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GÉOPOLITIQUE DE L’ÉMOTION : AIDER À LIRE NOTRE MONDE

NOTRE PRÉCÉDENTE PUBLICATION :

NE PAS DESESPERER DE LA DEMOCRATIE. Dominique Moïsi. metahodoshttps://metahodos.fr › 2022/02/19NE PAS DESESPERER DE LA DEMOCRATIE. Dominique Moïsi.

La géopolitique de l’émotion

Dominique Moïsi. Traduction (Anglais) : François Boisivon. Nouvelle édition revue en 2008

«Pour qui sait les lire, les émotions constituent autant de petits cailloux sur le chemin de la compréhension du monde. Et plus le monde est complexe, plus ces clés de lectures additionnelles et subjectives sont nécessaires.»

Comment les cultures de peur, d’humiliation et d’espoir façonnent le monde

Au lendemain des attentats survenus à Paris en janvier 2015, qui ont vu la France et le monde entier submergés par des émotions parfois contradictoires, ce livre est plus d’actualité que jamais. À partir d’un vaste travail d’observation nourri de mille exemples, d’une connaissance approfondie de multiples pays et cultures, il décrit l’ordre du monde selon les émotions qui le traversent et souvent le dirigent.

Car la cartographie des émotions du monde a évolué de manière très significative au cours des dernières années. La peur s’est approfondie, étendue et diversifiée. Elle n’est plus seulement l’émotion dominante du monde occidental : on la retrouve désormais sur tous les continents. Comment y faire face ? Comment penser les émotions pour les transcender, ou plus simplement pour les comprendre, comprendre l’Autre et, ce faisant, réparer le monde dans lequel nous vivons ?

Une nouvelle édition de cet ouvrage a été publiée suite aux attentas de Janvier 2015 car il semblait d’actualité de parler de « géopolitique des émotions ». C’était alors le sentiment d’humiliation qui s’exprimait en France, pays où règnait habituellement la peur.

Dans ce livre D.Moïsi théorise que le monde peut être cartographié par des émotions. Cette aproche de la géopolitique est nouvelle et interessante, bien qu’inhabituelle et imprécise. Les émotions lui servent à comprendre les principaux événements et évolutions géopolitiques dont elles sont à l’origine. Il distingue ainsi les cultures de peur, en occident surtout, d’espoir, en Asie, et d’humiliation, dans le monde arabo-musulman. Pour finir, il imagine ce que serait le monde en 2025, si ces émotions s’expriment, et le met en perspective avec l’actualité.

Il est très intéressant d’avoir cet ouvrage en référence car il traite de l’ensemble de la géopolitique actuel sous un angle original.

À propos de l’auteur : Dominique Moïsi est un politologue et géopoliticien français. Il est conseillé spécial à l’Institut Français de Relations Internationales. Il a enseigné à Harvard et au Collège d’Europe.

ARTICLE

« La Géopolitique de l’émotion », de Dominique Moïsi : le monde dans tous ses états

Le Monde Publié le 26 novembre 2008

Le meilleur compliment qu’on puisse adresser à ce livre est qu’il est astucieux. Ce qui n’étonne pas de la part d’un auteur que la longue fréquentation de la langue anglaise a habitué à la formule ramassée qui fait mouche.

Dominique Moïsi a d’ailleurs écrit d’abord cette Géopolitique de l’émotion en anglais. Outre-Atlantique, la sortie du livre a été quelque peu retardée pour tenir compte de l’issue de l’élection présidentielle américaine.

Suivant un de ses maîtres en sciences politiques, Pierre Hassner, qui s’est consacré au rôle des passions dans les relations internationales, Dominique Moïsi s’est donc intéressé aux émotions – qu’en fait il ne distingue pas toujours de ces mêmes passions -, comme critère d’explication et plus encore de classement des grands pôles de référence dans le monde contemporain. Les émotions comptent plus que jamais, écrit-il, alors que les médias font office « de caisse de résonance et de loupe grossissante » en les dévoilant en direct.

Espoir à Mumbaï, humiliation à Ifrane, peur à Londres, écrit Dominique Moïsi, dans un raccourci qui se développe ainsi : l’Asie est le continent de l’espoir ; l’islam, la communauté de l’humiliation ; l’Occident, le lieu de la peur, Etats-Unis et Europe confondus, bien que cette « émotion » s’exprime différemment des deux côtés de l’Atlantique. L’intérêt du livre ne réside pas alors dans les informations qu’il apporte et qui pour la plupart sont dans le domaine public – à part quelques anecdotes personnelles -, mais dans l’agencement. Qu’on se trouve dans les anciens « dragons » du Sud-Est asiatique, en Chine ou en Inde, qui les ont rejoints sur la voie de la croissance, l’optimisme est de rigueur (ou faudrait-il écrire « était » de rigueur avant la crise économique mondiale ?)

En Asie, la seule exception semble être le Japon. En terre d’islam, le sentiment d’un déclin historique est aggravé par l’accumulation de frustrations, qu’elles soient provoquées par la présence d’Israël, les effets perturbateurs de la mondialisation, ou l’incertitude identitaire pour les musulmans d’Europe. En Occident aussi, l’émotion a pris le pas sur le sens des valeurs et la croyance dans la prospérité économique. L’Europe a peur, de l’immigration, de l’élargissement, de la bureaucratie, du déclin démographique, etc. Les Etats-Unis s’interrogent – s’interrogeaient ? – sous la plume de Dominique Moïsi : « Avons-nous perdu notre âme, c’est-à-dire notre supériorité morale ? Notre but, c’est-à-dire le sens de notre mission ? Notre rang, c’est-à-dire, sommes-nous sur le déclin ? »

Et puis il y a les « inclassables ». Israël, qui est passé de l’espoir à l’angoisse ; l’Afrique, tentée par le désespoir, et l’Amérique latine, qui oscille entre le populisme et le progrès. La Russie, qui combine les trois émotions. A propos de celle-ci, l’auteur observe justement que les Russes méritent mieux que le despotisme oriental remis au goût du jour par Vladimir Poutine.

Dominique Moïsi conclut sa réflexion par deux scénarios à propos du monde en 2025. Le noir comme le rose, le pessimiste comme l’optimiste s’ouvrent sur la situation au Proche-Orient, laissant ainsi penser que la situation internationale au cours des deux prochaines décennies dépend essentiellement de la manière dont le conflit israélo-palestinien sera ou non résolu. C’est pourquoi ce livre sérieux se termine sur une citation paradoxale d’humour et de confiance. Sur le point d’être arrêté par les nazis, Tristan Bernard dit à sa femme : « Jusqu’à présent nous avons vécu dans la crainte. Désormais nous allons vivre dans l’espoir. »

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