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« LA JEUNESSE, DÉSENCHANTÉE FACE AU VOTE, MAIS PLUS ENGAGÉE QU’AVANT ? »

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L’attachement des jeunes à la démocratie est fort, même s’il ne s’exprime que faiblement par le vote

Nous avons régulièrement évoqué les modalités de participation des jeunes a la vie politique. Nous avons été particulièrement choqués de voir l’exécutif refuser la baisse de l’age pour les élections au motif que les jeunes – qui ont déjà « obtenu » le droit de vote à 18 ans – s’abstiennent. On a vu le même argument apparaître pour tenter de repousser les élections régionales : ne pas procéder au vote si l’abstention est trop forte.

Rénover le système représentatif

C’est bien sur l’abstention qu’il faut combattre, tant en rénovant le système représentatif qu’en développant, en complément, les modalités d’expression diverses: participatives, directes…

Les causes de l’abstention sont bien connues et les ignorer est coupable. (Voir nos publications à ce sujet )

Une note récemment publiée par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) analyse les attentes des jeunes vis-à-vis de la démocratie. Résultat : les générations nées après 1990 sont particulièrement attachées à la démocratie et au principe d’égalité. Mais elles s’expriment davantage en protestant qu’en votant.

Le récent baromètre du Cevipof apporte également un éclairage sur ces sujets et certains éléments sont particulièrement inquiétants. ( en particulier la forte proportion de personnes qui manifestent un intérêt faible pour un exercice véritablement démocratique. )

ARTICLE

La jeunesse, « désenchantée » face au vote, mais plus engagée qu’avant ?

Pablo Maillé- 19 avril 2021 – Usbek et Rica

« La jeunesse n’est qu’un mot », affirmait le sociologue Pierre Bourdieu dans un célèbre entretien publié en 1978. Difficile, en effet, de manipuler un tel concept dans le champ des sciences sociales : comment définir « la » jeunesse ? N’est-elle pas traversée par de nombreux clivages socio-économiques ? Quelles classes d’âge intégrer à cette catégorie ? Comme nous l’expliquait la directrice de recherche au CNRS Anne Muxel en 2018, toutes ces limites n’empêchent pas – heureusement – de tenter de comprendre d’un point de vue politique « ce temps de “moratoire psychosocial”, (…) cette transition d’un état vers un autre qui font l’expérience d’une inscription générationnelle dans un temps historique ».

Dans une note d’analyse publiée en mars par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), un duo de chercheurs – Laurent Lardeux, chargé d’études et de recherche à l’INJEP et Vincent Tiberj, professeur des universités à Sciences Po Bordeaux et chercheur au Centre Émile Durkheim – revient justement sur ce sujet, à partir de la dernière édition de l’Enquête européenne sur les valeurs réalisée en 2018 (European Values Study, voir méthodologie). Objectif : « Constater les évolutions sur près de quarante ans du rapport entretenu par les différentes générations avec la démocratie, mais également saisir l’origine de ces transformations en les réinsérant dans le système de valeurs des citoyens ». On a sélectionné pour vous les principaux enseignements à tirer de leurs travaux.

94 % des jeunes favorables à la démocratie

Premier constat de cette note, intitulée La démocratie à l’épreuve de la jeunesse. Une (ré)génération politique ? : les opinions positives portées par les 18–29 ans sur le régime démocratique atteignent des niveaux « inégalés » depuis l’introduction de cette question en 1999. Avec 94 % d’opinions favorables, soit cinq points de plus que pour l’ensemble des Français, ce plébiscite doit cependant «  être nuancé », puisqu’il s’accompagne « d’une hausse importante de jeunes se déclarant favorables à des régimes non démocratiques », précisent Laurent Lardeux et Vincent Tiberj. 58 % des jeunes (+8 points depuis 2008) portent notamment une opinion positive sur un régime dirigé par des experts plutôt que par un gouvernement ; et près d’un quart (23 %) considèrent qu’une bonne façon de gouverner serait d’avoir « un homme fort qui n’a pas à se préoccuper des élections pour gouverner ».

L’égalité des droits au coeur des attentes de la jeunesse

Au-delà du terme, quelles conceptionsde la démocratie les jeunes générations plébiscitent-elles ? D’après les résultats de l’INJEP, elles expriment une exigence plus affirmée que les générations précédentes pour le respect de certains principes d’égalité, comme « la tenue d’élections libres et justes » (note moyenne de 8/10), « l’égalité des droits hommes-femmes  » (note moyenne de 8,6/10), « la redistribution de l’impôt » (note moyenne de 6,2/10) et « l’égalisation des revenus » (note moyenne de 6,2/10). « La défiance vis-à-vis de la démocratie ne pourrait de la sorte être assimilée à un sentiment de repli ou de dépossession politique, analysent Laurent Lardeux et Vincent Tiberj. Elle témoigne d’attentes nouvelles en faveur d’un État plus interventionniste dans le domaine de la protection sociale et d’égalisation des conditions d’existence. »

Un rapport à la politique de moins en moins déterminé par le diplôme

En s’intéressant cette fois au rapport des jeunes à la politique, l’INJEP constate que l’hypothèse selon laquelle « une fois passée sa jeunesse, chacun rentrerait dans le rang de la démocratie représentative » n’est plus vérifiée. « Se donne bien plus à voir un effet de génération spécifique aux baby-boomers français », dont la propension à voter de manière systématique à chaque élection depuis les années 1960 « contribue aussi à asseoir l’influence de ce groupe dans la vie politique française ». Par ailleurs, l’hypothèse de l’impact de l’élévation du niveau de diplôme sur la propension des jeunes à s’intéresser à la politique semble, elle aussi, invalidée. Dit autrement, la hausse du niveau d’études des nouvelles générations ne s’accompagne pas d’une augmentation importante de l’intérêt déclaré pour la politique. Du fait d’un niveau de connaissance politique accrue, on retrouve au contraire « des citoyens “à qui on ne la fait pas”  », selon l’expression de Vincent Tiberj : « La connaissance ne crée plus de l’appétence, mais des citoyens désenchantés qui ne s’enthousiasment plus pour la scène politique ».

Une participation hors des institutions politiques traditionnelles

Comme ont pu le montrer d’autres enquêtes, ce « désenchantement » politique apparent se traduit aussi par un investissement accru dans d’autres formes de participation, hors des institutions politiques traditionnelles. Ainsi les jeunes nés après 1991 ne peuvent-ils être définis que rarement comme de simples « électeurs » (qui votent systématiquement, mais s’abstiennent de protester), mais au contraire bien davantage comme des « protestataires » qui ne votent qu’épisodiquement, mais ont déjà éprouvé d’autres façons de se faire entendre (pétition, manifestation, boycott, grève illégale) et des « polyparticipants » (qui votent systématiquement et ont déjà protesté). La différence est particulièrement marquante entre les plus jeunes et les plus âgés, qui « restent très attachés au vote et à la participation électorale ». Ce clivage pourrait d’ailleurs se vérifier lors de la prochaine élection présidentielle de 2022, l’abstention étant de loin « le premier parti » placé en tête des sondages par les jeunes pour l’instant…

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