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LE POUVOIR : AU PALAIS BOURBON PLUS QU’À L’ÉLYSÉE ?

QUELLE NOUVELLE RÉPARTITION DES POUVOIRS EN FRANCE

Une semaine après l’installation de la nouvelle Assemblée nationale, et avant la déclaration de politique générale de la Première ministre Elisabeth Borne, Chloé Morin était revenue pour « Les Echos » sur la nouvelle répartition du pouvoir en France.

ARTICLE

« Le pouvoir est passé de l’Elysée au Palais Bourbon »

Par Grégoire Poussielgue. Les Échos Publié le 3 juil. 2022

La nouvelle Assemblée nationale s’est installée la semaine dernière. Quel premier bilan peut-on tirer de sa nouvelle composition ?

C’est la première fois depuis longtemps que les regards du public et des médias se sont à ce point focalisés sur le Parlement, de la procédure parlementaire à la répartition des postes ! C’est le signe que le pouvoir a traversé la Seine pour passer de l’Elysée au Palais-Bourbon. Les débats autour des élections aux postes de l’Assemblée ont été houleux, avec des psychodrames qu’on ne voit pas dans les autres démocraties. On mesure ici l’ampleur du défi qui consiste à s’approprier cette nouvelle culture de dialogue. 

Pour l’instant, on assiste à beaucoup de crispations, de dramatisations et de mises en scène. Nul ne peut dire si cette situation est temporaire ou si l’Assemblée nationale est condamnée au happening permanent. On peut également tirer quelques premiers enseignements de l’arrivée en force du Rassemblement national (RN). Il y a longtemps eu un consensus pour faire rempart contre le RN au nom de la République. De plus en plus, on le tolère au nom de la démocratie et des millions de voix qu’il a récoltées. Une nouvelle étape est donc franchie dans la normalisation du RN. 

Faut-il s’en inquiéter ?

Les stratégies jusqu’ici déployées pour faire rempart au RN ont permis de contenir sa montée en puissance, sans l’endiguer. Il a désormais acquis un tel poids électoral qu’il serait antidémocratique de l’exclure, et de le priver de postes à l’Assemblée. Stigmatiser le parti de Marine Le Pen lui permet de se victimiser, ce qui le rend plus attractif. Les armes du combat politique traditionnel ont sans doute vocation à supplanter la stratégie du bannissement. 

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Emmanuel Macron doit procéder à un remaniement. Quels messages peut-il envoyer avec ce nouveau gouvernement ?

Il doit d’abord dire qu’il a compris que les Français lui demandaient de partager le pouvoir, y compris avec sa Première ministre et les membres du gouvernement. L’opinion souhaite majoritairement un pouvoir moins vertical. Par ailleurs, Emmanuel Macron devrait peut-être privilégier, dans son gouvernement, des personnalités fortes, expérimentées, capables de créer du débat au sein du gouvernement et de croiser le fer à l’Assemblée. Ils y feront face à des oppositions déterminées et compétentes, donc il leur faudra un poids politique et une certaine autonomie pour prendre des initiatives sans systématiquement devoir en référer à l’Elysée. 

Ces dernières années, le pouvoir a été concentré de manière excessive entre les mains de l’exécutif, sans que les Français ne le jugent plus efficace pour autant. Pourquoi ne pas essayer autre chose ?

Est-ce que cette situation peut durer cinq ans ?

En principe oui. Nous ne vivons pas une tragédie, mais une phase de transition vers une autre façon de prendre des décisions politiques. Il s’agit d’un partage du pouvoir plus équitable entre l’exécutif et le législatif et, au sein du législatif, entre la majorité et les oppositions . C’est seulement s’il y a un blocage sur un texte jugé essentiel – par exemple la réforme des retraites – qu’Emmanuel Macron pourra envisager une dissolution. Mais anticiper dès aujourd’hui une dissolution relève d’un scénario pessimiste. Il ne faut pas oublier non plus que le gouvernement dispose de marges de manoeuvre importantes, comme le 49.3 ou la voie réglementaire. Gardons à l’esprit que les oppositions seront aussi sensibles à l’opinion… Or les Français veulent que les choses avancent et finiraient par sanctionner une opposition trop brutale et systématique au président. 

Est-ce le retour de la IVe République ?

La IVe République a toujours été un repoussoir, parce que nous en avons un souvenir tronqué. Sous la IVe, des réformes d’ampleur ont aussi été menées. De plus, je note que ces dernières années, le pouvoir a été concentré de manière excessive entre les mains de l’exécutif, sans que les Français ne le jugent plus efficace pour autant. Pourquoi ne pas essayer autre chose ?

Grégoire Poussielgue

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