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LE GLISSEMENT AUTORITAIRE DU RÉGIME VA-T-IL SE POURSUIVRE ?

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LA DÉMOCRATIE SE PERVERTIT EN AUTORITARISME

La gestion publique est confrontée à bien des difficultés – et la pandémie n’est pas la principale – qui conduisent à des pratiques institutionnelles éloignées de la démocratie, de son éthique et de son fondement constitutionnel. La démocratie demande du courage et de la considération pour les acteurs publics et privés qui doivent etre associés à la vie publique.

L’autoritarisme se développe sur un manque de culture démocratique et d’expérience managériale, et la facilité de la réponse technocratique – parfois d’un seul homme ou de l’exécutif seul. Il est mis en œuvre par des dirigeants qui pensent appréhender la bonne solution technique – trouvée dans les notes d’experts – aux problèmes et avoir la capacité de l’imposer aux citoyens et parties prenantes.

Machiavel en livre de chevet

La pratique technique du pouvoir de Machiavel tient en une note d’une page ou deux facile à appréhender. Bien sur on peut le lire et le relire pour bien en imprégner son action quotidienne et ses postures, comme peu d’hommes politiques avouent le faire. Sa simplicité – apparente pour certains passionnés – lui donne toute sa dangerosité.

Pourquoi – quand l’habileté et l’intelligence de surface suffisent pour séduire – s’embarrasser à débattre et réfléchir, étudier et définir des scenarios, construire collectivement les réponses et les mises en œuvre ?

Le souci d’efficacité et l’urgence de certains dossiers suffisent ils à légitimer une gouvernance a-démocratique, une gouvernance qui n’en est pas une ?

Les différentes crises, économique, sanitaire, démocratique aussi, peuvent-elles justifier les atteintes à la démocratie et à ses fondamentaux : débat, transparence, respect de la liberté de la presse, séparation des pouvoirs, contrôle du législatif sur l’exécutif, participation des citoyens et des parties prenantes ?

Nos publications traitent regulièrement de ces aspects.

Citons les dernieres relatives aux travaux de JUAN LINZ

AUTORITARISME, DÉMOCRATIE : FRONTIÈRES ET GLISSEMENTS, THÉORIE ET RÉALITÉ. AVEC JUAN LINZ ET GUY HERMET https://metahodos.fr/2021/05/06/autoritarisme-democratie-et-neutralite-axiologique-chez-juan-linz/

RETOUR SUR LES TRAVAUX DE JUAN LINZ. RÉGIMES AUTORITAIRES, EFFONDREMENT DE LA DÉMOCRATIE…https://metahodos.fr/2021/05/10/retour-sur-les-travaux-de-juan-linz-et-leur-reception-extrait-de-lentretien-avec-juan-j-linz/

et également:

LA GOUVERNANCE : UNE MANIÈRE ÉTHIQUE DE PENSER, ET UN ART EFFICIENT, DE GÉRER L’ACTION PUBLIQUE.https://metahodos.fr/2021/05/08/gouvernance-et-ethique/

Dominique Reynié avertissait sur LCI :

« Etre dans une crise sanitaire oblige les systèmes démocratiques oblige les gouvernants à être plus autoritaires. La situation va « autoritariser » les systèmes démocratiques.« 

Selon Dominique Reynié, il y a en France une « culture de l’Etat central. Mais au lieu d’aller vers une émancipation, que les Français approuveraient, on a fermé le système politique sur une demande d’Etat. »

« Il me semble que nous avons un grand sujet : la redéfinition de l’Etat, son rôle. (…) Il faut imaginer moins des gouvernants qui vont nous dire ce qui est bien pour nous. »

Pour prolonger nos reflexions, nous vous proposons cet article de Adam Baczko et Gilles Dorronsoro. Si le risque de guerre civile est négligeable en France, sa dénonciation est avant tout le prétexte à une érosion des libertés publiques, estiment les politologues.

ARTICLE

COMMENT LE SPECTRE DE LA GUERRE CIVILE PRÉPARE UN GLISSEMENT AUTORITAIRE


par Adam Baczko, chargé de recherches CNRS, Ceri-Sciences-Po et Gilles Dorronsoro, professeur de science politique, université Panthéon-Sorbonne, CESSP, directeur du programme de recherche européen Social Dynamics of Civil Wars – 6 mai 2021 – LIBERATION

La récente tribune de quelques généraux factieux dans Valeurs actuelles s’inscrit dans une prolifération inquiétante d’interventions publiques qui mettent en avant un risque de guerre civile. Cette fascination pour la violence et la guerre fait écho à ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique où les suprémacistes blancs, un élément maintenant incontournable du Parti républicain, annoncent régulièrement un affrontement violent avec le gouvernement fédéral. La généalogie de ce thème, qui pourrait avoir son importance dans la campagne présidentielle, mérite qu’on s’y arrête.

A l’extrême droite, l’obsession de la guerre civile s’articule étroitement à l’idée d’un ennemi intérieur : judéo-bolcheviques, francs-maçons, juifs ou musulmans selon les époques et de façon non exclusive. Ainsi, les «hordes» musulmanes des banlieues, instrument du «grand remplacement» constitueraient une menace contre la «civilisation française» avec la complicité d’une gauche livrée à l’«islamo-gauchisme».

Mais, la nouveauté est finalement l’adoption de ce thème dans les partis de droite, d’où les déclarations de Rachida Dati approuvant les idées de la tribune citée plus haut, ou celles de Xavier Bertrand qui, dans une tribune parue dans le Monde mardi, dénonce «la confrontation entre les Français au risque de la guerre civile». A cet égard, le terme de «séparatisme», maintenant solidement installé dans le débat public, est une référence directe à une situation de guerre. L’approche de l’élection présidentielle avec une marginalisation de la gauche et une compétition entre la droite et l’extrême droite pour le vote Les Républicains (LR) explique pour partie cette extraordinaire hystérisation du débat politique.

Polarisation délétère


Or, pour nous qui travaillons sur des guerres civiles, rien n’indique que la France est aujourd’hui entrée dans une telle dynamique. Les différences entre la polarisation délétère qui affecte la société française et une logique de guerre civile sont nombreuses et évidentes.

D’abord, aucune organisation structurée ne mène actuellement des opérations militaires sur le sol français. Rudimentaires dans leur organisation (attaque au couteau, voiture bélier), les attentats revendiqués par l’Etat islamique sont le fait d’individus dont les actions sont meurtrières et suicidaires, sans perspective politique. La dénonciation du «séparatisme» islamique, l’obsession du moment, occulte la faible organisation des musulmans (en comparaison des juifs orthodoxes ou des catholiques), l’absence d’un parti politique qui les représenterait ainsi que leur rejet quasi unanime de la violence politique.

Ensuite, il n’y a ni sanctuaire, où des groupes armés pourraient organiser des «territoires libérés», ni soutien d’un Etat voisin, ce qui est pratiquement une condition nécessaire à une guerre civile. Malgré les annonces chocs sur les «territoires perdus» de la République, les banlieues ne forment certainement pas des espaces homogènes, et la crise sociale ne conduit pas à des formes d’autonomisation, la délinquance étant à cet égard une forme perverse d’intégration, ce qui explique peut-être que les jihadistes sont rarement issus des banlieues les plus dures.

Les ZAD, les seuls territoires à proposer des formes alternatives d’organisation, ont à l’évidence un impact bien trop limité pour menacer le pouvoir d’Etat. Une partie de la gauche radicale fantasme peut-être la violence manifestante comme l’annonce d’un grand soir, mais la réalité, plus prosaïque, montre l’absence de militants professionnels et de pratiques clandestines.

Transformation des institutions


Des violences sociales ne sont certainement pas à exclure. La réélection d’Emmanuel Macron ouvrirait probablement une nouvelle phase de réformes néolibérales (retraites, chômage, privatisation des services publics) avec les dégâts sociaux qui en découleront. Des affrontements dans les manifestations ou des épisodes émeutiers sont probables. L’élection de Marine Le Pen aurait probablement des conséquences plus graves, mais, là aussi, l’efficacité des forces de l’ordre à réprimer les mouvements sociaux (on l’a vu avec les gilets jaunes) ou à démanteler les réseaux jihadistes n’est pas fondamentalement en jeu.

Ceci nous conduit à un dernier point : si le risque de guerre civile est négligeable, si les forces de l’ordre peuvent réprimer les contestations sociales et politiques, pourquoi ces références obsessionnelles dans le débat public ? Dans le contexte français, la dénonciation d’un risque de guerre civile est avant tout le prétexte à une transformation des institutions, à commencer par le droit, dans le sens d’un glissement autoritaire.

De nombreux textes de lois ont érodé les libertés publiques : mesures administratives qui limitent les droits fondamentaux, mise en cause du droit de manifester, surveillance de plus en plus intrusive sur Internet. Si l’islamisme est en principe la cible, on sait que la loi est susceptible d’être appliquée beaucoup plus largement : on se souvient ainsi des militants écologistes assignés à résidence en 2015 dans le cadre de l’état d’urgence, dont les lois récentes intègrent les principales dispositions. On ajoutera qu’au sein de la police et de l’armée, le vote Rassemblement national (RN) est désormais massif (40 % ou plus), ce qui est particulièrement inquiétant.

Or, dans un futur prévisible, le suicide politique de la gauche a réduit le choix électoral entre la droite et l’extrême droite ; le jeu de l’alternance, normal dans une démocratie, fait que l’accession au pouvoir du RN est probable à terme. Dans cette hypothèse, il hériterait d’un arsenal législatif et réglementaire, ainsi que de pratiques bien installées au sein de l’administration, dont les potentialités autoritaires sont proprement effrayantes. On voit la facilité avec laquelle la France pourrait basculer dans une situation comparable à celle de la Pologne ou de la Hongrie, deux régimes pour lesquels le RN ne cache pas son admiration, en ménageant quelques formes démocratiques pour garder des financements européens.

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