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DÉPARTEMENTALES : « POUR LE «VIEUX MONDE», UNE RÉSISTANCE AUX AIRS DE REVANCHE »

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Départementales : pour le «vieux monde», une résistance aux airs de revanche

par Dominique Albertini et Nina Jackowski, publié le 16 juin 2021, LIBERATION

Dimanche, hormis à Paris, Lyon, en Corse, ainsi qu’en Guyane et en Martinique pour l’outre-mer, on votera deux fois. Pour les régionales, qui mobilisent médias nationaux et instituts de sondages, mais aussi pour les départementales. 15 788 candidates et candidats formant, depuis la réforme électorale de 2014, 7 894 binômes femmes-hommes, dans 2 054 cantons. Depuis 2015, la droite classique est majoritaire dans 64 des conseils départementaux, notamment chargés de l’entretien des routes, des collèges ou encore de la gestion de plusieurs aides sociales parmi lesquelles le revenu de solidarité active (RSA) dont les bénéficiaires ont augmenté avec la crise économique et sociale consécutive à la crise sanitaire.

Le parti Les Républicains en dirige 37, l’UDI et les Centristes 9 (plus 18 divers droite). La gauche préside encore 28 exécutifs départementaux (24 pour le PS, 1 pour les radicaux, 1 pour le PCF et 2 pour les divers gauche). Avec le concours du Modem et de quelques transferts venus de la droite après 2017, la majorité présidentielle en a 4 et le Rassemblement national aucun. L’avènement du «nouveau monde» dans cet échelon issu de la Révolution française, souvent appelé à disparaître, mais bien enraciné, devrait attendre encore quelques mandats.

A droite, la préservation des acquis

A l’ombre de régionales moins sereines qu’espéré, les départementales seront-elles la consolation de la droite ? On veut y croire chez Les Républicains (LR), parti le mieux implanté à cet échelon. A l’issue du précédent scrutin, en 2015, la droite – LR, centre droit ou «divers» – contrôlait environ deux départements sur trois. Seul le sud-ouest restait globalement étanche à cette vague bleue.

Six ans plus tard, elle s’attend à conserver l’essentiel de ces positions. Certes, «on sort d’une période où l’on a gagné beaucoup de choses, parfois à un ou deux sièges près, note un cadre de LR. Il y a donc un petit risque de reflux». Mais les dirigeants LR se jugent favoris d’un scrutin offrant de fortes primes aux sortants et aux notabilités locales. «Les départementales sont un peu les troisième et quatrième tours des municipales, explique un député LR. Il y a peu de mystère : là où nos maires sont candidats, ils seront élus, à quelques épiphénomènes près.»A lire aussi

Pourrait aussi y contribuer la tenue simultanée des élections régionales, où concourent plusieurs poids lourds de la droite. «Quand l’électeur aura choisi pour la région Bertrand [dans les Hauts-de-France], Wauquiez [en Auvergne-Rhône-Alpes] ou Pécresse [en Ile-de-France], il aura tendance à être cohérent dans son choix pour le département, poursuit notre député. C’est toute la finesse du maire que de savoir quelle urne placer en premier dans le bureau de vote !»

On compte bien quelques points chauds sur la carte électorale. Dans l’Allier, l’Aisne, la Charente, la Creuse, les majorités de droite sont fragiles. On s’inquiète aussi chez LR d’un possible retour à gauche de la Seine-Maritime, voire des Bouches-du-Rhône. Dans le Nord, le président sortant, Jean-René Lecerf (ex-LR), ne se représente pas, et la droite part divisée. On y spécule sur les intentions d’un candidat bien particulier, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, également candidat aux régionales. Passé au macronisme, l’ex-maire de Tourcoing reste influent sur la droite locale. Cherchera-t-il, en fin de quinquennat, à récupérer la présidence du département ?

Ailleurs, on rêve de conquête. C’est le cas en Loire-Atlantique, dans le Lot-et-Garonne, le Gard ou encore le Val-de-Marne, dernier département de France détenu par le Parti communiste. «Si les gens votent comme l’an dernier, c’est gagné», parie-t-on, en référence aux municipales de 2020 : quatre communes du «94» avaient alors viré du rouge au bleu, certaines pour la première fois depuis la Libération. Un gain net de deux cantons, sur les vingt-cinq du département, suffirait pour gagner cette collectivité, calcule-t-on à droite. Cas délicat : celui des Pyrénées-Orientales, que l’on verrait avec intérêt passer à droite… à condition que le potentiel président LR n’ait pas besoin, pour être désigné, des voix des élus RN.

Comme aux régionales, cette campagne départementale a vu certains rapprochements avec le parti présidentiel. Relativement dépolitisé, l’échelon s’y prête, d’autant que les investitures pour le scrutin sont gérées au niveau local et que plus d’un représentant de LREM est issu de la droite. Dans l’Eure, celle-ci a bien dû composer avec l’ex-président LR du département, Sébastien Lecornu. Ministre des Outre-Mer d’Emmanuel Macron, celui-ci reste l’homme fort du territoire : impossible de lui déclarer la guerre, sauf à faire exploser la droite locale.

Une certaine crispation a tout de même entouré le ticket formé par le maire LR de Colmar (Haut-Rhin), Eric Straumann, et la ministre macroniste Brigitte Klinkert. Ex-membre de LR, ancienne présidente du département jusqu’à son entrée au gouvernement en juillet 2020, celle-ci est en même temps… tête de liste LREM dans le Grand Est pour les régionales, contre le sortant LR Jean Rottner ! Dans le Finistère, enfin, c’est un ex-membre de LR, Maël de Calan, qui pourrait l’emporter. Mais on y verrait d’abord, à droite, la victoire d’un élu «Edouard Philippe-compatible», et donc, à ce titre politiquement suspect.

Infographie – Départementales : La couleur politique des présidents sortants (Alice Clair/Julien Guillot)

A gauche, s’allier pour ne pas perdre pied

L’union comme dernier recours. Traumatisée par sa déroute de 2015, la gauche avance, dans ces départementales, beaucoup plus rassemblée qu’aux élections régionales. Il y a six ans, près de la moitié de ses possessions était tombée dans l’escarcelle de la droite. Dont la Corrèze, fief chiraquien arraché en 2008 par François Hollande avant de devenir chef de l’Etat. Seul un département sur quatre, concentrés dans la bulle rose du Sud-Ouest, avait résisté à la déferlante bleue. La leçon de l’union semble, à première vue, retenue. Dans 60 % des départements, le Parti socialiste (PS), Europe Ecologie-les Verts (EE-LV) et le Parti communiste (PCF) ont désigné des binômes communs, dès le premier tour.

Selon les écologistes, la gauche serait en capacité de décrocher «au moins quinze» départements supplémentaires. L’objectif : revenir à leur niveau d’avant 2015. «C’est peut-être ambitieux», tempère Pierre Jouvet, secrétaire national du PS chargé des élections et lui-même conseiller dans la Drôme. Le maire de Saint-Vallier vise plutôt «une dizaine» de départements. Le PS cible notamment ces anciens fiefs du Nord, des Bouches-du-Rhône, de la Seine-Maritime ou encore le Vaucluse, les Côtes-d’Armor et la Drôme.

Alors que les régionales s’annoncent très compliquées pour la gauche, les socialistes espèrent préserver cet enracinement local pour ne pas disparaître, à terme, de la cartographie politique française. Jouvet dit compter sur les déboires actuels des Républicains (LR), «tiraillés» entre la majorité présidentielle et le Rassemblement national (RN) pour chiper à la droite quelques exécutifs et se présenter en vainqueur de ces élections le 27 juin prochain.

Cette stratégie d’union a été facilitée par un mode de scrutin – binominal – qui permet de mettre deux couleurs sur le même bulletin de vote. S’allier dès le premier tour s’avérait donc essentiel pour passer la barre des 12,5 % des inscrits, nécessaire pour se qualifier pour le second. Surtout avec une forte abstention annoncée. «Une faible participation va sans doute empêcher des possibilités de triangulaire», note ainsi Jouvet.A lire aussi

Ces tickets prennent donc toutes les couleurs possibles. A Dijon, par exemple, les écologistes, dans l’opposition au maire PS, François Rebsamen, seront avec les roses pour tenter de détrôner le centriste François Sauvadet en Côte-d’Or. «Ces alliances sont possibles car il n’existe pas de fractures majeures sur les compétences départementales», explique Hélène Hardy, déléguée nationale aux élections d’EE-LV.

«Interminables débats», «longues discussions», «cas par cas»… Les dirigeants de gauche interrogés soulignent les difficultés à créer ces alliances. Car derrière les sourires des affiches électorales, une bataille pour le leadership se joue aussi. «Depuis 2015, le rapport de force a changé entre les écologistes et la gauche en termes de puissance électorale», rappelle-t-on à EE-LV. Après les bons scores des écolos aux européennes de 2019 et aux municipales de 2020, les Verts aspirent à plus de place dans les majorités départementales, où ils sont historiquement absents.

Au risque de mettre en péril le bastion communiste du Val-de-Marne, que rêve de conquérir la droite ? EE-LV se présente ainsi dans plusieurs cantons, face aux candidats de l’union de la gauche. «Celui qui avait l’habitude d’être le plus fort a du mal à accepter qu’il le soit moins», justifie-t-on chez les écolos. Mais dans ce fief communiste, dirigé par le PCF depuis 1968 (excepté une parenthèse entre 1970 et 1976), les rouges se divisent eux aussi : à Vitry-sur-Seine, le binôme investi par le président sortant, Christian Favier, est ainsi challengé par des communistes dissidents.

De son côté, La France insoumise (LFI) fait plutôt cavalier seul. Elle n’a rejoint l’union de la gauche que dans 20 % des départements, comme en Meurthe-et-Moselle. «Moins sectaires que la direction de LFI, certains ont fait des choix différents et c’est tant mieux», note Jouvet. Une «exception LFI» liée aux consignes nationales pour écarter toute alliance avec le PS. En cause, les mauvais souvenirs du quinquennat Hollande et des désaccords sur la gestion de certains départements socialistes.

«Mais nous nous sommes mis d’accord pour des pactes de non-agression», insiste Martine Billard à LFI. Pour cette proche de Jean-Luc Mélenchon et ancienne députée des Verts à Paris, les insoumis ont choisi, à défaut d’union, de ne pas «jouer la politique du pire», en ne présentant pas de candidats là où le PS avait déjà ses propres binômes dans des départements où la gauche se trouve en difficulté comme dans l’Indre ou les Vosges.

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