d’État à la tête d’un établissement public ? Pourquoi pas des enseignants ? C’est ultra français avec une formation des élites qui sont dispersées dans l’ensemble des grandes institutions. Quand on vient du Conseil d’État il y a une fraternité avec d’autres membres de ce corps

Le Siècle est une institution où se réunit l’élite économique, politique, médiatique tous les mois autour de grandes tables. Pour entrer, il faut être coopté. C’est un moyen d’étoffer son carnet d’adresses. Duhamel dirigeait le Siècle depuis début 2020 et il y a été poussé par son ami Jean Veil, un avocat pénaliste, et Marc Guillaume. Il n’a pas été empêché. 

C’est tout un monde qui tremble et qui est régi par des codes assez anciens. L’histoire Duhamel est intéressante car on a une femme qui écrit un livre pour dire que sa vie est bousillée, que l’homme qu’on voit partout dans les médias doit comprendre les ravages qu’il a faits. Parler d’inceste aujourd’hui, ce n’est pas pareil qu’il y a 15 ans.

Un nouveau chapitre de la vague Me Too

Duhamel était ce pouvoir masculin assez autoritaire, pas facile d’accès, qui vous écrase de sa domination intellectuelle et masculine. C’est pour ça que cette histoire est bourrée de symboles.

Cette affaire appartient à une grande vague Me Too qui est celle des violences sexuelles que la jeune génération entend dénoncer et qui n’épargne pas le pouvoir par ses livres et ses plaintes. Pour moi c’est vraiment l’histoire d’une révolution

C’est souvent quand les gens sont connus que les choses avancent, c’est un peu le revers de la médaille mais c’est utile. […] L’inceste est partagé dans toutes les couches de la population française. L’inceste est malheureusement partagé. 

Faire le procès de la génération mai 68 est un peu facile mais ce n’est pas que ça. On va revoir l’inceste d’une manière différente. Camille Kouchner n’est pas une victime directe mais collatérale. Elle montre que l’inceste touche toute une famille. Elle allie l’expérience de ce drame à l’intelligence d’une femme qui sait réfléchir, et ça fait avancer la cause.  

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