Aller au contenu principal

AUTORITARISME, DÉMOCRATIE : FRONTIÈRES ET GLISSEMENTS, THÉORIE ET RÉALITÉ. AVEC JUAN LINZ ET GUY HERMET

COMMENT UN RÉGIME DÉMOCRATIQUE GLISSE VERS L’AUTORITARISME ?

Juan LINZ doit sa notoriété à à sa définition du régime autoritaire et à à son interprétation de l’échec de la République de Weimar et de la République espagnole. Nous vous proposons ici l’excellent article de Guy HERMET.

La lecture de cet article est extrêmement précieuse pour analyser, dans le contexte national qui est le notre, les différences – et glissements – théoriques et réels entre démocratie et autoritarisme.

Déséquilibre des pouvoirs et abandon des pratiques démocratiques

Ces glissements qui font de notre régime une « démocratie défaillante » ( selon les comparaisons internationales) sont facilités ou autorisés lorsque l’équilibre des pouvoirs n’est pas respecté, que l’exécutif tient le législatif en dépendance, que les contrôles, dialogues et délibérations indispensables sont réduits à leur plus simple expression.

Linz ne traite pas de ces aspects institutionnels et fonctionnels, mais analyse, en son cœur, la nature des tendances propres à l’autoritarisme, et que l’on peut trouver en démocratie, notamment en période de crise.

Les défauts de notre démocratie – pas tant dans ses règles et institutions, mais dans les pratiques de l’exécutif – prennent, avec l’appui de l’analyse de LINZ, une dimension plus claire mais aussi plus inquiétante.

Dans ses études, LINZ établit un lien primordial entre l’échec des démocratisations des années 1930 et la « performance » déficiente des acteurs politiques en cause. La définition qu’il donne de l’autoritarisme d’une part et des tendances propres à la démocratie d’autre part permettent de bien diagnostiquer les entorses faites à la démocratie qui rapprochent celle-ci de l’autoritarisme.

A vouloir combattre – sans discernement – la tendance dictatoriale prêtée à certains opposants, ne transforme-t-on pas – volontairement, par négligence, ou immaturité – notre démocratie en régime à tendance autoritaire?

Il donne par ailleurs, et on la retrouve dans l’article, la définition de la dictature et précise les différences avec l’autoritarisme.

Cela peut nous conduire à nous poser la question suivante: A vouloir combattre  – sans discernement – la tendance dictatoriale prêtée à certains opposants,  ne transforme-t-on  pas – volontairement, par négligence, ou immaturité –  notre démocratie en régime à tendance autoritaire?

« Les régimes autoritaires sont des systèmes politiques caractérisés par un pluralisme politique limité, non responsable, dépourvus d’idéologie directrice élaborée mais reposant sur une mentalité caractéristique, sans volonté de mobilisation extensive aussi bien qu’intensive si ce n’est à certains moments de leur développement, et dans lesquels un leader ou parfois un petit groupe exercent un pouvoir dont les limites formelles sont mal définies bien qu’elles soient en fait très prédictibles « 

C’est par la notion de « pluralisme limité et non responsable » qu’un régime démocratique se rapproche de l’autoritarisme ou intègre de l’autoritarisme. Il s’agit pour lui, dans certains cas, « d’un pluralisme, tronqué bien entendu, parent d’un optimum de Pareto mâtiné de bonapartisme« .

Il évoque pour certains régimes autoritaires – et on peut sous cet angle analyser les dérives de notre démocratie –  » des gouvernements qui, dans des situations jugées critiques ou révolutionnaires, s’employaient à isoler par la force l’État de la société, tout en prêtant une écoute sélective aux éléments qui, acquis à l’ordre établi, se montraient par conséquent compatibles avec leurs objectifs primordiaux. »

Il précise que  » le ou les dirigeants autoritaires n’exercent leur tout-puissance qu’en apparence. Leur faiblesse ne tient cependant pas au risque des révoltes d’appareil qui, comme dans les systèmes totalitaires, feraient surgir le poignard qui les frapperait (comme cela s’est passé symboliquement pour Staline).

Le mandat tacite qui efface le mandat des électeurs ?

Elle résulte du mandat tacite qui leur a été confié par leurs partisans et les secteurs dominants de l’économie et de la société. Il ne s’agit assurément pas de responsabilité ministérielle, de possible mise en minorité comme le remarque Linz. Mais il n’empêche : il y a bien des frontières que les chefs des régimes autoritaires ne peuvent transgresser sous peine de se retrouver isolés, abandonnés par leurs « actionnaires ». S’ils peuvent diviser pour régner à l’instar de Franco, c’est seulement jusqu’à un certain point. « 

Comment une recherche d’efficience non maitrisée peut nuire à la démocratie

 » Linz montre combien des sociétés dont certaines satisfaisaient amplement la « pré-conditionnalité démocratique » ont vu, pendant l’entre-deux guerre, leurs fragiles démocraties tomber autant sous les coups de groupes d’inspiration fasciste, nazie, communiste ou anarchiste qu’en vertu des conséquences perverses des tactiques et stratégies erronées des responsables démocratiques eux-mêmes. »

Autres citations tirées de l’article de Guy HERMET :

 » Des partisans excessifs et violents de formes de démocratie trop radicales se révèlent au bout du compte comme des ennemis de la démocratie institutionnelle réelle et comme les adversaires les plus redoutables des démocrates modérés « 

 » Les démocraties naissent rarement avec une pleine légitimité, cela même si les citoyens de fraîche date leur obéissent assez volontairement, sans que les gouvernants recourent à la force. »

 » Pour se rendre légitimes, les démocraties à peine installées doivent se targuer le plus vite possible de bonnes performances – d’une efficience suffisante – dans divers domaines dont la sécurité, tout en repoussant – en « enterrant » – l’inscription à l’agenda de thèmes trop diviseurs ou de mesures trop difficiles à mener à bonne fin. L’urgence de la légitimation par l’exercice du pouvoir commande la survie du nouveau régime. »

 » Car, après tout, en particulier dans les démocraties, le travail des bons gouvernants consiste au premier chef à créer la confiance des gouvernés en leur offrant des résultats probants obtenus sur des terrains point trop minés, et, en revanche, à différer au besoin indéfiniment la considération d’autres problèmes à l’issue trop incertaine ou incontrôlable.« 

 » Dès lors, selon cette logique, se laisser enfermer dans un dessein d’accomplissement de promesses non seulement imprudentes mais grosses de nuisances supérieures aux bénéfices de popularité à escompter, revient pour les responsables politiques médiocres à manifester à terme plus ou moins rapproché leur incompétence et leur irresponsabilité, par conséquent l’illégitimité d’exercice du nouveau mode de gouvernement dont ils vantent pourtant la supériorité sur tout autre. Leur jeu s’apparente à celui de l’apprenti sorcier… « 

 » Le temps, en effet, ne se conçoit pas qu’au niveau de l’action des gouvernants et de leurs opposants, ou à ceux du rythme d’installation d’institutions nouvelles et de l’élaboration des politiques publiques.  »

 » Éviter d’agir à contretemps, savoir attendre, identifier l’environnement temporel opportun, savoir que tel sera condamné pour une action à un moment donné tandis que tel autre sera acclamé pour le même acte à un autre moment, telles sont les vertus cardinales du professionnel averti de la politique. « 

ARTICLE

Autoritarisme, démocratie et neutralité axiologique chez Juan Linz

Guy Hermet – Dans Revue internationale de politique comparée 2006/1 (Vol. 13)

( Les parties en gras et certains sauts de paragraphe sont de Metahodos, pour faciliter la lecture )

S’il a acquis des mérites supplémentaires plus tard, Juan Linz a dû sa notoriété initiale à deux apports primordiaux : d’abord à sa définition du régime autoritaire, publiée à l’origine en 1964, à Helsinki [1]LINZ J.J., “An Authoritarian Regime: The Case of Spain”, in:…, ensuite à son interprétation de l’échec de la République de Weimar et de la République espagnole, présentée en introduction du Breakdown of Democratic Regimes, paru en 1978 [2°LINZ J. J., The Breakdown of Democratic Regimes, vol. 1,….

Plus tard, sa notoriété s’élargissant, il s’est bien sûr penché sur d’autres objets, considérés pour la plupart dans ces pages : notamment sur le fascisme entendu au sens exact, sur la sociologie des entrepreneurs ou la relation centre/périphérie en Espagne, sur la formation de l’État, de l’État-Nation et des Nations-États, sur les attitudes des Espagnols vis-à-vis de leur État, sur le dilemme parlementarisme/présidentialisme en Amérique latine, sur l’usage du temps en politique ou, comment l’oublie, les fameuses transitions. Il n’empêche.

Ce sont ses deux premières percées qui ont attesté d’emblée son originalité, sa lucidité ainsi que sa culture à la fois érudite et vécue. Avec cela, le détail compte pour moi, c’est au travers de ces deux apports, la considération de l’autoritarisme sous le prisme de l’Espagne franquiste et l’analyse des mécanismes de la chute – le Breakdown – des démocraties espagnole, allemande, autrichienne, baltes et de quelques autres entre les deux guerres que j’ai découvert la pensée de Linz, avant de le rencontrer pour de bon dans le très modeste bureau madrilène d’un institut de sondage à peine né.

« Apports majeurs » de son œuvre, s’agissant en premier lieu de la caractérisation de l’autoritarisme et par différence du totalitarisme, en second lieu de sa radioscopie des processus d’effondrement de grandes démocraties européennes face aux régimes « fascistes » apparemment triomphants au cours des années 1930. Pourquoi, hors le motif chronologique, accorder une telle prééminence à ces éléments ?

Avant tout, parce que la contribution de Linz sur ces objets ne s’est pas limitée à les « déchiffrer » d’une manière inédite. Au-delà, leur mise à nu a servi de révélateur à trois « retours aux fondamentaux » qu’il a apportés à la sociologie politique à une époque où on songeait à autre chose dans l’enthousiasme positiviste, « quantophrénique [3]L’expression est empruntée à Pitirim Sorokin, qui assimilait… » et « behaviouriste » des années 1945-1960.

Il s’est agi, d’une part, de sa réhabilitation du souci de neutralité axiologique réintroduit par sa formulation « effrontée » du concept d’autoritarisme, d’autre part du lien primordial qu’il a établi entre l’échec des démocratisations des années 1930 et la « performance » déficiente des acteurs politiques en cause, enfin de l’attention qu’il a portée – au départ dans le Breakdown également – à la dimension temporelle dans l’examen de ce que l’on a appelé plus tard les transitions démocratiques. Telles sont les trois facettes de l’œuvre de Linz ici considérées.

L’autoritarisme, ou l’audace de la neutralité axiologique

Le lien nécessaire établi par Linz entre sa caractérisation de l’autoritarisme et la neutralité axiologique n’aurait pas été désavoué par Max Weber. C’est pourquoi, avant d’en venir précisément à cette caractérisation, il faut commenter ce que « neutralité axiologique » veut dire.

Au risque d’effaroucher avec cette métaphore, on pourrait avancer que la neutralité axiologique s’apparente chez le chercheur à une espèce d’auto-lavage de cerveau, justiciable toutefois par exception d’une évaluation positive. En effet, cette neutralité ambitionne sinon d’éliminer, du moins d’isoler – de mettre hors circuit – les a priori parasites – les axiomes – du chercheur face à son objet d’analyse. Sans nul doute, les fidèles de la vertu imprescriptible de préjugés travestis en valeurs ou en idéologies récusent tant la possibilité que la légitimité d’un tel procédé. À leur sens, l’objectivité, même relative, ne peut – et ne doit ? – pas être désirée. Mais, en revanche, ceux, rares dans les années 1960 et 1970, qui s’efforcent d’appréhender leur objet de façon aussi distanciée que possible, avec une sorte d’indifférence volontaire destinée à les protéger de manière suffisante contre les préconceptions déformantes, s’inscrivent bien dans le registre d’une neutralité axiologique toujours approximative. Pour ces derniers, sauf à succomber à la passion déguisée en science, l’exercice de dépouillement est le préalable de toute recherche sociale ou politique. À leurs yeux, la chaleur de l’émotion est à laisser pour plus tard, ou pour ailleurs, pour ces moments ou espaces « éthiques » extérieurs et postérieurs à l’analyse.

On rétorquera que l’objectivité est un leurre, que le « savant » est forcément engagé ou conditionné. Avec cela, en 1964, date de l’étude iconoclaste de Linz, quasiment personne n’était disposé à prêter l’oreille à une vision de l’autoritarisme non biaisée par l’idéologie ou le conformisme démocratique trivial. Le temps était demeuré assez immobile depuis 1945, depuis cette « victoire des démocraties sur le totalitarisme » que l’expansion de l’Empire communiste rendait pourtant chaque jour plus gênante à célébrer.

L’amalgame désinformé entre le franquisme et le fascisme ou le nazisme demeurait comme un rite d’obligation. Il s’accompagnait d’une diabolisation des « dictatures de droite » en général, qui vouait le politiste qui se serait aventuré à les étudier à prendre figure de zélateur de Satan aux yeux de ses collègues. La science politique courante ne prétendait s’intéresser qu’au « politique », en signifiant par là les démocraties, avec leurs élections, leurs partis et leur sociologie électorale, cependant qu’elle interdisait au political scientist respectueux des convenances de jeter le regard sur le « non-politique », autrement dit sur les gouvernements non démocratiques, conservateurs tout au moins.

Tel est le tabou que Juan Linz a transgressé à grand risque. Car pour les bons esprits conformistes, ériger l’autoritarisme en catégorie de gouvernement revenait ipso facto à le promouvoir d’une part comme arrangement institutionnel acceptable, d’autre part à l’imposer en tant que concept classificatoire de portée universelle alors que ce n’était l’intention de Linz dans aucune des deux perspectives. S’agissant du premier aspect, son propos consistait, à l’opposé, à ne pas confondre l’abomination de systèmes totalitaires achevés avec la réalité un peu moins douloureuse et pour lui familière de gouvernements moins répressifs par comparaison, « simplement » dictatoriaux et rebelles au libéralisme politique (sinon économique). Et s’agissant de la dispute épistémologique, celle-ci reposait sur l’idée fausse que la catégorie « régime autoritaire », telle que définie par Linz, revendiquait une pertinence taxonomique absolue et permanente alors qu’elle ne représentait à son sens, sous le prisme du gouvernement franquiste, qu’une espèce de modèle transitoire à moyenne portée, opératoire seulement et à des degrés divers pour certaines sociétés européennes ou latino-américaines du milieu du XXe siècle (on l’a vu par la suite, quand Linz a élaboré la catégorie des régimes « sultaniques »). Davantage même, il est probable que son intention consistait surtout à distinguer les régimes de ce type des systèmes proprement totalitaires de l’époque.

Encore une fois, il faudrait se replacer dans le contexte des années 1960 pour réaliser combien Linz faisait fi des conventions idéologiques. Le fait que, travaillant dans une université américaine, il avait cependant effectué auparavant ses études secondaires et ses études de droit dans l’Espagne franquiste [4]Il n’avait pas voulu fréquenter le Gymnase (lycée) allemand de…, expliquait en partie cette effronterie. Contrairement à ses collègues, il savait de quoi il parlait. Il n’ignorait pas qu’il subsistait à Madrid une élite intellectuelle estimable en dépit de son conservatisme d’ailleurs incertain, spécialement l’un de ses maîtres, Francisco Javier Conde [5]Francisco Javier Conde García (1908-1975) :…, et que l’analyse du cadre politique dans lequel ils se trouvaient insérés par force n’était pas dépourvu d’intérêt. Surtout, par-delà cette expérience, Linz était un esprit libre. Une anecdote qu’il rapporte lui-même en témoigne. Il se souvient qu’étudiant à Columbia vers 1950, il suivait aussi bien les cours d’initiation aux enquêtes de marché de Paul Lazarsfeld que les enseignements de libéraux de gauche comme Robert Lynd et Seymour Martin Lipset, ou ceux d’un « fasciste » (dit-il) tel que Kingsley Davis. Ses camarades se divisaient en clans idéologiques antagonistes, optant par réflexe sectaire – ou engagé – pour l’un ou l’autre de ces professeurs. Lui les côtoyait tous, en vertu sans doute d’une prédisposition à la neutralité axiologique qui lui venait, estime-t-il à présent, de sa formation universitaire première à la fois espagnole, juridique et marquée par un contexte franquiste qui recommandait de diversifier les sources d’information sans se fier à aucune [6]Anecdote reprise d’un entretien recueilli par Richard Snyder….

Cette mise au point permet d’aborder la définition du régime autoritaire pour ce qu’elle fut, une transgression productrice d’un progrès de la connaissance. Énonçons cette définition :

«Les régimes autoritaires sont des systèmes politiques caractérisés par un pluralisme politique limité, non responsable, dépourvus d’idéologie directrice élaborée mais reposant sur une mentalité caractéristique, sans volonté de mobilisation extensive aussi bien qu’intensive si ce n’est à certains moments de leur développement, et dans lesquels un leader ou parfois un petit groupe exercent un pouvoir dont les limites formelles sont mal définies bien qu’elles soient en fait très prédictibles. [7]LINZ J. J., “An Authoritarian Regime: The Case of Spain”, in:… »

Bien qu’issue d’une observation du régime franquiste, cette définition peut s’appliquer également aux gouvernements des présidents Salazar et Caetano au Portugal, au régime des colonels grecs, aux gouvernements militaires latino-américains des années 1964-1990, au gouvernement du président Lee à Singapour, à ce que fut longtemps celui de Taiwan, voire à la phase post-totalitaire du pouvoir communiste en Pologne (sous le Général Jaruzelski) et en Hongrie. Ses critères de repérage sont hiérarchisés, l’essentiel résidant dans la notion de « pluralisme limité et non responsable ». C’est du reste cet emploi du mot de pluralisme qui hérissait les tenants alors majoritaires du « voile d’ignorance » à plaquer sur ces régimes ; tous étaient « fascistes » pour eux, sans nuance aucune. Pourtant, il s’agissait bien d’un pluralisme, tronqué bien entendu, parent d’un optimum de Pareto mâtiné de bonapartisme [8]Voir, pour quelques éclaircissements, notre étude :…, pluralisme ouvert aux seuls secteurs disposés à accepter l’équilibre social existant, mais excluant tous les éléments enclins à modifier cet équilibre.

Bref, les régimes autoritaires de ce type étaient des gouvernements réactionnaires qui, dans des situations jugées critiques ou révolutionnaires, s’employaient à isoler par la force l’État de la société, tout en prêtant une écoute sélective aux éléments qui, acquis à l’ordre établi, se montraient par conséquent compatibles avec leurs objectifs primordiaux. Toutefois, les dirigeants autoproclamés de ces sortes de dictatures se refusaient à engager leur responsabilité devant les représentants de ces courants (comme dans un régime représentatif non parlementaire du type de celui de l’Allemagne impériale ou de la Suède d’avant 1915), dans la mesure notamment où une telle disposition aurait risqué d’ouvrir la voie à une ouverture réellement démocratique débouchant sur un pluralisme « illimité » (ce qu’il n’est jamais en fait). Dans cette lumière, il apparaît qu’à l’inverse, les régimes totalitaires aussi bien que démocratiques visaient ou visent toujours non pas à transformer l’État en bunker protégé contre la société, mais au contraire à fondre la société dans l’État s’agissant de l’idéal-type totalitaire, et à diffuser l’État dans la société dans le cas de son homologue démocratique.

Les autres attributs de l’autoritarisme apparaissent comme des traits dérivés des précédents. Il en va ainsi de l’absence d’idéologie entendue comme théorie sociale, qui ne se trouve contredite qu’à certains moments de la formation de ces régimes (en particulier au moment de leur mise en place où ils peuvent, à l’instar de l’État franquiste, emprunter le discours et la gestuelle d’un courant déjà « prêt à l’emploi », en l’occurrence le fascisme italien, hybridé avec des principes de la doctrine sociale catholique). En revanche, ces régimes s’appuient sur autre chose, que Linz appelle « mentalité » après le sociologue Theodor Geiger (1891-1952) : soit un composé d’attitudes conservatrices valorisées, d’opinions moralisantes et de préjugés réactionnaires qui déterminent, d’un côté, le soutien qu’une fraction variable et à l’occasion majoritaire de la population leur apporte et qui constituent, de l’autre, le « référentiel commun » des nouveaux gouvernants. Partant de là, on saisit pourquoi les systèmes autoritaires ne caressent guère de visée mobilisatrice, si ce n’est à leurs débuts où il leur faut s’imposer en occupant temporairement le terrain social. Mais par la suite, ou bien les secteurs qui leur sont acquis le sont par avance, en vertu précisément d’une « mentalité » qui les y prédispose, ou bien ils ne peuvent demeurer qu’ennemis, irrécupérables, rebelles à toute mobilisation, au regard de dispositions mentales inversées par rapport à celles des soutiens de l’autoritarisme. La spécificité de la répression autoritaire et sa différence d’avec l’exercice de la terreur totalitaire découlent de cette dichotomie. Faute de pouvoir envisager la possible conversion du secteur ennemi, la répression autoritaire a son élimination au besoin physique comme objectif exclusif mais limité (ce que Franco ou encore Pinochet, par exemple, ont fait méthodiquement). En revanche, les systèmes totalitaires achevés – le pouvoir stalinien, ou khmer rouge – ambitionnent de diffuser une terreur universelle, qu’ils doivent en conséquence faire peser comme menace latente et permanente sur l’ensemble de la population, sans que personne ne sache jamais s’il est considéré en tant qu’ennemi ou en tant qu’ami (les positions changent sans préavis).

Ce contraste entre l’autoritarisme et le totalitarisme prolonge celui qui s’observe au niveau de l’idéologie et de la volonté de mobilisation. Il se retrouve aussi sur les deux autres plans présents dans la définition de Linz (plans qui se rejoignent d’ailleurs).

Qu’ils soient leader unique ou petit groupe, nantis ou non d’un charisme, le ou les dirigeants autoritaires n’exercent leur tout-puissance qu’en apparence. Leur faiblesse ne tient cependant pas au risque des révoltes d’appareil qui, comme dans les systèmes totalitaires, feraient surgir le poignard qui les frapperait (comme cela s’est passé symboliquement pour Staline). Elle résulte du mandat tacite qui leur a été confié par leurs partisans et les secteurs dominants de l’économie et de la société. Il ne s’agit assurément pas de responsabilité ministérielle, de possible mise en minorité comme le remarque Linz. Mais il n’empêche : il y a bien des frontières que les chefs des régimes autoritaires ne peuvent transgresser sous peine de se retrouver isolés, abandonnés par leurs « actionnaires ». S’ils peuvent diviser pour régner à l’instar de Franco, c’est seulement jusqu’à un certain point.

Le Breakdown of Democratic Regimes ou le retour des acteurs

Moins visible au premier regard, la portée scientifique du volume introductif au Breakdown of Democratic Regimes [9]LINZ J. J., op. cit., 1978. Résumé en français dans… est pourtant plus capitale encore que celle référée à la définition de l’autoritarisme en tant que régime à pluralisme limité. En effet, Linz y introduit trois nouveautés méthodologiques de première grandeur, accompagnées en supplément d’une considérable innovation d’ordre substantiel. Avec cela, il annonce déjà dans ce volume tous ses travaux ultérieurs sur les « transitions démocratiques » d’après 1974-1975 [10]Ces études sur les transitions se trouvant couronnées par les….

La première des nouveautés méthodologiques s’inscrit dans la primauté que le Breakdown assigne au rôle des artisans des démocratisations et de leurs adversaires dans la réussite ou l’échec de celles-ci. Plus question ici d’une vision commandée par les préconditions économiques et sociales de la démocratie, dans la ligne homologuée par Seymour Martin Lipset en 1959 [11]LIPSET SEYMOUR M., “Some Social Requisites of Democracy:… (vision ultra-déterministe, où la démocratie politique apparaît comme la cerise qui viendrait couronner le gâteau du développement dans des sociétés dominées par les classes moyennes urbaines). Certes, le nouveau « paradigme linzien » ne remet pas en cause ces préconditions réputées favorables ou défavorables à l’enracinement de régimes libéraux. Il se borne à ne pas les mentionner, suggérant que les architectes des démocraties à instaurer ou à restaurer doivent opérer avec ce dont ils peuvent disposer et sur la société qui est la leur.

Ce tournant anticipe d’un bon nombre d’années sur les orientations de la « transitologie [12]Selon la formule ironique de Philippe Schmitter (Voir :… », telles qu’elles seront développés en particulier par Guillermo O’Donnell, Philippe Schmitter ou surtout Adam Przeworski [13]PRZEWORSKI A., “The Games of Transition”, in: MAINWARING S.,…, dans une perspective influencée par les théories des jeux, de l’individualisme méthodologique et du choix rationnel. Ce faisant, sur la base notamment d’un examen des expériences ratées de la République de Weimar en Allemagne (1919-1933) et de la Seconde République espagnole (1931-1936), mais aussi de l’opulente Argentine des années 1920 ou des pays baltes, Linz montre combien des sociétés dont certaines satisfaisaient amplement la « pré-conditionnalité démocratique » ont vu, pendant l’entre-deux guerre, leurs fragiles démocraties tomber autant sous les coups de groupes d’inspiration fasciste, nazie, communiste ou anarchiste qu’en vertu des conséquences perverses des tactiques et stratégies erronées des responsables démocratiques eux-mêmes.

C’est dans cette perspective qu’il prête une attention spéciale aux divers types d’opposants de principe ou de fait des démocraties en cours d’installation, à la lumière en particulier de sa distinction de l’opposition loyale (démocratique, disposée à alterner au pouvoir), semi-loyale (prête à s’associer à des formations non-démocratiques, à la manière des formations conservatrices allemandes de l’époque de Weimar) et proprement déloyale (à la façon des nazis ou des communistes en Allemagne, ou des anarchistes et des phalangistes dans l’Espagne de cette époque). Il transparaît alors sous ce prisme que des partisans excessifs et violents de formes de démocratie trop radicales se révèlent au bout du compte comme des ennemis de la démocratie institutionnelle réelle et comme les adversaires les plus redoutables des démocrates modérés (on le verra aussi plus tard dans le Chili de l’Unité populaire, où les pressions révolutionnaires des courants d’extrême gauche contribuèrent beaucoup à la triste fin du gouvernement de Salvador Allende).

La deuxième innovation méthodologique offerte par Juan Linz dans le Breakdown of Democratic Regimes procède de l’usage lucide qu’il y fait de la notion de légitimité. Dès qu’il était question jusqu’à ce moment de démocratie ou de démocratisation, la notion de légitimité s’interprétait en général dans une acception idéaliste, marquée par la prétention hégémonique et l’aveuglement idéologique. Pour compter parmi les bien-pensants, il convenait de se persuader que la démocratie jouissait d’une légitimité non seulement sans pareille mais exclusive, absolument inatteignable et inimitable par les autres types de gouvernement. Face à cela, les démocraties étaient légitimes d’emblée, par nature, tandis que c’est à peine si les monarchies traditionnelles ou les gouvernements autoritaires, par exemple, pouvaient ne serait-ce qu’être légaux.

C’est donc à contre-courant que Juan Linz rappelle que cette valeur qui justifie et sublime l’obligation d’obéissance des gouvernés pour la rendre indolore ne peut se comprendre ainsi en bloc. Il s’aligne d’abord sur Max Weber pour poser que de multiples régimes étrangers à la démocratie ont bénéficié d’une légitimité réelle dans leur temps ou leur environnement. Surtout, il effectue deux mises au point. Il observe, en premier lieu, que les démocraties naissent rarement avec une pleine légitimité, cela même si les citoyens de fraîche date leur obéissent assez volontairement, sans que les gouvernants recourent à la force.

Mais en fait, pour que ces citoyens croient en la démocratie, lui fassent confiance et la considèrent comme un régime solide, susceptible de les protéger et d’améliorer leur existence, il importe qu’elle démontre au plus vite son efficacité et son efficience (le premier mot se rapportant à son action au jour le jour, le second à ses mérites plus long terme). Telle est la clé d’une légitimité conquise et non plus seulement revendiquée sur la base d’un argument idéologique. C’est là que Linz livre sa seconde mise au point sur la légitimité, en revenant une fois encore aux « fondamentaux » pour réintroduire la vieille distinction un peu oubliée entre la légitimité de principe et la légitimité d’exercice.

Ce qui le conduit à insister sur le fait navrant mais assez général que, quand bien même la légitimité de principe d’une jeune démocratie incapable de gouverner demeurerait intacte, c’est l’effondrement de sa légitimité d’exercice qui scelle sa défaite.

La troisième contribution méthodologique de l’introduction au Breakdown of Democratic Regimes procède de sa prise en compte de la dimension temporelle de l’action politique, plus précisément de l’utilisation appropriée ou non faite de la « ressource temps » dans des contextes de changement de régime ou de crise d’un gouvernement démocratique encore récent. C’est à ce sujet que Juan Linz emprunte le concept alors confidentiel d’agenda politique, en tant que métaphore couvrant l’ensemble des questions ou phénomènes reconnus comme justiciables d’un débat public ou d’une action gouvernementale.

L’appliquant en particulier à la gestion des crises des démocraties européennes durant l’entre-deux-guerres, il analyse sous cette lumière les choix cruciaux parce que gros de possibles effets pervers opérés dans ces contextes périlleux par les gouvernants et les dirigeants des formations politiques.

Pour se rendre légitimes, les démocraties à peine installées doivent se targuer le plus vite possible de bonnes performances – d’une efficience suffisante – dans divers domaines dont la sécurité, tout en repoussant – en « enterrant » – l’inscription à l’agenda de thèmes trop diviseurs ou de mesures trop difficiles à mener à bonne fin. L’urgence de la légitimation par l’exercice du pouvoir commande la survie du nouveau régime.

Autrement dit, pour ne pas succomber à leurs propres erreurs dès leurs premiers mois ou leurs premières années d’existence, les gouvernements démocratiques gagnent à résister au moins un temps aux demandes contre-productives et prématurées de leurs soutiens populaires ; cela afin de ne pas pousser à bout des secteurs plutôt hostiles mais susceptibles d’être rassurés et de se rallier à la démocratie par convenance sinon par conviction. L’histoire politique des années 1920-1930 ou 1945-1955 a tristement souligné que les « entrepreneurs en démocratie » d’Allemagne, de l’Europe centrale et méridionale ou, encore, de l’Amérique latine, étaient trop peu conscients de ce que le maniement du temps et de l’agenda politique était à la consolidation de la démocratie ce que l’or était naguère à la monnaie.

Reste à évoquer la nouveauté substantielle introduite dans l’introduction au Breakdown of Democratic Regimes. Celle-ci avait déjà été entrevue auparavant, puisqu’elle tient à l’immense culture historique de Linz, de façon plus exacte à sa sensibilité extrême aux tribulations politiques des sociétés européennes au cours des cinquante années médianes du XXe siècle. Se borner à parler de culture historique dans son cas engendre en effet l’idée d’une érudition surtout livresque.

C’est une toute autre chose qui se trouve en cause : une familiarité avec l’Europe entière, une compréhension intime de ses tribulations politiques, une proximité vécue avec l’Allemagne, l’Espagne et bien d’autres pays, des rencontres et des échanges innombrables, sans parler bien entendu de lectures infinies, mais de lectures multilingues, universalistes et profondément assimilées. De quoi s’agit-il au total ? D’une disposition personnelle rarissime, sur le plan notamment de la compétence linguistique, complétée par une attitude de sympathie et d’intelligence cosmopolites qui n’excluent aucunement une sorte très particulière de patriotisme éminemment ouvert (Linz est resté espagnol, sans que cela atténue d’un iota son attachement à l’Amérique, ni d’ailleurs à la France, à l’Italie, à l’Allemagne…).

D’où ce constat : Linz est unique en son genre, sans équivalent dans les sciences sociales. Bien que « star » de la sociologie politique « établie », il s’est positionné à l’inverse des pratiques de recherche courantes qui ont consisté et consistent toujours à ne s’appuyer que sur des travaux récents, publiés dans une langue hégémonique se réclamant un peu abusivement de l’anglais, et aboutissant de manière involontaire et à la limite navrante à afficher le « paroissialisme » (parochialism) de chercheurs « en réseau » soucieux surtout de se reconnaître les uns les autres dans leur manque d’originalité (on pense au paradigme kuhnien). Linz fut et demeure au contraire indifférent aux signes de reconnaissance de son milieu académique, inimitable en un mot. Ses références sont en cinq ou six langues, ou davantage, et ses analyses atteignent ce degré de subtilité qui requiert les lectures multiples, y compris entre les lignes. C’est ainsi que, dans le Breakdown, sans se préoccuper de le manifester clairement, il scelle la défaite des schémas développementalistes de type assez monocausal pour rétablir l’authenticité de la méthode comparative préconisée par Max Weber. Chaque développement politique est pour lui individuel dans son historicité, chaque phénomène a une causalité plurielle, et ce quand bien même les questions à poser sur chaque cas peuvent rester semblables. Partant de là, il va de soi que Linz n’a jamais semblé caresser l’ambition de créer une école au sens de la théorie abstraite. Trop savant pour cela ?

La dimension du temps politique

Il a déjà été question de l’attention novatrice que Linz a porté à la gestion temporelle des changements de régimes de gouvernement avant comme après 1945. Mais si le Breakdown of Democratic Regimes a sans nul doute lancé d’emblée la trajectoire post-déterministe des études ultérieures sur les transitions, il n’en est pas allé de même pour l’inclusion du temps dans le protocole d’analyse de l’action politique.

En insistant sur la valeur cruciale de l’agenda des « entrepreneurs en démocratie » face au défi d’une légitimation rapide de leur capacité de gouvernement – leur efficience, fondant la légitimité d’exercice du nouveau régime – il a sans conteste embrassé un aspect majeur de la prise en compte du facteur temporel en politique. Il demeure, pourtant, que cet aspect est loin d’en constituer la seule manifestation, et que le Breakdown n’apporte qu’une amorce sur ce plan.

Le temps, dans sa portée plus générale, se présente tout à la fois comme la toile de fond de l’action politique, comme une ressource politique spécifique à la manière de la ressource économique, idéologique ou discursive, et, dans une perspective différente, comme la matière nodale de l’art de la politique avec lequel il se confond.

Car, après tout, en particulier dans les démocraties, le travail des bons gouvernants consiste au premier chef à créer la confiance des gouvernés en leur offrant des résultats probants obtenus sur des terrains point trop minés, et, en revanche, à différer au besoin indéfiniment la considération d’autres problèmes à l’issue trop incertaine ou incontrôlable.

Dès lors, selon cette logique, se laisser enfermer dans un dessein d’accomplissement de promesses non seulement imprudentes mais grosses de nuisances supérieures aux bénéfices de popularité à escompter, revient pour les responsables politiques médiocres à manifester à terme plus ou moins rapproché leur incompétence et leur irresponsabilité, par conséquent l’illégitimité d’exercice du nouveau mode de gouvernement dont ils vantent pourtant la supériorité sur tout autre. Leur jeu s’apparente à celui de l’apprenti sorcier…

Libre à lui de me contredire, mais il m’apparaît dans cette perception élargie que l’attention portée par Juan Linz à l’agenda des transitions n’a représenté dans son cheminement intellectuel qu’une phase liminaire. Une étape qui a, certes introduit sa réflexion sur le temps politique, mais sans qu’il ait eu sur l’instant le loisir de l’appréhender avec le soin et la priorité qu’il méritait.

Le temps, en effet, ne se conçoit pas qu’au niveau de l’action des gouvernants et de leurs opposants, ou à ceux du rythme d’installation d’institutions nouvelles et de l’élaboration des politiques publiques.

Il est polymorphe. Il est d’abord simple « emploi du temps », au regard de sa réalité quotidienne ou hebdomadaire qui régit sans échappatoire la latitude d’intervention de l’acteur politique mais qui les différencie aussi entre eux (certains font un meilleur usage du temps que d’autres, quand par exemple ils résistent mieux à la fatigue, pour justement « fatiguer » l’interlocuteur). Par ailleurs, le temps prend figure également, on nous pardonnera l’image, de « carte météorologique » de la « navigation politique ».

C’est sans doute là que réside l’essentiel. Éviter d’agir à contretemps, savoir attendre, identifier l’environnement temporel opportun, savoir que tel sera condamné pour une action à un moment donné tandis que tel autre sera acclamé pour le même acte à un autre moment, telles sont les vertus cardinales du professionnel averti de la politique.

C’est à ce point que le temps devient ressource, transformé qu’il est en aliment principal de la politique depuis que la légitimité traditionnelle de « l’éternel hier » a cessé de compter.

C’est donc bien après le Breakdown of Democratic Regimes, que Linz a opéré un retour sur la dimension temporelle en l’envisageant dans sa plénitude. C’est ce qui se produit avec un premier article, au vrai encore inscrit dans la perspective des transitions, paru en 1986 en italien [14][14]LINZ J. J., “Il fattore tempo nei mutamenti di regime”, Teoria…. Puis sort en 1995 un ouvrage consacré en son entier à la question très temporelle de gouvernements par intérim [15]LINZ J. J., SHAIN Y., (eds.), Between States: Interim…, suivi en 1998  et 1999 [17][17]LINZ J. J., “Las restricciones temporales de la democracia”,… de deux études cette fois beaucoup plus exhaustives et, en 2002, d’une longue version en langue française de ceux-ci [18][18]LINZ J. J.,

« Les contraintes temporelles de la démocratie »,…. Mais c’est malheureusement ici que Juan Linz n’a pas fait école jusqu’à présent. L’espace temporel qu’il a commencé à débroussailler reste trop en friche, alors pourtant qu’il réserve un immense champ de découverte aux chercheurs. Il est vrai que le maître n’a jamais réellement cherché à faire école au sens usuel, en bâtissant un paradigme imposé à l’admiration d’imitateurs clientélisés. Ce dont Linz tire toujours son bonheur consiste à se sentir entouré de ses étudiants fidèles, de ses disciples, dans une sorte de relation étrangère à tout esprit de subordination, inscrite dans un échange socratique au coup par coup visant à aboutir l’étincelle révélatrice déclenchée par le précurseur qu’il est.

Notes

  • [1]LINZ J.J., “An Authoritarian Regime: The Case of Spain”, in: ALLARDT E., LITTUNEN Y., (eds.), Cleavages, Ideologies, and Party Systems. Contributions to Comparative Political Sociology, Helsinki, The Academic Bookstore, 1964, p. 291-341 (Transactions of the Westermarck Society). Revue et augmentée, cette étude-définition fut reprise plus tard dans “Totalitarian and Authoritarian Regimes”, in: GREENSTEIN F. E., POLSBY N. W., (eds.), Handbook of Political ScienceMacropolitical Theory (Vol. 3), Reading (Mass.), Addison-Wesley Publishing Co., 1975, p. 175-411 ; Totalitarian and Authoritarian Regimes, London, Boulder, Lynne Rienner Publishers, 2000.
  • [2]LINZ J. J., The Breakdown of Democratic Regimes, vol. 1, Baltimore, The Johns Hopkins Press, 1978. Les trois autres volumes du Breakdown sont des ouvrages collectifs dirigés conjointement par J. J. Linz et A. Stepan.
  • [3]L’expression est empruntée à Pitirim Sorokin, qui assimilait cette frénésie quantitative à un obstacle à « l’imagination sociologique ». Pour sa part, Linz a, il est vrai, marié cette imagination sociologique à la prise en compte minutieuse des données quantitatives.
  • [4]Il n’avait pas voulu fréquenter le Gymnase (lycée) allemand de Madrid, alors sous contrôle nazi, lui préférant un établissement espagnol.
  • [5]Francisco Javier Conde García (1908-1975) : Constitutionnaliste, initiateur en Espagne de la science politique dans son orientation juridique. Formé en Allemagne, disciple de Carl Schmitt dont il fut le traducteur, mais paradoxalement proche du Parti socialiste, il enseigne à Berlin en 1936. De retour en Espagne, il obtient en 1941, non sans problèmes, la chaire de droit politique de l’Université de Madrid, qu’il occupera jusqu’à sa mort. Ses travaux les plus marquants portent sur les modes de domination selon Max Weber.
  • [6]Anecdote reprise d’un entretien recueilli par Richard Snyder les 25 et 26 avril 2004, à paraître dans Passion, Craft, and Method in Comparative Politics.
  • [7]LINZ J. J., “An Authoritarian Regime: The Case of Spain”, in: ALLARDT E., LITTUNEN Y., (eds.), op. cit., 1964, p. 255.
  • [8]Voir, pour quelques éclaircissements, notre étude : « L’autoritarisme », dans GRAWITZ M., LECA J., (dir.), Traité de science politique : les régimes politiques contemporains, vol. II, Paris, PUF, 1985, p. 269-312.
  • [9]LINZ J. J., op. cit., 1978. Résumé en français dans « L’effondrement de la démocratie. Autoritarisme et totalitarisme dans l’Europe de l’entre-deux-guerres », Revue internationale de politique comparée, 11 (4), 2004, p. 531-586.
  • [10]Ces études sur les transitions se trouvant couronnées par les Problems of Democratic Transition and Consolidation, Baltimore, The Johns Hopkins Press, 1996, écrites en collaboration avec Alfred Stepan.
  • [11]LIPSET SEYMOUR M., “Some Social Requisites of Democracy: Economic Development and Political Legitimacy”, American Political Science Review 53 (1), March 1959, p. 69-105.En ligne
  • [12]Selon la formule ironique de Philippe Schmitter (Voir : SCHMITTER P. C., KARL T. L., « Les modes de transition en Amérique latine, en Europe du Sud et de l’Est », Revue internationale des sciences sociales (128), mai 1991, p. 285-302).
  • [13]PRZEWORSKI A., “The Games of Transition”, in: MAINWARING S., O’DONNELL G., VALENZUELA S. (eds.), Issues in Democratic Consolidation. The New South American Democracies in Comparative Perspective, Notre Dame, University of Notre Dame Press, 1992, p. 105-152.
  • [14]LINZ J. J., “Il fattore tempo nei mutamenti di regime”, Teoria politica 2 (1), 1986, p. 3-47. Il existe une version espagnole modifiée de cette étude : El factor tiempo en un cambio de régimen, Mexico, Instituto de estudios para la transición democrática, 1994.
  • [15]LINZ J. J., SHAIN Y., (eds.), Between States: Interim Governments and Democratic Transitions, Cambridge, Cambridge University Press, 1995.En ligne
  • [16]LINZ J. J., “Democracy and Time”, International Political Science Review 19 (1), January 1998, p. 19-37.En ligne
  • [17]LINZ J. J., “Las restricciones temporales de la democracia”, in: SANTISO J., SCHEDLER A., comp., Tiempo y democracia, Caracas, Editorial Nueva Sociedad, 1999, p. 27-56.
  • [18]LINZ J. J., « Les contraintes temporelles de la démocratie », dans SANTISO J., (dir.), À la recherche de la démocratie. Mélanges offerts à Guy Hermet, Paris, Karthala, 2002, p. 13-41.

4 réponses »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :