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« Le regard désastreux que les Français portent sur leurs députés ». Point de vue

OPINION

L’Assemblée nationale a demandé à l’institut de sondage CSA de réaliser une vaste enquête au sein de la population française sur l’image des députés

Par Nicolas Beytout 26 novembre 2021 L’Opinion

L’Assemblée nationale a demandé à l’institut de sondage CSA de réaliser une vaste enquête au sein de la population française sur l’image des députés. Et les résultats sont assez préoccupants.

Oui, et même catastrophiques par certains aspects. Alors, commençons par le plus positif : le député est le deuxième élu préféré des Français ; il recueille 35% des avis favorables. C’est beaucoup-beaucoup mieux que les sénateurs, les conseillers départementaux et régionaux, et c’est à des années lumières d’un des grands inconnus de la vie politique nationale : le député européen. Bon, pour être honnête, il faut tout de même préciser que la même enquête sur l’image des élus de la République avait été fait il y a une quarantaine d’années, et qu’à l’époque, le député recueillait plus de 50% d’opinions positives. La chute est rude…

Surtout si c’est le plus positif dans les résultats de l’enquête.

Malheureusement, c’est le cas. Alors, il y a bien la note sur l’utilité des députés : 59% des Français estime que l’Assemblée nationale est utile. Pas trop mal, mais ça signifie tout de même que 40% de la population la juge parfaitement inutile (score qui n’était que de 13% lors de la précédente enquête). La dégradation est spectaculaire. En cause, probablement, le besoin (exprimé par 70% des Français) de voir les députés s’occuper d’abord et avant tout du local, le territoire, le coin de la rue, pas de faire des lois ou d’être présent au niveau national. En somme, le député doit ressembler si possible à un maire, qui est, comme par hasard, l’élu le plus apprécié de la population : 6 Français sur 10 ont un regard favorable sur la fonction de maire.

Et pourtant, les Français aiment la politique !

Oui, ils sont au moins un sur deux à le revendiquer. Mais ils n’aiment pas ceux qui font de la politique, terrible paradoxe. Et quand je dis qu’ils n’aiment pas, les chiffres sont frappants. A la question : « Avez-vous confiance dans l’Assemblée nationale ? », la réponse est majoritairement non. Dans la gendarmerie, l’armée, la police, oui ; dans l’Union européenne, plutôt, dans l’Assemblée, non (pour 56% des personnes interrogées). Incroyable constat de décalage entre un peuple et ses représentants. A 6 mois de la fin de l’actuelle législature, le constat est clair : contrairement à l’ambition affichée par la majorité, le lien entre les Français et la politique n’a pas été réparé. La loi, pompeusement appelée « Loi pour la confiance dans la vie politique », votée dès l’arrivée au pouvoir de la majorité En Marche, a fait flop.

Est-ce que l’épisode des Gilets jaunes n’a pas joué un rôle déterminant dans cette dégradation ?

Si, bien sûr. Le sondage le montre d’ailleurs très clairement. Si, ensemble, les Français sont 56% à n’avoir pas confiance dans l’Assemblée nationale, ils sont 70% parmi les Gilets jaunes, et même 74% parmi ceux qui se revendiquent antivax. D’ailleurs, et c’est peut-être là le phénomène le plus préoccupant, le décrochage de l’Assemblée nationale est tel, la perte de crédit des députés est telle que 60% des Français comprennent la colère qui peut s’exercer contre eux ou s’exprimer à travers les réseaux sociaux. Ils la comprennent, sans forcément l’approuver, mais quel échec. Et je ne parle pas des 13% de Français qui approuvent carrément la violence envers les députés, leurs collaborateurs, leur permanence ou même leur domicile. A ce train-là, faire de la politique relèvera bientôt de l’abnégation. Et même un jour de l’héroïsme.

3 réponses »

  1. Lorsque l’on se sent impuissant, on s’engage dans une dynamique victimisante… et l’on cherche ainsi le coupable de cette situation.

    Les députés ne cristallisent-ils pas simplement cette culpabilité?
    Le citoyen voit leur vote des lois relevant plus de tractations entre partis politiques & lobbys que de la représentation de tous les constituants d’un territoire et du bien commun.
    Il vit un état toujours plus régulateur et castrateur des initiatives locales, pourtant impuissant à faire respecter cette loi par ceux-là même qui la décident.
    Il ne peut qu’être soupçonneux face à l’opacité des traitements, rémunérations et liens d’intérêt des députés.

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  2. Lorsque l’on se sent impuissant, on s’engage dans une dynamique victimisante… et l’on cherche ainsi le coupable de cette situation.

    Les députés ne cristallisent-ils pas simplement cette culpabilité?
    Le citoyen voit leur vote des lois relevant plus de tractations entre partis politiques & lobbys que de la représentation de tous les constituants d’un territoire et du bien commun.
    Il vit un état toujours plus régulateur et castrateur des initiatives locales, pourtant impuissant à faire respecter cette loi par ceux-là même qui la décident.
    Il ne peut qu’être soupçonneux face à l’opacité des traitements, rémunérations et liens d’intérêt des députés.
    Il ne voit pas l’impact des commissions d’enquêtes qui pourraient assainir la situation.

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