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Comprendre et Agir: « Ma vision guide bien plus que mes pas ».

ARTICLE DE JEAN MARC SAURET

Ma vision guide bien plus que mes pas

J’ai déjà présenté par deux fois le principe que la vision guide mes pas au cours de précédents articles directement dédiés à cette idée. J’ai repris ce principe dans nombre d’articles et interventions. Il est un concept de base pour comprendre et agir sur chacune de nos postures et comportements. Mais aujourd’hui, je voudrais aller plus loin et montrer, ou faire ressentir que la vision guide bien plus que mes pas et qu’elle ouvre bien d’autres dispositions et perspectives. Dans ces conditions, si la vision guide bien mes pas tant au physique qu’au psychologique, ce que nous avons dans le regard, dans notre conscience, organise déjà le geste suivant, la posture suivante, voire même la réalité suivante, celle « qui succède ».

Nous nous souvenons que si l’on se voit gagnant dans une situation, un jeu, un match sportif, la victoire est au bout de la partie.  Nous nous souvenons aussi que ma vision de la situation, quand elle est la plus large, me permet d’obtenir moult réponses supplémentaires à la situation vécue. Comme le proposait le psychologue maltais Edward De Bono, une vision décentrée produit une pensée latérale. Elle permet de voir autrement un situation et donc de répondre autrement que par les habituelles méthodes même éprouvées, voire éculées. Einstein disait bien qu’on ne résout pas un problème avec les outils qui l’ont créé. Il faut regarder autrement, changer son regard : on pourrait imager ce geste comme “un petit pas de côté”.

Nous savons aussi, que l’empathie et l’altruisme sont des correcteurs sociaux puissants et efficaces, au service de notre bien être à tous. Nous comprenons alors que les mêler à notre regard pourrait bien changer des choses dans nos postures et stratégie. Nous avons compris aussi que les rancoeurs et frustrations d’une guerre perdue, et je pense à la population allemande à partir de 1918, font le lit de la prochaine guerre, et peut-être d’horreurs à venir. 

Cela nous renvoie ce concept de prophétie réalisatrice développé par Paul Watzlawick. Si vous pensez que certaines personnes sont stupides, elles auront tendance à le devenir même si elles n’ont pas totalement confiance en vous. Si vous pensez que vos collaborateurs sont géniaux et très investis, ils auront aussi tendance à le devenir. Watzlawick nous interpelle alors sur notre responsabilité sociale à penser ce que l’on pense.

Dès lors, posons nous la question de savoir quel monde nous voulons voir venir. Imaginons-le ! Rêvons le jusqu’à le voir apparaître devant nous ! Jusqu’à l’apercevoir ! Là, il ne s’agit pas de raisonner pour savoir si c’est possible, plausible ou pas. Nous nous souvenons de la phrase célèbre de Mark Twain : « Ils l’ont fait parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible ! »

Pour rappel, il n’y a pratiquement pas d’autre temps que le présent. C’est le temps qui est. Tout le reste n’est que notion intellectuelle. Le temps qui passe de fait n’existe pas. Il n’y a de flèche du temps que dans nos représentations. Comme il n’y a de réalité que nos représentations aussi. Parce que n’existe que ce dont j’ai conscience ou préoccupation. Alors, ce que je pense, ce que je me représente, ou dont j’ai conscience, est la réalité. Tout le reste est hors de porté et n’a pas d’existence puisque innommé. Nous en faisons ce que nous en pensons par amour ou par peur, par désir ou par nécessité. Il n’y a pas d’autre réalité que ce que nous avons inscrit dans les mots, dans nos représentations.

Voilà pourquoi nous sommes créateurs de nos réalités. C’est ce que conçoit la pensée constructiviste développée à Palo Alto, et chère à Paul Watzlawick. « La réalité est un objet pour un sujet qui le regarde. Si le sujet s’en va, l’objet disparaît » (Arthur Schopenhauer, « Le monde comme volonté et comme représentation »). De plus nous savons grâce à la physique quantique, que ladite réalité est une interaction entre l’observé et l’observateur. La décision, ou la posture, de ce dernier détermine ce qu’il constate.

Mais revenons à nos interactions « mental versus physique ». Nous connaissons les effets placebo et nocebo. Nous ne savons pas très bien comment ça marche mais nous savons que ça marche très bien. Comme disent des sages que l’on dit mystiques : « La foi déplace les montagnes ! » Poésie ou réalité ? L’expérience nous le dira. 

Si l’on se met à gamberger sur les tenants et les aboutissants, effectivement ce que nous avons alors dans la tête nous montre que c’est impossible, utopique, irréaliste… Et si nous avons une vision simple, une image dans les yeux, comme les ont les enfants que l’on dit rêveurs, alors les choses arrivent, se réalisent et se révèlent. Eh bien tout cela, tout cet attendu et tous les moyens pour y arriver ou pas, sont dans notre vision… ou pas. Ainsi, la vision que nous avons dans nos têtes guide bien plus que nos simples pas. 

Quand j’étais adolescent, je rêvais mes victoires sportives en rêvant les situations, en les vivant in abstracto. Les yeux fermés, la tête dans mes mains, j’en percevais tous les détails, le moment précis où je posais mes gestes et comment. Le jour J arrivé, tout se déroulait comme je l’avais « rêvé »…

A contrario, quand je suis monté sur un ring pour mon premier combat de boxe française, je n’ai pas fait l’exercice. Je n’ai pas « rêvé » le combat, ni imaginé ce qui pouvait se passer. Je suis monté pour appliquer ce que je savais faire, ce que j’avais appris et j’ai perdu par arrêt de l’arbitre sur blessure. J’avais été dépassé par mon adversaire. Je me suis consolé plusieurs années après en voyant que mon adversaire du jour était devenu champion du monde de notre catégorie.

Il me souvient aussi une tout autre histoire vécue alors que je devais avoir une quinzaine d’années, voire seize. Nous étions quelques amis chez l’un d’entre nous lors d’un après-midi pluvieux en automne. Assis autour de la table de la salle à manger, nous nous amusions à nous tirer les cartes, juste pour nous dire quelques bêtises. Une mamie, qui était là avec nous, me demanda si je ne voulais pas lui tirer les cartes à son tour. Pris au jeu, j’acceptais de toute bonne fois. Je me mis à lui raconter ce qui me passait par la tête vu que je ne la connaissais pas du tout et, de plus, qu’il s’agissait d’un jeu. 

Je me rappelle lui avoir dit qu’elle vivait alors dans une petite ville portuaire de Bretagne, qu’elle « vivait à la colle » avec un marin et qu’ils eurent une petite fille. Quand la petite fille eut huit ans, le marin est parti en mer et n’est pas revenu… Je vis quelques larmes couler sur le visage de la vieille dame. Je venais involontairement et par inadvertance de lui raconter sa vie. Elle me demanda alors d’aller plus loin, de lui parler de l’avenir. J’étais tétanisé par ce qui venait de se passer et m’arrêtais là.

Il me souvient aussi qu’à cette même période, alors que j’étais installé à mon bureau d’écolier, une collégienne passe devant moi pour aller à sa place et me glisse : « Je n’ai rien étudié, je ne sais rien de la question du jour… » Il me sortit de la bouche cette réflexion : « Tu n’as pas de bol : aujourd’hui, il n’y en a qu’une qui va être interrogée, et c’est toi ! » Je ne comprenais pas pourquoi je venais de lui dire cela, qui était totalement incongru et contraire aux habitudes de cette professeur de mathématiques… et c’est bien pourtant ce qui se passa.

Il eut aussi, au cours de cette nuit où, vers trois heures du matin, je me levai en silence pour aller dans ma salle de musique. Je me mis à brancher mes instruments pour m’entendre uniquement dans un casque et… j’enregistrai une chanson qui m’est arrivée toute versifiée dans la bouche et au bout des doigts sur ma guitare. Je l’appelle « une chanson miracle ». En une dizaine de minutes elle était dans la boite…

Certains physiciens actuels, dits quantiques, comme Philippe Guillemant, des biologistes, comme Rupert Sheldrake, des journalistes scientifiques, comme  Lynne McTaggart, ont posé l’hypothèse que la conscience ne pouvait être un produit de notre cerveau mais simplement captée par celui-ci. Comme s’il s’agissait d’une antenne, le cerveau attraperait la conscience universelle, à l’instar de nos oreilles qui captent des sons, notre nez des odeurs ou notre peau la fraîcheur du temps.

Il est vrai que dans l’étude d’ « expériences de mort imminente », ou de « mort provisoire » (que l’on indique par les sigles EMI ou NDI), les patients (ou dits « expérienceurs ») se souviennent d’un « vécu » alors que leur électroencéphalogramme était « plat » au moment qu’ils  racontent et décrivent. La conscience serait alors « extracorporelle ».

Rimbaud raconte dans sa lettre à son ami Paul Demeny, qu’il se regarde créer, et que la poésie le traverse. Il se décrit ainsi : « Je est un autre! » Dans une interview, le guitariste et chanteur Eric Clapton raconte que la musique lui arrive d’on ne sait où, qu’elle le traverse jusqu’au bout de ses doigts et qu’elle se pose sur le manche de sa guitare.

Cela me rappelle cette expérience de tirage de cartes avec la vieille dame. Ce phénomène m’est plusieurs fois arrivé jusque dans d’autres circonstances, me laissant la sensation que dans un lâcher prise total, dans un « blanc » d’intentions, les choses qui nous traversent sont « d’ailleurs ». Il suffit de les contempler pour avoir des informations particulières.

Alors, ces « choses-là » entrent dans notre vision. Elles sont là comme un souvenir du futur, d’un ailleurs, d’un « autrement ». Il m’arrive ainsi fréquemment de me « souvenir » de cette personne que je rencontre pour la première fois, de me « souvenir » de ma journée à venir en me levant le matin, d’un lieu en y pénétrant pour la première fois aussi. Etc.

Il me souvient ce jour où en balade en auto-stop, un gitan m’emmena dans son estafette. Ma guitare sur mon dos devint l’entame de notre conversation et, chemin faisant, je lui racontais ces événements particuliers qui me venaient. Il me sourit et me dit : « Vous les gadji (les « non-gitans »), vous êtes tous les mêmes. Il vous arrive des trucs ordinaires et vous les prenez pour extraordinaires. Chez nous tous les gamins font ça ! » La phrase me rassurait…

Mais allons plus loin encore. La prémonition suppose que le temps est linéaire. C’est du moins la sensation que nous en avons. Nous irions alors attraper dans le futur la réalité à venir ? Mais le futur existe déjà, nous assurent le physicien Philippe Guillemant et le physicien anthropologue Philippe Bobola. Il est déjà là et nous pourrions, par notre pensée l’orienter autrement, le réécrire. Ils ont développé, lors de diverses et nombreuses conférences accessibles sur la toile, l’existence de ces liens, de ces interactions dans un éternel présent aspiré par son futur déjà là…

Philippe Guillemant reprend le concept de synchronicité conceptualisé par le psychanalyste Carl Gustav Jung. Lors d’une séance avec une de ses patientes qui lui racontait avoir rêvé d’un scarabée, un même scarabée vint cogner à la vitre de la fenêtre du bureau et Jung dit à sa patiente : « C’est votre scarabée ! »

Guillemant dit avoir vécu nombre de ces synchronicités et en avoir lui-même provoqué, comme des interférences entre les temps. J’avoue n’en avoir jamais fait l’expérience et peut-être que je n’y prête pas suffisamment attention. Mais ce que nous indique là les deux physiciens est que nous pouvons avoir une influence sur l’avenir par le simple fait de notre pensée. Ils en déduisent aussi que nous pourrions intervenir sur notre futur « déjà là », que nous pourrions en changer la trajectoire. 

Ainsi, si ce que je pense intervient sur la réalité du monde, si mes préoccupations sont l’empathie et la bienveillance, alors, comme le propose le moine bouddhiste Matthieu Ricard, le monde pourrait devenir meilleur. 

C’est l’expérience que relate la journaliste scientifique Lynne McTaggart dans son ouvrage « La puissance du huit » où des internautes sont invités à adresser de bonnes pensées bienveillantes à une plante en laboratoire. A côté de celle-ci s’en trouve une autre identique, laquelle ne reçoit aucune intention bienveillante. La première s’est développée bien plus, bien mieux et bien plus vite que la seconde.

Elle relate aussi l’expérience de « groupes de prières » composés de huit personnes qui adressaient ensemble et mentalement des intentions de guérison et de « bien portance » à une personne qui leur avait été désignée. Même si cette dernière n’était pas au courant de la démarche, les expérimentateurs constatèrent de nettes améliorations. Tout cet ouvrage est consacré à ce phénomène.

Nous voyons bien qu’il ne s’agit ni de prétendus dons, ni d’une quelconque médiumnité, mais seulement de l’ordinaire de nous même, d’une simple pratique, et même pas de compétences particulières. Il suffit simplement de lâcher prise, d’écouter ce qui vient, d’observer, d’accepter et d’accueillir ce qui arrive. Il suffit de rester disponibles et attentifs et le miracle joue avec nous.

Ceci me rappelle une remarque de l’anthropologue suisse, Jean-Dominique Michel, spécialisé dans les questions de soins. Dans un ouvrage relatant ses études sur les « Chamanes, guérisseurs, médiums » (Pocket, 2015), il remarquait que c’est toujours le patient qui se soigne par « sa foi en la pratique », par la confiance qu’il place dans la qualité de la relation avec ledit « praticien ».

Effet placebo, prédiction réalisatrice, relation de soin, ou influence de la pensée sur le réel ? Je ne sais pas la part des choses ou si tout est la même chose… Il n’y a, peut-être, rien à trancher. Mais mon expérience semble m’indiquer que si comprendre nous intéresse, il y a quelque chose à voir dans cette direction. Ainsi, il me semble bien que la vision guide bien plus que nos seuls pas. Alors, dans ce bain de responsabilité, une obligation de sagesse ne s’imposerait-elle pas à chacun de nous ? Il serait même possible de les “nommer”, par exemple, bienveillance et altruisme, résistance et vérité, ou autres …

Mais pour conclure, je préfère remarquer que l’esprit, celui qui nous « anime », que d’aucuns appellent l’âme, peut faire bien plus que la chair nous propose, tous entrainements musculaires et sportifs inclus. J’entends bien quand d’aucuns disent que la foi déplace les montagnes, ou qu’il n’y a qu’elle qui sauve. c’est, me semble-t-il, bien là que nous touchons  » l’essentiel » !

Jean-Marc SAURET

Sociologue clinicien Le mardi 16 février 2021

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