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LES INDÉFENDABLES AIDES DE L’ÉTAT AUX QUOTIDIENS NATIONAUX DÉTENUS PAR LES GRANDES FORTUNES

ARTICLE

Les Arnault, Dassault, Niel vont-ils encore rafler les aides à la distribution de la presse ?

Nerf de la guerre

Par Emmanuel Schwartzenberg. Publié le 12/01/2023 MARIANNE

Les MLP qui distribuent les magazines et publications réclament un soutien financier à l’État pour le reverser aux distributeurs et aux 20 000 vendeurs de journaux.

Le monde de la presse est sous haute tension. Les ventes baissent globalement de 10 % par an, le prix du papier a augmenté de 40 %. Dans l’urgence, le gouvernement s’apprête à débloquer 30 millions d’euros pour venir en aide à la distribution des titres.

Mais il y a problème ! Si les pouvoirs publics ne changent pas leur fusil d’épaule, cette aide sera, comme toujours, versée exclusivement à la presse quotidienne nationale. Ou plus exactement à France Messageries, société de messagerie qui appartient à la Coopérative des Quotidiens. Le concurrent, les MLP qui représentent 550 éditeurs et distribuent près de 3 000 titres dont Marianne, ne touchera rien.null

Justifier politiquement un tel choix devient de plus en plus difficile si l’on sait, d’une part, que les quotidiens nationaux sont détenus par les plus grandes fortunes de ce pays (Bernard Arnault avec Aujourd’hui en France et Les Échosla famille Dassault avec Le Figaro, Xavier Niel avec Le Monde) et de l’autre que leurs parts de marché fondent comme neige au soleil.

« DISTORSION DE LA CONCURRENCE »

Les quotidiens représentent désormais 13 % du marché de la vente au numéro contre 87 % pour les magazines. En novembre 2022, derniers chiffres officiels connus, la presse quotidienne nationale d’information politique vendait chaque jour 102 600 exemplaires (Le MondeLe FigaroAujourd’hui en FranceLes ÉchosLa Croix) 106 000 si l’on y ajoute L’Opinion et L’Humanité.

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Pourtant, France Messageries, dont le chiffre d’affaires était de 101 millions d’euros « seulement » a perçu en 2022, 27,5 millions d’euros d’aides publiques qu’elle a affectées à son compte d’exploitation. « Il y a là une distorsion de concurrence que pourrait sanctionner Bruxelles pour peu qu’elle soit saisie » assurent les responsables des MLP qui veulent mettre tout le dossier sur la table en incluant aussi la « péréquation », ce prélèvement obligatoire imposé à tous les magazines, dont le montant s’élève à 9,3 millions d’euros par an. Héritée de l’époque où les quotidiens drainaient un nombre considérable de lecteurs dans les maisons de la presse qui achetaient, en deuxième choix, des magazines, cette « taxation » a perdu beaucoup de sa légitimité. « C’est une ponction sur les revenus des éditeurs » considère Michel Laugier, rapporteur de la commission culture du Sénat.

En dressant leur inventaire, les MLP ont relevé que les magazines versent 2,2 millions d’euros au Monde pour lui permettre d’être distribué seul et en exclusivité le soir même dans un certain nombre de villes en France et qu’elles donnent 2,9 millions d’euros au Journal du Dimanche (50 433 ex.) pour lui assurer un service dont la messagerie lyonnaise ne bénéficie pas.

LIBRAIRIES, MAISONS DE LA PRESSE, KIOSQUES EN DANGER

Qui peut donc s’étonner, dès lors, de voir cette messagerie porter l’affaire devant le gouvernement, plus précisément chez Élisabeth Borne l’invitant à se saisir du dossier ?

Les MLP veulent que le réseau de diffusion bénéficie aussi des aides publiques, histoire de maintenir les points de vente et ainsi d’assurer la vente des magazines. « À la différence de France Messageries nous ne voulons pas recevoir des subventions, explique José Ferreira, président des MLP. Si le gouvernement décidait de nous les attribuer, il faudrait qu’ils les versent aux dépositaires et aux maisons de la presse. Ce sont eux qui en ont besoin en priorité et c’est le réseau de diffusion qu’il faut aider ! ».

Librairies, maisons de la presse, kiosques, ils ne sont plus que 20 000 diffuseurs en France et leur nombre décroît chaque année. S’ils ne sont plus là – et cette perspective n’est pas une vue de l’esprit – ce sont des journaux, des publications, des livres que l’on ne vendra plus. Ce sont aussi, des lieux de vie, des liens sociaux qui disparaîtront. Avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur l’expression de la vie démocratique.

  • Par Emmanuel Schwartzenberg

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