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« LE COMPLOTISME N’EST PAS UN VIRUS QUE L’ON ATTRAPE EN LIGNE » !

LIRE « VOYAGE EN TERRE COMPLOTISTE »

Chercheur en science politique, professeur agrégé de sciences sociales et directeur de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès, Antoine Bristielle publie Voyage en terres complotistes chez Fayard, un livre qui chercher à décrypter ce phénomène de société et à en analyser les causes et les moyens d’action pour y faire face. Dans cette tribune pour Usbek & Rica, il livre les grands enseignements de son enquête.

Article

« Le complotisme n’est pas un virus que l’on attrape en ligne »

17 février 2022, Uzbek & Rica

Le complotisme est un phénomène particulièrement difficile à analyser. D’un côté, il correspond à une réalité tangible de nos sociétés. Nos données montrent en effet que 20 % des Français adhèrent à quasiment toutes les théories complotistes qu’on leur présente et 30 % de nos compatriotes adhèrent à quelques thèses conspirationnistes dans certaines circonstances particulières.

D’un autre côté, la présentation habituellement faite du complotisme se focalise la plupart du temps sur quelques individus radicalisés, proches de rentrer dans une dérive sectaire et n’étant bien évidemment pas représentatifs des 50 % de Français doutant parfois ou systématiquement des faits présentés par les autorités politiques ou par les médias.

Le complotisme doit ainsi s’analyser comme étant une nouvelle vision du monde selon laquelle un petit groupe d’individus agiraient dans l’ombre et seraient à l’origine des grands évènements et des crises majeures : tout ce qui se produit dans une société résulterait donc de l’action cachés d’individus « à qui le crime profite ». Dès lors, le complotisme prend immédiatement une connotation politique majeure. Les différentes « élites », économiques, médiatiques et politiques sont les premières incriminées.

Les élites ne sont, non pas seulement illégitimes pour représenter les complotistes, elles le sont également pour les informer

En ce sens, le complotisme est une prolongation du phénomène populiste. Avec le populisme, une grande partie de la population considérait que les élites n’étaient plus légitimes pour les représenter politiquement. Avec le complotisme c’est un stade supplémentaire qui est franchi : les élites ne sont, non pas seulement illégitimes pour les représenter, elles le sont également pour les informer.

Un phénomène aux causes multiples

Bien souvent, les causes du conspirationnisme sont étudiées à l’aune de la multiplication des réseaux sociaux. Il est clair en effet que certains groupes conspirationnistes se sont particulièrement développés en ligne, sur Facebook ou sur certaines chaînes de discussion sur les messageries privées. Mais, trop souvent, ces analyses passent abusivement de la corrélation à la causalité en expliquant que les réseaux sociaux sont à l’origine du phénomène complotiste. Or les recherches scientifiques menées sur ce sujet sont unanimes, le complotisme n’est pas un virus que l’on attraperait en ligne en tombant par le plus grand des hasards sur un groupe complotiste.

Au contraire, les complotistes le seraient déjà de prime abord, ils trouveraient au contraire simplement sur ces espaces en ligne un moyen de s’exprimer et la possibilité de se fondre dans une communauté de personnes pensant comme eux.

La cause principale du conspirationnisme se trouve en réalité dans la défiance grandissante des Français envers leurs institutions politiques et médiatiques

Les causes du complotisme sont en réalité bien plus profondes et bien plus hétérogènes. On peut tout d’abord citer la peur qui peut être ressentie dans des situations particulières – typiquement, l’épidémie de Covid – et qui pousse à rechercher des causes concrètes à des phénomènes jugés incompréhensibles.

Mais la cause principale du conspirationnisme se trouve en réalité bien plus dans la défiance grandissante des Français envers leurs institutions politiques et médiatiques. Puisque cette confiance a été rompue, puisque le sentiment d’éloignement entre la classe politique et les citoyens s’accroit, alors nombre de citoyens vont rechercher des explications alternatives, celles qui justement incriminent ces différentes élites.

Restaurer la confiance

Si le complotisme est donc le stade ultime de la défiance institutionnelle, c’est bien cette question de confiance qu’il s’agit de traiter. Comment restaurer la confiance des Français envers leurs médias et envers leurs institutions politiques ? Sur le premier aspect le mode de financement des médias classiques doit être revu en profondeur, tant le sentiment de collusions entre le monde médiatique et les hautes sphères économiques est une base certaine à une vision complotiste du monde.

Concernant le second aspect, l’écart entre gouvernants et gouvernés nécessite d’être sérieusement pris en compte. Et à ce niveau, la solution est double. Il s’agit tout d’abord d’améliorer le fonctionnement de la démocratie représentative afin de garantir une meilleure représentation des citoyens. Pourquoi, par exemple, ne pas faire en sorte que les législatives et que la présidentielle aient lieu le même jour afin que les équilibres au sein de l’Assemblée nationale représentent davantage la réalité politique du pays ? Il s’agit enfin de créer des mécanismes de démocratie participative afin de pouvoir associer plus directement la population à l’exercice du pouvoir. Sans cela le sentiment d’un écart entre le peuple et les élites continuera de croitre et les théories conspirationnistes auront de beaux jours devant elles.

1 réponse »

  1. Bonjour, Thierry,Le complotisme n’est pas difficile à analyser. Il est d’abord une insulte gratuite pour disqualifier des auteurs de propos qui gênent, tout en évitant le débat qui éclaire. Il n’existe de complotisme que pour ceux qui ne souhaitent pas discuter… Ils pensent que QAnon ne se débat pas ni ne se critique, et se condamne uniquement, ce qui développe la portée des postures et des idées.Débattre et argumenter est la bonne et seule réponse. Mais qui sait encore le faire ? Le néolibéralisme n’aime pas les critiques et les débats qui pourraient s’adresser aussi à ses propres pratiques. Le complotisme contribue à « abétiser » les populations qui font juste ce qu’on leur demande : participer sans réfléchir aux anathèmes.Bien amicalementJean-Marc

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