
LES EXPLICATIONS :
LES PARENTS, CASSEURS, RÉSEAUX SOCIAUX, JEUX VIDÉOS PRÉOCCUPENT L’EXÉCUTIF …
AU POINT DE « METTRE LA MONTAGNE DE SABLE SOUS LE TAPIS » ?
L’exécutif ouvre la perspective d’interdire les réseaux sociaux, préparé un Flyer pour les parents, maintient la vigilance dans le maintien de l’ordre.
Et au-delà ? Regrets pour le refus du plan Borloo en 2018 … puis annonce qu’il n’y aura pas de énième plan.
NE PAS PASSER À AUTRE CHOSE D’ICI QUELQUES SEMAINES
– SELON UN RITUEL CONTRE LEQUEL LES DÉMOCRATIES ET RÉPUBLICAINS DOIVENT S’OPPOSER –
MAIS TRAVAILLER COLLECTIVEMENT SUR LES CAUSES ET LES ACTIONS
METAHODOS poursuit ses publications relatives aux causes de cet immense malaise – mis une nouvelle fois en lumière et jusqu’à la fois prochaine – par des mouvements violents et destructeurs.
Dans ce cadre, une de nos contributrices – BEATRIXE SEPTEVIENNE – propose l’article ci contre : L’écrivaine Danièle Sallenave, membre de l’Académie française, se penche sur les causes profondes qui, selon elle, motivent le recours à la violence des émeutiers.
Notre contributrice aimerait que le pouvoir dont les responsabilités sont immenses – mais à t on seulement le droit de s’interroger sur une telle responsabilité ? – aborde certains vrais sujets :
éducation, justice, inclusion, intégration, précarité de l’emploi, trafics divers, services d’intérêt général, aménagement urbain, mobilité géographique ( transport et localisation du logement…
Comment ignorer par exemple que le taux de chômage dans les quartiers prioritaires de la ville reste plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale. Cela est bien loin du chimérique – voire falsificateur – « plein-emploi » grand objectif du président – Quand il y a près de 9 millions de français éloignés de l’emploi . En cause dans les quartiers : notamment, une concentration de personnes en difficulté, une mobilité très faible ( transport et localisation du logement ) des difficultés à l’embauche …
ARTICLE
« Choquantes, les émeutes ne sont pas pour autant inexplicables »
Par Danièle Sallenave. Publié le 03/07/2023 MARIANNE
Dans la nuit du samedi ler juillet au dimanche 2, le domicile du maire de L’Haÿ-les-Roses faisait l’objet d’une tentative d’incendie. Sa femme et ses enfants, poursuivis par des émeutiers, s’enfuient et sont blessés. L’effroi et l’indignation s’emparent de la population, dans une condamnation sans appel de ces violences inqualifiables.
Reprenons l’ordre des faits. Depuis deux jours, de vifs mouvements de protestation ont suivi la mort, le 27 juin, à Nanterre, d’un adolescent qui conduisait sans permis et avait refusé d’obtempérer à un contrôle routier. Il est alors abattu d’une balle au thorax. Le policier auteur du tir ne peut cependant justifier qu’il y avait danger pour lui-même ou pour le public. Il est placé en détention provisoire et inculpé d’homicide volontaire. Sans forcément les approuver, nul ne s’étonne de voir des jeunes gens du même âge faire entendre leur révolte devant la disproportion entre l’infraction commise et la sanction. Et plus largement contre les abus dont ces jeunes s’estiment régulièrement les victimes. L’opinion bascule au moment où des commandos organisés se déchaînent contre les forces de police et les pompiers, se livrent à des destructions et à des pillages. L’affaire de Haÿ-les-Roses met un comble à la réprobation et au rejet.
SÉGRÉGATION TERRITORIALE ET SOCIALE ?
Et pourtant on ne peut s’arrêter là. Même en se forçant un peu, il faut prendre le temps d’examiner calmement, et en détail, les manifestations de ce sursaut générationnel des « quartiers ». Parfaitement choquantes, ces manifestations ne sont pas pour autant inexplicables et on ne peut se contenter d’y voir, comme le fait une certaine droite, une preuve de l’ « ensauvagement » de notre jeunesse, ou de la dissidence ethnique, culturelle, religieuse d’une partie d’entre elle. Examinons trois exemples, qui tous les trois révoltent à des degrés divers : l’incendie des voitures dans le propre quartier des émeutiers, le pillage des commerces, enfin l’attaque d’écoles et de lieux culturels. Comment justifier que des gamins s’en prennent aux voitures de parents, de voisins, souvent aussi démunis qu’eux-mêmes !
Mais ne voit-on pas que, pour beaucoup, « la bagnole » détestable et convoitée, condition discriminante d’un accès au travail, est la marque visible d’une ségrégation territoriale et sociale ? L’occasion de constants et coûteux sacrifices pour une famille ? Tout ce qui se vend et s’achète tourne en rond dans ce manège mortifère où les rêves d’une jeunesse sont piégés. De très jeunes mineurs sont saisis au moment où ils quittent en courant des centres commerciaux qu’ils ont forcés, les bras chargés de vêtements de sport et de matériel électronique. Une monstrueuse hypocrisie nous a habitués à dissimuler les causes derrière la description horrifiée des effets. Notre système économique, politique et social, repose sur la consommation, indispensable à la croissance, condition de notre développement ? Bien. Mais combien de temps encore faudra-t-il ignorer les frustrations qu’engendre la vue de biens inaccessibles vantés par des influenceurs-influenceuses sur Tik Tok ou Instagram !
SENTIMENT D’EXCLUSION
Toujours captifs de contradictions dont seule une violence aveugle leur permet de sortir, ces jeunes, souvent mineurs et encore scolarisés, en viennent parfois à incendier une médiathèque, un local culturel, une école. L’indignation alors atteint son comble, doublée d’une incompréhension que j’ai longtemps partagée. Le courage de cette ancienne institutrice force l’admiration quand elle se dresse entre un groupe surexcité et l’école qu’il s’apprête à assaillir. Mais Victor Hugo avait déjà, à sa manière, posé la question dans un poème de l’Année terrible (1872) : « Tu viens d’incendier la Bibliothèque ?. – Oui. J’ai mis le feu là. / – Mais c’est un crime inouï / Le livre est ta richesse à toi ! Et tu détruis cela, toi ! – Je ne sais pas lire ». La haine comme réponse, inadéquate et désolante, au sentiment d’exclusion ? Oui. L’enfant des banlieues qui jette dans une classe une torche enflammée n’a souvent pas plus de quatorze ans, il est élève dans un collège. Mais qu’en retire-t-il ? Dans certaines zones urbaines, plus d’un tiers des 15-24 ans sortent du système scolaire sans diplôme, sur les cent établissements qui ont les taux les plus faibles de réussite au brevet, 95 sont situés dans les territoires défavorisés. Pour se tirer d’affaire, il ne faut guère compter sur l’école, qui vous marque plutôt du sceau de l’échec. Venant s’ajouter à d’autres expériences constamment négatives.
L’école est ainsi devenue le symbole de l’inconsidération dont les enfants des quartiers se sentent l’objet. L’école, qui pourrait les sauver, les arracher à leur abandon, n’y parvient plus. Elle creuse encore les inégalités liées à l’héritage économique et social. Pourquoi ? Par un raisonnement aux conséquences catastrophiques, qui a réduit l’école à la violence symbolique exercée au service de la classe dominante, on a cru devoir mettre en place, au profit des moins favorisés, des formes spécifiques d’enseignement dont le résultat a été l’effondrement du niveau des élèves en mathématiques et en français. Ainsi s’est perdue la visée d’instruction, dont le mot même s’est étrangement évanoui du discours public. Et, par voie de conséquence, la forme de socialisation qui accompagne l’apprentissage rigoureux des savoirs.
Qu’est-ce en effet qu’instruire ? C’est donner des armes. Et justement à ceux et celles qui naissent désarmés. Pour se construire, construire sa vie dans la société, œuvrer à une cité plus juste. Une instruction attentive à leurs difficultés propres, mais sans aucune de ces concessions qui, sous couleur de défendre les plus démunis, les maintiennent dans leur relégation. C’est de cela qu’ils ont besoin. Pas qu’on retarde l’apprentissage de la multiplication ou qu’on élimine le passé simple.