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François Sureau convoque la démocratie sous la Coupole, et désigne ceux qui l’affaiblissent, face au siège vide du PR candidat pourtant annoncé.

« Le citoyen…objet de la sollicitude de ceux qui…prétendent, non le servir, mais le protéger, sans… l’efficacité promise« 

L’avocat et écrivain a été reçu à l’Académie française il y a quelques jours par Michel Zink et a rendu un vibrant hommage à son prédécesseur, l’historien Max Gallo. De prestigieux personnages ont occupé le 24e fauteuil de l’Académie française, de Colbert à Jean-François Revel, en passant par La Fontaine, Marivaux, Poincaré et bien d’autres. Il est désormais la propriété de François Sureau, 64 ans, énarque, avocat, écrivain, officier de réserve (avec le grade de colonel).

Des politiques assistaient à l’événement, mais la place réservée à Monsieur Macron est restée vide jusqu’au dernier moment : a t il eu vent du discours que son ami allait tenir ?

CITATIONS

«  »Le citoyen réduit à n’être plus le souverain, mais simplement l’objet de la sollicitude de ceux qui le gouvernent et prétendent, non le servir mais le protéger, sans que l’efficacité promise, ultime justification de ces errements, ne soit jamais au rendez-vous.«  »

« « Personne n’aimerait vivre dans un pays ou les institutions généralement défaillantes dans leurs fonctions essentielles, celle de la représentation, celle de l’action, se revancheraient en nous disant quoi penser, quand parler, quand se taire.«  »

Mise à jour :

« …je pense aujourd’hui à Hugo, qui a souffert pendant vingt ans sur son île de voir la police partout et la justice nulle part ; Hugo, l’inlassable avocat des États-Unis d’Europe et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ; Hugo auquel mon prédécesseur à ce fauteuil a peut-être consacré son plus beau livre et qui écrit dans Les Châtiments un vers que nous ne devrions pas pouvoir lire aujourd’hui sans frémir :

« Ma liberté, mon bien, mon ciel bleu, mon amour

Tout l’univers aveugle est sans droit sur le jour. »

Oui, il fait bon évoquer ces ombres, et avec elles ce combat inconnu du reste du monde où s’unissent les espérances de Louise Michel et celles d’Armand de La Rouerie, celles d’André Breton et celles de Barbey, dans le refus obstiné d’un ordre des choses auquel on ne mettra jamais assez d’italiques ; refus qui, on le sait bien, trouve son origine dans l’enfance, dans les sortilèges de l’enfance, vite détruits par le poids des regrets et le scintillement des carrières.

Qu’on soit de Nice, de Combourg ou du boulevard Malesherbes n’y change rien. L’enfance finit toujours par s’inviter au bal des adultes, au milieu des tourments les plus vifs, et même des grandes catastrophes.

Lorsque de Gaulle prononce ce faux vers : « J’invite les Français qui veulent rester libres/à m’écouter et à me suivre », c’est l’enfance qui apparaît, avec son étonnement devant la démission des grandes personnes. »

VOIR DEUX DE NOS PRECEDENTES PUBLICATIONS

François Sureau, « Sans la liberté ». https://metahodos.fr/2021/10/01/francois-sureau-sans-la-liberte/

François SUREAU: «Sans la liberté, il n’y a pas de société politique, seulement le néant de ces individus isolés auquel l’État, porté à l’autoritarisme et à l’ordre moral, a cessé d’appartenir» https://metahodos.fr/2020/10/21/francois-sureau-sans-la-liberte-il-ny-a-pas-de-societe-politique-seulement-le-neant-de-ces-individus-isoles-auquel-letat-porte-a-lautoritarisme-et-a-lordr/

Nous vous proposons :

  • une video de son discours publiée par Eric Anceau sur Twitter;
  • la transcription par metahodos de l’intervention;
  • un article de Marianne.

1. LA VIDÉO :

2. LA TRANSCRIPTION DE L’INTERVENTION :

Francois SUREAU, excessif ? lui qui vient du sérail, qui parle aux présidents et en particulier à Emmanuel Macron ? c’est ce qui diront bien des commentateurs.

Et pourtant – même si la volonté de progresser et l’optimisme doivent dominer la réflexion comme l’action – ce parler vrai solennel rejoint bien des analyses.

Et ne devons nous pas – les uns, les autres, et quelque soient nos opinions politiques – comme nous le faisons au sein de METAHODOS :

  • aller vers les sources d’informations diversifiées ( médias presse, médias sociaux, ouvrages, travaux universitaires…)
  • analyser,
  • débattre,
  • rechercher les solutions,
  • mettre en œuvre les actions indispensables à la revivification de la démocratie et le retour à l’efficience de l’action publique ?

Ecoutons Francois SUREAU devant les académiciens ( TRANSCRIPTION PAR METAHODOS ) :

« …fièvre des commémorations nous tient pendant que, d’un autre côté, le sens disparait des institutions que l’histoire nous a léguées :

  • Une séparation des pouvoirs battue en brèche ;
  • Les principes du droit criminel rongés sur leurs marges ;
  • La représentation abaissée ;
  • La confusion des fonctions et des rôles recherchée sans hésitation ;
  • Les libertés publiques compromises ;
  • Le citoyen réduit à n’être plus le souverain, mais simplement l’objet de la sollicitude de ceux qui le gouvernent et prétendent, non le servir, mais le protéger, sans que l’efficacité promise, ultime justification de ces errements, ne soit jamais au rendez-vous.

…/…

Personne n’aimerait vivre dans un pays où les institutions généralement défaillantes dans leurs fonctions essentielles, celle de la représentation, celle de l’action, se revancheraient en nous disant quoi penser, quand parler, quand se taire.

En un siècle d’histoire constitutionnelle nous aurons vu se succéder le système des partis, le système de l’Etat, le système du néant.

…/…

…substitution du lapin de garenne au citoyen libre…

…fléchissement de l’intelligence et de la volonté qui nous fait consentir à toutes les platitudes.

Et l’on s’en va répétant que les temps sont difficiles…mais les temps sont toujours difficiles pour ceux qui n’aiment pas la liberté… »

3. Article

Ami proche de Jean D’Ormesson (1925-2017) et d’Emmanuel Macron, l’auteur de « L’or du temps » (2020) a été reçu ce jeudi sous la coupole devant un parterre de fidèles. Récit.

Par Philippe Petit Publié le 04/03/2022 Marianne

Reçu à l’Académie Française, le jeudi 3 mars, en des temps pour le moins troublés, l’avocat et écrivain, François Sureau, né en 1957, fervent défenseur des libertés publiques et des demandeurs d’asile, ne pouvait totalement ignorer le choc produit par l’invasion Russe en Ukraine sur l’état de la conscience européenne. Dérogeant à la lettre d’un discours écrit de longue date, il eut donc en guise d’entame une pensée pour l’épreuve que l’Europe traverse.

Puis il s’est embarqué, invoquant les ombres de La Fontaine et de Chateaubriand, de Louise Michel et d’Armand de la Rouërie (1751-1793), héros de la guerre d’indépendance américaine, de Victor Hugo, de Bernanos et bien d’autres figures. Car Sureau aime citer, comme il aime chanter. Il aime s’exposer, comme il aime se retirer du monde. Pour en chercher un autre, lorsqu’il se fond parmi les légionnaires, lors de missions secrètes en Afghanistan ou au Mali, ou bien se retranche en Bretagne dans une abbaye. L’alternance est son mode.

Et comme la plupart des anciens élèves des jésuites, la prise de parole, son moteur ; élu à la place laissée vacante par la mort de Max Gallo (1932-2017), républicain de gauche déçu par la politique, un temps porte-parole d’un gouvernement de gauche en 1981, qui versa assez vite dans l’orbe néolibérale, historien populaire ayant épousé l’histoire de France, Sureau était à son aise pour évoquer son parcours, ses affinités avec lui, et pointer quelques-uns de ses désaccords, notamment à propos des frontières, qu’ils préfèrent accueillantes, plutôt qu’infranchissables pour celles et ceux qui réclament le droit de vivre.

DE DROITE ET DE GAUCHE

Mais il lui fallait surtout relever un défi de taille. Sureau en effet, avait déclaré en décembre 2019, sur les ondes de France Culture, n’avoir aucune envie d’entrer à l’Académie, avouant qu’il n’était pas fait pour cela, et craignant alors de perdre sa liberté. Entouré d’une compagnie, peu habituée aux coups d’éclat, reçu par le médiéviste Michel Zink, qui ne cache pas son hostilité à une certaine gauche culturelle post-68, il avait quelques embûches à éviter. Car on le sait, en tout cas depuis son Tract, paru chez Gallimard en septembre 2019, dans lequel il condamnait fermement l’autoritarisme de l’État en matière sécuritaire, ainsi que l’ordre moral envahissant promu par les amis de la transparence sociale, François Sureau n’est pas un papillon et il a en horreur les taxonomistes.

Il est à la fois de droite et de gauche, partisan de l’ordre et du désordre. Il est ami avec la Président, Brigitte Macron était au premier rang, François Fillon était assis à sa droite, Jean-Pierre Chevènement et Bernard Cazeneuve pas très loin, mais il est aussi l’ami des hommes sans noms, de ses camarades de la Légion Étrangère, des héros anonymes, des saints, ou des aventuriers, des réfractaires, qui parviennent à coïncider avec ce qu’ils sont, tels Ignace de Loyal,a le père de Foucault, ou T. E. Lawrence. Ses goûts littéraires sont à l’unisson de ses combats en faveur de la liberté. S’il ne partage aucune niaiserie du progressisme béat, de cette propension à croire aux locomotives de l’Histoire, à l’avenir radieux, son amour de la justice est sincère. Il lui est arrivé de traiter les parlementaires de nains de jardin, et il ne rechigne pas à accorder de longs entretiens aussi bien à Mediapart, que dans les colonnes du Figaro.

Fidèle à ce qu’il est, et non à sa légende, entretenue par sa verve d’avocat, sa naturelle discrétion concernant sa vie privée, mais aussi son appartenance au catholicisme, il se devait donc de faire de son intronisation, un évènement.

« CHIOURME DE PETITS BAGNARDS »

Revenu sur sa décision de 2019, il lui fallait montrer qu’il était encore un homme libre. Quel rôle, il entendait jouer à l’Académie ? Celui de flibustier ? Ou celui de gratte-papier ? « J’ai suffisamment de respect pour les institutions pour dire que lorsqu’on est à l’Académie Française, on ne peut pas qualifier les parlementaires de nains de jardin », disait-il en 2019. Sureau, en bon avocat, devait fournir la preuve du contraire. Il a donc plaidé pour l’esprit d’enfance. Dans ses yeux, lorsque les applaudissements ont résonné, brillait un peu de cette innocence, qui fait dire parfois, que les adultes sont de grands enfants. Michel Zink, dira de lui qu’il est un romantique.

L’Académie sera donc pour Sureau un jeu d’enfant, pas une cour de récréation ; un lieu pour les chevaliers et amazones, sans peur et sans reproches. Nous lui souhaitons. Car à quoi sert une institution, si ce n’est pour laisser s’exprimer sans fards ce qui unit ou sépare tous ses membres. « Pour certains, dont je suis, dont peut-être Max Gallo était, l’Académie Française n’est pas le contraire de l’enfance, mais un royaume qui ressemble aux siens, et ce n’est pas le moindre de ses paradoxes. Elle préserve la puissance agissante dans le souvenir du passé. Sans passé, il n’y a plus d’enfants, seulement une chiourme de petits bagnards gardés par les serviteurs du pouvoir et de l’argent. Il n’est pourtant pas besoin d’être élu parmi vous pour se souvenir comme il faut. Mais il y a de la douceur dans l’incarnation, fût-elle mobilière… »

Tout est dit, Sureau a changé de braquet depuis 2019. Il s’est converti à l’institution. Gageons qu’il restera fidèle à cet esprit d’enfance. Nous l’espérons. Pour lui, et surtout pour ce que pourra faire l’Académie face à l’épreuve que traverse l’Europe.

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