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EDF – L’ÉTAT AU SECOURS DE L’ÉTAT ? MASCARADE ?

« UN ÉTAT IMPOTENT QUI CHERCHE À RÉGIR LE MOINDRE ASPECT DE L’ÉCONOMIE » ?

VOIR NOS PUBLICATIONS ANTÉRIEURES :

EDF – UN ACTIONNARIAT 100% PUBLIC SANS OPPOSITION RÉELLE CAR SANS EFFET VÉRITABLE ? https://metahodos.fr/2022/07/13/edf-un-actionnariat-100-public-sans-opposition-car-sans-effets-veritables/

MISE À JOUR N’3 – ÉTATISATION D’EDF : « Les soviets et la guillotine » – « Grandeur et décadence de l’actionnariat populaire » https://metahodos.fr/2022/07/09/mise-a-jour-reponse-de-lexecutif-aux-lecons-des-operatieurs-denergie-le-nationalisation-dedf/

Énergie : L’initiative privée face à l’inertie publique ? https://metahodos.fr/2022/06/28/energie-linitiative-privee-face-a-linertie-publique/

NOUS VOUS PROPOSONS L’ARTICLE DU FIGARO :

Macro-économiste de formation et diplômé de la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, Erwann Tison est le directeur des études du think tank de l’Institut Sapiens.

ARTICLE

Erwann Tison: «EDF, nouvel exemple d’un État impotent qui cherche à régir le moindre aspect de l’économie»

FIGAROVOX/TRIBUNE – La première ministre a annoncé la volonté de l’Etat de porter à 100 % sa participation au capital d’EDF. Pour l’économiste Erwann Tison, les récentes interventions étatiques sur la stratégie de cette entreprise ont contribué à la fragiliser.

Par Erwann Tison Publié le 11/07/2022. Le Figaro


«La Nupes a perdu les élections présidentielles et législatives, mais son programme a tout de même été porté au pouvoir». Cette pensée pouvant traverser l’esprit de n’importe quel observateur économique, résume très bien le parfum de nationalisation flottant dans l’air depuis quelques mois. La période du Covid-19 a été un véritable exutoire pour le surmoi dirigiste de notre classe politique. Au prétexte de la lutte contre la pandémie, le gouvernement a pu déployer des trésors de mesures interventionnistes qui feraient pâlir de jalousie tout membre de l’alliance bolivarienne.

La nationalisation d’EDF illustre ce mouvement. Pardon, ne dites pas nationalisation, mais «acquisition de 17% du capital de l’entreprise pour lui donner les moyens d’un programme ambitieux de production d’électricité bas carbone, notamment dans le nucléaire». Quelques mois après la fermeture de Fessenheim, cette ambition ne manque pas de sel. Cette acquisition boursière donc, a au moins le mérite de clarifier la situation d’EDF, qui était déjà hors marché, tant elle a subi de nombreuses injonctions étatiques sur sa stratégie. En début d’année, l’État avait par exemple imposé à l’entreprise d’augmenter de 20% le quota d’électricité qu’elle devait vendre à ses concurrents dits «alternatifs» (qui ne sont que des distributeurs et non des producteurs d’énergie) dans le cadre du fameux mécanisme de l’ARENH (accès régulé à l’électricité nucléaire historique), afin de protéger les Français contre l’inflation liée à l’énergie. Une décision qui s’inscrivait dans la stratégie du «bouclier tarifaire», déployée à partir de septembre 2021. En plus de devoir vendre plus d’électricité à ses concurrents, EDF a également dû le faire à un tarif réduit, à 42€/MWh. Après avoir ainsi bradé près de 40% de sa production d’électricité de 2022 par anticipation, sur ordre de l’État, l’entreprise s’est ensuite trouvée dans l’obligation d’importer de l’électricité pour satisfaire la demande domestique, et ce au nouveau prix de marché, qui avait naturellement explosé entre-temps pour atteindre 257€/MWh. Une décision qui a amputé l’excédent brut d’exploitation du groupe de plus de huit milliards d’euros et fait plonger le titre de près de plus de 20%.

Lors de son introduction en Bourse en novembre 2005, le titre de l’entreprise valait 28€ pour connaître un pic à 76€ en novembre 2017. Il ne cote plus qu’à 9€ aujourd’hui. Une formidable illustration de la réussite actionnariale de l’État stratège.

Erwann Tison

Pour illustrer autrement, c’est comme si l’État obligeait en janvier un boulanger meilleur ouvrier de France à vendre un tiers des baguettes traditionnelles qu’il produirait dans l’année, au supermarché voisin, et ce à 50 centimes l’unité, lequel serait ensuite obligé de racheter des baguettes à nos amis allemands à 1,5€ pour satisfaire la demande de ses clients. Un scénario digne d’un Feydeau qui illustre l’efficacité du contrôle de l’État sur cette entreprise stratégique. Une succession de décisions qui ont fortement nui à EDF ces dernières années. Lors de son introduction en Bourse en novembre 2005, le titre de l’entreprise valait 28€ pour connaître un pic à 76€ en novembre 2017. Il ne cote plus qu’à 9€ aujourd’hui. Une formidable illustration de la réussite actionnariale de l’État stratège.

À VOIR AUSSI – Élisabeth Borne annonce que le gouvernement souhaite détenir «100% du capital d’EDF»

La récente annonce de nationalisation représente ainsi une salutaire clarification, le statut juridique de l’entreprise représentera enfin son statut opérationnel. Cette opération lui permettra au moins d’avoir toute la latitude financière pour réaliser les investissements nécessaires à notre souveraineté énergétique. Or la dégradation régulière de sa note par les agences de notation, ne lui permettait plus d’atteindre de manière autonome les financements pour développer les investissements nécessaires à cet objectif. La nationalisation permettra ainsi de financer les projets annoncés par le président de la République à savoir la construction de six réacteurs EPR2 entre 2035 et 2042 dont le coût est estimé à 50 milliards d’euros. Ajoutons que sur un plan financier, l’opération est très belle pour Bercy: vendu 32€ en 2005, le titre est aujourd’hui racheté à 9€. L’État peut donc remercier ainsi les actionnaires (vous savez ceux qui sont trop souvent vilipendés et honnis par une bonne partie de l’opinion publique) d’avoir absorbé une perte de 65% de la valeur de l’entreprise en 17 ans.

Cette nationalisation, pardon, cette montée à 100% dans le capital de l’entreprise, n’est que la réplique du séisme du quoi qu’il en coûte, sorte d’orgie budgétaire et interventionniste pour la technostructure, qui en plus de pouvoir ouvrir en grand les vannes des dépenses publiques grâce au soutien inconditionnel d’une BCE omniprésente de manière peu orthodoxe, peut enfin régir à sa guise la vie des entreprises. Et la tentation ne s’arrête pas au secteur de l’énergie. Après la nationalisation des revenus pendant le Covid-19, où entre le chômage partiel, les retraites et les allocations sociales, près de 70% des adultes dépendaient directement d’un versement de l’État, nous assistons à trois nouvelles tentatives de nationalisations d’ampleur.

Celle de la décision du versement des dividendes, qui seront maintenant octroyés aux actionnaires à la condition que les salariés eux aussi aient pu y avoir droit, décorrélant ainsi la prime de la prise de risque. Inutile de rappeler ici que la France est le pays européen où les salaires représentent déjà la plus grande part dans la valeur ajoutée des entreprises.

Comment ne pas s’inquiéter, alors, de voir cet État impotent se voulant omnipotent chercher à régir le moindre aspect de notre économie et de notre vie?

Erwann Tison

Celle des augmentations de salaires ensuite, qui doivent maintenant se faire de manière quasi-inconditionnelle dans les entreprises réalisant du profit au risque d’être considéré comme des «profiteurs de crise», décorrélant ainsi la rémunération des salariés de la productivité.

Celle du pouvoir d’achat enfin, dont le maintien semble maintenant être une responsabilité de l’État, qui déploie une multitude de chèques, subventions et autres aides plus ou moins ciblées pour arroser un maximum, décorrélant ainsi le revenu du travail.

Ceux qui affirment que la France est un enfer libéral, souvent les mêmes qui applaudissent secrètement la politique du gouvernement tant elle va dans leur sens idéologique, devraient déclencher l’hilarité générale par ces déclarations. Rappelons que le précurseur du libéralisme, le physiocrate français Pierre Le Pesant de Boisguilbert, estimait que l’État devait se concentrer prioritairement sur trois missions exclusives: offrir une éducation de qualité à tous les citoyens, favoriser l’accès à un toit décent à tous et défendre la population contre les agressions extérieures et intérieures. En observant les classements Pisa et PIAAC de la France, son taux de criminalité, ou les différents dysfonctionnements sur son marché du logement, force est de constater que l’État «ultralibéral» failli complètement sur ses missions le plus élémentaires. Comment ne pas s’inquiéter, alors, de voir cet État impotent se voulant omnipotent chercher à régir le moindre aspect de notre économie et de notre vie ?

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