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PRESIDENTIELLE SANS CAMPAGNE : UNE AUBAINE POUR LES FINANCES DES « PETITS CANDIDATS « ?

Par Lou Fritel – Publié le 06/03/2022 – Marianne

Entre les restrictions liées à la pandémie de Covid-19 et la crise ukrainienne, la campagne présidentielle passe au second plan. De quoi faire des économies aux candidats dont les scores trop faibles les priveront des remboursements nécessaires ?

Force est de constater que les missiles russes ont achevé une campagne présidentielle déjà placée sous respirateur du fait des restrictions sanitaires. Limités les grands raouts, les bains de foule, le quadrillage territorial frénétique, les débats enfiévrés. Bonjour la sobriété.

De quoi assainir – de force – les comptes des candidats en lice. Au premier rang desquels figurent les prétendants les moins assurés de passer la barre des 5 %, condition nécessaire à un remboursement des frais de campagne par le contribuable. Jusqu’à parler de « campagne au rabais » ? « Nous faisons une campagne sobre », rectifie auprès de Marianne la sénatrice PS et trésorière de campagne d’Anne Hidalgo, Marie-Pierre de la Gontrie.

CAMPAGNE 2.0

La socialiste rappelle que les 15 millions d’euros dépensés en 2017 par l’équipe de Benoît Hamon n’ont pas donné le résultat escompté : 6,35 % des voix, soit le pire score de l’histoire du Parti socialiste. « L’argent investi n’assure pas le score et c’est aussi une question de décence vis-à-vis des électeurs. Sincèrement, je ne sais pas ce que j’aurais fait de 15 millions », explique l’élue de Paris qui refuse de donner le montant de la campagne d’Hidalgo. « On dépense quand même plusieurs millions », soutient-elle, tandis que sa candidate – créditée de 2,5 % dans les sondages – risque bien de battre le record de son prédécesseur à la présidentielle.

En tout, seuls 800 000 euros ont été prêtés au Parti socialiste pour financer la présidentielle, selon la trésorière. Le reste étant financé par les fédérations. Pas une contrainte pour Marie-Pierre de La Gontrie, laquelle souligne que les restrictions sanitaires et l’actualité internationale empêchent d’engager des dépenses excessives : « Ce qui coûte cher, ce sont les meetings et le print c’est-à-dire l’impression des tracts, du programme, des affiches. Or, il y a une frilosité générale vis-à-vis des grands rassemblements et l’affichage sauvage ne se fait quasiment plus, c’est même très mal vu. Il y a une substitution d’une forme de campagne à une autre qui, elle, coûte moins cher. Mais cela n’empêche pas les formats classiques, le numérique ne remplace pas tout non plus. C’est pourquoi nous misons aussi sur les réunions publiques. »

C’est pourtant bien sur le numérique que s’appuient dorénavant les prétendants à la magistrature suprême. Des pratiques au coût non négligeable, détaille à Marianne Thierry Brochot, ancien trésorier d’Europe Écologie-Les Verts et directeur administratif et financier de Yannick Jadot : « Il faut prévoir des moyens de production d’images et un signal de qualité permettant la retransmission des réunions publiques sur l’ensemble des réseaux et la mise à disposition des chaînes, poursuit Thierry Brochot.

Le fait est que la situation commence seulement à se desserrer. Il y a un mois, avec l’obligation du port du masque dans la plupart des villes, on ne pouvait décemment pas aller toquer à la porte des gens. » Comprendre que la campagne va (enfin) démarrer pour le candidat écologiste ? Le trésorier prévient qu’un rassemblement d’envergure – 6 000 personnes attendues – se tiendra au Zénith avant le premier tour.

PROBLÉMATIQUE RÉCURRENTE

Europe Écologie-Les Verts n’est toutefois pas dans la situation de la plupart de ses concurrents. En 2022, le budget de campagne est compris entre 8 à 11 millions d’euros. Loin du plafond légal, mais bien au-dessus des précédentes tentatives présidentielles. En 2012, seuls 1,8 million d’euros avaient été engagés pour soutenir Eva Joly. En 2017, le retrait de Yannick Jadot au profit de Benoît Hamon avait empêché de dépenser plus que les 200 000 euros de précampagne. 200 000 euros jamais remboursés au parti écologiste, malgré les promesses dans ce sens faites par les équipes du candidat socialiste.

Chez Debout La France, il est d’usage de compter les sous. Si la comptable du parti, Dominique Stefanoff, refuse de donner les montants de la campagne actuelle, Nicolas Dupont-Aignan déclarait en décembre dans nos colonnes prévoir autour de « 1,4 ou 1,8 million d’euros » de budget. Selon le site « Vie publique », c’est peu ou prou ce que le candidat souverainiste a dépensé pour la présidentielle de 2017 (1,8 million).

Comme par le passé, la campagne repose « principalement sur les dons des sympathisants ». Mais cette année, « les dépenses pour les réunions publiques seront inférieures à celles de 2017 en raison de la crise du Covid et de l’importance des réseaux sociaux », étaye la comptable. C’est que le candidat souverainiste est sondé à 2 % des intentions de vote. Loin de son score présidentiel de 2017 (4,70 %), mais relativement proche de ce dont il était crédité, début mars 2017 (3 %). Pas assez, en tous cas, pour espérer être remboursé.

CACHE-MISÈRE

Le numérique est aussi « un palliatif pour certains candidats ne disposant pas d’un réseau militant important », analyse de son côté Philippe Riutort, sociologue, expert en communication politique et chercheur associé au Groupe d’Analyse Politique (Université Paris Ouest) et au Laboratoire Communication et Politique (CNRS).

« Jouer les réseaux sociaux et le numérique en général, c’est comme autrefois jouer sur la télévision », poursuit-il, précisant que « seuls certains candidats peuvent se payer le luxe des gros rassemblements » : « Fabien Roussel disait ne pas avoir les sous pour faire de meeting olfactif comme son concurrent Jean-Luc Mélenchon. Ce sont des moments de démonstration de force qui rendent visible le candidat. Paradoxalement, la raréfaction des meetings réduit les inégalités entre les candidats. »

Pour l’universitaire, il ne fait aucun doute qu’un « certain nombre de candidats, surtout à gauche jouent les législatives au lieu de se concentrer sur la campagne ». Lesquels, selon lui, trouvent en l’excuse du Covid « une façon de rationaliser les dépenses ».

Car le scénario fait blêmir. Tout comme Nicolas Dupont-Aignan et Anne-Hidalgo, Yannick Jadot se trouve face à l’éventualité d’un non-remboursement, alors qu’il ne décolle pas des 5 % d’intentions de vote. Ne pas être remboursé « ne serait pas une bonne nouvelle », concède Thierry Brochot, sans s’étendre davantage. Côté PS, Marie-Pierre de La Gontrie balaye la problématique d’un revers de main : « Le parti a de quoi assurer. On a 20 millions répartis entre les différentes fédérations. »

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