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Appauvrissement durable des Français ?

«  » »Nous craignons que l’inflation engendrée par les politiques monétaires ne provoque un appauvrissement durable de la population française et notamment de ses couches les plus fragiles.«  » »

Metahodos traite régulièrement de la question de la pauvreté, des inégalités et du pouvoir d’achat ( notamment du pouvoir d’achat « résiduel » lorsque les dépenses contraintes sont faites. Voir nos différentes publications.

ARTICLE

Vers un appauvrissement durable de la population française

Par Gérald Autier. Contrepoints


« Tout doit changer pour que rien ne change ».

La célèbre réplique extraite du chef-d’œuvre de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard, illustre parfaitement l’ensemble des décisions politiques prises pour réagir à la crise sanitaire et économique du Covid-19.

Lorsque se produisent de grands bouleversements, qu’ils soient géopolitiques, économiques, financiers, les sociétés attendent de leurs représentants politiques qu’ils trouvent des solutions radicales pour que les « plus jamais ça » ne restent pas un vœu pieux.
Certains responsables politiques développent alors un narratif trivial mais séduisant. Ils font miroiter une société nouvelle fondée sur l’idée même du progrès, à savoir l’amélioration des conditions économiques et sociales.

LA RÉPONSE CONFORMISTE DE L’INTERVENTIONNISME POLITIQUE

Pourtant, les réponses apportées par nos responsables politiques sont d’un triste conformisme.
Elles se résument invariablement à une intervention accrue du pouvoir politique. Friedrich Hayek dans son livre La Route de la Servitude démontre à ce propos que les politiques interventionnistes sont systématiquement menées aux dépens des libertés individuelles et du niveau de vie.

Le danger qui nous paraît le plus grave est celui des répercussions des politiques monétaires menées par les banques centrales sur l’épargne des Français.

À l’aube de l’une des pires récessions économiques de notre histoire provoquée par le confinement, les solutions privilégiées par les autorités monétaires ressemblent étrangement aux politiques monétaires accommodantes conduites à la suite de la crise financière de 2008 : baisse des taux directeurs des banques centrales, programme massif d’injection de liquidités et programme de rachat de dettes publiques. Notons au passage une incursion en un territoire financier inconnu puisque les autorités monétaires américaines ont décidé le rachat de dettes privées et d’instruments financiers (ETF).

Par exemple, la Banque Centrale Européenne a mis en place un programme de rachat d’urgence via des rachats de dettes publiques et privées à hauteur de 750 milliards d’euros. Le système de réserve fédéral (FED) a baissé ses taux directeurs à zéro dès le 15 mars et élaboré un programme d’assouplissement quantitatif de 700 milliards de dollars.

Nous craignons que l’inflation engendrée par ces politiques monétaires ne provoque un appauvrissement durable de la population française et notamment de ses couches les plus fragiles.

L’INFLATION MONÉTAIRE, UNE INFLATION MÉCONNUE

L’inflation dans son acceptation courante actuelle se définit comme une augmentation des prix à la consommation telle que mesurée en France par l’indicateur IPC de l’INSEE. Cependant, mesurer l’inflation uniquement en suivant l’évolution des prix à la consommation nous paraît insuffisant et même trompeur pour correctement en évaluer les conséquences.Pour en comprendre les raisons, il nous paraît utile de revenir à une définition plus académique de l’inflation telle que la conçoit l’économiste Ludwig von Mises. L’inflation, nous enseigne-t-il, ne doit pas se définir comme une augmentation des prix à la consommation mais comme une augmentation de la masse monétaire.  Lorsqu’on augmente la masse monétaire, il y a donc bien inflation, c’est même une tautologie de le dire.

Mises ajoute que l’inflation peut avoir deux conséquences distinctes :

  • une augmentation, ceteris paribus, du prix des biens et services à la consommation
  • une augmentation, ceteris paribus, du prix des actifs (par exemple sur les marchés immobilier ou boursier).

Cet enseignement nous permet de comprendre que l’inflation peut se manifester à la fois par une stabilité des prix à la consommation et une hausse du prix des actifs.

Cette distinction faite, c’est au tour de l’économiste Richard Cantillon de nous éclairer sur les conséquences sociales de l’inflation. On lui doit l’effet Cantillon, théorie selon laquelle l’inflation est progressive : les prix augmentent en premier lieu au point d’entrée de la monnaie, ce qui creuse les inégalités entre ceux ayant accès au crédit et ceux qui en sont privés.

Cet éclairage économique met en lumière que la politique d’expansion forcée du crédit des banques centrales pourrait non seulement alimenter de manière artificielle une hausse des marchés immobilier ou boursier, mais se ferait au détriment de ceux qui ont le moins d’actifs.

Les premiers bénéficiaires de ces politiques monétaires accommodantes seront les détenteurs de patrimoine sous la forme d’actifs immobiliers et financiers, ou ceux bien conseillés pour l’arbitrage stratégique de leurs avoirs au profit d’actifs positivement corrélés avec l’augmentation de la masse monétaire, donc les catégories les plus aisées.

Il est évident que les classes sociales les plus fragiles, les classes populaires et les classes moyennes, disposant d’une épargne moindre seront les dernières à bénéficier de ces mesures monétaires et pourraient voir leur pouvoir d’achat diminuer. Il ne serait pas faux de qualifier ces politiques monétaires d’« anti-pouvoir d’achat ».

Il suffit de regarder l’évolution des prix des marchés financiers ou immobiliers sur les dix dernières années pour se convaincre de la réalité des conséquences des politiques monétaires accommodantes. Les politiques monétaires menées depuis 2008 sont en grande partie responsables de la perte de pouvoir d’achat de certaines catégories sociales.

Ces politiques monétaires nous paraissent inquiétantes puisque même si les prix à la consommation (toutes choses égales par ailleurs) restaient identiques, l’augmentation artificielle du prix des actifs provoquée par les politiques d’expansion forcée du crédit des banques centrales creuseraient les inégalités entre les différentes couches de la population.

Bien entendu, il est à attendre que la responsabilité de cet appauvrissement soit mise sur le dos de la pandémie mais nous ne méprenons pas : si ces conséquences se matérialisent, ce sera bien les choix économiques et politiques qu’il faudra blâmer.

Espérons que les hommes politiques qui nous promettant les lendemains qui chantent se rappellent de l’avertissement de Sir Thomas More dans Utopia : la première chose que les colons firent en arrivant sur l’île Utopia fut de construire une prison.

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