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MALGRÉ LA LOI DE MORALISATION POLITIQUE, LA DÉFIANCE CROÎT

Malgré un renforcement du dispositif législatif

pour la moralisation de la vie politique ces dernières décennies, notamment avec la loi votée lors du premier quinquennat Macron, les signes de méfiance des citoyens vis-à-vis de la classe politique restent nombreux et sont grandissants.

ARTICLE

Cinq ans après la loi de moralisation de la vie politique, la crise de défiance persiste

Par Marine BOURRIER. Les Échos

Publié le 17 août 2022

Dans le sillage de « l’affaire Fillon » , Emmanuel Macron avait placé son premier mandat présidentiel sous le signe de la moralisation de la vie politique. Les lois pour la confiance dans la vie politique – premières grandes lois de l’ère Macron adoptées à l’Assemblée nationale les 3 et 9 août 2017 – ont prolongé la grande réforme de 2013 sur la transparence de la vie publique en encadrant notamment les emplois familiaux et en supprimant la réserve parlementaire.

Pourtant, cinq ans après, la défiance des citoyens envers la classe politique reste grande : les dernières élections présidentielleet législatives ont enregistré des taux d’abstention très élevés et ont vu l’extrême droite faire une percée historique .

« Déstructuration du lien »

Loin d’être nouveau, ce phénomène de perte de confiance dans la classe politique « s’amorce dans les années 1970, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing », note Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et membre du Cevipof, centre de recherche de Sciences Po Paris produisant chaque année un baromètre de la confiance politique .

Si la défiance n’est pas linéaire, elle suit pourtant une hausse progressive depuis plusieurs dizaines d’années. A tel point que le Cevipof a qualifié la période de 2009 à 2019 de « décennie noire » pour la confiance politique : sur ces dix années, 85 % des personnes interrogées ont considéré que les responsables politiques ne se préoccupaient pas d’elles tandis que 61 % ont affirmé n’avoir eu confiance ni en la droite ni en la gauche pour gouverner le pays.

Portant essentiellement sur la vie politique nationale, « la défiance n’est toutefois pas vraiment liée à la couleur politique des présidents ou du gouvernement », poursuit Luc Rouban. Le chercheur qualifie la crise de confiance de profonde « déstructuration du lien entre vie politique et vie citoyenne ».

Les causes de la défiance

Outre les tempêtes juridico-politiques qui éclaboussent régulièrement la classe politique française, de nombreux autres facteurs minent la confiance des citoyens. Selon Jean-François Kerléo, professeur agrégé de droit public et directeur scientifique de l’Observatoire de l’éthique publique, « le problème reste le décalage entre la perception des citoyens et l’inaction des politiques, encore plus dans un contexte d’urgence climatique ».

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A l’inverse, Emeric Bréhier, directeur de l’Observatoire de la vie politique de la Fondation Jean-Jaurès, balaie l’explication d’une crise des résultats d’un revers de la main : « Sur le plan de la dette et du chômage, le pays a obtenu des résultats conséquents. Mais encore faut-il que les hommes politiques en parlent de manière positive. »

Pour l’ancien député PS de la Seine-et-Marne, les hommes et les femmes politiques « n’ont de cesse de tenir des discours négatifs depuis plusieurs décennies, contribuant à entretenir le sentiment de défiance. Ce discours ambiant de peur laisse des marques puissantes ».

Plus de déontologie

La probité des responsables politiques apparaît alors comme une des solutions concrètes pour rebâtir l’édifice de la confiance. L’Observatoire de l’éthique publique recommande notamment au gouvernement de se doter d’un « déontologue » – « autorité qui accompagnerait les ministres et secrétaires d’Etat dans leurs activités lorsqu’ils remplissent leurs déclarations de patrimoine ou d’intérêts par exemple », selon Jean-François Kerléo – au même titre que l’Assemblée nationale ou le Sénat.

Pour Emeric Bréhier, la réforme des institutions est l’arbre qui cache la forêt : « Depuis vingt ans, on n’a jamais autant légiféré sur le financement des partis politiques, le patrimoine des élus ou les emplois familiaux, lance-t-il. Mais je constate que ça n’a pas changé grand-chose à l’égard de la défiance de nos citoyens vis-à-vis de la classe politique. Cela prouve que la crise relève de problématiques qui sont autres que celles abordées dans ces lois. »

« La seule solution est un travail sur la société française elle-même, sur la fin des plafonds de verre ou l’accès aux élites », abonde Luc Rouban.

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