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« UN ÉTRANGE SENTIMENT D’AUTORITÉ À GÉOMÉTRIE VARIABLE », POUR UNE SORTIE DE MANDAT ET UNE ENTRÉE EN CAMPAGNE.


LE CAP PRÉSIDENTIEL DES MOIS À VENIR

« Le chef de l’État a annoncé, lundi, l’obligation vaccinale pour les personnels de santé et l’extension du pass sanitaire à de nouvelles activités. Dans son allocution, le président sortant a indiqué le cap de sa stratégie pour les mois à venir« , analyse le spécialiste en communication, Arnaud Benedetti dans l’article que nous proposons.

Arnaud Benedetti est professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne. Il est rédacteur en chef de la revue politique et parlementaire. Il a notamment publié Le coup de com’ permanent (éd. du Cerf, 2018) dans lequel il détaille les stratégies de communication d’Emmanuel Macron.

ARTICLE

ALLOCUTION DE 20H : «EMMANUEL MACRON FAIT DE L’AUTORITARISME SANITAIRE UN ARGUMENT DE CAMPAGNE»

Par Arnaud Benedetti, Le Figaro, 13 juillet 2021

Tout l’enjeu de la nouvelle adresse présidentielle consistait à articuler l’immédiat et la suite, le moment épidémique et la perspective présidentielle, le Macron sanitaire et le Macron candidat, sans que l’un ne court-circuite l’autre pour rendre inaudible le tout.

Dos à la Tour Eiffel, symbole technico-industriel d’un positivisme sûr de lui-même, au sein de ce palais éphémère – dont l’appellation même énonçait dans une correspondance aussi latente qu’inquiétante tout ce que le contenu discursif du président conduit quelque part à estomper par touches successives, une certaine idée tout autant de la liberté que du sens du social – Emmanuel Macron aura tout le long de son intervention cherché à «jointer» l’urgence et le moyen terme, l’été 2021 et le printemps 2022.

L’artifice rhétorique n’eut d’autre choix que de recourir à la communication du tour de vis, mixte tout à la fois de discours de la servitude sanitaire et de discours de la méthode à venir. Arnaud Benedetti

L’artifice rhétorique n’eut d’autre choix que de recourir à la communication du tour de vis, mixte tout à la fois de discours de la servitude sanitaire et de discours de la méthode à venir, polissant une autorité de circonstance ou de rencontre comme projet d’une société à laquelle on annonça comme une promesse de vaccins , de pass sanitaire et de sueur à venir. Du moins de liberté au nom de l’impératif hygiéniste au moins de social au nom de l’impératif économique, Emmanuel Macron a délivré un programme d’une certaine efficacité pour complaire à tout ce que les segments de centre-droit mais aussi de centre-gauche comportent de comptables ou consuméristes, aussi libéraux économiquement qu’illibéraux politiquement.

À n’en pas douter, de ce côté-là, on applaudira à la massue communicante du président tant elle correspond à la soif d’alignement sur un modèle crypto-asiatique à laquelle aspire dans le fond une partie de cet électorat.

La fermeté affichée du président aura laissé hors champ, ou presque, la question régalienne, suscitant par la même occasion un étrange sentiment d’autorité à géométrie variable. Arnaud Benedetti

Clairement, l’Élysée aura indiqué le cap de sa stratégie pour les prochains mois : parachever le travail de triangulation commencé depuis le début du mandat, soulever le couvercle du réformisme à tout le moins sémantiquement pour payer en symboles son socle électoral frustré par les accidents sociaux et sanitaires du quinquennat, verrouiller psychologiquement les récalcitrants et les négligents au tout-vaccinal pour muscler son crédit d’autorité. Cette bureaucratisation technicienne que légitime toujours plus la peur du virus a trouvé dans la propension administrative française le terreau propice à son accomplissement ; elle n’en demeure pas moins problématique tout à la fois au regard de la conception que nous nous faisons du régime de nos libertés publiques et du modèle de société que nous envisageons.

Au passage, la fermeté affichée du président aura laissé hors champ, ou presque, la question régalienne, suscitant par la même occasion un étrange sentiment d’autorité à géométrie variable. Si Emmanuel Macron passe outre ces réserves, sans doute le fait-il en pariant sur l’indifférence grandissante dont l’opinion paraît faire preuve, plus soucieuse de s’accommoder à des mesures contraignantes, voire préoccupantes que de les interroger ou de les mettre en doute, comme si aussi le consommateur avait définitivement pris le pas sur le citoyen… Faut-il vraiment s’en réjouir ?

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