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Madeleine Albright : « une diplomatie musclée au nom de la démocratie ». Point de vue

Madeleine Albright, adepte d’une diplomatie musclée au nom de la démocratie

DISPARITION – Décédée des suites d’un cancer à l’âge de 84 ans, elle fut la première femme à occuper le poste de secrétaire d’État au sein du gouvernement américain.

Par Adrien Jaulmes Publié le 23/03/2022 Le Figaro

Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’état américaine et première femme à occuper ce poste, est morte hier à 84 ans. Ambassadeur aux Nations-Unies entre 1993 et 1997, puis secrétaire d’État de Bill Clinton entre 1997 et 2001, Albright avait incarné pendant la décennie comprise entre la fin de la Guerre froide et avant les attentats du 11-Septembre 2001 une politique étrangère américaine volontiers militante et interventionniste.

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Comme d’autres américains originaires d’Europe de l’Est, elle avait gardé une méfiance instinctive pour le fascisme et le communisme, et défendait une politique étrangère vigoureuse pour contrer les régimes autoritaires et totalitaires. Son histoire familiale avait largement contribué à façonner sa vision du monde.

Marie Jana Korbelova était née en 1937 en Tchécoslovaquie dans une famille d’origine juive convertie au catholicisme, qui fuit en Angleterre l’invasion nazie l’année suivante. Elle émigre aux Etats-Unis avec ses parents en 1947, où son père, diplomate tchécoslovaque, est admis en tant que réfugié politique. L’adolescente, qui étudie dans le prestigieux Wellesley College, dans le Massachusetts, choisi le prénom français de Madeleine.

Mariée à l’héritier d’une famille d’éditeurs, Joseph Albright, elle est naturalisée américaine en 1957. Diplômée de l’université de Columbia, Madeleine Albright devient l’assistante d’un sénateur démocrate, puis celle Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter, lui aussi originaire d’Europe centrale et partisan d’une politique américaine sans concessions à l’égard de l’Union soviétique.

«Multilatéralisme affirmé»

Albright enseigne à l’Université de Georgetown, avant d’être nommée par Bill Clinton ambassadeur aux Nations Unies en janvier 1993. À ce poste, elle assiste à l’échec de la mission américaine en Somalie, et applique soigneusement la politique décidée par Clinton de ne pas intervenir pendant le génocide au Rwanda, et de retirer dans les premiers jours du génocide la majorité des troupes de l’ONU du pays. Des années plus tard, Mme Albright dira que c’est son «plus grand regret de l’époque». Elle regrettera aussi l’absence d’intervention américaine en Bosnie, au moment du massacre de Srebrenica perpétré par les Serbes.

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Au cours de ces années qui suivent la fin de la Guerre froide, Madeleine Albright est favorable à l’entrée dans l’Otan des anciens pays du bloc soviétique, malgré les mises en garde de certains spécialistes de l’URSS, comme George Kennan, l’inspirateur de la doctrine Truman. Se définissant elle-même comme une «idéaliste pragmatique», elle avait inventé l’expression de «multilatéralisme affirmé» pour décrire la politique étrangère de l’administration Clinton. Elle considérait les États-Unis comme la «Nation indispensable», et était favorable à ce que la diplomatie soit appuyée par la force pour défendre les valeurs démocratiques dans le monde. «Nous voyons plus loin dans l’avenir que d’autres pays, et nous voyons le danger qui nous guette tous», avait-elle déclaré en 1998. Son messianisme la conduisait parfois à des remarques maladroites. «Je pense que c’est un choix très difficile, mais le prix en vaut la peine», avait-elle répondu pendant un entretien télévisé sur les conséquences sur les enfants des sanctions de l’ONU contre l’Irak.

Albright considérait les États-Unis comme la « Nation indispensable », et était favorable à ce que la diplomatie soit appuyée par la force pour défendre les valeurs démocratiques dans le monde.

Elle avait découvert tardivement l’origine juive de sa famille, et que trois de ses grands-parents avaient péri pendant l’Holocauste.

Devenue secrétaire d’État, hantée par son échec à empêcher le génocide rwandais et à arrêter les massacres en Bosnie, elle pousse Bill Clinton à intervenir au Kosovo en 1999 pour empêcher ce qui est présenté à l’époque comme un génocide contre les musulmans ethniques par le dirigeant serbe Slobodan Milosevic, qu’elle accuse de perpétrer des «horreurs aux proportions bibliques». Cet interventionnisme humanitaire et armé lui vaut des critiques nombreuses à Washington, où on lui reproche le bombardement de Belgrade.

Cette intervention de l’Otan sans mandat des Nations Unies, qui ulcère la Russie, préfigure d’autres opérations militaires américaines dans les années qui suivent. «Nous ne pouvons pas laisser perpétrer des crimes contre l’humanité», s’était-elle justifiée après l’opération. «J’assume l’entière responsabilité… il était essentiel que nous ne restions pas là à regarder ce que Milosevic avait l’intention de faire».

L’invasion russe, une «erreur historique»

La fin du mandat de Bill Clinton est marquée par l’échec des pourparlers de paix entre Israël et les Palestiniens, et celui des tentatives pour convaincre la Corée du Nord d’abandonner son programme nucléaire. Albright a aussi été critiquée pour ne pas avoir pris de mesures plus sérieuses contre al-Qaida après les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998. Interrogée par la commission d’enquête sur le 11-Septembre, elle a qualifié ces attaques de «journée la plus difficile» de son ministère, mais a estimé qu’il aurait été «très difficile avant le 11-Septembre 2001 de persuader quiconque de la nécessité d’envahir l’Afghanistan». Première femme nommée à la tête du Département d’État, Albright avait conscience d’avoir joué un rôle de pionnière: «Je pense qu’il y avait de réelles questions quant à savoir si une femme pouvait être secrétaire d’État…Les gens savent maintenant que c’est parfaitement possible».

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Première haute responsable américaine à rencontrer Vladimir Poutine lorsqu’il devient président au début de l’année 2000, Madeleine Albright avait publié le 23 février dernier, la veille de l’invasion de l’Ukraine, une tribune dans le New York Times où elle qualifiait d’«erreur historique» l’attaque russe. «L’Ukraine a droit à sa souveraineté, peu importe qui sont ses voisins…Tel est le message sous-jacent à la diplomatie occidentale. Il définit la différence entre un monde régi par l’État de droit et un monde qui n’obéit à aucune règle».

Assez élégamment, elle avait aussi présenté ses excuses au sénateur Mitt Romney, dont elle avait raillé «le manque de compréhension du 21e siècle» après qu’il ait affirmé à Obama pendant la campagne présidentielle de 2012 que la Russie restait le grand ennemi géopolitique de l’Amérique. «Madeleine Albright était une force qui a défié les conventions et renversé les barrières, encore et encore», a dit Joe Biden dans un communiqué annonçant que les drapeaux américains seraient mis en berne en son honneur. «Elle était une immigrante fuyant la persécution, une réfugiée qui avait besoin d’un abri sûr. Et comme tant d’autres avant elle, et après elle, elle était fière d’être américaine».

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