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ALBERT CAMUS, « LA PESTE ». COMMENT LES LIVRES CHANGENT LE MONDE.



1947 : ALBERT CAMUS, « LA PESTE »

LE 07/07/2021, FRANCE CULTURE, par Régis Debray et Didier Leschi

Certaines œuvres ont la vertu de transcender leur date de parution, prenant la force d’une allégorie, pour quelles raisons ?

La Peste est un roman français qui occupe les rayons des librairies en 1947, le Covid est une épidémie qui occupe de nos jours le monde entier. Tant de similitudes font que l’oeuvre semble transcender sa date de parution, rejoignant la réalité, qu’elle soit médicale ou politique, tout en la sublimant. 

Mais sa dimension allégorique, également critiquée précisément pour sa morale de croix rouge, est contextualisée par Alice Kaplan et Marylin Maeso, livrant toutes deux des clefs de lectures précises pour mieux situer le roman et ses personnages ainsi que leur réception à travers le temps. 

Une question semble obséder le narrateur, l’auteur… comment expliquer qu’il faille voir arriver des rats pour comprendre que la ville est malade ? 

LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE

La Peste de Camus, récit d’une épidémie littéraire

Car c’est bien l’allégorie qui dégage la part universelle de la politique dans la cité au sein de l’ouvrage. Peu importe qu’il s’agisse de références à la guerre ou bien d’une lecture anachronique et confinée, nous permettant de repenser nos rapports au collectif, à la maladie et à la morale. Cette liberté de lecteur est sans doute permise par l’ambition universelle et littéraire de l’auteur, propre au choix de l’allégorie selon Marylin Maeso. Albert Camus frappe juste tout en tentant de rester universel, une ambiguïté qui lui vaudra des critiques, permettant peut-être aussi de mieux comprendre son très large succès.

Camus ne nomme aucune terreur, pour mieux les frapper tous. Alice Kaplan

Le roman rappelle que le monde n’est pas fait par et pour l’homme, une pensée anti-humaniste en un certain sens. Marylin Maeso

La dimension universelle de l’ouvrage atteste peut-être de sa persistante postérité, d’autant que les personnages manifestent un large éventail de réactions possibles face au bouleversement du monde. 

Comment ne pas s’identifier à Joseph Grand, fonctionnaire à la mairie d’Oran, à celui qui a peur de mal nommer les choses ? Marylin Maeso

Invitant à la mise en question philosophique, le livre ne ménage pas son lecteur et s’inscrit aussi dans une démarche de dénonciation politique. Une perspective qui pousse au recul face aux faits, notamment par l’emploi d’un style neutre, déjà marqueur d’une ironie et d’un point de vue acéré sur le déroulement des choses. Par la mise en scène de l’épidémie, il est aussi question de classes sociales, tant la peste commence déjà par frapper les plus pauvres. 

« L’Etranger » (1942) est une lecture pour adolescent, « La Peste »(1947) est une lecture militante. 

Mais le politique ne se borne pas aux frontières du contexte historique, Alice Kaplan pense même qu’à travers La Peste, « Albert Camus montre à quel point il est un écrivain vert, regardez le nombre de fois où il se penche vers le ciel « , soulignant la malléabilité du récit et de ses interprétations. 

La Peste est donc l’affaire de tous, manière d’indiquer qu’il n’y a de lutte qu’en commun, mais aussi que les petits peuvent être grands, que les individus ordinaires peuvent devenir, ensemble, des héros. Ceci expliquant pourquoi La Peste « fait partie de ces livres à longue vie, résistant à l’usure », d’après Régis Debray. 

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